SAINT SEVER
TraHslatlon di eorps de saint Sever dans la eatliédrale de Ronen
Par un auteur anonyme du commencement du Kll^ siècle (1).
Je suis heureux de transmettre à la postérité ce que j'ai appris des ancêtres, touchant le vénérable corps du bienheureux Sever qui, de sa première sépulture, fut transporté à Rouen et honorablement placé dans un reliquaire d'argent.
Après la mort du saint confesseur Sever, la religion chrétienne perdit de jour en jour de son ancienne ferveur ; l'amour de Dieu fut remplacé par la haine et le mépris des choses célestes. L'énormité de ces fautes exigeait dès lors que les habitants du pays fussent cruellement châtiés, car ils avaient spontanément abandonné le service du Seigneur pour se livrer au mal. C'est pourquoi la justice de Dieu, voulant punir cette terre souillée de tant de crimes, fit venir des contrées les plus septentrionales une nation qui ne connaissait ni miséricorde, ni pitié : ce furent les Danois. Ce peuple, avec une flotte et des hommes bien armés, traversa les mers et vint surprendre les habitants de nos contrées qui vivaient dans la luxure et la molesse. Ceux que les Danois purent saisir furent jetés les uns dans les flammes ou les fleuves, les autres trouvèrent la mort au fond des précipices. La population, saisie de terreur, prit ce qu'elle put emporter et quitta le pays qu'elle ne devait plus revoir. C'est ainsi que cette contrée, jadis agréable et bien peuplée, n'eut plus d'autres habitants que les oiseaux du ciel et les bêtes sauvages. La crainte de l'ennemi fut si grande que ceux qui cherchèrent leur salut dans la fuite brûlèrent eux-mêmes leurs églises, leurs demeures et tout ce qu'ils ne purent prendre, afin que ces richesses ne tombassent point au pouvoir des barbares. Ils ne se préoccupaient guère que d'une chose : sauver les corps des saints dont le patronage pouvait leur être utile. C'est ainsi que cette terre, privée de la présence de ces bienheureux, ne pût jouir désormais de leur protection, non moins utile pour les âmes que pour les corps. Toutefois, l'irruption des ennemis fut si soudaine qu'ils ne purent toujours exécuter leur dessein. Impuissants à résister, ils
(1) L'auteur fut probablement un chanoine de la métropole de Rouen.
ne pensèrent plus qu'à éviter la mort et se montrèrent indillérents à ce qu'ils devaient abandonner pour toujours.
Les Danois encore idolâtres, ennemis de Dieu et de ses adorateurs, ignorant en outre la religion chrétienne, dont ils n'avaient guère entendu parler, n'eurent aucun respect pour les églises, aucune crainte et aucune piété pour les saintes reliques qu'ils profanaient. Aussi plusieurs lieux saints furent abandonnés et devinrent de vastes solitudes où on ne vit, pendant longtemps, ni culte divin, ni dévotion. Parmi ces lieux se trouvent l'église et le tombeau de l'illustre confesseur du Christ, saint Sever. L'église fut livrée aux flammes par les barbares et le monastère renversé de fond en comble. Le saint protecteur ne vit plus alors de pèlerins sur son tombeau, parce qu'il n'y avait personne pour venir prier.
Le pays, dénué d'habitants, fut pendant bien des années sous le joug de ces ennemis cruels et sans foi ; mais ayant enfin connu la vérité, ils soumirent volontairement leurs cœurs farouches au Dieu tout puissant et entourèrent de respect cette religion qu'ils avaient si longtemps persécutée.
Comme les Danois étaient venus des contrées boréales, on les appela Normands, parce que le mot a man » signifie homme et tf norih » est le nom du vent qui vient du Nord. Ainsi le nom de Normand signifie des hommes venus du Nord ou descendus des contrées septentrionales. Ces barbares ayant reçu la foi, après avoir vécu sans connaître aucun frein, ne furent ni vite, ni facilement initiés au culte du vrai Dieu ; mais la grâce divine, les miracles et de nombreuses prédications les ayant adoucis, ils abandonnèrent peu à peu leur férocité naturelle, vénérèrent ce qu'ils avaient méprisé et relevèrent les églises renversées par eux. Dieu, de son côté, corrobora la foi de ces néophytes en opérant des miracles par ses saints et en glorifiant leurs tombeaux par des actes éclatants.
A cette époque deux clercs de Rouen vinrent en pèlerinage au Mont Saint-Michel, et, en passant et repassant près de l'église du Bienheureux Sever, ils résolurent, sous prétexte de dévotion, d'y prier pendant la nuit. Cette église, en grande partie en bois et couverte en paille, était néanmoins fréquentée par les peuples, à cause des nombreux miracles qui s'y opéraient par les mérites de son saint patron.
Les infidèles, après avoir renversé l'église, l'avaient relevée de
loiir mieux en devenant chrétiens ; et, bien qu'elle fût au milieu des taillis d'une forêt et près des repaires des betes fauves, elle était cependant regardée comme une église insigne, à cause des miracles qui s'y opéraient. Or, les pèlerins de Rouen, après avoir passé plusieurs nuits à Saint-Sever, reconnurent, en faisant le tour de Féglise, qu'elle n'était gardée que par l'habitation d'un prêtre. Ils conçurent alors le dessein d'enlever le corps saint et choisirent le temps et l'heure où ils pourraient réaliser leur projet. Mais l'habile prêtre du lieu, devinant leur pensée et redoutant leurs ruses pour lui et pour son église, fit faire un siège garni de longues pointes, afin que, si le sommeil voulait s'emparer de lui en gardant son trésor, il fût réveillé par les clous aigus, et eût ainsi, malgré lui, toujours les yeux ouverts sur le tombeau du saint. A la vue d'un gardien si zélé, les pèlerins furent trompés dans leurs espérances et s'en revinrent à Rouen. Ils racontèrent alors à l'Archevêque et au clergé ' les miracles qui s'opéraient au tombeau de saint Sever et dont ils avaient été les témoins. L'Archevêque, après avoir pris conseil, envoya les pèlerins vers le duc Richard I^*", fils de Guillaume (Longue- Epée) (1), pour le prier humblement de vouloir bien enrichir l'église-mère du duché par la présence du corps de saint Sever. Ces pèlerins ajoutèrent que le Bienheureux opérait beaucoup de miracles, mais qu'il était au milieu d'une vaste solitude, entouré d'une forêt, et qu'il n'avait point de serviteurs dignes de sa renommée.
En entendant ces paroles, le duc Richard ne sut que répondre. Il aurait voulu acquiescer à la demande, et d'un autre côté il craignait de se trouver en opposition avec la volonté du saint ; tout en redoutant ce malheur, il souhaitait néanmoins que la demande fut accordée. Il résolut donc de s'en rapporter à ses conseillers, afin qu'on exécutât ce qu'ils croiraient le plus convenable de faire. Le conseil conclut qu'on se rendrait au lieu où reposaient les reliques et que personne ne pourrait empêcher l'enlèvement du corps, si le saint lui-même n'y mettait opposition.
Les députés, bien joyeux, regagnent leurs demeures et racontent ensuite l'ordre qui leur a été donné. On choisit alors deux prêtres pieux, et avec eux plusieurs autres personnes qui viennent avec
(1) Richard I" régna de 942 à 996.
bonheur et grand apparat exécuter les ordres du prince. Les indigènes ayant connu l'arrivée des envoyés et se trouvant incapables de leur résister, versèrent d'abondantes larmes. Ils se plaignirent qu'on leur enlevât celui en qui ils avaient mis leur confiance et qui les protégeait.
Ils demandèrent en outre qu'on leur laissât au moins une portion de son corps, afin qu'eux et leurs descendants pussent encore, après Dieu, adresser au saint leurs vœux et leurs prières. Mais les messagers les renvoyèrent avec ironie ; ceux qui voulurent insister reçurent des coups de verges, avec des injures, et furent mis hors de l'église. Débarrassés des habitants du lieu, les délégués se mirent à prier avec larmes; ils approchèrent ensuite avec crainte et respect du sépulcre du saint. Il était placé devant l'autel, enfoncé en terre, mais laissant apparaître une saillie à la surface. Saint Sever, déposé dans ce cercueil de pierre, avait été, dans la crainte des payens, confié à la terre, terre vile et commune, mais précieuse par ce qu'elle renfermait. Aux côtés du sarcophage se trouvaient les sépultures de deux saints : à droite, celle du bienheureux Gilles, disciple de saint Sever et son coopérateur dans l'œuvre de Dieu ; à gauche, celle d'un autre saint dont le nom est inconnu, mais dont le mérite a été prouvé par des miracles. Au milieu de ces deux tombeaux apparaissait celui du saint fondateur, qui se distinguait des autres par des signes non équivoques. Les uns l'abordent en chantant des psaumes, d'autres fouillent la terre qui est ensuite rejetée dehors. Le cercueil étant dénudé, ils soulèvent le couvercle avec des bêches et des leviers.
Dès que le côté droit fut un peu dérangé, il en sortit une si forte et si suave odeur, que tous ceux qui étaient présents furent embaumés et les infirmes guéris ; cette odeur remplit non seulement l'église, mais ?e répandit au dehors et eut encore la vertu de rendre la santé aux malades. Lorsque le couvercle fut complètement ôté, les assistants virent le corps d'un homme étendu dans son sépulcre et semblant livré au sommeil. Il était enveloppé de bandelettes très pures et embaumé de précieux aromates ; sa couleur blanche à la surface, bien qu'une partie des chairs fut déjà altérée, indiquait qu'après la résurrection il apparaîtrait dans toute son intégrité.
Après avoir préparé une châsse bien ornée de soieries, les délégués, les larmes aux yeux, s'approchent du saint corps, qu'ils
lèvent avec leurs mains. Il était encore rigide comme s'il venait d'être inhumé. Mais le reliquaire, fait pour y placer des ossements, se trouva trop petit pour y déposer un corps entier. Après délibération, ils prirent un couteau et en firent deux parties. Après les avoir enveloppées dans des linceuls nouveaux et meilleurs, ils les déposèrent dans le reliquaire portatif. Aussitôt, avec de grandes démonstrations de joie, ils le placent sur leurs épaules.
En sortant de l'église, des villageois furieux se présentèrent pour empêcher la levée du corps, mais à la vu^ d'une multitude armée, ils prirent la fuite et renoncèrent à leur dessein. Les porteurs, d'un pas pressé, marchèrent toute la journée, en suivant la voie publique, et arrivèrent, au coucher du soleil, dans un village, à un mille d'Evrecy. Ils s'arrêtèrent devant une hôtellerie et déposèrent, dans l'église, le reliquaire qu'ils entourèrent de flambeaux et de gardiens fidèles. Après avoir pris une bonne réfection, ils veillèrent le tombeau une partie de la nuit et se livrèrent ensuite au sommeil. Le matin ils vinrent, au chant des hymnes, vers le saint corps ; ils voulurent le lever, mais leurs efforts furent impuissants. Ayant appelé plusieurs habitants à leur secours, ils essayèrent de nouveau avec plus d'attention, mais ils ne purent remuer ce que l'Esprit saint avait lui-même fixé. Très inquiets et ne sachant quel parti prendre, ils tinrent conseil et résolurent d'apaiser le saint par des promesses qu'ils devaient fidèlement exécuter. Ils s'engagèrent d'abord de le rapporter où ils l'avaient pris, mais le cercueil ne put être déplacé ; ils promirent des offrandes et plusieurs donations, même impossibilité ; ils promirent de le laisser dans l'église où il se trouvait, le reliquaire restait toujours invariablement fixé ; ils promirent enfin d'élever une église sous son invocation, dans l'endroit où on l'avait déposé. Aussitôt la châsse put être si facilement déplacée qu'elle semblait ne plus avoir de pesanteur. Le même prodige se renouvela sur toute la route, jusqu'à Rouen. Aucune force, aucune raison n'était assez puissante pour mouvoir le reliquaire déposé pendant la nuit, tant qu'on ne s'était point engagé, par serment, à élever, dans chacun des lieux d'arrêt, une église au nom du saint.
Nous ne pourrions citer les miracles que le Seigneur fit aux yeux de tous pendant le cours de cette translation. Une multitude'de personnes de l'un et de l'autre sexe accouraient des champs et des vil-
lages, les uns pour obtenir la santé, d'autres par dévotfon, et quiconque demandait avec foi la protection du saint obtenait aussitôt l'objet de ses désirs. Ceux même qui ne pouvçiient marcher, mais qui étaient portés sur les bras de leurs amis, voyaient leurs maux disparaître en touchant dévotement le saint reliquaire.
On arriva enfin à un village situé à trois milles de la cité de Rouen. Après avoir déposé le reliquaire, les députés allèrent annoncer l'heureuse arrivée à l'Archevêque. Celui-ci, tout joyeux, convoque le clergé et le peuple, et après leur avoir annoncé la bonne nouvelle, ils se dirigent tous ensemble, aux chants des hymnes et des louanges, précédés de la croix et de l'encens, vers le lieu désigné. L'Archevêque fait une prière, puis avance la main pour lever le reliquaire, mais il voit son impuissance à le remuer. Il prie ses clercs de saisir la châsse, mais leurs efforts sont sans succès. Etonnés, ils ne savent plus que faire, car ils ignoraient encore ce qui était advenu pendant le voyage. Ayant connu la volonté du saint, ils promirent immédiatement de lui élever une église portant son nom. Le reliquaire est alors facilement levé, et son poids est* à peine sensible. En arrivant près de la ville, le peuple, venu audevant d'eux, se mit à louer Dieu qui leur envoyait un patron qui les réconforterait par sa présence et les exaucerait par ses prières. Au milieu des cris d'allégresse élevés vers le ciel, les porteurs, joyeux, déposent la châsse dans l'église de la bienheureuse Vierge Marie. Entouré de soie, le saint repose maintenant dans un beau reliquaire recouvert d'or et d'argent, et il accorde ses secours à tous ceux qui viennent l'invoquer. Ainsi ce pieux serviteur qui, sur la terre, n'apparut, par amour pour Dieu, que comme un être vil et abject, qui n'avait qu'une cabane couverte de chaume, qui n'était vêtu que d'un simple sac et qui voulut vivre ignoré, est maintenant au ciel en la présence de Dieu. Ici-bas, il occupe la première place dans l'église métropolitaine, pour montrer aux fidèles que celui qui s'abaisse sera exalté éternellement.
Pour que le pays où il avait spécialement servi le Seigneur ne restât pas privé de son souvenir, Dieu voulut que quelques parcelles de son corps y fussent reportées, comme nous allons le raconter.
Au temps de Guillaume, jadis abbé du monastère de Caen et ensuite archevêque de Rouen, des moines de l'abbaye de Saint-
Sever, au Val-de-Vire, vinrent à Rouen. Ce voyage de dévotion avait pour but de visiter la châsse de leur saint patron et de se recommander à lui, comme s'ils eussent été en sa présence. Le pontife ayant connu leur affection pour le saint, les reçut honorablement, leur témoigna beaucoup de bonté et les laissa espérer qu'il leur accorderait davantage s'ils le demandaient. Enhardis par ces égards, il vint aux moines le désir de demander à l'Archevêque quelques reliques du saint corps. Ils craignaient bien que leurs vœux ne fussent facilement exaucés ; mais, être refusés n'était pas un danger, tandis qu'ils voyaient un grand avantage à faire une demande. Ils vinrent donc avec confiance trouver l'Archevêque et lui exposèrent l'objet de leurs désirs. Celui-ci, la tête inclinée, réfléchit longtemps à ce qu'il devait répondre, puis s'exprima ainsi : « J'ai lu, dans plusieurs manuscrits, que non seulement » toucher, mais simplement inspecter les reliques avait été fort » nuisible à plusieurs. » C'est la raison qui l'empêchait d'obtempérer à leur demande (1). »
Les religieux répondirent que le saint ne pouvait oublier la première demeure qu'il avait fondée, qu'il avait consacrée comme sienne, dans laquelle il avait voulu reposer et qu'il avait illustrée par de nombreux miracles ; ils ajoutaient qu'on ne pouvait croire qu'il n'aimât pas toujours, après sa mort, un lieu qu'il avait affectionné pendant sa vie. Ils demandèrent donc à l'Archevêque de visiter le saint corps et d'en prendre, avec sa permission, quelques parcelles. Si leur demande ne pouvait se réaliser, ils n'en seraient pas moins reconnaissants envers le pontife.
Excité par l'esprit de foi de ces religieux, l'Archevêque promet d'exaucer leurs vœux, si son engagement ne peut déplaire au saint. Le matin du jour suivant, il appelle quelques-uns de ses clercs, avec les moines de saint Sever, et après les prières solennelles de la sainte messe, il fait descendre la châsse renfermant les reliques ; puis, non sans crainte, il s'en approche, l'ouvre en versant des larmes, et met à découvert le saint corps enveloppé dans la soie. Les chairs étaient réduites en poussière, mais la peau s'était con-
(1) Le livre des miracles du Mont Saint-Michel raconte qa'un chanoine de saint Aubert voulant « voir à découvert les saintes reliques apportées du Mont-Gargan, fut puni de mort. » Voir Dom Huyues, Tome II, page 40, et le manuscrit du Mont Saint-Michel, N" 211^ deuxième miracle. {Ce manuscrit est aujourd'hui dans la bibliothèque publique de la ville d'Avrahches).
servée. L'Archevêque prit donc un 6s qu'on appelle la « cheville du cou » avec une partie de la peau et un autre os du doigt majeur qui tient au métacarpe de la main. Après les avoir bien enveloppés il les remit aux moines pour les emporter. Les religieux reçurent ces gages avec beaucoup d'honneur et de joie, et triomphants vinrent confier à leurs frères ces dons qu'ils regardaient plus précieux que For et l'argent. Ceux-ci, non moins joyeux, préparèrent une châsse fort riche pour y déposer les pieux ossements avec quelques autres reliques, et le jour de cette réception fut célébré chaque année aux calendes de février.
Ce jour-là les populations circonvoisines accourent joyeuses à l'abbaye, pour implorer la protection d'un tel père. Elles se réjouissent d'assister à la fête de ce saint, persuadées que par ses prières elles seront préservées de toute adversité, et que, par- ses mérites plutôt que par les leurs, elles seront admises un jour dans la société des esprits célestes.
conrcEiijsioiv
Lorsque nous célébrons ces fêtes, ce n'est pas pour le saint, mais pour nous. Voyons donc qui nous sommes pour assister aux solennités d'un père si vénérable. Comme le dit l'Ecriture, la prière n'est que spécieuse dans la bouche du pécheur. Si donc, et on ne saurait en douter, nous avons ofiensé Dieu de celte manière, comment osons-nous chanter en son honneur? Si, comme le dit le psalmiste, « la louange convient aux cœurs purs, » qu'elle sera la glorification du pécheur? Mais pour que le coupable ne se désespère point, le même psalmiste ajoute : « La terre est remplie des miséricordes du Seigneur, yt Or, par la terre il désigne les pécheurs qui se laissent éblouir par les richesses, qui, loin d'élever leur esprit vers les biens célestes, se livrent à la cupidité et ne s'occupent que des choses qui passent.
Pour ces hommes l'existence ne s'écoule, leur intelligence ne s'étudie qu'à se donner beaucoup de mal pour obtenir ce qui les rendra plus grands ici-bas ; ils travaillent pour surpasser ceux qui sont au-dessus d'eux et pour jouir des richesses acquises. Mais à ces égarés Dieu tend encore une main miséricordieuse s'ils veulent changer de vie. Le Seigneur, en effet, ne refuse pas son secours à l'homme qui le désire, et quand il le veut il le pousse et l'excite au bien pour lui accorder le prix de la récompense. Mais à ceux qui refusent ou résistent à ses inspirations, surtout quand ce refus pro-
vient de leur libre volonté, il leur ôte sa grâce et en la leur retii*ant il permet que leur cœur tombe dans Tendurcissement, afin quMls ne puissent et ne veuillent plus ce qu'ils auraient pu et voulu s'ils eussent acquiescé à sa bonté divine. Car, comme le ditTapôtre, Dieu fait miséricorde à qui il veut et endurcit celui qu'il lui plaît d'endurcir, et cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui s'agite, mais de Dieu qui fait miséricorde.
C'est pourquoi, mes frères, occupons-nous de notre salut, parce que nous ignorons, à cause de nos péchés, si nous sommes du nombre des élus. En obéissant aux commandements de Dieu, nous agirons de manière à ne pas être indignes de la grâce céleste, et, au dernier jour, nous ne serons pas condamnés aux feux éternels. Recourons à la fontaine de miséricorde qui, chaque mois, s'ouvre pour notre purification et lavons par nos larmes ce que nous avons souillé par nos fautes.
Si, aveuglés par nos maux, nous ne pouvons approcher de la lumière véritable, cherchons des protecteurs qui nous obtiendront la grâce. Importunons ceux qui, pendant leur vie, honorèrent fidèlement le Seigneur, afin que ceux qui seront un jour nos juges daignent nous patronner dans le siècle présent.
Ces bienheureux, déjà rassasiés à la fontaine de miséricorde, ne refuseront pas à leurs clients ce qu'ils voulurent avoir de commun avec eux, car ils aiment mieux être des associés que des juges rigoureux. Avec eux, demandons aussi que notre bienheureux père Sever intercède pour nous, qu'il soit notre ambassadeur auprès du Christ et que par ses prières il apaise Celui que nous avons irrité par une vie mauvaise.
Prions-le qu'il vienne au secours de son peuple dévoué, lui qui, sur cette terre, sut non seulement conserver fidèlement le troupeau de son Maître, mais encore l'augmenter ; prions-le qu'il obtienne à sa famille suppliante le vêtement de justice, lui qui, pour couvrir des membres souffrants, n'eut pas horreur de sa nudité ; prions-le qu'il supplée en nous le bien qui manque, et que dans sa bonté il en éloigne le mal, lui qui donna en aumône, à une pauvre veuve, une de ses cavales avec son poulain et qui mérita de la voir divinement remplacée dans le troupeau ; prions-le enfin qu'il éteigne en nous les vices et les feux de la concupiscence, lui qui n'éprouva point les atteintes du feu dans un four ardent. AiNSi sorr-iL.