BLEUE
« Le Courtisan, de Colbert Saint-Marc^; « Le Grand, Panetié '>, chef-d'escadre ; (( Le Saint-Esprit, de la Gallissonnière *; « La Syrène, Du Quesne^.
' Le Triomphant était de second rang , de 80 canons et de 5oo hommes d'équipage ; il avait été construit à Brest en 1676. De Machaut de Belmont était capitaine de la promotion de lôyS. (A. J.)
" L' Orgueilleux , sur lequel M. de Gabaret avait son pavillon, était un vaisseau de premier rang; il portait 5o canons et 65o hommes d'équipage. Il avait été construit à L'Orient en i68g. (A. J.)
' Le jF/er était de premier rang ; il portait 90 canons et 600 hommes d'équipage; il avait été construit à Rochefort. (A. J.)
* Le Fleuron portait 5Q canons avec un équipage de 55o hommes ; il avait été construit à Toulon en 1688. Le chevalier de Montgon était capitaine de la promotion de 1689. (A. J.)
' Panetié, capitaine de la promotion de i665, avait été fait chefd'escadre de Normandie en 1689. (A. J.)
® Le Courtisan, vaisseau de second rang, construit à Rochefort en 1686, avait 64 canons et 38o hommes d'équipage. (A. J.)
' Le Grand, vaisseau de premier rang, portant 65o hommes d'équipage et 84 canons. Il avait été construit à Rochefort en 1680. (A. J.)
* Le Saint-Esprit, vaisseau de second rang, portait 64 canons et 38o hommes d'équipage; il avait été construit à Brest en 1689. La Galissonnière était capitaine depuis 1677. (A. J.)
s La Syrène, vaisseau de second rang, portait 64 canons et 38o hommes d'équipage. On ignore si le Du Quesne qui commandait
DU MARQUIS DE VILLETTE; lâl
(( Les bruslots esloient partagés dans les divisions.
« Le vingt neuvième de may, à la pointe du jour, le « vent estant sur ouès^ le temps un peu couvert, Ro- « chalard, commandant un des vaisseaux de chasse , (( fit les signaux de l'armée ennemie, sous le vent de « celle de France ; on la découvrit un moment après. « Elle faisoit une ligne un peu courbe ; l'armée de « France n'en estoitqu'à une lieue et demye; elle avoit (( marché sur six colonnes , le vent estoit foible , le <( comte de Tourville mit les signaux d'ordre de ba- « taille. Le marquis de Nesmond , qui avoit le comte mandement de la teste, se trouvant à la queue de la (( colonne, fit force de voiles pour prendre son poste, {( et n'y parvint que lorsqu'on commença à combattre.
« Ceux de nos vaisseaux qui n'eurent pas la mesme « attention à mettre des voiles , et qui n'estoient pas si « bons voiliers que le Monarque j, laissèrent du vuide « et de la confusion dans plusieurs endroits de nostre « ligne , de sorte qu'à proprement parler, il ne com- <( battit que la moitié de nos quarante quatre vaisi< seaux.
(( Cependant le comte de Tourville arrivoit vent a arrière, avec ses deux huniers et sa mizaine, sur (( l'amiral d'Angleterre, qui estoit au centre de l'armée « ennemie. Le marquis de Villette , vice-amiral du (( corps de bataille , arrivoit en mesme temps sur le
ce bâtiment était le fils du célèbi'e amiral, fait capitaiue de vaisseau à la promotion de 1678, ou si c'était Du Quesne-Mosnier, nommé capitaine en '1685. Il y avait aussi un capitaine nommé Du Quesne-Guitton , dans l'expédition de Siam, en 1687; il commandait l'Oiseau. (A. ,T.)
« vice-amiral d'Angleterre. On comptoit seize vaisu seaux anglois entre Russel , amiral , et Dellaval , « vice-amiral, au lieu qu'il n'y en avoit que six fran- « çois entre MM. de Tourville et de Villette.
(( Le marquis d'Anfreville arrivoit en despendant ' « sur les Hollandois , qui avoient l'avant-garde , sous w le commandement de l'amiral Almonde.
« Le comte de Relingues, contre-amiral de l'escadre « bleue et blanche, se faisoit nager" par ses chaloupes, (( pour s'approcher d' Almonde, et s'appercevant d'un « grand vuide qu'il y avoit entre l'avant-garde et le « corps de bataille de l'armée de France, il envoya « Pimont, son aide-major, avertir le marquis d'Anfre- (( ville que les ennemis pourroient s'y placer.
« Le marquis d'Anfreville, qui voyoit aussy que « l'escadre bleue angloise , que l'arrière-garde fran- « çoise n'occuppoit pas, pinçoit le vent, pour venir « envelopper les François, prit ses m.esures pour tenir « le vent, et ne pas laisser aux ennemis la facilité de (( mettre toute nostre armée entre deux feux.
« Le marquis de Langeron, contre- amiral de l'es- « cadre blanche, mit des voiles pour remplir son poste, « sur le signal que le comte de Tourville luy en fit.
u Le chevalier de Coëtlogon , contre-amiral de l'es- « cadre bleue, arriva de bonne grâce. M. Gabaret « tint le vent pour n'estre pas enveloppé. M. Paneu tié , qui commandoit la division de la queue de l'ar- « mée, se vit obligé à faire la mesme chose. Le vent
' En se laissant descendre , en suivant le vent. ' Remorquer.
u prenoit son tour au nord-ouès. Perrinet , qui avoit (c la teste de toute l'armëe, arriva d'abord sur le pre- « mier vaisseau hollandois, et se tint quelque teraps par « son travers ; mais ce hollandois ayant fait moins de « voiles, Perrinet le dépassa, et ne put reprendre son « poste.
« Le comte de Tourville n'estoit qu'à une portée de « mousquet de l'amiral d'Angleterre. Le marquis de « Villette se tenoit depuis un quart d'heure à la mesme « distance du vice-amiral rouge, attendant que l'ami- « rai de France commençast le combat , ou en fist les « signaux.
« Il n'y avoit pas de vent pour faire battre les pavil- « Ions dont on se sert pour les signaux ; on ne sait pas « bien si c'est par fierté que les ennemis attendoient (( les François de si près , sans tirer un seul coup, ou (f si c'est par la crainte de quelque intelligence, ne K pouvant comprendre qu'on pust, sans quelque raison « secrette, attaquer une armée comme la leur avec des « forces si inférieures.
«Dellaval, vice-amiral rouge, avoit cent quatre « canons et huit cents quarante hommes d'équipage. « Tous les autres vaisseaux anglois, portant pavillon, « avoient cent canons et leurs matelots autant.
«Il estoit près de dix heures; on demeuroit dans « l'attente que le combat commençast, ou par la leste, « ou par les amiraux. Mais un Hollandois de l'avant- « garde ennemie ayant tiré sur le Saint-Louis ^ qua- « trième vaisseau de l'avant-garde françoise , com- « mandé par Roque- Persin , et luy ayant tué du
(c monde, un canonnier, impatienté, n'attendit pour « y répondre ny ordre ny permission, et à cet exem- « pie les deux lignes se virent tout d'un coup en (( feu.
« L'escadre ennemie , composée de trente deux vais- (( seaux , coupa la division de Panetié. Coëtlogon , {( contre-amiral de l'escadre dont Panetié estoit vice- (( amiral , se tenant au m.ilieu de sa division , arriva sur i< une partie de celle du vice-amiral rouge , qu'il com- « battit de près pendant deux heures; c'estoit Chauvet, « homme de réputation.
« Cependant le comte de Tourville combattoit l'ami- (( rai Russell ', et soutenant en mesme temps le feu conte tinuel des matelots de cet amiral, et de plusieurs u autres vaisseaux qui s'attachoient au pavillon d'ami- « rai de France , persuadés que sa perte seroit le gain « infaillible du combat. Dans ce temps-là le vent ayant « changé , M. Gabaret envoya dire à Coëtlogon qu'il « eust à tenir le vent, de peur d'estre enveloppé, mais {< le péril où estoit alors le comte de Tourville obligea « Coëtlogon à s'approcher de luy j Bagneux fit la mesme u chose.
a Le vuide , qui estoit dans les divisions du contre- « amiral blanc et bleu , et celle du vice-amiral blanc « ne pouvant estre remply par nos vaisseaux le Fort u et le Henry y commandés par la Rongère et Rocha-
• Edouard Russell , comte d'Oxford , commandait l'escadre anglohollandaise. Il était cousin germain du lord William Russell, décapité, pour crime d'État, le 24 juillet i683. Edouard Russell, de ce moment, avait été prendre du service en Hollande.
« lard, qui estoient à l'avant de V Ambitieux , eurent <( beaucoup à souffrir,
« Le feu prit à un gros vaisseau ennemy, fort près « de V Ambitieux et du Henry. On vit brusier long- (f temps ce vaisseau, qui arriva tout en feu sur la ligne « des ennemis; la joye que les équipages en eurent « redoubla leur vigueur, et bientost après les choses « furent si confuses et la fumée si épaisse qu'à peine « pouvoit-on discerner les vaisseaux ennemis d'avec u les nostres, surtout dans les divisions de l'amiral et « du vice-amiiral blanc; il arriva mesme que les vicew amiraux des deux corps de bataille, qui combattoient « l'un contre l'autre , cessèrent un moment de tirer, « pour tascher de s'entrevoir, comme si en cela ils « eussent agi de concert,
(( Le vent , qui dans ce temps-là avoit entièrement « calmé, fraischit au nord-ouès , et favorisa le dessein « que les ennemis avoient de nous envelopper. Leur « escadre bleue, qui s'estoit engagée à la poursuite de « nostre vice-amiral bleu, tombant tout d'un coup sur « M. Gabaret , acheva de mettre le désordre dans sa «division, et l'obligea avenir doubler nostre corps M de bataille , dans le temps que le comte de Tour- « ville et son vice -amiral faisoient plier l'escadre (( rouge.
{( Il estoit alors deux heures après midy, le marquis u de Villette envoya en ce tem.ps-là le chevalier de Cha- (c vagnac, major de sa division, proposer au comte de « Tourville de mouiller à la mer estale ' . Le comte de
' Ce terme de marine a été expliqué page 102.
« Tourville, ayant jugé la chose absolument nécessaire, « chargea Chavagnac d'en porter l'ordre à la droite de « toute la ligne, et donna pour la gauche le mesme « ordre à porter à Mézières, aide-major.
« L'ordre qu'avoit Chavagnac n'estoit pas aisé à exé- « cuter, parce que vingt cinq vaisseaux anglois et hol- (( landois commençoient à remplir l'espace vuide qui « estoit entre l'avant-garde françoise et le corps de « bataille. Cependant Chavagnac s'en acquitta, se ser- « vant pour cela du canot de V Ambitieux , dont les « chaloupes a voient été coulées bas.
«• Le marquis de Villette envoya prendre une autre « chaloupe à un vaisseau qui en avoit deux , et il s'en « servit pour remorquer le Henry, qui estoit si desa- « gréé qu'il tomboit dans la ligne des ennemis. L'es- (( cadre bleue angloise mouilla au vent du corps de (( bataille de l'armée françoise , avant l'estale de la « mer.
(( M. Gabaret mouilla aussy auprès de la Couronne ^ (( second à l'arrière de V Ambitieux. Le grand feu, qui « avoit duré jusqu'à ce temps-là, s'estoit rallenty par (( l'esloignement de l'escadre rouge; mais au commen- « cément du flot, dans le temps que le vice-amiral c( blanc alloit mouiller, M. Gabaret coupa son cable, « et fit juger à M. de Villette que le comte de Tourville « pouvoit avoir fait la mesme chose. Cela fut cause que a M. de Villette ne mouilla que par nécessité, et à une « demy portée de canon des ennemis, qui recommen- « cèrent à faire un grand feu sur les trois vaisseaux de « teste de cette division. Le Fort ne mouilla point, et
« c'est un miracle que , désemparé comme il estoit , il « ait pu se tirer d'affaire ; il se servit d'avirons , et il « s'éleva en sa favem^ une petite fraischeur du costé de « Test.
« A sept heures du soir, l'escadre bleue ennemie , qui « avoit fait la faute de perdre à la poursuite de Panetié « un temps qui pouvoit estre mieux employé, fit une « seconde fpute , en ne demeurant pas au lieu où elle (( estoit ; l'impatience luy prit de rejoindre le gros de « l'armée, et pour cela cette escadre bleue ennemie, « s'avançant à une portée de mousquet, détacha quan- « tité de bruslots, et les fit passer par les intervalles des « vaisseaux françois, mouillés avec peu d'ordre, et (( passa ensuite aussy elle-mesme par les mesmes in- (( tervalles. On ne peut comprendre pourquoy des gens « si supérieurs en forces perdirent l'avantage qu'ils « avoient de tenir les vaisseaux français enveloppés, « si ce n'est qu'ils se flattassent que la crainte des brus- « lots les obligeant à couper, ils tomberoient à la mercy « des deux escadres, mouillées sous le vent; ou peut- (( estre que, la nuit approchant, l'amiral de cette es- (( cadre bleue ennemie craignit d'estre obligé à com- '< battre seul les vaisseaux françois, s'imaginant que « l'escadre rouge, que le comte de Tourville et le {( marquis de Vil lette avoient fait plier, alloit se retirer, « et que les HoUandois faisant la mesme chose , l'es- « cadre bleue et blanche françoise , que Panetié avoit « jointe, pourroit, à son tour, mettre entre deux feux « cette escadre bleue ennemie à laquelle le contre-ami- <( rai rouge s'estoit joint j mais enfin ce passage par les
« intervalles des vaisseaux francois coûta cher aux en-
K nemis.
« Le comte de Tourville essuya le feu de sept ou huit « vaisseaux , et dans l'épaisseur de la fumée , il eut bien « de la peine à s'empescher d'estre bruslé par cinq (( bruslots , dont deux passèrent si près du Soleilu Royal que l'ardeur du feu permettoit à peine qu'on « tournast le visage de ce costé-là. Ce qui fist dire au « Grand-prieur, fils naturel du roy d'Angleterre, « qu'il aimoit mieux se griller le nez que de tourner (c le dos aux ennemis. Ces deux bruslots furent pris à « la remorque, parles chaloupes commandées par Hau- « tefort, Clérac et Vatry. Le troisième bruslot fut cause (( que le comte de Tourville coupa ; mais les deux der- « niers ayant passé plus loin du Soleil Royale il re- « mouilla dans l'instant.
(( Trois autres bruslots ennemis , soutenus aussy par u un grand nombre de vaisseaux, passèrent en ce (( temps-là par les intervalles de la division du marquis « de Villette, et la chaloupe, commandée par le che- (f valier de la Rochalart , se mettoit en devoir de re- (f morquer ces bruslots l'un après l'autre, quand un « coup de canon démasta le premier. Les deux autres (c furent bientost coulés bas par le grand feu de VAm- (( bilieux et des autres vaisseaux de cette division. Les « bruslots ennem.is ayant manqué leur coup, les vais- (( seaux qui les avoient escortés , et qui les suivoient « furent fort maltraités; ils ne pouvoient, en cajolant ',
On appelait cajoler, conduire un vaisseau contre le venta la faveur d'un courant, (A. J.j
t( et en se laissant dériver aux courans , présenter que « la proue ou la poupe à ceux des vaisseaux françois « qui leur présentoient le costé, et qui leur faisoient « des décharges entières, à bout portant,
« Le Rof al- Guillaume fut rais hors de combat par « le Soleil-Rofalj par le Magnifique et par le Saint- « Philippe i ce dernier lui tira toute sa bordée, à « double charge , à la portée de la pique.
(( La nuit ne put faire cesser le combat , mais elle le « rallentit peu à peu. Les ennemis , qui n'avoient pas « mouillé assez promptement à l'estale de la mer, u avoient laissé les vaisseaux françois en liberté d'appa- {f reiller. Le Fort estoit pourtant encore à la portée de « la voix de l'escadre rouge. Le Henry et t Ambitieux « n'en estoient guères plus esloignés.
(( Le marquis de Villette , outre sa division , qui , « dans toutes les actions du jour, s'estoit tenue serrée « auprès de luy, se trouva fortifié de neuf autres vais- « seaux, la pluspart de l'arrière-garde. Il donna ordre u à ces quinze vaisseaux de couper tous en mesme « temps, à la pointe du jusan ', en s'avertissant l'un (( l'autre par un mot qui ne pust estre entendu des en- « nemis. Cet ordre fut très bien exécuté, et pendant « la nuit ces vaisseaux pouvoient se mettre , à la faveur « du jusan , hors de la vue des ennemis; il s'éleva mesme (( avec le jour une brume qui favorisoit leur retraite; « mais le marquis de Yillette prit le party de faire peu « de voiles, de mettre souvent en panne, et de déta-
' Au commencement du reflux, au moment où la mer commencerait à descendre. (A. J.)
« cher des vaisseaux pour avoir des nouvelles de M. de
(( Tourville.
« Les neuf vaisseaux, qui n'estoient pas de la division « du marquis de Villette et qui s'estoient ralliés à luy, (( sont le Triomphant, le Modéré , le Prince, le Fleu- (c ron j le Fier, le Content , le Laurier, l'Excellent et « le Braire.
« Les vents estoient à la bande de Ves ' ; le marquis H d'Anfreville, qui faisoit l'oMeV, avec douze vaisseaux (( en bon estât, se trouva à une heure de jour sur la « route du marquis de Villette.
(( Anfreville estoit l'ancien lieutenant-général; le M marquis de Villette envoya son major prendre ses « ordres , et luy dire qu'il venoit de détacher le Maure « pour savoir ce que l'amiral estoit devenu.
(f Le marquis d'Anfreville avoit de son costé envoyé « de Mons dire au marquis de Villette la peine où ils « estoient tous du comte de Tourville; si bien qu'il « n'y eut rien de changé aux mesures déjà prises, et w ces vingt sept vaisseaux ensemble continuèrent à « faire peu de voiles , et à faire les détachemens néces- « saires pour découvrir l'Amiral.
« Le trentiesme , au lever du soleil , la brume se dis- « sipant, on apperçut trois vaisseaux anglois démastés, (( quifaisoient le nord; et bientost après on en descou- (f vrit deux autres , aussy démastés , faisant la mesme « route ; il y en avoit un si gros qu'on craignit d'abord (( que ce ne fust le Soleil-Royal ; mais on ne demeura
• Étaient tournés à l'est. (A.. J.)
« pas long-temps dans cette inquiétude; on le vit vert nir avec sept autres vaisseaux , qui avoient appa- « reillé avec luy, au coup de canon qu'il avoit tiré « pour signal.
« Le Soleil-Royal faisoit force de voiles ; mais quoi- « que tous ses mâts fussent debout, il avoit tant de M coups à l'eau qu'il estoit presque hors d'estat de na- « viguer.
« Il ne manquoit aux François que neuf vaisseaux et « trois généraux : Gabaret , Nesmond et Langeron , u tous trois de différentes escadres.
« Les trente cinq vaisseaux , qui restoientau comte « de Tourville, se virent, vers les cinq ou six heures du « matin , suivis de toute l'armée ennemie , grossie de « plusieurs vaisseaux , de sorte qu'elle estoit composée « de plus de cent, quoiqu'il en eust péry deux dans le « combat , et que plusieurs eussent esté obligés de se « retirer.
« Les trente cinq vaisseaux françois n'estoient plus « qu'à une petite lieiie de cette nombreuse armée. Ils « avoient perdu une partie de leurs ancres , la pluspart « estoient sans chaloupes et sans poudre, quand le « calme et l'estale de la mer obligèrent à mouiller « devant Cherbourg.
« Le marquis de Villette alla à bord de l'Amiral re- V. présenter au comte de Tourville qu'en s'opiniastrant w à garder son vaisseau, il exposoit le reste de l'armée « à une perte certaine. Le comte de Tourville voyoit {< cela comme luy, mais Desnotz et Chamelin ' ne vou-
' Les deux capitaines du Soleil- Ilnj al.
(f lolent point se charger des ëvénemens. On leur
c{ donna un ordre si précis qu'il fallut obéir.
(( Le comte de Tourville s'embarqua sur VAmbi" (( tîeux; il y fut suivy par vingt personnes. Renau ' « en estoit; il ne faisoit que d'arriver, apportant trop (( tard les avis de la jonction de toutes les forces na- « vales ennemies. Plusieurs corvettes, chargées des (( mesmes avis , que Bonrepaus envoyoit de la Hogue , « avoient manqué nostre armée'. On conclut, dès que « le comte de Tourville fut embarqué sur rAïubi- « tieux , qu'il falloit tenter de passer par le Ras-Blan- « chard. On prétendit par-là dérober une marée ence tière à l'armée ennemie, et en effet on commençoit « à la perdre de vue , quand on fut près du mouillage. « Le pilote Laisné, que M. de Tourville avoit amené « avec luy, fit mouiller trop tard ; cela fut cause que {( les ancres de V Ambitieux et celles de douze autres « vaisseaux , n'ayant pu tenir, on se vit forcé de couper. « On fut aussitost entraisné par la violence des courans
• Bernard Renau d'Éliçagaray, connu sous le nom de Petît-Renau , ou du chevalier Retiau, naquit en Béarn vers iQ5i, et fut élevé dans la maison de Golbert du Terron, intendant de la marine à Rochefort; il a même passé pour être son fils naturel. Golbert du Terron le fit entrer, en 1669, chez le comte de Vermandois, amiral de France. Doué du génie de la marine, Renau introduisit des changements importants dans la construction des vaisseaux; il en a même laissé un traité, imprimé en 1692 à la suite de son ouvrage sur les Evolutions navales. Inventeur des galiotes à bombes, il fut reçu, on ne sait trop à quel titre, membre de l'Académie française. 11 est mort en 17 19.
^ Louis XIV eut connaissance, devant Namur, d'une protestation des officiers de la marine anglaise qui ne lui permettait plus de compter sur une défection. Il envoya l'ordre d'éviter le combat. Il n'était plus temps. {Histoire de la Marine française, t. V, p. 71.)
(( et dans la nécessité de donner à la coste de Fi ance , « ou de tombera la raercy des ennemis.
((Le Soleil-Royal , le Triomphant et V Admirable (( allèrent eschouer à Cherbom'g ; V Ambitieux y le Merw veilleux , le Foudroyant, le Magnifique , le Ton- (( nant, le Saint- Philippe, le Terrible, le Fort, (( le Fier, et le Gaillard firent la route de la Hogue « et y mouillèrent h l'entrée de la nuit.
« Les Anglois poursuivirent ces dix derniers vais- {( seaux ; ils les auroient joints aisément si la course (( avoit esté plus longue, n'y ayant plus d'ancres (( pour estaler les marées.
(( Les Hollandois demeurèrent à observer ces vais- « seaux, qui avoient gagné le mouillage du Ras-Blan- (( chard.
« Le marquis de Nesmond , avec les cinq vaisseaux « de sa division, avoit déjà paru devant la Hogue, « quand le comte de Tourville y arriva ; Perinet et (( Roque-Persin, ayant reconnu l'Ambitieux, se ralliè- (( rent à luy, et augmentèrent par-là une perte qui (( comraençoit à nous paroistre indubitable.
« Le comte de Tourville, qui prétendoit avoir un (( ordre assez précis de ne rien faire, dans l'extrémité (( où il se trouvoit, sans avoir consulté le roy d'An- (( gleterre, le mareschal de Bellefonds, et M. de Bon- « repaus, alla le lendemain au matin trente et unième, f< à terre, accompagné de MM. d'Anfreville et de Vil- (• lette.
« On tint conseil, et l'on auroit conclu infaillible-
« ment à jeter les canons à la mer, à rendre les vals- (( seaux assez lëgers pour les eschouer fort près de terre, « à y faire des batteries et à travailler à des estacades , « si le mareschal de Bellefonds ne s'y estoit opposé , « en assurant que cela ne seroit pas du goust du Roy. (( On résolut donc de défendre les vaisseaux avec cent (« chaloupes bien armées que le mareschal de Belle- « fonds promettoit de nous envoyer.
u On apprit ce jour-là que les vingt deux vaisseaux, « qui avoient eu le bonheur de tenir avec leurs ancres « au Ras-Blanchard, parcequ'ils avoient mouillé préce cisément à l'estale de la mer, estoient heureusement « entrés à Saint-Malo , sous le commandement de Part netié.
« Il fut impossible au mareschal de Bellefonds d'arcs m^er aucune des cent chaloupes qu'il avoit promises, « et le second de juin on n'avoit fait autre chose que « hasler les vaisseaux un peu à terre, et eschouer les « six plus gros du costé de l'islet, auprès d'un fort, « qui est à la gauche de la Hogue, comptant parmi « ces six le Terrible , qui estoit eschoué dès le premier « soir. Les six autres du costé des Hoguets, derrière le « fort de la Hogue , dans une plage où les bastimens de « charge, qui y estoient en grand nombre, esehouoient « a toutes les marées.
« On estoit dans cette disposition quand on apprit « que les trois vaisseaux , qui s'estoient retirés vers (( Cherbourg, avoient esté bruslés par les ennemis, « malgré leur extresme résistance, et qu'une partie des
DU MARQUIS DE VILLETtË. 135
équipages avoit sauté en l'air, à l'entrée d'une fosse, appelée le Galet, et que mesme plusieurs officiers y avoient péry.
« Sur cette nouvelle, le mareschal de Bellefonds se rendit volontiers, mais trop tard , au sentiment des gens expérimentés à la mer. Le marquis de Villette, à la prière de ce mareschal , et par l'ordre du comte de Tourville, alla trouver le roy d'Angleterre pour luy dire qu'il n'y avoit pas un moment à perdre , si l'on vouloit sauver les équipages.
(f Les ennemis estoient déjà à la portée du canon des six premiers vaisseaux, quand le marquis de Villette vint en tirer les matelots , à quoy la diligence et le bon ordre servirent beaucoup.
« Il mit ensuite le feu à V Ambitieux , dont les ennemis pouvoient se rendre maistres, aussy bien que du Merveilleux et du Foudroyant; car ces trois vaisseaux , qui estoient les plus gros des six , estoient demeurés droits après l'eschouage , m^is le comte de Tourville donna ordre d'esteindre le feu qui estoit déjà pris à V Ambitieux. Cet ordre fut exécuté par les officiers de ce vaisseau avec beaucoup de peine et de danger. M. de Tourville se flattoit que quinze chaloupes, dont il n'y eti avoit que huit armées, empescheroient les ennemis d'approcher. Il se mit sur le canot de V Ambitieux , accompagné du marquis de Villette , de Coëtlogon , et de Renau , et s'avança pour animer par sa présence les chaloupes à faire leur devoir. Mais que faire, avec un si petit nombre, contre cent cinquante chaloupes ennemies , contre
« une demy-galère, deux galiottes à rames, et plusieurs « bruslots , soutenus par cent vaisseaux de guerre?
« Le troisième (août) , au matin , les ennemis bruslèu rent les six autres vaisseaux de guerre, et si M. de (( Villette n'eust pris un soin particulier de jeter des « matelots et des soldats, et quelques grenadiers , que (( luy fournirent MM. de Vaubécourt et de Nanclat , « dans les bastimens décharge qu'il vit abandonnés, u tout auroit eu le mesme sort. On sauva la plus grande « partie de ces bastimens, non sans péril, car ce secours « fut mené par M. de Villette, sous le feu des ennemis, « qui en faisoient un extraordinaire de canons, de <( mousquets, et de grenades, et cette nation insolente, « enflée par le succès , n'épargna pas son Roy, qui re- (( gardoit ce terrible spectacle, et luy tira quelques « coups avec connoissance.
<( Voylà la triste fin d'une aventure qui n'a rien que « de glorieux pour la marine de France. La journée « du vingt neuf fut remplie d'une infinité d'actions de « valeur, et si les jours suivans nous ont esté funestes, (( c'est par le seul désavantage de la situation.
« Les généraux françois n'auroient peut-estre rien u à se reprocher, s'ils avoient eu le temps de se conte certer avant le combat , et de chercher entre eux les (( moyens de suppléer à l'inégalité du nombre et au (( manque d'endroits pour se retirer ; mais on se trouva « à la pointe du jour, si près des ennemis , qu'il n'y « avoit plus à délibérer, et les ordres de combattre , « fort ou foible, estoient si précis que le comte de (( Tourville ne crut pas en pouvoir différer l'exécution.
« Il y a pourtant des gens qui disent qu'en sa place « ils auroient jugé que l'intention du Roy ne pouvoit « jamais avoir esté d'engager son armée navale à une «perte certaine, et qu'il estoit aisé de comprendre « que les vents , qui avoient esté contraires aux Fran- « çois , avoient favorisé la sortie et la jonction de tous « les vaisseaux ennemis , et que sur le rapport d'un « Suédois , auquel le comte de Tourville et le marquis « de Villette parlèrent, la veille du combat, on n'au- « roit pas mal fait de mettre en panne, pendant la (( nuit, pour ne pas se trouver tout d'un coup réduit « à n'avoir à prendre qu'un seul party et si extresme. « Il y a aussy des gens qui , dans la place du comte de u Tourville, auroient tasché de démesler l'affaire, en (( attaquant seulem.ent l'avant-garde, composée des seuls « Hollandois , et en taschant par-là de leur rendre les (( Anglois suspects d'une intelligence avec nous. Ceux « qui ont eu cette pensée n'ignorent pas que , sous « ombre de démesler l'affaire par cet expédient, on « se seroit exposé, en cas que le vent eust changé, ou « fraischy, à se voir affaller à la coste de France et à « y périr ; mais enfin il faut quelquefois dans les choses u désespérées agacer la fortune, et chercher des acci- « dens heureux.
« Cependant il est constant que tout ce que fit , ce « jour-là, le comte de Tourville est si grand et si beau «qu'il n'a rien à excuser ny à défendre, et que c'est « par envie qu'on a voulu le regarder comme un (( homme piqué par les choses dures qu'on luy a voit « escrites. S'il avoit agi par humeur, il y auroit eu des
K momens de relasche , où il se seroit démenti , au « lieu qu'il fist pendant douze ou treize heures tout « ce qui est du caractère héroïque.
(( Le marquis de Villette le seconda , et si les autres « généraux avoient eu la mesme régularité à prendre , « pour leur partage , ceux des pavillons ennemis qui (( leur estoient parallèles , le désavantage du nombre « n'auroit point esté augmenté par le désavantage des « mouvemens. Ce fut luy qui mesura la première dis- « tance du combat , et le comte de Tourville fut sur (( le point de luy faire tirer un coup de canon à balle, « pour l'avertir qu'il s'approchoit trop près.
« On peut dire aussy que ce fut le marquis de Vil- (( lette qui s'avisa de faire mouiller à l'estale de la mer ; « car dans le plus fort du combat il y pensa, et il en- « voya pour cela le chevalier de Chavagnac recevoir et (f porter les ordres du comte de Tourville.
« Il n'y avoit rien en cela contre la prudence , et « quoyque nos vaisseaux fussent obligés par-là à de- (( meurer cinq heures immobiles, sous le feu conti- « nuel d'un plus grand nombre de vaisseaux ennemis, (f il n'y avoit rien autre chose à faire pour éviter une « déroute entière et la perte des quarante quatre vais- « seaux. Le marquis de Villette fit aussy, le lendemain « et les jours suivans , tout ce que le zèle peut inspirer, « mais on n'examine icy que ce qui se passa dans la « journée du 29, où personne n'eust plus de part à « la gloire de l'amiral blanc que son vice-amiral.
« Le chevalier de Coëtlogon se distingua par un ente droit que l'événement a autorisé. Au lieu de suivre
((M. Cabaret, son amiral, il s'attacha au comte de « Tourville, et fit des merveilles avec luy. Tout bien « regardé , Coëtlogon n'a pas montré en cette occasion « moins de bonne conduite que de fermeté, et il est (( digne de beaucoup de louanges.
« Voylà ce qu'on peut dire des trois généraux qui « ont le plus long-temps combattu ; les autres peuvent M avoir aussy bien manœuvré, et l'on prétend que le « marquis d'Anfreville avoit pris très judicieusement « le seul party qu'il y avoit à prendre, pour laisser « quelque ressource d'espérance à nostre corps de ba- « taille ; car si l'avant-garde françoise , qui n'avoit pas « assez de vaisseaux pour occuper celle des ennemis , (( avoit poussé leur teste, la division du vice-amiral « blanc alloit estre enveloppée par vingt cinq vais- « seaux qu'on laissoit hors d'oeuvre , et qui n'aui^oient « pas voulu estre simples spectateurs. C'est ce que le « comte de Relingues fit remarquer au marquis d'An- « freville, par l'officier qu'il luy envoya. Personne ne (( conteste ce fait et l'événement a fait voir que ces deux « officiers-généraux , qui dans une infinité d'occasions « avoient donné des preuves de leur courage, n'ont {< regardé dans cette importante journée que le bien « de l'affaire en général. Si les choses avoient esté dans « une autre situation , ils auroient combattu plus long- « temps et de plus près qu'ils n'ont fait.
(( Le marquis de Nesmond, qui menoit la division « de la teste, arriva à propos sur celle des ennemis, et « ce fut contre son intention que les premiers coups
u furent tirés du Saint-Louis , par l'impatience d'un (( canonnier. Il arriva ensuite qu'un canon de ce valser seau creva, et tuant vingt hommes y apporta un peu u de confusion. Perinet fit la faute qu'on a déjà mar- « quée. Les autres vaisseaux de cette division de la teste (( ne quittèrent point leur vice-amiral , et Feuquières « y fut tué , en se signalant. Mais , pour venir au mar- « quis de Nesmond , il combattit fort bien , et si le « lendemain il se trouva séparé du marquis d'Anfre- « ville, son amiral, ce fut parceque le chevalier de {( Chavagnac , entraisné par les courans et coupé par « les ennemis, n'eut pas assez de jour pour porter juste ques là les ordres du comte de Tourville. C'estoit aux « généraux de l'escadre bleue et blanche à y suppléer, (( et c'est peut-estre la seule faute qu'on ait à leur re- « procher; car pour ce qui est de n'avoir pas rejoint « les douze vaisseaux qui ne purent éviter leur cruelle «destinée, en mouillant à la Hogue, le marquis de « Nesmond et ceux qui le suivirent au Havre firent en « cela tout ce qui convenoit au service.
« Le marquis de Langeron , contre-amiral du corps « de bataille, avoit Raymondi, major général, pour (( ennemy déclaré. C'est sur cet ennemy que le comte « de Tourville rejette un scandale trop public, c'est- « à-dire le signal de reproche qu'on fist du Soleili< Royal , pour faire connoistre que Langeron n'occu- « poit pas son poste, avant que le combat fust comte mencé; mais enfin ce reproche auroit esté réparé dans (t les diverses actions du jour, et surtout dans celle du
DU MARQUIS DE VILLETTE. Hl
soir, si le marquis de Langeron , qui fut averty du mouillage, s'estoit tenu la nuit suivante dans son poste , à la teste de sa division et auprès de celle de l'amiral blanc, et s'il n'avoit point pris le bizarre party de retourner en France avec M. Cabaret. (( Il y auroit bien plus de choses à dire sur le chapitre de M. Panetié qui se trouvant coupé par les ennemis , dès que les deux armées furent en présence, et avant qu'on eust tiré un seul coup , prit le party de tenir le vent, de sorte qu'on fut surpris de voir, trois heures après, le général et la division qui devoit fermer la ligne de l'armée françoise et demeurer à la queue, passer à la teste et s'approcher du marquis d'Anfreville. ïl faut donc avouer que M. Panetié eust mieux fait de prendre la résolution de périr dans son poste; mais à certains égards, ce fut une faute heureuse , car les ennemis l'ayant poursuivi inutilement, les divisions du comte de Tourville et du marquis de Villette combattirent long-temps avec un costé libre et avec moins d'ennemis que si trente deux vaisseaux
( qui avoient coupé la division de la queue fussent tombés sur eux aussitost qu'ils le pouvoient. On sait d'ailleurs que M. Panetié est un brave homme, et qu'il sait son mestier ; on n'accuse pas Cabaret d'igno-
:< rer le sien , mais ceux qui ne l'aiment pas prétendent que diverses relations , qui sont venues de son bord, sont autant d'apologies. Le fait est que Caba-
( ret, n'ayant pas assez de vaisseaux pour occuper toute l'arrière-garde des ennemis, et se voyant séparé de Panetié et coupé par toute l'escadre bleue d'Angle-
« terre , se crut obligé de tenir tout au plus près du « vent, qui estoit mou, et comme le vent changea, il (( fut impossible à Gabaret de reprendre son poste , de « sorte que le comte de Tourville, se trouvant sans « arrière-garde, fut enveloppé par les ennemis. Il dit (( que M. Gabaret devoit au moins, sans s'esbranler, « attendre les premiers efforts de l'escadre angloise « qui les avoit doublés , et prendre garde à ne pas aug- (( menter le désordre, en venant se rompre sur nostre « corps de bataille. Le comte de Tourville dit aussy (( que M. Gabaret, qui pouvoit avoir eu des raisons pour (( couper, à l'approche des bruslots ennemis, devoit (( mouiller une seconde fois, après les avoir évités. ((Ricoux, commandant l'Entendu , se trouva, on ne (( sait comment , séparé de tout le monde. Les autres (( vaisseaux de cette division, quoyqu'ils ne vissent plus « leur amiral , ne laissèrent pas de bien combattre.
« Les vaisseaux particuliers, qui ont le plus com- « battu et le plus souffert , sont ceux des divisions du « comte de Tourville et du marquis de Villette, car « aucun d'eux n'a abandonné son pavillon. Les seconds « de M. de Tourville, d'Anfreville et du Magnon, ont (f partagé les coups et l'honneur de leur amiral.
(c Le Glorieux y distingué par une croix de Malthe à « son hunier d'avant, fît remarquer aux ennemis l'ex- « tresme valeur du commandant de ce vaisseau.
(c Les trois vaisseaux de l'arrière du marquis de Vil- H lette, commandés par Montbrun, Des Augers et t( La Luzerne , se tinrent à leurs postes et y remplirent {( leurs devoirs pendant tout le jour. Mais on peut dire
« que Rochalard et la Rongère , l'un à la teste de cette « division et l'autre à l'avant de VJmhitieuXy se distin- « guèrent. Il y eut deux lieutenants tués sur le Maure « et un sur le Henry. Le nombre des morts et des « blessés de toute l'armée ne va qu'à dix sept cents « hommes et à quatre vingts officiers, y compris ceux (c qui ont péry aux embrasemens des vaisseaux, et les (( ennemis ne désavouent pas la perte de cinq mille « hommes des leurs , et dans ce nombre celle de deux « généraux Cartel et Hastings et de plusieurs officiers (( de marque ' . »
' Cette relation du trop célèbre combat de la Hogue est d'autant plus précieuse, que les Archives de la marine n'offrent à cet égard aucun récit officiel. Une relation publiée par l'auteur de V Histoire de la Marine française, est tirée des manuscrits de Colbert qui font partie de la Bibliothèque royale.