DE COLIGNY-SALIGNY
Le comte de Coligny-Saligny, dont nous publions les Mémoires, jeta sous Louis XIV un dernier éclat sur son illustre maison. C'était un de ces personnages chevaleresques qui ont fait l'ornement du grand siècle. Voltaire , parlant de Coligny, le place non loin de l'amiral. « Le comte de « Coligny, dit-il , seul reste de la maison de ce « Coligny, autrefois si célèbre dans nos guerres (c civiles , et qui mérite peut-être une aussi grande c< renommée que cet amiral par son courage et par a sa vertu.... * » On aime à étudier ces caractères originaux ; on voudrait connaître toutes les particularités de leur existence. Nous avons cherché à réunir dans cette Notice ce que les Mémoires du temps nous apprennent sur ce gentilhomme.
* Siècle de Louis XIV, chap. vu.
ij NOTICE
Attaché à la fortune du prince de Condé , Coligny l'imita dans sa rébellion. Sa loyauté en était blessée; ses écrits sont partout empreints de son profond regret. Lié par un devoir dont il n'avait pas calculé les bornes légitimes, plutôt qu'entraîné par une affection que repoussait la hauteur et le profond égoisme du Prince, Coligny persista dans cette mauvaise voie tant qu'il vit Condé malheureux ; mais aussitôt que ce dernier eut été rétabli dans ses honneurs, vaincu par les cris de sa conscience, Coligny tomba aux pieds de son Roi. Condé ne lui pardonna jamais ce qu'il regardait comme une défection; de ce moment il accabla Coligny de ses dédains , et ne cessa de l'abreuver d'outrages. De là cette haine profonde de Coligny contre un Prince auquel il avait tout sacrifié, sentiments personnels, intérêts de famille, convictions, gloire, fortune. De là ces expressions injurieuses , que n'excuse aucune position , par lesquelles il flagelle Condé toutes les fois que son nom vient à se rencontrer sous sa plume. Il est entré sans doute une violente passion dans la haine de Coligny ; l'homme qui insulte n'est pas de sang -froid, et son témoignage perd beaucoup de son poids ; mais l'inexplicable conduite de Condé envers le gentilhomme n'est-elle pas la cause de cette violente irritation.^ Coligny
SUR LE COMTE DE COLIGNY. i,j
est blâmable; tous les torts lui appartiennentils? Il porte trop loin, sans doute, son opiniâtre rancune, mais aussi comment les violences du Prince à son égard trouveraient-elles des excuses?
Il y a plus de vingt ans que nous possédons une copie des Petits Mémoires du comte de Coligny. Vers l'année iSaS, nous fîmes à nos honorables confrères , messieurs les bibliophiles français , la proposition d'imprimer à petit nombre d'exemplaires ce document dans nos Mélanges. Cette demi- publicité nous aurait suffi, et cependant nous éprouvions encore beaucoup d'hésitation. Les bibliophiles français partagèrent ces scrupules. Il leur répugnait, comme à nous, d'offenser la mémoire du grand homme dont Bossuet avait dit : « Quelle partie du monde habitable « n'a pas oui les victoires du prince de Condé et «les merveilles de sa vie?» D'ailleurs, nous disions-nous, quelle réputation pourrait être à l'abri des attaques d'un homme haineux et atrabilaire? Coligny se montrait trop violent pour être vrai ; ses outrages pouvaient être le produit d'une imagination que les malheurs et la solitude avaient aigrie. Les bibliophiles français renoncèrent à publier les Petits Mémoires.
Cependant cette œuvre singulière n'était pas