PLACET AU ROI
qui ne luy est pas naturelle et ordinaire : Monsieur le Prince allègue, Sire, deux raisons; l'une, que je l'ay quitté de mauvaise grâce, l'autre, que je retiens des charges qu'on a voulu me donner pour recompense. A la première je répons qu'il devroit plustost se souvenir de treize ans de services, rendus de si bonne prâce, qu'à un adieu d'un quart d'heure, contre son gré; et à l'autre. Sire, que ce n'est point h lui à s'enquérir des libéralitez du Roy d'Espagne, et que je n'ay pas esté obligé d'avertir qu'on m'ostat le gouvernement d'Autun, qui est dans nostre maison, il y a plus de quarante ans, et qui ne vaut que quatre cents livres de gages; mais ce ne seroit pas là les plus grandes pertes que je pusse faire : l'espérance d'une grande fortune, après quinze ans de services rendus , ou au feu Roy vostre père, ouàVostre Majesté, avec honneur et quantité de blessures , quarante mille escus sur la charge de Guidon des gensdarmes de Vostre Majesté, qu'on m'obligea de donner à Chalmazel à vil prix , et tant de désordre dans mon bien, valent bien douze mille escus de récompense; aussi n'est-ce que le prétexte; mais, Sire, la véritable cause, c'est que j'ay fait voir à toute la France l'ingratitude de Monsieur le Prince, et que je suis un exemple à toute la noblesse de vostre royaume de ne s'attacher jamais qu'à Vostre Majesté.