‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 13 sur 35 · LEÇON QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LEÇON QUATRIÈME

Dans un certain temps, comme le très religieux et aimé de Dieu Aubert, évoque d'Avranches, s'était livré au sommeil, il fut averti, par une révélation angélique, de construire sur le sommet du lieu précité un temple en l'honneur du saint Archange, afin que celui dont la vénérable mémoire était célébrée sur le Mont Gargan, fût honoré avec non moins d'allégresse au sein des flots. Mais tandis que leprêtre roule en lui-même cette parole de l'Apôtre : « Eprouvez les Esprits pour voir s'ils viennent de Dieu, » il est averti par une nouvelle vision d'accomplir ce qu'on lui a ordonné. Et comme l'esprit des prophètes n'est pas toujours soumis aux prophètes, le pontife différa encore la construction ; mais il demanda que, sur une affaire de ce genre, il pût reconnaître la volonté du Seigneur Jésus-Christ et du Bienheureux Archange. Il arriva pendant ce temps qu'un homme conduisit sur le sommet de ce rocher un taureau qu'il avait dérobé par un instinct pervers, afin qu'il pût en retirer un profit honteux, quand le maître du taureau aurait perdu l'espérance de le retrouver. Cependant, dans une troisième admonition, le vénérable Evéque est poussé plus sévèrement, afin que n'ayant pas acquiescé à deux avertissements, il se rendit plus vite au lieu d'où il ne devait sortir qu'après avoir accompli ce qui lui avait été ordonné. Pour la confirmation de ce fait, on montre encore jusqu'à ce jour une pierre comme empreinte d'un doigt d'homme, sur laquelle l'évêque s'assit jusqu'à ce qu'il eut terminé son œuvre. Le pontife demandant quel endroit pouvait paraître propre à la construction, une voix angélique répondit en ces termes : « Bâtissez l'édifice dans le lieu où un taureau a été secrètement attaché. » Et comme il s'informait de la grandeur ou de l'étendue du terrain qu'il devait prendre, il connut par les mêmes réponses qu'il fallait donner à l'édifice la forme circulaire qu'il verrait avoir été foulée par les pieds du taureau. Après ces

renseignements, il fut enjoint que le taureau dérobé serait rendu à son maître. Le vénérable évêque, très rassuré sur la vision, étant arrivé dans le lieu précité, en chan- tant des hymnes et des louanges, entreprit l'exécution du travail commandé. Ayant rassemblé une très grande quantité de paysans, il purifia le lieu et aplanit le sol. Au milieu s'élevaient deux pierres que les mains des nombreux travailleurs ne pouvaient ni remuer ni ôter de leur place. Comme ils étaient arrêtés depuis longtemps et qu'ils ne savaient nullement ce qu'ils pourraient faire, la nuit suivante, une vision apparut à un certain homme nommé Bain, du village qu'on appelle Itier; cet homme avait douze fils et il tenait le rang le plus distingué parmi les siens. C'est pourquoi, averti par ce songe d'aller lui-même travailler avec les ouvriers, il se hâta de se rendre sur le lieu, avec ses fils, pour faire ce qu'on lui a ordonné. Lorsqu'il fut arrivé, aidé du secours de saint Michel Archange, il fit ce qu'une force humaine ne pouvait faire, et il remua si facilement cette masse d'une si grande étendue qu'elle semblait n'avoir aucun poids. Tous alors, louant ensemble Dieu et son saint Archange, continuèrent leur travail avec plus d'activité. Et comme l'évêque Aubert réfléchissait encore, incertain sur la grandeur de l'édifice qu'il devait construire, la nuit suivante, comme autrefois pour Gédéon, en signe de victoire, la rosée tomba sur le sommet du Mont. Là où les fondements devaient être placés était, la sécheresse, et il fut dit à l'Evêque : « Va et jette les fondements, selon le signe qui te sera donné. » Rendant aussitôt grâce au Seigneur Tout-Puissant et implorant le secours du saint Ange Michel, il se lève tout joyeux et se mit à l'œuvre.

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