LEÇON DEUXIÈME
Les histoires ecclésiastiques disent, en effet, qu'après la Passion et l'Ascension du Seigneur vers les Cieux, lorsqu'approchaient ces jours de désolation que le Sauveur, de sa parole sainte et avec les larmes de l'humanité, avait prédits à l'avance, l'Eglise réunie à Jérusalem se disperse, sur l'ordre de Dieu, pour évangéliser les nations. Lorsque le peuple, venu de tous côtés, attendait le jour de la fête de Pâques, les prêtres observant leur garde accoutumée, et veillant près du temple, entendent tout-à-coup des voix •prononçant ces paroles : « Sortons de ces lieux. » Or ces voix subites, émises par les Anges qui publiaient la fuite de ces Esprits heureux, insinuaient que le ministère des Anges serait transféré à l'Eglise des gentils. On conclut d'une manière évidente que le Bienheureux Michel Archange accordait aux nations élues le ministère qu'il avait jadis exercé parmi le peuple de Dieu. La dévotion des fidèles croit qu'il en est ainsi à la vue des signes qui se sont manifestés. En effet. Saint Michel a voulu se faire connaître aux mortels qui ont vécu dans notre siècle, afin de faire comprendre au genre humain qu'il est appelé dans la société des anges. Enfin, il faut remarquer par quel mystère il choisit pour les mortels, dans les contrées occidentales, un lieu où afflue, de tous les points de la terre, la religieuse multitude des fidèles venant respectueusement solliciter le secours angélique.
LEÇON TROISIÈME De la situation du lieu.
Ce lieu, appelé Tombe par les habitants, émerge du sein des sables en forme de tombeau, et s'élève dans l'espace à une hauteur
— gode deux cents coudées. Ceint de tous côtés par l'Océan, il offre l'espace étroit d'une île admirable, située à l'endroit où les fleuves de la Sée et de la Sélune se jettent dans la mer, et présente encore aux habitants, un espace qui n'est pas trop resserré. Par sa longueur, sa largeur, et aussi sa hauteur, il ne diffère pas beaucoup, comme on le pense, de l'arche dans laquelle fut sauvé le genre humain. Distant de six milles de la ville d'Avranches, et regardant vers l'occident, il sépare l'Avranchin de la Bretagne. Là, aucune action mondaine ne peut avoir lieu ; cette île, telle qu'elle est, ne convient qu'à ceux qui sérieusement veulent adorer le Christ, et elle ne reçoit que ceux qu'un ardent amour élève vers le ciel. On y trouve seulement une grande abondance de poissons qui souvent y est accumulée par l'épanchement des fleuves et de la mer. Pour ceux qui la voient de loin, elle ne paraît être autre chose qu'une spacieuse ou plutôt une belle tour. Mais la mer, par spn reflux, offre, deux fois par jour, une route désirée aux peuples pieux qui gagnent le seuil du Bienheureux Archange Michel. Ce Mont, dans l'origine, comme nous avons pu l'apprendre de narrateurs véridiques, était entouré d'une forêt très épaisse, éloignée du flot de l'Océan de six milles, comme on le pense, et fournissant aux bêtes sauvages des retraites profondes. Et comme les lieux les plus reculés d'un désert ont coutume d'être très recherchés par ceux qui aiment à pénétrer les secrets du Ciel par l'élan de la contemplation, nous savons qu'autrefois des moines habitèrent ce lieu, où existent maintenant encore deux églises, bâties par la main des anciens. Les moines qui servaient le Seigneur dans cet endroit étaient nourris par la libéralité de Dieu qui gouverne tout. Un prêtre du village qu'on appelle présentement Asteriac venait à leur secours de la manière suivante : Lorsque la nourriture, sans laquelle la vie de l'homme ne peut exister, leur faisait défaut, une fumée courant çà et là et montant vers le ciel donnait le signal ; le prêtre chargeait un âne de mets préparés avec un véritable amour, et ainsi précédé d'un guide invisible, l'animal allait et revenait à travers des lieux dépourvus de sentiers, portant les ordres du Seigneur et les vivres nécessaires. Mais parce que ce lieu, dans la volonté de Dieu, était préparé pour un miracle futur et pour l'adoration de son saint Archange, la mer, qui était éloignée, se soulevant peu à peu, aplanit par sa force toute la grandeur de la forêt et réduisit tout en grèves, offrant
un chemin au peuple de la terre, afin qu'on pût raconter les merveilles de Dieu. Maintenant il faut dire comment ce même prince des esprits bienheureux dédia, par une révélation angélique, le lieu que nous connaissons.
De la construction du lieu d'après la révélation angélique.