AD SIEUR DU QUESNE
t/oa . (4 Fontainebleau, le vui< juin 1680.
« Monsieur Du Qu<esne, vous trouverez ci-joint une lettre de créance « pour le day et le divan d'Alger, en cas que le temps puisse permettre
sortiront point , tant qu elles sçauront celles du Roj-en ces
mers d'Italie et es costes de ce royaume. Je suis ensuite
i( d'aller à la rade de cette ville , lorsque vous aurez exécuté les ordres « que je vous ai donnés, soit pour empescher la jonction des galères « de Naples, Sicile et Sardaigne, soit pour obliger les corsaires de « Tripoly à conclure la paix aux conditions que je vous ai marquées; « mon intention est que vous alliez audit Alger pour demander répa- « ration des contraventions que les corsaires de cette ville ont fait aux « traités de paix que je leur ay accordés; vous devez estre informé <f qu'ils m'ont demandé la restitution de sept turcs de leur ville, qui « ont esté pris par un marchand françois, en se sauvant d'Espagne à « Alger; et, comme je suis bien aise de me servir de ce moyen pour « retirer ceux de mes sujets qu'ils retiennent contre la bonne foy des- « dits traitez, je vous permets de leur offrir de ma part la liberté desdits « sept turcs, pourvu qu'ils accordent celles des françois qu'ils relien - « nent esclaves, soit qu'ils aient esté pris sur les vaisseaux estrangers « où ils estoient embarquez comme passagers , » (Par une lettre du 23 mai 1680, Colbert ordonna à Du Quesne de rayer ce mot passagers, qui se trouvait aussi dans le projet de traité avec le dey , envoyé de la Cour au lieutenant- général. ) « soit qu'ils aient esté pris et menés à « Alger par les corsaires de Salé ; et , en cas que vous ne puissiez obte- « nir la liberté de tous ceux de mes sujets qui sont à Alger, faites en « sorte d'en avoir quatorze pour les sept turcs, et je vous permets, à « toute extrémité, devons contenter d'un pareil nombre de françois, « au cas que vous ne puissiez obtenir davantage.
« Je veux que vous fassiez instance, en mon nom, ausdits day et « divan , pour empescher que les corsaires de Salé n'ayent la liberté « d'armer en laditte ville, ny d'y vendre les prises qu'ils font sur mes (f sujets, et vous pouvez leur dire que je ne souffre point que celles qui « sont faites sur les corsaires d'Alger soient menées dans les ports de « mon royaume, et qu'aussy je prétends qu'ils fassent obsejver la « mesme chose.
« L'art. 4 de 1666, dont vous trouverez ci-joint une copie» (cet extrait n'a pas été mis en note par le copiste des Ordres du Roy), « por- « tant que tous les françois qui seront pris, sous quelque bannière « que ce soit, seront mis en liberté, je veux que vous insistiez forte- « ment contre la prétention que les corsaires de ladite ville ont de
entré dans cette baye de Naples avec l'escadre , le douziesme de ce mois ,* fem^ojai aussytost un billet au consul de la nation françoise de venir à bord y ce qu'il fit^ lequel me confirma que les galères de Naples estaient rentrées dans leur darse*, au nombre de huict ^ sur Vadvis que celles du Roy estaient aux castes d'Italie, à dessein de venir icy , et que, dans cette croyance, elles auraient quitté leur poste du Mole, pour y laisser celles du Ray. Que ce sait un prétexte ou autrement, nous les avons trouvées dans leur darse , fort pressées et enfermées. Le consul adjouste que les advis secrets qu'il a, sont que, quojque lesdites galères soient espalmées de frais , et que le dessein estait de leur faire embarquer cinq au six
« prendre et de faire esclaves ceux de mes sujets qu'ils trouveront sur « les vaisseaux estrangers , et que vous fassiez en sorte de les faire con- « venir que les françois qui seront pris et menez en ladite ville ne « pourront estre esclaves, de quelque manière qu'ils ayent été arrestés, «c et vous pouvez les assurer, en ce cas, que je ne souffrirai pas qu'il soit « achepté aucun turc d'Alger pour la chiourme de mes galères.
« J'ay appris que lesdits corsaires prennent la liberté de venir dans « les rades, et jusques à l'entrée des poi-ts de mon royaume, pour « arrester les bâtimens qu'ils rencontrent en mer ; et, comme cela est « contraire auxdits traittez, mon intention est que vous les fassiez con- « venir de n'approcher, pour faire des prises, qu'à dix milles des costes « de mon royaume , et comme vous pourrez trouver de la difficulté à « obtenir tous ces articles, je veux, s'ils les refusent, que vous les me- " naciez de leur déclarer la guerre -, mais que vous ne vous serviez de « ces menaces que pour les obliger à convenir de ce que vous leur « proposeriez, n'estant pas de mon service ny du bien du commerce de « mes sujets, de rompre la paix avec ces corsaires. Sur ce, etc. » ( Collection manuscrite des Ordres du Roy, vol. XLIX , fol. aSS v", aux Archives de la marine.)
• Darse , de l'italien Darscna ; petit port dans un plus grand , quelquefois fermé de murs et de chaînes. On y renfermait les galériens et on y radoubait les bâtiments destinés à des expéditions secrètes.
cents très-méchants soldats quils tiennent enfermés depuis long-temps pour les descendre à Final, que le dessein est changé, et qu'ils attendent des vaisseaux génois ou d'autre nation pour les y embarquer. Il dit de plus que les gens de liberté desdites galères sont si mal payés , que, quand on a voulu les faire embarquer , ils se sont sauvés dans les églises , disant ne pouvoir plus servir, ce qui a contraint le viee-roy de leur faire payer deux mois , et depuis encore trois , quand il a sçeu que les galères de France s approchaient de ces costes j que nonobstant ces payements, chacun est persuadé que, quoyque ce qu'il j a de chiourme dans lesdites galères , soit belle et bonne , quil ny en a pas , ni des gens de liberté, à beaucoup près ce qu il en faudroit. Ainsi ^ que ces huict galères ne pourraient estre prestes , lors mesme que les galeries du Roy seront retirées dans l'automne. Sur ce fondement , Monseigneur, et que les galères de Sicile , quand elles seraient toutes prestes , ont des raisons particulières pour la seureté de leur Estât, dont, sans doute, vous estes mieux informé que moy , faj cru que je pouvais prendre le partj de passer outre à V exécution de la suite des ordres du Roy , contenus dans mon Instruction^.
' A Samt-Germain, le21« avril 1680.
INSTRUCTION QUE LE ROY VEUT ESTRE MISE EZ-MAINS DU SIEUR DU QUESNE , LIEUTENANT-GÉNÉRAL DES ARMEES NAVALLES, COMMANDANT l'eSCADRE DES VAISSEAUX QUE SA MAJESTE FAIT METTRK EN MER DANS LA MÉDITERRANÉE.
« Il trouvera ci-joint la liste des vaisseaux dont ladite escadre sera composée, et celle des noms des officiers qui les doivent commander.
ff S. M. ne doute pas, qu'à l'égard des vivres , pour sept mois, qui doivent estre embarquez sur ces vaisseaux, de leur radoub, et de tout ce qui concerne l'exécution des régleniens de marine, il n'ayt observé avec soin tout ce qui est porté par lesdits régleniens , n'ayt donné l'exemple aux autres officiers de s'y conformer de mesme, et qu'il n'ayt
Mais avant que de sortir de cette baye , j 'ay cru , sur ce
que j'ay appris de l'injustice que le vice-roy souflfre estre
considéré ce point comme le plas important et le plus nécessaire pour contribuer à mettre la Marine de S. M. à un plus haut point de perfection que toutes les marines étrangères. La résolution que S. M. a prise d'empescher les escadres des galères d'Espagne de sortir des ports de leur retraite ordinaire, et de se joindre , sans saliierles pavillons ou estendarts, égaux ou inférieurs de ses vaisseaux et galères, est le principal et le plus important dessein que S. M. a eu dans l'armement de cette escadre.
« Pour cet effet, S. M. veut que ledit sieur Du Quesne employé tout ce que sa longue expérience et sa capacité luy donnent de connoissance dans la navigation pour parvenir à l'une de ces deux fins, ou que lesdites escadres de galères d'Espagne demeurent dans leurs ports, sans en sortir ; ou , si elles en sortent , qu'il les rencontre en mer et les force à saluer un pavillon inférieur à celuy qu'elles portent.
« Quoique S. M. se confie et se remette entièrement à son expérience et à sa capacité, pour tout ce qui concerne sa navigation, Elle désire toutesfois luy faire connoistre, par cette instruction, les principales observations qu'il doit faire pour réussir dans le dessein de S. M.
« Il sçait que l'escadre des galères d'Espagne, appelée de Gènes, commandée par le duc de Tursy , est à Barcelonne, ou à Palamos , et que l'escadre d'Espagne est à Carthagène , celle de Sardaigne à Caillery , celle de Naples à Naples ou à Gayette , et celle de Sicile à Palerme.
<f II ne doit rien faire pour les deux premières escadres, dont S. M. confie le soin au sieur duc de Vivonne, général des galères de France.
« Mais à l'égard des trois autres, S. M. estime qu'il doit se faire voir, et s'approcher, autant que les vents et la mer luy pourront permettre, de ces trois ports; qu'il s'informe toujours de l'estat auquel sont les galères de ces escadres, et en cas qu'il juge que les premières dont il s'approchera ne soient pas en estât de sortir de cet esté , il les laissera pour aller visiter la seconde escadre, et ainsy de suite, et S. M. veut qu'il publie partout que S. M. a trente galères en mer et vingt vaisseaux, qui n'ont autre ordre, pour toute cette campagne, que de
faite aux subjects de Sa Majesté , de luy faire sçavoir par le
consul que j'avois ordre de demeurer toute l'année dans les
faire saluer les pavillons et estendarts inférieurs de S. M. par toutes les galères d'Espagne.
« S. M. fait pareillement répandre ce bruit-là partout, afin que les galères d'Espagne ne sortent pas de leurs ports , ou qu'elles se résolvent au salut que S. M. désire; en l'un et en l'autre de ces deux cas, S. M. en recevra beaucoup d'avantage.
« En cas que ledit sieur Du Quesne trouve quelqu'une de ces escadres, ou en estât de sortir, ou que l'on travaille à la mettre en mer, S. M. veut qu'il demeure en ce lieu-là, ou le plus près que les vents et la mer luy pourront permettre, et qu'il se déclare qu'il l'attendra pour la combattre , en cas qu'elle fasse difficulté de saluer.
« Et comme il y a beaucoup d'apparence , ou qu'il ne trouvera pas ces galères en estât de sortir , ou que cette déclaration fera suspendre leur sortie et mesme les fera désarmer, S. M. veut que, aussytost qu'il aura veu quelque apparence à cette disposition , il passe à un des autres ports, pour y faire la mesme chose. Mais, en cas qu'il s'apperçeust que, nonobstant cette déclaration, elles se maintinssent toujours en estât de sortir, S. M. ne veut pas qu'il demeure l'esté entier devant une seule place; Elle désire qu'après y avoir séjourné douze ou quinze jours, et avoir fait toutes les démonstrations qu'il estimera pouvoir contribuer à leur faire prendre la résolution de désarmer, il passe en un autre port pour y faire la mesme chose.
« Mais s'il trouvoit que les deux premières escadres fussent demeurées en bon estât et dans la résolution de sortir, nonobstant les déclarations qu'il auroit pu faire , et que la troisième fust dans cette mesme résolution , pour se joindre, en ce cas il s'attachera à empescher cette troisième , qui vraysemblableuient sera celle de Sicile , de sortir et de se joindre, et , en ce mesme cas , il demeurera pendant toute la campagne dans les mers de Sicile , Naples et Sardaigne , et fera tout ce que la navigation , les vents et les mers luy pourront permettre pour trouver ces escadres en mer et les obliger de saluer, ou les combattre fort ou foible . ^st , ^f .f|oo« «i
« Pour cet effet, S. M. ne veut pas qiï'il porte le pavillon de viceadmiral , mais seulement une cornette , ce qui est aussy conforme au
mers de Naples, Sicile et Sardaigne , pour faire rendre jus-
réglement fait par S. M., qui ne permet d'arborer ce pavillon que lorsqu'il est accompagné de six vaisseaux.
« S. M. veut bien l'informer qu'elle fait armer ses trente galères, sçavoir . dix-huit sous le commandement du sieur duc de Vivonne , qui a ordre d'aller chercher ladite escadre de Gènes, qui est à Barcelonne ou à Palamos , et celle d'Espagne , qui est à Carthagéne ; et les douze autres, sous le commandement du sieur chevalier de Noailles, lieutenant- général des galères, qui a ordre d'aller chercher celles de Sardaigne, Naples et Sicile.
n L'intention de S. M. est, qu'en cas que toutes les escadres des galères d'Espagne estant jointes , il fut nécessaire de rejoindre les forces maritimes de S. M. pour les combattre , ledit sieur Du Quesne commande les douze galères du sieur chevalier de Noailles, et qu'il obéisse audit sieur duc de Vivonne , loi'squ'il sera rejoint.
« Lorsqu'il aura exécuté tout ce qui est dit ci-dessus , et, en cas qu'il ne soit pas obligé de demeurer dans les mers de Naples et Sicile toute la campagne, S. M. veut qu'il s'en aille à Tripoly, pour s'appliquer à faire la guerre aux corsaires de cette ville , et qu'il demeure devant ce port, autant que les vents et la mer luy pourront permettre, et qu'il demeure toujours le plus proche de ladite ville qu'il luy sera possible, soit pour empescher les vaisseaux corsaires d'en sortir, soit pour les empescher d'y rentrer ; qu'il détache toujours quelques-uns de ses vaisseaux pour les aller chercher dans tous les lieux où ils ont accoustumé de croiser, et de faire le cours ; en un mot , qu'il fasse tout ce qu'il estimera nécessaire et à propos , soit pour les ruiner et prendre leurs vaisseaux, soit pour les obliger à accorder la liberté aux vaisseaux françois dans leur navigation, et mesme de rendre les françois qu'ils ont fait esclaves ; le tout aux conditions portées par le projet du traité qui est joint à la présente instruction.
« S. M. veut pareillement qu'il leur déclare qu'Elle tiendra toujours des escadres de ses vaisseaux en mer, soit pour fermer leur port, soit pour les suivre parlout et les combattre, jusqu'à ce qu'ils ayent donné l'asseurance et signé le traité qu'Elle leur demande.
« S'ils refusent, il demeurera dans les mei's les plus proches de celte ville, et leur continiiera cette guerre jusqu'à la fin de ses vivres.
« Si, au contraire, il les oblige à signer le traité, il partira aussj-
tice aux subjects du Roy, des déprédations faites sur eux, depuis la dernière paix , par des corsaires de Naples et de
tost et viendra passer devant Tunis et Alger, et demandera aux gouvernemens de ces deux villes la délivrance de tous les esclaves françois et la restitution de tout ce qu'ils ont pris aux sujets de S. M., au préjudice des traitez qui ont esté cy-devant fait avec eux, s'arrestera en chacune , autant qu'il estimera à propos , pour obtenir quelque satisfaction , sans toutesfois leur faire aucune menace , ny mauvais traitement, qui puisse les obliger à rompre plus ouvertement lesdits traitez, dont l'exécution est toujours avantageuse aux sujets de S. M.
« Elle veut seulement qu'en leur faisant connoître que S. M. aura toujours de puissantes escadres de ses vaisseaux et de ses galères en mer, ils soient portez à exécuter plus ponctuellement lesdits traitez qu'ils n'ont fait jusqu'à présent. En cas que ces deux gouvernemens de Tunis et d'Alger luy fassent instance pour retirer les esclaves de ces deux villes et des environs, qui peuvent estre sur les galères de S. M., il leur pourra respondre qu'en donnant la liberté à tous les françois esclaves. Elle fera la mesme chose à leur égard.
« S. M. veut que ledit sieur Du Quesne s'applique à régler un exercice fixe et certain de toutes les manœuvres des vaisseaux, soit des matelots, des canouniers et des soldats, et que, cet exercice étant mis par escrit, S. M. puisse avoir la satisfaction un jour de voir les équipages d'un grand nombre de ses vaisseaux faire toutes les manœuvres par un seul commandement et d'un seul mouvement.
« 11 fera visiter tous les vaisseaux estrangers qu'il rencontrera en mer, et en retirera les françois qui se trouveront sur leurs bords, pour estre punis suivant la rigueur des ordonnances.
« S. M. veut qu'il fasse visiter exactement tous les vaisseaux génois , soit de guerre , soit marchands ; qu'il leur fasse rendre, avec ponctualité, les honneurs qu'ils doivent à tous ses vaisseaux, et retire tous les françois qu'ils auront sur leurs bords.
« A l'égard des saints, S. M. veut que le règlement de i665 soit exécuté, et, pour cet effet, que ledit sieur Du Quesne se le fasse rendre par tous les vaisseaux des autres nations , à l'exception des seuls Anglois, ausquels il ne demandera ni ne rendra aucun salut.
« En cas qu'il rencontre des vaisseaux anglois il ne les visitera point.
a S'il arrivoit que quelqu'un des capitaines des vaisseaux de son
Caillery ', suivant les ordres précis que le Roy catholicque a donnés à ses vice-roys et gouverneurs de faire, ponctuellement et sans délay, restituer tout ce qui a esté mal pris, suivant Testât que l'ambassadeur de France en a donné à la cour de Madrid 5 le vice-roy de Naples n'ayant pas eu d'égard aux sollicitations à luy faites, depuis plus d'un an, par le consul françois et les marchands intéressés, sans avoir peu obtenir qu'un jugement sans exécution , ce qui achève de ruiner lesdits marchands.
Pour cette cause , j'ay chargé ledit consul de demander au vice-roy l'exécution de ce jugement de restitution desdites déprédations pendant que je suis dans ce golphe, ou qu'au premier refus ou délay, je demandois audit consul un acte de dény de justice qu'il ne me peut refuser pour l'envoyer par exprès à Sa Majesté , et demander sur cela de nouveaux ordres.
De plus , ayant esté informé que le vaisseau le Saint- Louis-les-armes-de'France , confisqué sur les subjects du Roy par le président de Caillery et que j'ay ordre de réclamer, estoit à présent au Mole de Naples, j'ay aussy chargé
escadre se séparast du vaisseau commandé par ledit sieur Du Quesne, S. M. désire qu'il luy en donne avis, afin de l'interdire.
« Elle veut aussy que, pendant tout le temps qu'il sera en mer, il visite , le plus souvent qu'il pourra, lesdits vaisseaux, et remarque les capitaines qui tiendront leurs vaisseaux en bon estât et la propreté dans leurs bords , n'y avant rien si nécessaire pour conserver la santé, de quoy S. M. désire qu'il lui donne avis.
« Le sieur Du Quesne s'appliquera aussy à faire soigneusement observer, etc. « ( Le surplus est conforme à l'instruction donnée au comte d'Estrées. Voyez plus haut, page 167.) Collection manuscrite des Ordres du Roy , vol. XLVIII, fol. 181-186, aux Archives de U Marine.
' Gagliari, ville capitale de laSardaigne.
le consul de dire au vice-roy qu'il avoit ordre de l'arrester, ou que s'il le vouloit empescher , il ne pouvoit m'en refuser une déclaration certifiée.
J'attends sur ces demandes les responses que le vice-roy aura faites au consul, lesquelles je vous envoieray, cependant , Monseigneur , après as^oir examiné tous les articles des ordres du Rojr, et ceux de vos dernières despesches , attendu l' estât des galères de Naples , qui ne sont jointes à aucunes de leurs autres escadres , puisqu elles ne l'ont pas tenté ; il y a plus de deux mois quelles le poui^oient sans risque ; toutes les raisons veulent à présent qu elles ne se joindront point de cette année, et que ce serait, à mon advis , mal employer l'escadre que de la laisser sur ces costes jusques au mois de novembre, quand il arriverait que les raisons que j'ay pris la liberté de vous dire par ma lettre du canal de Piombin , que les vaisseaux ne pourraient les empescher qu'en des cas fort rares , et dont je n'ajr pas encore eu d'exemple , ainsj ne m'y croyant plus nécessaire pour le service, les galères d'Espagne n'estant pas prestes , et celles du Roj en ces costes, j'ay pris la résolution, après avoir passé devant Palerme, et suivant la commodité de la mer, d'y mouiller pour quelques jours ^ et conférer avec le consul français, s' il y est , et rendre notaire comme icy que je dois croiser sur les costes de Naples , Sicile et S ar daigne , toute l'année, pour en cas de rencontre , faire saluer les vaisseaux et galères du Roy par celles d^ Espagne, et ce pendant après avoir fait à Caillery ce que j'y dois faire , j'ay mis a la bande ' pour nettoyer nos vaisseaux , et fay fait ayguade pour faire nostre route devant Tripoly , s'il nous est possible ,
' Mettre à la bande, c'est incliner le navire alternativement sur un côté ( banda) et sur l'autre, pour en nettoyer les carènes, (A. J.)
aidant que le mois d'aoust soit p,nj; et si le traject ne se conclut pas en peu de jours , nous irons chercher leurs vaisseaux sur leurs croisières , et leur faire la guerre de nostre mieux.
Je prendraj la liberté de vous faire soutenir que le patron français, qui a escrit de Tripoljr que le Dey ténioignoit ne vouloir faire la paix, a dit aussy, dans la mesme lettre, quil nj avoit que trois ou quatre vaisseaux qui avoient dessein de croiser au Cap-Bon ' , et que tous les autres s'en allaient au Levant; ce qui me fait penser, s'il est vray ce que le consul de Rome m'escriwit du sixième de ce mois , au sujet des galères de Sicile, que le viceroy estait fort alarmé d'un advis qui luy est venu de Malte , que l'on avait veu dans l' Archipel quarante cinq galères turques, commandées par le Grand-Bacha de la mer, que les vaisseaux de Tripaly seraient joints auxdites galères turques , pour se garantir de l'armement des vingt vaisseaux et des trente galères du Roy , dont ceux de Tripaly ont eu peur, ce qui les a pressés de parler de la paix. Quoiqu'il en soit, nous verrons sur les lieux ce qu'ils voudront dire. ., ;..
Cependant je crois, Monseigneur, lyae '51 cet advis de Rome a quelque fondement , vous en aurez esté informé peu de jours après , et qu'en ce cas , attendu que nous devons croiser dans ces mers de Tripaly et dans l'Archipel, que le Roy n'ayt bien voulu me faire sçauoir son intention, sur la rencontre des galères du Grand-Seigneur , et comment agir contre les vaisseaux de Tripaly, en ôas qu'ils fussent joints, ou soubs le commandement du Bâchai 'ji'if
Si l'on nous avait depesché de Toulon une tartane, dans
' Cap du royaume de Tunis, vis-à-vis de la Sicile. ""t ■' W' 'ni!-*!
le vingt de juillet , elle aurait pu me trou\>er à Caillery , sinon prendre à Malte , ou au plus loin devant Tripolj-, où ne nous troui^ant point, laisserait à Malte advis quelle nous ii'oit attendre au rendez-vous de Tunis , qui est le mesme dont j'ay pris la liberté de vous escrire de Toulon , en vous demandant de nous y faire trouuer de vos ordres , au plus tard sur nostre retour.
Je ne croiray pas manquer quand je suivray ce que Monseigneur , vostre père , m'a autrefois recommandé de luy escrire tout ce qui me viendroit à la pensée concernant la Marine , dont on peut prendre ce que l'on trouve de bon et laisser le reste.
Depuis cette lettre escrite , le consul a eu peine d'avoir audience et response , ainsy que vous le verrez par l'acte de la certification qu'il a signé ensuite de la copie du placet, ou mémoire, qu'il a présenté; en sorte, Monseigneur, que je ne crois pas que l'on en aye raison que par autre voye, sur laquelle il plaira à S. M. donner ses ordres, comme aussy pour retirer des galères d'Espagne les François qu'ils tiennent encore à la chaisne , pour lesquels les consuls ont inutilement fait instance , icy et à Caillery , depuis la paix. Je les aurois, à mon advis, pu retirer par représailles, si j'en avois eu l'ordre.
Le vice-roy de Naples, depuis quelques jours, par politique où autrement , fait courre le bruit que l'on aura la guerre avec la France dans peu de temps. Par cette raison , l'on a placé du canon en plusieurs postes de cette baye , et mandé la cavalerie le long des costes , et fait partir la nuit vingt quatre felouques, cbargées de soldats, pour porter, dit-on , à Port-Hercole et autres places de la Toscane , et à Port-Longon. Ce sont les soldats qu'ils avoient destinés à estre embarqués sur les galères, pour le Milanois, que l'on
envoie par ces felouques et une barque , à cause que leurs galères , qui sont renfermées dans leur darse , par une chaisne faicte de nouveau , ne sortent point.
Nous croyons que ce bruict de guerre est aussy un prétexte pour reculer la restitution des prises qu'ils doivent rendre, quoyque le roy d'Espagne ordonne mesme , en cas que les preneurs fussent insolvables, de prendre sur le domaine de l'Estat pour y satisfaire , et cependant point d'exécution.
Quoyque cette lettre ayt esté commencée le onzième de ce mois , elle n'a pu partir que ce jourd'huy , vingt deuxième de juillet 1680, que je mets à la voile pour Palerme et Cailleiy.
Je suis avec le respect que je dois, Monseignevir > VQ^tre très humble et très obéissant serviteur, - ^.i ..i ta/s?,, a^h
Du golpbe de ^ît^plf #., ^ 1 « çl 2,2f jp^Jif * ^680. ~ ..,