‹ Mémoires;Chapitre 2 sur 77 · IV NOTICE · texte numérisé non relu

IV NOTICE

inconnue; dès l'an vni (ijgg), des fragments en avaient été insérés dans le Mercure de France *, et les auteurs an Nouveau Dictionnaire historique, commencé par Chaudon et Delandine, les avaient empruntés à ce recueil avec une sorte de complaisance ^. On devait donc s'attendre à voir bientôt publier l'opuscule. Cette considération et le désir de faire une chose agréable à un homme honorable, nous déterminèrent à communiquer notre copie à M. Musset-Pathay, le patient et consciencieux éditeur de J.-J. Rousseau, qui, en 1826, ensevelit les Petits Mémoires dans un volume intitulé Contes historiques; c'était un ouvrage de circonstance; il ne remplissait aucune des conditions qui font vivre les œuvres littéraires.

Une seconde édition des Petits Mémoires parut bientôt après dans la Gazette littéraire du i o décembre 1829.

L'ouvrage étant ainsi tombé dans le domaine public, nous acquîmes, en i833, un manuscrit qui renfermait des mémoires plus étendus du comte de Coligny. Si les Petits Mémoires contiennent l'expression de la haine du comte, les. Grands Mémoires en font connaître les causes; elles étaient très-graves. *'

' Mercure de France, an vin ( 1799) , 1 , 442.

» Dictionnaire de Prudhomme , art. Condé; Paris, 1810, V, 26

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Du moment oii nous découvrîmes les Grands Mémoires j nous n'hésitâmes pas à en faire la publication. D'autres travaux et une grave maladie ont pu seuls la retarder pendant plusieurs années.

Bossuet, dans l'admirable oraison funèbre du prince de Condé, a jeté un voile sur une partie du grand tableau historique qu'il déroulait dans la chaire chrétienne; à peine y indique-t-il par un mot jeté en passant, la rébellion du Prince, et avec quel art! «Puisqu'il faut une fois, dit-il, « parler de ces choses, dont je voudrois pouvoir <c me taire éternellement, jusqu'à cette fatale pricc son, il n'avoit pas seulement songé qu'on pût

« attenter contre l'Etat.... Il disoit qu'il y étoit « entré le plus innocent de tous les hommes, et (c qu'il en étoit sorti le plus coupable. » Mais Bossuet, dans son haut et religieux ministère, était apologiste; laissant tomber sa grave parole au milieu delà pompe des obsèques du Prince, il devait adoucir les jugements sévères de l'histoire. Nous sommes persuadé que le grand Condé s'humilia sincèrement devant la majesté royale, qu'il déplora ses erreurs, et accepta avec reconnaissance le pardon que lui offrit Louis XIV ' ;

' On voit encore aujourd'hui , dans la galerie des Batailles , à Chantilly, un beau tableau de Michel Corneille , où est représentée

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mais, dans une situation qui avait bien encore ses difficultés, il aurait dû ménager les susceptibilités d'un gentilhomme, complice de sa faute, témoin obligé de toutes ses actions, confident de ses pensées les plus secrètes; Coligny avait toujours présents à ses souvenirs et la trahison de Condé, et les coupables élans de sa gigantesque ambition, et surtout les j)rojets que l'ingratitude lui suggérait à l'égard des fidèles serviteurs qui avaient partagé son exil. Coligny devait être ménagé, Condé le traita en ennemi. Le gentilhomme froissé prit la plume, et tout son fiel en distilla; il nous montre le Prince affectant la souveraineté , n'aimant que lui, s'applaudissant des prétextes à l'aide desquels il se débarrasserait du poids de la reconnaissance. En écrivant, Coligny se vengeait, et il mettait à sa vengeance un tel sentiment de délectation , que , ne pouvant livrer son œuvre

la Muse de l'histoire arrachant de la vie du héros les feuillets où sont retracés ses faits militaires , tels que le Secours de Cambray, le Secours de Valenciennes , la Retraite devant Arr as , alors que, réuni aux ennemis de la France, le Prince n'aurait dû s'applaudir que de ses revers. Debout au milieu du tableau , Condé fait ses efforts pour imposer silence à la Renommée. Ce tableau a été peint pour l'ancienne galerie de Chantilly, que le duc d'Enghien , fils du grand Condé, fit construire après la mort de son père. Désormaux assure que ce Prince donna l'idée de ce tableau. {Histoire de Louis de Bourbon, prince de Condé, Paris, 1768 , IV, 52. )

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à la publicité, il prenait tous les moyens d'éterniser sa haine; aussi, dès le 27 janvier 16^3 , le voit-on commencer à écrire ses Petits Mémoires sur les marges du missel de sa chapelle de la Motte-Saint-Jean, et avec quelle énergie! « Je ne « reprends jamais la plume, écrivait-il le 18 mars « 1682, que ma première pensée ne soit de dire « pis que pendre de M. le prince de Condé.... Je « l'ai observé soigneusement durant treize ans que ce j'ai été attaché à lui; mais je dis devant Dieu, « en la présence duquel j'écris, et dans un livre ((. fait pour l'honorer, et où je ne voudrois pas « mêler avec l'Evangile, qui y est contenu, une « menterie; je proteste donc devant Dieu que je « n'ai jamais connu une ame si terrestre, si vice cieuse, ni un cœur si ingrat que M. le Prince, <( ni si traître, ni si malin. Car dès qu'il a obliga- <c tion à un homme, la première chose qu'il fait « est de chercher en lui quelque reproche par lec( quel il puisse en quelque façon se sauver de la « reconnoissance à laquelle il est obligé; qui est « une chose diabolique, et il n'y a peut être jamais ce eu que M. le Prince qui ait été capable de la cf penser, et, qui plus est, de la mettre en pracc tique : il ne cherche de plus qu'à diviser ceux « qui sont près de lui, et il me disoit à Bruxelles : « Coligny, quand je serai arrivé à Paris, il y aura

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ce bien des gens qui auront de grandes prétentions .«de récompenses, mais il n'y en a pas un à qui « je n aye à répondre et à lui faire quelques re- « proches qui égalent les obligations qu'on croit « que je leur puis avoir; c'est-à-dire, en bon France cois, que devant de partir de Bruxelles, il étoit «déjà résolu de ne faire justice à personne,.... « il commençoit déjà à mitonner son ingrati- « tude,.... etc. »

Coligny est un témoin passionné, mais il est honnête homme, et son langage est celui de la conviction. Son témoignage ne doit donc pas être écarté. Il appartient à l'histoire de prononcer entre son illustre adversaire et lui. Un homme impartial, et nous avons la conscience de l'être, ne peut dissimuler aucun des documents sur lesquels doit se former le jugement de la postérité. Nous avons donc dû publier les Mémoires du comte de Coligny.

Quelques détails généalogiques sont ici nécessaires.

La maison de Coligny était l'une des plus anciennes de France; elle empruntait son nom du bourg de Coligny, dans la province de Bresse; on assure que les premiers Coligny, ne relevant que de Dieu et de leur épée, possédaient leur terre en toute souveraineté.

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Le comte de Coligny-Saligny, auteur des Mémoires, descendait de Jacques de Coligny, dit Lourdin, seigneur de Saligny, quatrième fils de Guillaume, III® du nom, seigneur de Coligny, d'Andelot, de Saligny, et autres lieux.

Guillaume III avait épousé Catherine, dame de Saligny et de la Motte-Saint-Jean; elle était fille du connétable du royaume de Naples et de Sicile ; demeurée seule héritière de sa maison, elle apporta une immense fortune à son mari , et mourut en 1449.

Jean, IIP du nom, seigneur de Coligny, frère aîné de Jacques, a été l'aïeul de Gaspard de Coligny, le célèbre amiral , tombé sous les poignards de la Saint-Barthélémy.

Jacques de Coligny, dit Lourdin, seigneur de Saligny et de la Motte-Saint-Jean , a été le trisaïeul de Jean de Saligny, dit le comte de Coligny, auteur des Mémoires. Ainsi ce dernier était parent de l'amiral au neuvième degré, et au douzième de Gaspard IV, comte de Coligny, duc de Châtillon, blessé à l'attaque de Charenton, et mort à Vincennes, le 9 février 1649. ^^ ^^ personne du duc de Châtillon s'éteignit la branche aînée de la maison de Coligny.

Gaspard , IP du nom , comte de Saligny, père du comte de Coligny, ayant été fait maréchal de

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