‹ Mémoires;Chapitre 67 sur 77 · VICE-AMIRAL DE FRANCE · texte numérisé non relu

VICE-AMIRAL DE FRANCE

AU MARQUIS DE SEIGNELAY

LETTRE DE DU QUESNE AU MARQUIS DE SEIGNELAY'

Monseigneur , J'ay eu l'honneur de vous escrire du canal de Piombin ,

' L'escadre de Du Quesne, pour la campagne de 1680, se composait ainsi qu'il suit, selon la liste qui se trouve au f° 70 du vol. XL VIII , Collect. manusc. des Ordres du Roj. (Arch. de la marine.)

Le Florissant , vaisseau du deuxième rang. Ce vaisseau fut trouvé mauvais par Du Quesne qui demanda en remplacement le Saint-Esprit. Cette demande donna lieu, de la part de Colbert, aune correspondance à laquelle nous croyons devoir emprunter les passages suivants : « Quoique S. M. n'eust pas dessein de faire servir un vaisseau « plus grand que Iç Florissant à la teste de l'escadre dont Elle vous a « donné le commandement, sur les instances pressantes que vous en « faites pour avoir, au lieu de ce vaisseau, le Saint-Esprit ,^llevousVai « accordé avec les 5o hommes d'augmentation que vous estimez néces- •« saires pour le naviguer. » (Lettre du 5 mars 1680 ; vol. XLIX; Collect. des Ordres du -Roy, f" 120 v°. — « Je vous ay déjà fait sçavoir que « le Roy vous avoit accordé le vaisseau le Saint-Esprit, au lieu du « Florissant; mais je suis obligé de vous dire que ces sortes de chan- « gemens, que vous proposez ordinairement, ne plaisent pas à S. M., et 'f qu'il luy a paru que cela procède des difficultez trop fréquentes que w vous faites sur ce qui regarde le service. )> (Lettre du i4 mars; p. i55 V ; vol. XLIX.) Le reproche si grave contenu dans les dernières lignes de celte seconde lettre était-il mérité ? Du Quesne manquait-il

au commencement de ce mois , par la voie du consul de

d'empressement à se conformer aux ordres de la Cour ? ou bien l'impatience de Colbert n'était-elle pas trop grande ? Il y a cela de vrai qu'il ressort de toute la correspondance du ministre avec les intendants, les amiraux et les commandants de la marine, qu'en général on obéissait mal au Roi et à Colbert ; qu'on visitait mal les vaisseaux, encore si mal construits, qu'on voit une escadre commandée par Tourville en perdre plusieurs qui s'ouvrent pendant un coup de vent, faute de solidité dans leurs liaisons; que les radoubs étaient faits avec négligence et, qu'au moment de mettre à la mer, quand on y regardait de plus près, on s'apercevait que les bâtiments étaient hors d'état de supporter les fatigues d'une campagne. De là ces changements dont se plaint Colbert et dont il fait retomber la responsabilité sur Du Quesne avec d'autant plus de sévérité que Du Quesne était un des plus anciens et des plus illustres officiers de la marine , et que son 'exemple pouvait être tout-puissant sur un corps, où il y avait peu de discipline , et où chacun se croyait en droit d'en prendre à son aise quant à l'exécution des ordres du ministre. — A la place du Florissant ce fut donc :

Le Saint-Esprit, vaisseau de deuxième rang, plus grand que le Florissant, car il était armé de 76 pièces de canon, quand celui-ci n'en avait que 72. Le Saint-Esprit uvait été lancé à Toulon en 1676. Il avait 45o hommes d'équipage. Outre le lieutenant-général, le Saint-Esprit porta trois capitaines : les sieurs de la Motte (de i668), du Chalard (de 1676) et Du Quesne-Guiton, neveu de l'amiral, capitaine de 1678. Ce troisième capitaine n'était pas le seul des parents du lieutenants général qui fût à bord du vaisseau-pavillon : Du Quesne-Mosnier et Du Quesne-Monros , enseignes, faisaient partie de l'état-major. L'un des deux était neveu de l'amiral ; il étaient protestants , ce que l'on apprend par une lettre écrite par Seignelay à M. de Vauvré, inten dant de la marine, à Toulon, en lui envoyant des congés sollicités par ces officiers. ( Collect. des Ordres du Roy ; vol. XLIX , fol. 55o.)

L' Asseurt , vaisseau de troisième rang ; construit à Toulon , en

1666, sous le nom èi\\.Lys; du port de 1000 tonneaux; armé de Ç>o

canons et de 35o hommes d'équipage. Du Quesne avait demandé qu'on

, lui donnât le Ferme à la place de celui-là , et ce Vaisseau fit campagne;

il était de quatrième rang et n'avait que l\o canons. A bord de ce

Livourne"; depuis, j'ay envoyé la felouque à Givitaveche,

bâtiment était le marquis d'Amfreville , chef d'escadre de Languedoc depuis 1677, qui devint lieutenant-général, en 1688. Trois capitaines montaient Z'^.Mure •• MM. d'Aligre (delà promotion de 1677), de Roussel et de Champigny (de 1680).

Le Fortuné, de troisième rang, construit à Toulon, en 1671 , du port de ïooo tonneaux ; fort de 5Q pièces et 35o hommes d'équipage, s'était appelé l'Émérillon. Il était commandé par le chevalier d'Amfreville, capitaine de i665; qui devint chef-d'escadre de Guyenne, en 1693. Les deux autres capitaines étaient Des Francs et de Ferville (de ï68o).

L'Heureux , de troisième rang, construit à Toulon, en 167 1 ; du port de 900 tonneaux, portant 35o hommes d'équipage et 5o canons. H avait pour premier capitaine de Saint- Amans (promotion de 1673), sous qui servaient comme deuxième et troisième capitaines de Salampart (de 1677), et de La Roque-Persein (de 1680). Un officier parent de Villette-Mursay , son fils peut-être, était à bord de l'Heureux comme premier enseigne. En 168 1, il quitta la marine. Il est porté sur la liste des officiers dont le Roy ne veut plus se servir sur ses vaisseaux; vol. n" L, Ord. du Roy, p. 55.

La Bien- Aimée , frégate-légère, construite à Toulon en 1672; du port de 3oo tonneaux, armée de 24 canons, avec 120 hommes d'équipage. C'est Colbert de Saint-Mars, capitaine de vaisseau de 1679, qui la commandait.

L'Espion, brûlot que nous ne voyons porté ni sur l'état de la marine pour 1679, ni sur la liste de iG83. Il fut lancé probablement en 1679 ou au commencement de 1680, et il périt avant i683. Il était commandé par Honorât, dont nous ne voyons le nom sur aucune liste.

La Françoise, flûte hollandaise, prise en 1668, du port de 3oo tonneaux , ayant 8 canons et 26 matelots , avec 9 officiers mariniers et 2 officiers, total 38 hommes d'équipage. Elle était commandée par de la Clide-L'Estrille, capitaine de flûte depuis 1670. La Clide fut réformé en 1681, par décision du 8 février. V. Ordres du Roy, vol. L, fol. 55, aux Arch. de la marine. (A. J.)

' Le 3o juin, Du Quesne avait adressé de Piombino à Seignelay une dépêche qu'on n'a pas retrouvée. On voit , par un état sommaire , joint à ces manuscrits , que Du Quesne y rendait compte au ministre

qui m'a rapporté des réponses des consuls dudit lieu et de Rome , d'où Von masseure que les galères de Naples n'en

de ce qu'il avait fait en Sardaigne et à Piombino, et il lui soumettait en outre diverses observations sur Alger et Tripoly. Seignelay y répondit de Calais, le 11 juillet 1680 :

« Monsieur , pour répondre à la lettre que vous avez pris la peine « de m'escrire, le 3o' du mois passé, le Roy a receu des nouvelles « certaines que les galères de Naples ne doivent point sortir du lieu « où elles sont; et comme celles du duc de Tursy sont renfermées « dans le port de Barcelonne par les dix-huit galères commandées par « M. le duc de Vivonne, S. M. n'estime pas à propos que vous demeu- « riez plus longtemps sur les costes d'Italie, ainsy elle veut que vous « vous en alliez à Tripoly, aussytost que vous aurez receu ceste lettre, « et que vous exécutiez ponctuellement tout ce qui est porté par vostre « instruction, et par la lettre que je vous ai écrite le 8 juin dernier , « tant à l'égard de Tripoly que d'Alger. Je suis , etc. » ,.;( Collect. manusc. des Ordres du Roy , vol. XLIX,fol. 354, aux Archives de la marine. )

La lettre du 8 juin , à laquelle le ministre renvoie Du Quesne , se trouve au vol. XLVIII, fol. 227, des Ordres du Roy. Elle est précédée d'une lettre de créance au day et divan d'Aller, pour M. Du Quesne, ainsi conçue :

. « Illustres et magnifiques seigneurs, nous avons receu les lettres que « vous nous avez écri t aux mois de février et de novembre de l'année der- « nière, concernant les turcs d'Alger, qui sont sur nos galères, et comme « nous avons chargé le sieur Du Quesne, lieutenant - général de « nos armées navalles , commandant les vaisseaux que nous avons fait « armer cette année au Levant, de vous expliquer nos intentions, tant « sur ce sujet , que sur celui des françois qui sont esclaves en ladite « ville d'Alger, nous souhaitons que vous donniez une créance entière « à tout ce qu'il vous dira sur ces deux points, et sur tout ce qui « pourra contribuer à maintenir la paix qui a esté conclue par nos « ordres. Escrit en nostre chasteau royal de Fontainebleau, etc. »

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