‹ Mémoires;Chapitre 5 sur 77 · XXX NOTICE · texte numérisé non relu

XXX NOTICE

(( que glorieuse pour la France *. » Ne semblerait-il pas que Bouhours adresse son livre à un liusignan, ou à un Godefroi de Bouillon? Il faut au reste se souvenir que c'était alors le temps des épîtres dédicatoires. Corneille n'a-t-il pas dédié Cinna au financier Montauron, et le satirique Furetière , pour en finir avec ces sortes d'épîtres , ne s'est-il pas avisé de dédier au bourreau son Roman Bourgeois?

La campagne de Hongrie ne servit qu'à donner aux Français l'occasion de montrer leur valeur: les Turcs , battus sur le Raab , firent des propositions que Léopold accepta; il signa la paix sans en avoir prévenu Louis XIV. C'est ce qui faisait dire à Coligny, le ii octobre i664, dans une lettre à Bussy-Rabutin : « Nous avons été si sots M que nous avons fait la paix d'Hongrie ^ » , par allusion au mot de Bassompierre : Nous serons si sots que nous prendrons LaRochelle; si c'était une folie aux seigneurs français de contribuer à augmenter la puissance du cardinal de Richelieu, il en était de même en Hongrie, où Louis XIV, entraîné par un mouvement généreux, travaillait à l'affermissement de la maison d'Autriche, la plus

' Epitre dédicatoire de V Histoire de Pierre d'Aubusson , grand maître de Rhodes . Paris, Cramoisy, 1676, in-4». ' frayez plus bas, page 118.

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dangereuse ennemie de la France. Cette maison ne se montra pas alors plus reconnaissante qu'elle ne le fut, en i6S3, quand le grand Sobieski vint à travers mille périls arracher Vienne à une ruine qui semblait inévitable.

Louis XIV savait ce qui se passait en Allemagne; il n'avait pas attendu que la paix fût conclue pour rappeler ses troupes ; il s'était empressé d'envoyer au comte de Coligny l'ordre de les ramener en France par un mécontentement particulier du mauvais traitement quon leur avoitfait *.

Le comte de Coligny arriva à la Cour au mois de janvier i665; il fut reçu froidement par M. Le Tellier, ce qu'il attribua aux démêlés qu'il avait eus pour le service avec un intendant d'armée, parent du secrétaire d'Etat. Le Roi le reçut bien, mais de ce moment la faveur du prince se borna à quelques grâces accordées à la famille de Coligny.

Coligny suivit encore le Roi à l'armée dans la campagne de i66y, mais sans aucun commandement. Il en parle avec un peu d'amertume dans une lettre adressée à Bussy-Rabutin , le i5 mai 1667, « Je n'ai ni office, ni bénéfice, dit-il, mais « j'ai le plaisir, à l'âge de quarante-neuf ans, de « faire le métier de volontaire ^. » Coligny ne put

' Mémoires de Coligny, page 100.

' ^ojcz plus bas , page 124.

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pas suivre l'armée; madame Du Bouchet, sa parente et son amie, écrivait à Bussy-Rabutin , le i5 juillet 1667 : « Le pauvre M. de Coligny a eu « la goutte toute la campagne. » Enfin toutes les espérances de Coligny s'évanouirent; on ne pensait plus à lui; la même madame Du Bouchet écrivait encore au comte de Bussy, le 10 janvier 1 668 : (( On ne parle non plus de notre ami « Coligny, dans le nombre des officiers généraux K nommés pour servir, que s'il y avait cent ans « qu'il fût mort , >j et Bussy lui répondait le 1 4 janvier de la même année: «Je suis très fâché, « aussi bien que vous, du traitement que reçoit « notre ami Coligny, et j'aimerois mieux que ce « fût un autre homme de mérite qui ne fût pas de w mes amis , qui aidât à me consoler par l'exemple « de sa mauvaise fortune de tout ce qu'on m'a fait « depuis trois ans *. »

Accablé par de précoces infirmités, le comte de Coligny quitta la Cour vers l'année 1670, et il se retira dans ses terres de Champagne et de Bourgogne. Il passait une partie de l'année au château du Cosson, appartenant à la comtesse de Coligny, et il venait ensuite dans son château de la Motte-Saint-Tean, ancien manoir de sa famille,

' Mémoires manuscrits de Bussy-Rabutin, déjà cités.

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Situe sur la rive droite de la Loire, à peu de distance de Digoin.

Il ne fut plus occupé que du soin d'élever ses enfants et de réparer par une sage économie les brèches qu'une vie agitée de tant de vicissitudes avait faites à sa fortune.

H avait épousé Anne-Nicole Cauchon de Maupas , dame Du Tour, du Cosson , etc. Elle mourut à la suite d'une longue maladie , au château de la Motte-Saint-Jean, le i6 mai i683 *. La comtesse de Coligny était nièce de Henri de Maupas Du Tour, évêque d'Evreux, auteur d'une Vie de madame de Chantai.

Le comte de Coligny ne survécut pas longtemps à sa femme ; il mourut dans son château de la Motte-Saint- Jean , le i6 avril 1686.

Il laissait un fils et trois filles, savoir Gaspard Alexandre de Coligny, abbé de Saint-Denis de Reims et de l'Isle Chauvet, et mesdemoiselles de Coligny, Du Tour et de Sémur.

Coligny avait perdu, le 3o juillet i ^%^ , son second fils, âgé de quinze ans, dans lequel il plaçait toutes ses espérances , son fils aîné ayant embrassé le parti de l'église.

Par son testament olographe, du 29 novembre

* Petits Mémoires.

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1 682, dont la copie termine ses Grands Mémoires, le comte de Coligny avait institué, pour son héritière universelle, Mademoiselle de Coligny.

Il laissait cependant à son fils le délai d'une année pour faire son choix entre l'état ecclésiastique et l'épée; et dans le cas oii Gaspard de Coligny choisirait l'épée, il l'instituait son héritier universel , réduisant alors Mademoiselle de Cohgny à un legs de cent mille livres. A l'égard de ses deux autres filles, il laissait quarante mille livres à chacune d'elles.

L'abbé de Coligny ne paraissant pas d'abord disposé à quitter l'église. Mademoiselle de Coligny, belle et spirituelle, entra dans le monde comme devant être une héritière et un grand parti. Elle fut recherchée par le marquis de Nesle, de la maison de Mailly ; mais l'abbé de Coligny changea de résolution et remit au Roi ses bénéfices*. Le marquis de Nesle aimait Mademoiselle de Coligny; il persista dans son choix, et il l'épousa au mois d'avril 1687. C^**^ union fut trop tôt rompue; le marquis de Nesle mourut à Spire , le 1 8 novembre 1688, d'une blessure reçue au siège de Philipsbourg, et la marquise, sa femme, le suivit dans

• Mémoires du marquis de Sourches. Paris, 1836, in-8% II, 214. Cités plus bas, page 112.

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la tombe, le i y août 1693 ; elle n'avait encore que vingt-six ans.

L'abbé deColigny avait tellement annoncé sa résolution de demeurer fidèle à sa première vocation, que le comte de Bussy-Rabutin , son cousin, lui écrivit, le 29 mai 1686, une lettre dans laquelle il le félicite d'avoir choisi la meilleure part. Cette lettre est une petite homélie, un peu déplacée sous la plume de Bussy *

Gaspard , comte de Coligny, ayant repris l'épée^ devint mestre-de-camp du régiment de Condé. Il épousa, en 1690, mademoiselle de Madaillan de Lespare, fille du marquis de Lassay. Bussy- Rabutin lui fit à cette occasion un nouveau compliment, le 18 mars 1690^. Cette union n'a pas été heureuse.

Gaspard mourut sans postérité à Reims, le 1 4 mai 1 694 ; en lui s'éteignit la dernière branche de l'illustre maison de Coligny.

Jean , comte de Coligny, écrivit dans la retraite ses Grands et ses Petits Mémoires.

Il destinait les premiers à l'instruction de ses enfants et de ses parents. « Je commencerai, leur « dit-il , à vous donner pour première maxime de « ne jamais servir que le Roy, et pourtant de ne

' /^oj'gz plus bas, page 130. { ■îr-v^'^f

' ^ojyes page 131.

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« VOUS attacher jamais au Roy, » Il développe ensuite cette maxime d'une manière piquante : « Si « vous êtes au Roy, dit-il , vous aurez contre vous « les ministres , tandis que si vous êtes bien avec « eux, vous serez toujours bien avec le Roy, avec (( qui ils vous establiront toujours autant bien « qu'il leur plaira, et vous ne serez jamais dans « aucun danger de disgrâce, puisqu'ils n'auront « garde de ruiner leur ouvrage*. »

Coligny n'a pas eu le premier cette pensée; elle s'était présentée à l'esprit du vieux maréchal de Montluc , qui l'a exprimée dans ses Commentaires avec la naïveté qui lui est propre. « Je « cognois à présent, dit -il, que la plus grande « faute que j'ay faict en ma vie, c'a esté de n'avoir « voulu despendre, depuis que les vieux ^ sont « morts , que du Roy et de la Royne , et qu'un « homme qui a charge est plus assuré de des- « pendre d'un Monsieur ou d'une Madame, ou « d'un cardinal , ou d'un mareschal , que non du « Roy, de la Royne, ny de Monsieur; car ils des- « guiseront tousjours à leurs Maj estez les affaires, « comme bon leur semblera , et en seront creuz de « tous trois , car ilz n'y voyent que par les yeux « d'autruy, et n'y oyent que par les aureilles des

' Mémoires, pages 1 et 3.

' François I" et Henri II.

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u autres. Cela est mauvais; mais il est impossible « d'y mettre ordre, et celuy qui aura bien faict « demeurera en arrière. Par ainsi si je pou vois « retourner en mon commencement d'aage , je ne u mesoucierois jamais de despendre du Roy, ny « de la Royne , sinon de ceulx qui ont crédit près « de leurs Majestés'; car encore que je fisse le « plus mal qu'homme sçauroit faire , ils me cou- (( vrir oient mes fautes, voyant que je ne despen- « drois que d'eux , et leur bien et honneur est « d'avoir des serviteurs qu'ils appellent créa- « turcs, etc. »

Il existe plus d'un rapport entre le caractère de Biaise de Montluc et celui du comte de Coligny. Un parallèle entre eux ne serait pas sans intérêt.

Il ne nous reste plus qu'à faire connaître les sources où nous avons puisé.

Les Petits Mémoires nous ont été communiqués, dès le 5 février i8i 7, par feu M. le marquis Garnier, pair de France, notre confrère dans la Société des Bibliophiles français. Il en avait fait lui-même la copie, ainsi qu'il l'a exprimé dans la note suivante :

» Commentaires de Biaise de Montluc. Paris, 1617, in-8°, f° 564, ou Collection Petilot , 1" série , XXII , 438.

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« Ce qui suit a été copié par moi sur le manu- « scrit autographe, subsistant sur les marges d'un w livre de liturgie, in-4*^ sur vélin, à l'usage de la « chapelle du château de la Motte-Saint-Jean. Ce « livre m'a été communiqué par M. l'abbé de Sa- « ligny, qui le tenait de sa famille , à laquelle la « baronnie de la Motte-Saint-Jean avait fait retour, « après la mort du dernier fils de Jean de Coligny, (( arrivée en i Gg/y. n

Ainsi M. le marquis Garnier avait lui-même copié les Petits Mémoires sur le texte original, écrit en marge d'un missel par le comte de Coligny. Nous n'avons pas connu d'homme qui eût mieux étudié le siècle de Louis XIV dans ses détails les plus minutieux; il en avait pénétré les secrets et les mystères; il nous a été d'un grand secours dans notre travail sur les Lettres de madame de Sévigné,

Les Petits Mémoires, comme nous l'avons dit plus haut, ont été publiés par feu M. Musset-Pathay dans ses Contes historiques. Paris, veuve Desoer, 1826, in-8°.

Ce ne fut pas sans regret que nous vîmes confondre ce précieux document avec des ouvrages qui le recommandaient peu à la curiosité du monde littéraire. Nous nous permîmes d'adresser quelques observations à l'éditeur, qui défendit

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son titre, sans nous convaincre. Dans une lettre du 17 juin 1826, M. Musset-Pathay cherchait à cahner les inquiétudes que nous causait ce titre de Contes historiques, si opposé à la gravité qu'exige l'histoire, fille du temps et de la vérité. « Le mot conte, nous écrivait-il, exclut moins « l'idée de vérité que celui de roman.... il doit « être considéré comme synonyme de récit, et re- (c çoit de l'épithète qu'on lui donne le sens qu'il (( doit avoir; etc. » L'éditeur ne nous persuada pas, mais il défendait son titre, et peut-être avaitil raison , la part de l'histoire étant fort légère dans cette production. Peu de personnes se seront avisées d'aller chercher un ouvrage sérieux dans les Contes historiques. Nous nous sommes consolé de cette petite contrariété , espérant que , plus tard , quelqu'un prendrait le soin de remettre en lumière l'opuscule du comte de Coligny.

Le Petits Mémoires étaient si bien cachés, qu'en les réimprimant dans la Gazette littéraire du 10 décembre 1 829, le nouvel éditeur les annonça comme inédits. Il paraît avoir eu à sa disposition la copie du marquis Garnier.

Les Petits Mémoires ne peuvent pas être séparés des Grands Mémoires dont ils forment le complément; nous les réimprimons à la suite de cette notice, sous la forme àe pièce justificative. Ils sont

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tombés dans le domaine public, tandis que les Grands Mémoires, qui paraissent ici pour la première fois , demeureront notre propriété.

Nous avons acquis, au mois de mai i833, le manuscrit qui renferme les Grands Mémoires du comte de Coligny. Il faisait partie de l'immense bibliothèque de M. Boulard. Considéré comme un simple Recueil de pièces, ce volume n'eut pas même les honneurs du catalogue.

L'extérieur du livre avait appelé notre attention; c'est un in-folio relié en veau marbré, aux armes de Langheac. Ces armoiries nous avaient déjà fait reconnaître de précieux manuscrits, qui nous ont fourni une foule de lettres et de fragments pour l'édition des Lettres de madame de Sévigné, par nous publiée en 1 8 1 8, chez Biaise.

Ce nom de Langheac avait ici une importance toute particuHère. Louise de Rabutin, fille du célèbre comte de Bussy-Rabutin , avait épousé le marquis de Coligny, fils de Barbe de Coligny, dernière héritière des Coligny -Cressia, et des Gilbert de Langheac, comtes de Dalet. Le marquis de Cohgny mourut en 1676, laissant un fils qui a pris le nom de comte de Langheac. La marquise, sa mère, contracta un second mariage avec le comte de La Rivière; puis elle plaida en nullité de ce mariage, et perdit son procès au

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Parlement de Paris, par arrêt du i3 juin 1684. Les deux époux transigèrent; M. de La Rivière, permit à sa femme de vivre séparée de lui, à la condition qu'elle quitterait le nom deColignypour prendre un autre titre de cette maison. Louise de Rabutin prit le nom et les armes de marquise de Langheac, comtesse de Dalet; c'est sous ce dernier titre qu'elle a été depuis principalement connue. La plupart des manuscrits qui ont appartenu soit à elle , soit au marquis de Langheac , son fils, particulièrement ceux qui renferment les Mémoires du comte de Bussy-Rabutin , portent l'empreinte de l'écusson de Langheac , d'or à trois pals de vair.

Il résulte de cette circonstance que le manuscrit Boulard , par nous acquis , timbré aux armes de Langheac , a appartenu au dernier descendant de la branche des Coligny-Cressia; ce manuscrit contient d'ailleurs beaucoup de pièces copiées de la main du comte de Langheac, fils du marquis de Coligny-Cressia. Ainsi le manuscrit des Grands Mémoires du comte de Coligny a fait partie des archives d'une branche de sa maison, et ils offrent tous les degrés de certitude qui peuvent s'attacher à un manuscrit, quand il n'est pas autographe.

Nous avons placé, à la suite des Mémoires du

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comte de Coligny, quelques lettres par lui écrites au comte de Bussy-Rabutin, son cousin et son ami, ainsi que les réponses de ce dernier. Une partie de ces lettres avait été incomplètement imprimée; elles sont ici reproduites d'après les manuscrits de Langheac *.

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