‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 33 sur 37 · ÉGLISE PAROISSIALE. — CURÉS DE SAINT-POIS ANTÉRIEURS A I79O · texte numérisé non relu

ÉGLISE PAROISSIALE. — CURÉS DE SAINT-POIS ANTÉRIEURS A I79O

La paroisse de Saint-Pois faisait autrefois partie du doyenné de Cuves et de l'archidiacpné de Mortain. L'église était pauvre, ses revenus étaient insuffisants ; il y avait peu de fondations. C'était le seigneur de Saint-Pois qui présentait à la cure. Le curé était seul décimateur, mais en cette qualité il était tenu à l'entretien du chœur de l'église et devait le traitement d'un vicaire.

François Lemarre est le premier curé dont on connaisse le nom, il était curé avant 1629.

Raoul Le Comte succéda vers 1635 à François Lemarre/ et mourut en 1654.

Qeorges d'Auray de Saint-Pois, clerc minoré, présenté par Messire pierre d'Auray, seigneur et patron de Saint-Pair le Servain, succéda à Raoul Le Comte, le 10 juillet 1634; il fut ordonné soqs-diacre à Noël, diacre au Carême suivant et prêtre à la Trinité 1655. Il décéda curé de Saint-Pois en 1707, et y laissa d'excellents souvenirs.

Robert Joubin, curé du Mesnilgilbert depuis 1702, présenté par Nfessire Charles d'Auray, fut nommé curé de Saint-Pois le 26 novembre 1707. Sur sa demande, les Eudistes d'Avranches donnèrent une mission à Saint-Pois en 17 10 et cette mission eut un très grand succès; — en 1721, Tévêque César Leblanc visita l'église et ordonna que tous ceux qui prétendaient y avoir un droit de banc, outre le seigpeur, représenteraient leurs titrés au sieur curé et à quelques-uns des notables^ dans une quinzaine, sans quoi les bancs seraient vendus au profit du trésor ; il défendit d'en placer à l'avenir sans avoir passé contrat de fief. Robert Joubin décéda en 1736.

Jacques Pichon, prêtre de Saint-Laurcnt-de-Cuves, présenté

par Messire Beuves d'Auray, fut nommé curé de Saint-Pois le 23 août 1736 et mourut vers la fin de l'année 1738.

Etienne Delarue, prêtre de Saint-Pois, présenté par Messire Beuves d'Auray le 13 février 1739, prit possession au mois de mars suivant et mourut en 1742.

Julien Delarue, prêtre de Montjoie, présenté par Messire Beuves d'Auray le 26 mars 1742, prit possession le 24 mai de la même année. Le 20 juillet 1749 Monseigneur Durand de Missy donna la confirmation à Saint-Pois et fit la visite de l'église. Le procèsverbal de cette visite nous apprend que les ornements et vases sacrés étaient en bon état ; les enfants interrogés par l'évêque parurent instruits ; les sieurs prêtres tenaient l'école des garçons et Charlotte Poirier celle des filles. Le revenu du trésor était de 40 livres et celui des fondations d'environ loo livres, l'évêque ordonna de refaire la clôture du cimetière. Julien Delarue mourut en 1756.

Eugène-Beuve Le Sage, né à Montjoie le 22 août 1723, prit possession delà cure de Saint-Pois au mois de mars 1757 et l'occupait encore au commencement de 179 1.

En 1648 le revenu de la cure de Saint-Pois était évalué à 400 livres; en 1774a 1,000 livres; en 1787 la cure fut taxée à 116 livres de décimes, le trésor à 3 livres, les obits et fondations à 4 livres. En 1791, le directoire du district de Mortain porta le traitement du curé à 1,200 livres et accorda en plus celui d'un vicaire.

Depuis plusieurs siècles déjà saint Louis était très vénéré dans l'église de Saint-Pois ; on l'invoquait pour guérir de la surdité, et on venait d'assez loin et en grand nombre le prier le jour de sa fête surtout. François Desrues dans sa Description des antiquités de la France^ rapporte un grand événement arrivé à Saint-Pois le 25 août 1597 : un nommé Jean Alix, du Mesniltove, âgé d'environ 28 ans, assistant au saint sacrifice de la messe qu'un prêtre nommé Pierre Foulques célébrait à son intention, reçut au moment de l'élévation le don de l'ouïe et de la parole dont il avait été privé jusque-là. Ce jeune homme rempli de foi s'écria tout à coup : « Jésus! Jésus! Jésus! miséricorde..., monsieur saint Louis faites que j'aie la parole ! » Il lui sembla qu'il sortait de sa bouche un brandon de feu, et tout le peuple qui l'entourait loua Dieu de sa miséricorde ; depuis ce temps, il entendit et parla fort bien. Antoine de Morry, conseiller et aumônier du roi Henri IV, rapporte aussi ce fait dans un savant discours qu'il dédia à ce monarque. D'autres auteurs de la même époque en parlent aussi; mais quelques-uns prétendent qu'il y avait eu en ce fait de la supercherie et que ce prétendu miracle n'était

pas réel. La supercherie eût été grossière et facile à découvrir ; car le jeune homme était âgé de 28 ans, n'était pas de loin, et on pouvait parfaitement s'assurer s'il avait été sourd-muet jusquelà. Mais nous nous bornons à rapporter le fait. Dans le siècle suivant, en vertu d'une bulle du pape Urbain Vil en date du 4 mai 1641, une confrérie en l'honneur de saint Louis, roi de France et protecteur de la foi, fut établie dans l'église de Saint-Pois et devint promptement très florissante. La fête principale de cette confrérie se célébrait tous les ans avec beaucoup de solennité, le jour Saint-Louis, 25 août, et ce jour-là il venait de toutes parts une foule de pèlerins. Mais les chaleurs du mois d'août occasionnant la soif, les pèlerins passèrent bientôt beaucoup plus de temps dans les auberges qu'à l'église, et le pèlerinage finit par n'être plus qu'une assemblée purement profane. A la fin du siècle dernier, la Saint-Louis de Saint-Pois était une des grandes assemblées du pays; aujourd'hui, comme beaucoup d'autres, elle a notablement perdu de son importance.

La chapelle du château était sous l'invocation de saint Louis, et quoi qu'elle ne fût point érigée en titre, elle avait souvent un chapelain. C'était la seule chapelle qui existait dans la paroisse en 1790.

SAINT-POIS ÉRIGÉ EN CHEF-LIEU DECANTON . — ESPRIT DELA POPULATION DE 1790 à 1802. — CONDUITE DU CLERGÉ

La révolution de 1790 fit de Saint-Pois un chef-lieu 4e canton, qui se composa de Saint-Pois, Boisyvon, Coulouvray, Lingehard, Mesnilgilbert, Montjoie, Saint-Laurent-de-Cuves, Saint-Martinle-Bouillant, La Chapelle-Cécelin et Saint-Maur-des-Bois. Ces deux dernières communes étaient de l'ancien diocèse de Coutances.

A Saint-Pois, comme partout ailleurs, on se crut en 1790 à la veille d'une ère nouvelle toute de prospérité ; on accueillit la révolution avec joie, espérant qu'elle tiendrait tout ce qu'elle promettait. A cette époque, les plus sages eux-mêmes auguraient bien de l'avenir ; on ne commença à ouvrir les yeux quen 1791, au moment où Ton exigea de tous les prêtres exerçant une fonction publique le serment à la constitution civile du clergé.

MM. Eugène Lesage, curé de Saint-Pois^ et Gilles Lesage, son neveu, et son vicaire depuis 1780, ayant refusé le serment obligatoire, durent bientôt quitter leurs fonctions; et ces deux prêtres qui étaient fort estimés, furent remplacés par Julien Mougeot, vicaire de Villedieu, chaud partisan des idées nouvelles. Ce changement déplut à la population; toutefois l'activité de M. Mougeot etla présence des autorités cantonales l'empêchèrent de manifester son mécontentement. Ces autorités, en usant de modération, se firent peu k peu des partisans et on réussit à former une municipalité républicaine; mais, en dehors de cette municipalité, il n'y eut point de chauds patriotes, et ceux même qui paraissaient républicains avec les républicains, étaient royalistes avec les royalistes ; ils avaient peur, et auraient voulu la paix dont ils iouissaient autrefois. Aussi les fêtes républicaines eurent peu de succès ; on dansa quelquefois autour de l'arbre de la liberté ; mais la chute de cet arbre ayant causé la mort d'une danseuse, on ne recommença point. Par suite de la modération des autorités et de la crainte qui dominait la population, il n'y eut pas de grands désordres. Le plus ardent patriote était le curé Mougeot, mais il ne plut pas, et voyant cela il abandonna son poste. Son successeur Jean-Baptiste Oblin, ex-religieuxBénédictin, plus conciliant et plus modéré, servait mieux la cause de la République; mais à la fin de 1792 il fut à son tour obligé de cesser toute fonction, quitta Saint-Pois et mourut peu de temps après. — M. Eugène Lesage, curé de Saint-Pois, était mort à Saint-Pois le 20 septembre 1791, et son vicaire M. Gilles Lesage avait émigré en 1792. — Un prêtre non-assermenté, M. Pierre Chasles, dont la famille habitait Saint-Pois, caché souvent dans là paroisse et aux environs, administra les Sacrements aux fidèles catholiques, même dans les plus mauvais jours.

Comme partout ailleurs, les croix furent renversées, l'église fut dépouillée ; mais, chose extraordinaire, la petite statue de saint Paterne, placée au-dessus de la grande porte de l'église, resta à sa place toujours, sans que personne parlât jamais de la descendre.

M. le marquis d'Auray avait cru qu'il était prudent pour lui de quitter Saint-Pois et avait émigré. Voici copie de deux lettres qui donnent quelques renseignements sur le château :

!*• « L'agent national du district de Mortain à la Commission » des subsistances et approvisionnements de la République.

» Mortain /*' prairial, 2^ année de la République.

» Je vous, adresse, conformément à votre arrêté du 9 Floréal, » l'état des vins et liqueurs appartenant ci-devant à des émigrés,

» et des détenus de ce district. Je vous l'aurais fait passer plus » promptement, si des recherches qui ont été faites dans le jardin » légumier d'un nommé d'Auray, ci-devant seigneur de Saint- » Pois, dans lequel il a été trouvé plus de 1500 bouteilles de » vins et liqueurs, n'en avaient retardé la confection. »

a Salut et fraternité. »

Extrait du registre de Valent nat. — Archives départ. fSaintjI/}).

La bonne trouvaille ! il est bien probable que parmi les amis de la chose publique il s'en trouva qui, se fiant peu à la fragilité des bouteilles, en transvasèrent quelques-unes ; il eût été .cruel de les en empêcher.

2" « Les administrateurs du directoire du district de Mortain » au citoyen Nicole juge de paix à Saint-Pois.

» Mortain, 7 vendémiaire }* arma ripublicfline.

» Citoyen, nous recevons à l'instant une lettre du général

» Kricq, par laquelle il nous requerre de lui céder le ci-devant

» château de Saint-Pois pour caserner la troupe qui est en can-

» tonnement. L'administration l'a accordé, mais elle a cru

» nécessaire de nommer un commissaire pour dresser procès-

» verbal de l'état des appartements et meubles qui y spnt encore,

» conjointement avec les officiers dudit détachement qui le

» signeront, elle n'a pu mieux s'adresser qu'à toi, pour cette

» opération; en conséquence tu voudras bien ty transporter

» dans le plus bref délai, afin de faire un état des choses. Nous

» avons répondu hier aux lettres que la municipalité de Saint-

» Pois nous a écrites relativement à la fourniture des lits. Nous

» les avons autorisés d'en requérir dans leur commune et dans

» celles les plus voisines pour coucher le détachemeQt dans la

» caserne. »

« Salut et fraternité. »

(Extrait des registres des délibérations du Dir. du dist. de Mortain. (^Archives dép.).

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