SAINT LO
mrotioiis prélimlnalreA et critiques*
Saint Lo est le saint le plus vénéré du diocèse de Coutances, dont il est le second patron. Son office est très solennel et se célèbre le 21 septembre avec octave. Ce pontife fut en effet un des plus illustres de son siècle. Il est cité dans les Vies de plmieurs SaintSy qui furent ses contemporains, dans YHistoire Ecclésiastique et dans différents actes du Moyen-Age. Ainsi, deux sources s'offrent à Fhistorien pour recomposer cette grande figure de l'évêque de Coutances : des faits généraux et des actes particuliers.
I^* Comme les personnages importants laissent toujours après eux des traces de leur passage, l'histoire générale a recueilli un grand nombre de faits sur saint Lo. Peu de temps après sa consécration épiscopale, qu'on place environ vers l'an 525, saint Lo alla à Angers visiter l'évêque de cette ville, et s'y rencontra avec saint Melaine, évêque de Rennes, saint Victeur, évêque du Mans, et saint Marsus, évêque de Nantes (i). Quant, en 530, saint Melaine vint à mourir, saint Lo se rendit à Rennes pour assister à son inhumation, où il retrouva de nouveau saint Victeur et saint Marsus (2).
Vient ensuite l'époque des grandes assemblées ecclésiastiques d'Orléans ; saint Lo se rendit au deuxième concile tenu dans cette ville. On traita différents points de discipline et on rédigea vingtet-un règlements ou canons. Dans le cinquième, on enjoint aux évoques de se trouver aux obsèques de leurs confrères. La signature de saint Lo porte : Lauto episcopm Constantiensis subscnpsi (3). Au
(i) Vita sancU Melanii. — Aeta sanctorum, 6 januarii; Gallia- ChrUtiana, T* XI ; Histoire GalUcane, T. III ; Trigan, Histoire Eeelésiastiqtie de Normandie, T. I.
(2) Vita saneti Melanii, apud Boll. 6 jamiarii. Le Gointe, Annal» Francorum ad an, 530,
(3) Sacrorum eonciliorum Antiqua et Nova eollectio, T. VIII et IX. — Gallia Christiana, T. XL
troisième concile, tenu en 528 et présidé par saint Loup, archevêque de Lyon, saint Lo s'y trouva avec saint Aubin, d'Angers, et Flavien, archevêque de Rouen. On fit trente-trois canons, dont le sixième défend d'ordonner un diacre avant 25 ans, et un prêtre avant 30 ans. La subscription de saint Lo est ainsi conçue : Lauto episcopus ecclesiœ Comtantiensis subscripsi (1).
En 541 eut lieu le quatrième concile d'Orléans, composé de 38 évêques et les députés de onze pontifes absents. Saint Lo fut représenté par saint Scubilion, moine de Sessiac, qui souscrivit ainsi : Esciipilio presbyter missus Lautone episcopo ciritatis Constantinœ comemi et subscripsi (2). Le roi Childebert fit asseml)ler le cinquième concile d'Orléans, en 549. On y compta 50 évêques et 21 députés venus de toutes les provinces des Gaules. Saint Lo s'y rendit de nouveau et signa en ces termes les vingt-quatre canons qui furent rédigés : Lauto in Christi nomine episcopus ecclesiœ Constantinœ vel Briorerensis (3).
Vers 558, quand saint Marcouf, abbé de Nanteuil, fut atteint d'une maladie qui devait le conduire au tombeau, saint Lo alla le visiter et Tinhuma près de son ancien ami Cariulphe qui reposait déjà dans la paix du Seigneur (4). Saint Lo rendit le même service au vénérable évêque d'Avranches, saint Pair, ancien abbé de Sessiac. Il vint le consoler dans sa ville épiscopale, et conduisit ensuite son corps dans l'église de son ancien monastère, où il reposa près de saint Scubilion (5).
Un acte du cartulaire de l'abbaye de Saint-Lo nous apprend que le saint évêque de Coutances fut inhumé dans l'église de Saînte-
(1) Saerorum conciliorum Antiqua et Nova collectio, T. VIU et IX. — Gallia ChrUtiana, T. XI.
(2) Saerorum conciliorum collectio. Tom. VIU et IX.
(3) Ibidem,
(4) « Beatissimus itaque Lauto episcopus qui his diebus illo advenerat, accersitis suœ parochiœ presbyteris et omnibus cleris reliqui ordinis, cum omni rêver entia reposuit corpus sanctissimi viri juxta Cariulphum collegam suum qui jam utebatur quiète dulcissiriiœ pacisj expectans adventum Nostri Redemptoris. » Apud Boll, i* Vita. — Dans la seconde vie du même saint, on lit : « Invalescente denique tango re vicinium sui exitus terminum prœsignante, fratres undique multaque populorum ex vicinis locis turba, inter quos etiam venerabilis urbis Constantiœ prœsul Lauto, visitandi studio ad eum accurrit, » Apud Boit,
(5) Voir la Vie de saint Pair, par Fortunat, dernier §,
Croix. Au XVI« siècle on y montrait son tombeau et les pèlerins le visitaient encore bien longtemps après l'enlèvement des reliques (1). Hilaire de Morel, dans Le Triomphe de VEglise cathédrale de Coutances^ dit que saint Lo <( estoit natif de la paroisse de Courcy, demie lieue près de Constances (2). i» Rouault ajoute : « Le lieu de sa naissance était un château situé dans la paroisse de Courcy, près de Coutances (3). » Mais ces assertions sont sans preuves. Courcy fut, en effet, une des propriétés de saint Lo et comme ce saint,
(1) « Comme frère Jean Heryien, prieur claustral de Tabbaye de Saint-Lo et prieur curé de la Roelle en Gyhebert, meu de dévotion eust en cy devant grand désir et volonté fonder un obit d'une messe à notte en l'honneur de la benoiste Trinité de Paradis et à k fin d'icelle chanter ung respons des trespassez, de profondis et oraisons avecques aspersion d'eau benyste aux assistons, en l'une des chapelles de de la dicte abbaye, nommée la chapelle de la Trinité ou Conception Nostre-Dame, estante à l'entrée de l'église dicelle abbaye par devers le cymetière du dit lieu, chascun dymence de l'an, à l'yssue des matines et avant les messes matutinales des charitez des églises du dit Saint-Lo, pour prier Dieu pour luy et ses amis tant vivants que trespassez et à ses fins faire clore et utensiller la dicte chapelle et rellever le tombeau Mons' Saint Lo contigu et joignant la dicte chapelle bien et deuement aussy icelle chapelle entretenir à l'advenir en bonne réparation, quérir une cloche et la faire mettre à la tou^de la dicte abbaye pour sonner le dit obit et autres services qui seront dictz et célébrez en icelle chapelle. » Cet acte est du 24 juin 1591, et pour ces prières le frère Hervieu fait une rente de 25 écus à 60 sous Técu. {Cartul. de Saint-Lo, pag. 189 et 190).
Dans la Semaine Religieuse du diocèse de Coutances et Avranches, année 1864, pag. 127, M. Gilbert, dans une courte notice sur saint Lo, ajoute : « On montrait au XVI* siècle son tombeau dans l'ancienne abbaye de Saint-Lo, aujourd'hui l'église Sainte-Croix, qui vient d'être agrandie et restaurée si heureusement, dans la chapelle dédiée à la sainte Trinité et à la Conception N.-D., près de l'emplacement occupé par la sacristie actuelle. Espérons que l'on verra bientôt une inscription commémorative indiquant la place de cette glorieuse sépulture. »
(2) Triomphe de l'Eglise de Coutances ou Relation véritable des cérémonies observées par les habitants de la ville de Coustances, à l'entrée solennelle de Mgr LL. et RR. Ëvéque Claude d'Auvry^ le dimanche 15 septembre 1641, page 58.
(3) La vie des Evêques de Coutances, par Rouault, curé de Saint-Pair, page 75. — M. Renault, dans la Revue monumentale et historique de Coutances^ à l'article Courcy, dit encore : « C'est à Courcy que naquit Laut ou Lo, Lotonu^ ou Laudus, d n cite la fontaine de saint Lo et un clos qui porte aussi le nom du saint et, près de ce clos, le Vieux-Manoir où, suivant la tradition, se trouvait le château de Saint-Lo (page 33). — Courcy faisait partie de la baronnie de ^int-Lo et, au XI* siècle, les dîmes de la paroisse appartenaient à l'abbaye de Sainte-Croix de Saint-Lo. C'était aussi une des propriétés du chapitre de la cathédrale et le seigneur de Courcy nommait à la cure. — Le bréviaire de Mgr de Brienne, en 1715, dit que saint Lo naquit en Basse-Normandie, près de Coutances. « In inferiori Neustria prope Constantias nobilibus et ehristianis parentibus sub Childeberto primo Franeorum rege natus. » Le bréviaire de Mgr de Matignon, en 1741, ne parait nullement convaincu de la naissance de saint Lo près de Coutances et, sans indiquer le lieu
d'après sa vie, vint à Coutançes assister aux obsèques de saint Possesseur, on aura trouvé plus raisonnable de le faire naître à Courcy qu'à Saint-Lo ou l'ancien Briovère qui dépendait alors du diocèse de Bayeux. Mais comme les domaines du jeune Lo s'étendaient dans les deux diocèses et plus spécialement dans celui de Coutançes, sa présence à l'inhumation de saint Possesseur n'a rien qui étonne. Saint Lo est un leude franc, un riche propriétaire du pays qui vient honorer de sa présence les funérailles de son pontife. L'affection de saint Lo pour Briovère, dont il prend le titre comme pontife, Episcopus Brioverensis, ses visites assidues dans cette localité et le choix qu'il en fait pour y reposer un jour, semble bien indiquer que c'est à Briovère qu'il faut chercher son berceau. Au sommet du rocher qui domine la cité de saint Lo, sur les bords de la Vire, la tradition place un castrum^ connu sous le nom de Briovère. Là habitait un puissant seigneur qui fut le père du futur pontife. Il jouissait de nombreuses propriétés situées des deux côtés de la Vire. Sur la rive droite, dépendant du diocèse de Bayeux, il possédait les terres formant aujourd'hui la paroisse de Saint-Lo, de Sainte-Croix, de Saint-Thomas, de Montcoq, de Baudre et de Mesnil-Rousselin ; sur la rive gauche, dans le diocèse de Coutançes, les fiefs représentant actuellement les communes de Courcy (1), de Trelly, de Canisy, de Saint-Gilles, de la Mancellière, avec toute la terre de la Motte, en Saint-Ebremond, où s'éleva plus tard un nouveau castrum avec un fossé historique qui donna son nom à quatre paroisses voisines. Devenu évêque de Coutançes, saint Lo, fils du seigneur de Briovère, légua toutes ces propriétés à l'église dont il était le pasteur (2).
natal du saint, il supprime ce qui se lisait jadis dans le bréviaire de Mgr de Brienne. — La fontaine de saint Lo, à Goarcy, indique un pèlerinage au patron de la paroisse qui est saint Lo, et le clos du même nom^ une propriété donnée à saint Lo de Courcy. Le manoir est probablement celui du seigneur.
(1) L'imagination populaire s'est exercée sur la jeunesse de saint Lo ; elle a composé une légende qui ne fait pas du saint un grand seigneur, mais un homme inspiré et en rapport avec Rome : « Un jour que saint Lo labourait les champs » avec son père, l'heure de la réfection arriva et il annonça qu'il était temps d'aller n diner. Le père affirma qu'il n'était pas encore midi. Le fils répondit qu'il enten- » dait sonner cette heure par les cloches de Rome. Le père se mit à sourire. » Mettez votre pied sur le mien, dit saint Lo, et comme moi vous entendrez. Le » père obéit, il entendit et fut convaincu. » (Légende de Courcy).
(2) Toustain de Billy, Histoire des Evêques de Coutançes, T. I, Article Saint-Lo« — Trigan, Histoire Ecclésiastique de Normandie, T. I.
Ces propriétés formèrent ensuite la baronnie de Saint-Lo, dont les évéques furent les chefs. Cette donation est citée, dès le XI® siècle, comme très ancienne et remontant à saint Lo (1). Cependant, comme cette seigneurie s'étendait en partie sur le diocèse de Bayeux, et en particulier le castrum de Briovère, saint Lo tint beaucoup à annexer tous ces biens au diocèse de Coutances. Il s'entendit pour cela avec l'évêque de Bayeux auquel il céda, dans le^Cotentin, trois petites enclaves comprenant les paroisses de Lieusaint, de Neuville-au- Plain, de Sainte-Mère-Eglise, de Chef-du-Pont et de Vierville, dans le Pénème (2). Ces paroisses firent partie de l'archidiaconé des Yés et du doyenné de Trévières, dans le Bessin. On a cru que le voyage de saint Lo à Paris, près du roi Childebert, fut surtout entrepris pour confirmer cet échange fait entre les deux évoques (3). Quant au castrum de Briovère, les successeurs de saint Lo en furent en possession immédiate, et ils s'y retirèrent souvent comme dans une propriété qui leur était chère. Dès le VII® siècle ce castrum changea son nom de Briovère en celui de Saint-Lo, parce que là était le tombeau du saint et qu'on y venait en pèlerinage : Nunc vero propter sancti Laudi corpus etiam ibi sepultum Sanctus Laudus dicitur (4).
Au IXe siècle (5), c'est à St-Lo que se retira l'évêque Liste, croyant échapper à la fureur des Normands, parce qu'alors cette ville passait pour imprenable. Malheureusement l'aqueduc ayant été coupé par
(1) « Quoe anteriore tempore fuerunt facta priore denotantur ordine, qttorum nomina hœe sunt : Parochia Sancti Laudi super Viriam fluvium intégra cum omni exitu ad eam pertinente, » (Charte de Guillaame le Conquérant).
(2) Toustain de Billy. — Trigan.
' (3) Robert Cenalis, évéqae d'Avranches, Hierarchia Netutriœ, — M. GiU)ert, Notice sur Saint-Lo [Semaine Religieuse, année 1864J.
(4) Apud opéra Roberti Goullet, ouvrage in-folio, de 1512, comprenant les œuvres de Thistorien Joseph, Aimoinj Luitprand et un Compendium de sex etatibus seculi orbis, qui est une géographie où la ville de Saint-Lo est particulièrement citée.
(5) [Normanni] reversi a Parisiis relictà Sequanà per mare navale iter, atque pedrestre et équestre agent£S, in territorio Constantiœ civitatis circa castrum Sancti Laudi sedem sibi faciunt, ipsumque castrum impugnare non cessant anno Domini DCCCLXXXJXj et anno Domini DCCCXC Laudi castrum, interfectis habitatoribus, funditUs Urrœ coœquatum, (Gesta normanorum antè RolL, apud Uuck», p. 6. — Quoddam Castellum in Constantiensi territorio quod ad 5. Lod dicebatur obsident et accessum ad fontem aquœ ex toto prohibenteSy oppidanis siti arescentibus fit deditiOj ex pacto ut vità tantum illis concessà, cœtera tollerent, illis a munitione progressis, fidem et promissa prophanant data, omnesque absque respectu jugulant inter quos Episcopum Constantiensem» (Regino chron, ad anno 890),
les barbares, la garnison, obligée de se rendre, fut massacrée par les assiégeants. Tels sont les faits fournis par VHistoire générale sur Saint'Lo et là baronnie de Briovère (i).
II<> Les actes particuliers de la vie de saint Lo se trouvent dans différents manuscrits qui nous ont été conservés. Le plus ancien remonte à la première moitié du XI^ siècle et se trouve à la Bibliothèque nationale sous le N<> 5283. Il avait d'abord appartenu à la bibliothèque de Colbert, qui fut un des plus intelligents collectionneurs de son temps. Ce manuscrit, qui venait de saint Lo de Rouen, remontait à l'époque des chanoines de Coutances qui habitaient alors la ville métropolitaine. Il en existe un autre du XII® ou du commencement du XIII® siècle, à la bibliothèque de Rouen, et venu de l'abbaye de Jumièges. Le fond est identique au premier, mais le style est différent. Il fait partie d'une collection de Vies de Saints qu'on lisait dans le monastère. L'auteur a résumé la vie primitive, et sa rédaction fut reproduite dans les bréviaires coutançais, de 1499 et de 1612. Les BoUandistes possèdent encore 4 exemplaires de la vie de saint Lo ; les deux premiers ont été copiés sur ceux de l'abbaye de Saint-Lo, manuscrits qu'on ne possède plus ; le troisième leur fut envoyé de Rouen en 1633, et le quatrième est un résumé fait, en 1610, par le Père Rosweyd, d'après les anciens bréviaires de Coutances et de Rouen. Mais aucun de ces documents n'a été publié ; les Pères, dans leurs Acta Sanctorum, T. VI, au 22 septembre, se sont contentés de faire un petit abrégé de la vie, en relevant ce qui leur a paru douteux ou fabuleux.
La vie se résume ainsi : A la mort de saint Possesseur, évêque de Coutances, le clergé et le peuple accoururent verser des prières et des larmes sur les restes mortels du saint pontife. Pendant la veillée nocturne, deux prêtres, cédant à la fatigue, s'endormirent. Dans leur sommeil chacun d'eux vit un vieillard vénérable, aux vêtements candides, qui leur fit connaître le nom et l'âge du nouveau pontife qu'ils devaient élire. C'était le jeune Lo, âgé seulement de douze ans. Us déclarèrent au peuple et au clergé ce qui leur avait
(1) Briovère veut dire passage sar la Vire, brio oa briva signifiant en celtique passage, comme : Brioserta, Brisserle, pont sur la Sarthe ; Brioledum, Briolan, pont sur le Lay ; Charohria, Chabris, pont sur le Cher ; Samarobriva, Amiens ^ pont sur la Somme ; Briva Isarae, Pontisara, et plus tard Pantoise, pont sur l'Oise ; Briva Curretia, pont sur la Gorëse, aujourd'hui Bri?e-Ia-Gaillarde, etc.
été révélé par le messager divin, et après les obsèques, clergé et peuple s'étant concertés, élurent, dans un pieux enthousiasme, le jeune Lo, évêque de Coutances.
Il fallait cependant le consentement du roi et du métropolitain, qui ne donnèrent leur approbation qu'après deux révélations angéliques. L'Archevêque Gildard consacra alors le jeune élu qui fut intronisé sur la chaire des pontifes. L'auteur après avoir exposé les vertus du jeune Lo, sa charité, sa douceur, sa sobriété, son amour de la prière, sa mortification, son ardeur pour l'étude, ses jeûnes et tout ce qui distingue un grand et un saint évêque, raconte ensuite deux miracles opérés par saint Lo. Le premier est en faveur d'une pauvre aveugle, qui était venue implorer son secours à la porte de la cathédrale, et à laquelle il rendit la vue. Le second eut lieu pendant le voyage du saint à Paris, alors qu'il allait visiter le roi Childebert. Ses compagnons avaient préparé le repas sous un arbre touffu. Le saint comprit que le démon les attendait là pour leur tendre un piège et les fit aussitôt abandonner cet endroit. A peine s'étaient-ils retirés que l'arbre, au lieu même où ils avaient dressé leur table, tomba avec fracas et les eût inévitablement écrasés. Peu d'années après la visite royale, saint Lo exhala son âme vers le ciel, le X des calendes d'octobre, après 46 ans de pontificat. Tel est le résumé de cette vie qui fut reproduite par les bréviaires jusqu'en 1612. Mai^, à partir de cette époque, une critique plus sévère commença à révoquer en doute l'âge de douze ans donné à saint Lo lors de son élection. Le clergé lui-même regarda la tendre jeunesse de saint Lo comme un fait exagéré, et dans le bréviaire de 1663 Mgr Lesville retrancha, de la vie de saint Lo, le duodennis (1) des anciennes légendes. Mgr de Brienne, dans la nouvelle liturgie coutançaise de 1715, se contente de croire et d'affirmer qu'à l'époque de sa consécration il n'avait pas encore atteint l'âge prescrit par les SS. canons, œtatem prœficiendorum a sacris canonibus prœscriptum nondum attigerat Laudus (2). Les bréviaires qui suivirent, comme ceux de Mgr Gouyon de Matignon, en 1741 ; de Mgr de Talaru de Chalmazel, en 1769; de Mgr Dupont-Poursat, en 1830, et le propre actuel du bréviaire romain de Coutances, ont approuvé
(1) Bréviaire de Mgr de Lesville, pars Automnal, an 21 septembre.
(2) Bréviaire de Mgr de Brienne, au 21 septembre.
et reproduit les expressions du bréviaire de Mgr de Brienne. Saint Lo n'avait pas 12 ans, mais il n'était pas encore arrivé à l'âge de 30 ans. Aussi, dans le missel de 1729, de Mgr de Matignon, on représente le saint sous les traits d'un jeune évêque de 28 à 29 ans, rendant la vue à une aveugle, à une des portes de sa cathédrale (1).
Ces changements dans la légende de saint Lo ne furent pas admis par tous. Rouault, curé de Saint -Pair, dans son Histoire des Evêques de Coutances^ suit encore les bréviaires de 1499 et de 1612. Toustain de Billy, au contraire, admet la réforme des bréviaires et s'exprime ainsi, au sujet des anciens actes de saint Lo :
a On me permettra, dit-il, de croire et de dire qu'il. faut corriger ces actes et que l'âge de 12 ans en saint Lo, lors de son élection, est une erreur qui s'y est glissée par la faute des premiers copistes de ces actes qu'on a reçu mal à propos et sans y faire tout l'attention qu'on devait. Aussi n'a-t-on nulle autorité ni aucune preuve dont on puisse se servir pour appuyer un fait de cette importance et lequel, s'il était véritable, serait certainement l'unique. Il n'est pas croyable qu'un fait de cette nature eut pu être ignoré, ou qu'étant connu il ne se fût trouvé quelque écrivain qui en eût fait mention. Saint Rémi fut sacré à 22 ans. On n'a pas manqué d'auteurs à nous en instruire. On précipita un peu l'ordination de Nectarius, de Tarasius, de saint Ambroise et de Photius. Ces faits sont-ils plus importants que ne le serait l'ordination d'un enfant de 12 ans? Nous les savons de tous les historiens de ce temps-là, au lieu qu'il ne s'en trouve aucun pour nous instruire de celui de saint Lo.
» Rejetons donc comme une fable cette jeunesse extraordinaire dans un saint évêque et ne lui attribuons pas plus qu'à Notre- Seigneur Jésus-Christ, lequel, à l'âge jle 12 ans, fut trouvé au milieu des docteurs, les écoutant et non pas les instruisant. Ces considérations et plusieurs autres semblables que je laisse exprès m'ont fait penser que cette erreur s'est glissée dans notre office par l'ignorance des premiers siècles qui ont suivi la venue des Normands. Peutêtre que saint Lo n'avait que 22 ans lors de son ordination ; que cet âge étant exprimé dans les originaux en chiffres, il s'y est trouvé quelque altération ; qu'ainsi les copistes ont mis XII au lieu de XXII, et sans approfondir d'avantage la chose, on a été bien aise de
(1) Voir le Missel de Mgr de Matignon^ imprimé à Goutances, chez Julien Faurel, Episeop<^tus typographum, 1729, à la fête de Saint-Lo.
trouver du merveilleux jusque dans Télévation d'un évêque dont la vie a été toute miraculeuse : on l'a cru, on l'a prêché, on l'a écrit, et cette opinion telle qu'elle soit est parvenue jusqu'à nous.
» Au reste, en disant que saint Lo fut ordonné à l'âge de 22 ans, on ne doit pas penser que je le croie ou en aie quelque preuve ; mais puisqu'on veut qu'il y ait du miracle, il y aurait plus d'apparence à ce dernier qu'au premier, et les répugnances du souverain et de l'archevêque, qui eurent besoin derévélation pour être levées, ne conviennent guère moins à l'un qu'à l'autre de ces âges (1). >
Trigan, dans son Histoire ecclésiastique de Normandie^ examine le pour et le contre de cette question. « C'est une tradition, dit-il, à Goutances et qui de là, sans doute, a passe dans les différents lieux où les reliques et le culte du saint ont établi sa mémoire, qu'il fut fait évêque à 12 ans. On ignore la source de cette tradition, si «lie n'est pas dans la vérité. Ce que l'on a des actes du saint, dont on ignore également le temps et l'auteur, et les légendes des anciens bréviaires, l'ont fait passer jusqu'à nos temps, et ceux mêmes qui, depuis un siècle, la contredisent (2), contribuent encore également à la faire passer aux races futures. Il est vrai qu'on n'ose plus maintenant la proposer pour être crue. Autrefois on la croyait avec simplicité et on se contentait d'admirer la merveille d'un évêque de 12 ans, âge plus qu'incompétent selon toutes les règles de l'Eglise, exemple unique dans les fastes, mais enfin c'était une merveille et cela passait à l'abri des révélations réitérées et des prodiges dont son histoire l'accompagne. Mais depuis qu'une critique plus éclairée ou plus sévère a reçu tant de traditions et tant d'écrits, aujourd'hui réputés comme fabuleux, l'âge de saint Lo a commencé à disparaître des bréviaires et nos écrivains les plus attachés n'en parlent plus qu'en se faisant honneur d'une critique toujours bien reçue contre un fait de cette nature et qui les met à couvert d'un reproche d'une simplicité trop crédule.
» La prétendue élection et consécration d'un évêque de 12 ans est, dit-on, la chose du monde la plus opposée à l'esprit de l'Eglise et à sa discipline, on pourrait même ajouter aux idées les plus communes d'un sage gouvernement. De plus, nul écrit authentique du temps
(1) Toustain de Billy, Vies des Evêques de Coûtâmes^ Tom. I. Article saint Lo.
(2) Les bréWaires de Mgrs de Lesyiile, de Brienne et de Matignon.
— iO —
ou. voisin du temps n'a fait mention d'une chose si fort éloignée de l'ordre commun. Comment croire qu'on eût pu se porter à enfreindre jusqu'à tel point les lois d'ailleurs les plus respectées et comment, si on l'avait fait, une singularité qui devait avoir fait autant de bruit n'aurait-elle trouvé place dans aucun écrit propre à à faire foi? C'est ce que j'ai trouvé que l'on oppose au jeune prélat de Coutances ; y a-t-il là quelque chose de péremptoire ? Il doit du moins être permis d'en peser la valeur et de ne point passer toute cette érudition sans la discuter.
» Premièrement, ceux qui tiendraient pour la vérité du fait, comme l'historien tout récent des évêques de Coutances (1), conviendraient sans difficulté qu'il fut contraire aux règles. L'ancien auteur des actes du saint le suppose lui-même et fait rouler là-dessus toutes les difficultés qu'essuya cette promotion. Mais les exemples mêmes qu'on allègue prouveront que nombre de fois on a passé par dessus les règles les plus sages et les plus communément observées, quand on y a vu de l'avantage pour l'Eglise ou qu'il a plu à Dieu d'éclairer lui-même ses volontés par des voies extraordinaires.
» On conviendra secondement que la preuve tirée du silence des écrivains du temps n'est pas sans quelque force, mais elle n'est toujours que négative et peut faillir. Saint Rémi avait été fait évêque à 22 ans et l'on n'a pas manqué de l'écrire ; donc, si saint Lo avait été fait évêque à 12 ans, on ne l'aurait pas moins écrit. La conclusion n'est pas dans les règles, du particulier au particulier on ne conclut pas. Cette conclusion même fut-elle plus régulière, ne suffirait pas; il faudrait ajouter qu'en cas qu'on l'eût écrit, la pièce qui l'aurait contenu serait également parvenue jusqu'à nous...
» Que l'on ait écrit dans son temps la vie de saint Lo et que cette vie ait péri par l'injure du temps, on le peut supposer aussi bien qu'il est vrai de saint Rémi. Ce n'est que par accident que la première vie de celui-ci se trouve suppléée par l'extrait de Fortunat, et ce hasard qui d'un fait ne conclut rien pour un autre, pouvait manquera saint Rémi... On pourra répliquer que le cas de saint Lo a quelque chose de plus fort et de moins vraisemblable que
(1) Roaault, La vie des Evêques de Coutances, augmentée de- celle de Saint Léon, Saint Philippe et Saint Gerrais, frères et martyrs, natifs de Carentan.
celui de saint Rémi, et qu'il serait plus étonnant encore qu'il n'en parut rien dans ce qui nous reste d'écrivains du siècle. Mais ne pourrait-on point penser qu'au contraire ce qu'il y avait dans l'élection de saint Lo de répugnant aux bonnes règles, aurait bien été une raison à des écrivains judicieux de laisser échapper ce fait qui ne devait jamais servir d'exemple et qui pourrait offenser en quelque façon la postérité, ou peut-être n'être pas cru ?... Personne cependant ne disconvient qu'il n'y ait eu dans la promotion de ce saint quelque chose qui n'est point ordinaire ; il faudrait autrement rejeter toute son histoire, ce qu'on ne fait pas ; mais quelques-uns de nos écrivains ont imaginé que peut-être il y avait dans le manuscrit de cette histoire 22 en chiffres romains, et que, par la négligence de quelque copiste, un des deux X se trouvant omis, on aura lu XII pour XXII, d'où il sera arrivé que saint Lo, consacré à 22 ans comme saint Rémi, aura passé pour l'avoir été à XII . L'omission d'une lettre a paru chose aisée, et Ton a cru trouver, en l'admettant, un expédient fort heureux..., mais ne va-t-il qu'à un peut-être qui peut aussi n'être pas, et personne sur ce peut-être n'osera poser comme un fait que saint Lo fut évêque à 22 ans ; ceux qui n'osent dire que ce fut à 12 ans suppriment le nombre et se contentent d'exprimer sa jeunesse en termes généraux : junior licet^ comme il se voit dans les bréviaires de ce temps (1). Mais ce qui m'a paru singulier, c'est que cet expédient, adopté par l'auteur de VHistoire manuscrite de Coûtâmes (2), ne l'a pas empêché de présenter lui-même de quoi l'infirmer. Il fait usage des anciens actes de saint Lo, il les extrait, il les traduit, il en déduit toute l'histoire du saint, il en produit même les endroits où l'erreur aurait pu se glisser, et là, nulle apparence, nulle possibilité même du changement qu'il veut supposer (3). »
Trigan cite les phrases latines données par Toustain de Billy, dans lesquelles les mots puer et duodennis sont exprimés en toutes lettres, et il ajoute : « Je ne sache qu'une chose à répliquer, c'est
(1) Bréviaire de Mgr de LesWUe, en 1663.
(2) Toustain de Billy, Vtes des Evêques de Coutances.
(3) Ces extraits sont tirés du Bréviaire de Mgr de Briroy, imprimé en 1612, devenu très rare. On y lit en toutes lettres : « Lauduê puer elegiturf fUius in patrem assumitur, duodecennis dignus sacerdotio acclamatur, » mais ces extraits ne sont pas tirés des anciens actes de saint Lo.
que les actes d'où ces extraits sont tirés ne sont pas les mêmes que ceux où l'erreur s'était glissée (1). »
Après un raisonnement si logique et si serré, Trigan n'ose affirmer ni contredire l'âge de 12 ans.
M. le capitaine Tauxier, en 1889, reprend la discussion de Trigan et assure que saint Lo a été consacré évêque de Coutances, à l'âge de 12 ans. Il s'est procuré quelques extraits du manuscrit du XII« au XIII® siècle de la bibliothèque de Rouen, il a vu la légende du bréviaire de Mgr de Briroy, édité en 1612, conforme du reste à la vie de saint Lo dans le manuscrit de Rouen. Il conclut que cette vie porte en elle-même la preuve irrésistible qu'elle a été composée à la mort du saint lui-même et qu'elle n'a pu être rédigée plus tard (2).
De ce qui précède il est facile de voir que Rouault et Toustain de Billy n'ont connu la vie de saint Lo que par le bréviaire de Mgr de Briroy, imprimé en 1612; Trigan n'a eu entre les mains que les bréviaires de Mgrs de Les ville, de Brienne et de Matignon. Il a lu les extraits de Toustain de Billy, mais sans se douter qu'il les avait pris dans le bréviaire de Mgr de Briroy. M. le capitaine Tauxier a vu, comme Toustain de Billy, le bréviaire de 1612 renfermant la légende de saint Lo, de même qu'elle se voit aussi dans un bréviaire beaucoup plus rare et publié en 1499, au temps de Geoffroy Herbert. M. Tauxier a été plus loin encore, il a eu des extraits d'un manuscrit du Xlle ou XIII® siècle, conservé à la bibiothèque de Rouen, et c'est justement ce manuscrit que les anciens bréviaires de 1499 et de 1612 avaient reproduit dans la légende de saint Lo. Il a conclu que ce manuscrit donnait la vie authentique de ce saint et qu'elle devait remonter au temps même du grand évêque de Coutances. Mais il est un manuscrit plus ancien encore et qui jette un jour tout différent sur la vie de saint Lo. Cet ouvrage, du commencement du XI® siècle, est conservé à la Bibliothèque nationale. Connu des Bollandistes, il fut transcrit par le Père Papenbrok, qui n'osa le publier parce qu'il renfermait plusieurs faits qui lui parurent douteux ou fabuleux. Quoiqu'il en soit, les Bénédic-
(1) Trigan a raison, les extraits ne sont pas tirés des actes primitif qae Toustain de Billy n'a pas connus.
(2) n est fâcheux que M. Tauxier n^ait pu voir le manuscrit primitif, conservé à la Bibiothèque impériale. Son jugement, nous le pensons, eut été moins affirmatif.
^latins de Jamièges l'abrégèrent au XII^ ou XIII« siècle, et l'insérèrent dans leur Légendaire ou Colkction de Vies de Saints qu'on lisait dans l'abbaye. C'est donc sur la légende primitive du XI« siècle que doit se concentrer toute l'argumentation.
Or, cette vie ancienne a été écrite longtemps après la mort de saint Lo. C'est ce qui résulte de l'aveu même de l'historien. Il nous apprend, en eflfet, dans sa courte notice, qu'il existe beaucoup d'autres faits de la vie de saint Lo, mais que Dieu seul connaît. Il ajoute qu'il raconte une partie des faits qu'il a appris de narrateurs fidèles, mais qui n'ont pas connu le saint. Les faits qu'il rapportent sont si nombreux que jour finirait avant que l'écrivain pût les narrer tous (1). De toutes ces traditions il fait un choix et les rédige ensuite selon qu'il se sent inspiré de Dieu : « Prout docuil virtute divina (2). » Il faut reconnaître cependant qu'entre tous les faits qu'il a eMendus, l'auteur n'oublie pas les moins merveilleux, pensant sans doute, selon l'esprit de son siècle, qu'ils donneraient une plus haute idée de son héros.
En considérant le style de cette vie, ces descriptions générales qui conviennent à tous les saints évoques et qui rappellent celle de la vie de saint Sénier, il est aisé de croire que la rédaction n'est guère antérieure au X« siècle, et qu'elle fut faite, comme l'avait entrevu Toustain de Billy, après les invasions normandes. Les chanoines de Coutances, gardiens du corps de saint Lo dans leur église de Rouen, où ils s'étaient réfugiés dès le commencement du X« siècle, désirèrent célébrer la mémoire d'un pontife qui leur était si cher. Mais la vie du saint étant perdue, si elle avait déjà été écrite, ils résolurent d'en faire une, afin qu'elle pût être lue dans leur office. Ils connaissaient par tradition les principaux faits de saint Lo, exaltés de siècle en siècle par la voix populaire, mais ils comprirent que ces actes, corroborés par le suffrage du pasteur, réjouiraient davantage les pieux Frères quand ils entendraient la narration écrite des vertus du saint patron (3). Un historien se présenta et écrivit alors la vie que nous publions.
Dans cette vie dont l'historien ne connaît qu'un petit nombre de faits, le mot « duodennis :» est écrit non en toutes lettres, mais en
(1) Voir la 9* leçon des Aeteê.
(2) Voir le prologae de ces mêmes Actes*
(3) Fortunat, Vie de saint Pair, prologue.
chiffres, XII"^», comme l'avait supposé Toustain de Billy. Toutefois, il n'aurait pu en tirer aucune conclusion, car « duodennis » paraît dans l'office qui accompagne la vie, ainsi que le mot « pusio. » On n'a donc pu changer XXII en XII«»% puisque ce nombre n'existait pas. Il est donc clair que l'historien a bien voulu indiquer l'âge de 12 ans comme il l'avait entendu raconter. Ce fait, comme le dit Rouault, « prouvait que Dieu avait donné au jeune Lo la prudence, la pénétration, la sagesse et la science du jeune Daniel qui, au même âge, parut avec tant d'éclat au milieu des plus sages de Babylone, à la vue desquels il fit une action si glorieuse que nous n'en avons'point d'exemple que Jésus-Christ et saint Lo, qui donnaient des réponses et faisaient des questions qui étonnaient les plus grands docteurs (1). » Aussi, les autres Vies de saint Lo^ conservées jadis à Angers, à Rouen, à Tulle, à Coutances, à l'abbaye de Saint-Lo-sur-la-Vire, toutes postérieures au manuscrit du XI® siècle, portent le mot « duodennis » en lettres et non en chiffres. Ces nombreux manuscrits affirment donc que saint Lo a du être consacré jeune encore et avant l'âge requis par les Canons alors en vigueur (2). L'âge précis du saint, on ne le savait plus au juste, et on prit celui de Notre-Seigneur quand il fut retrouvé au milieu des docteurs de Jérusalem. C'était un fait sans exemple, mais qui devait donner une haute idée du pontife choisi par Dieu dans un âge si tendre. Rien, d'ailleurs, ne pouvait paraître ni impossible ni trop surprenant, en présence de la renommée si sainte et si élevée de saint Lo. L'esprit populaire, exalté par l'amour et la vénération, atteint parfois ces affirmations hyperboliques. Nous en avons un autre exemple plus moderne, et non moins frappant, dans une vieille prose de saint Lo. L'auteur primitif, dans une bénédiction ou prière qui suit la neuvième leçon de la Vie^ s'exprime ainsi : « Omnipotens Domimis vobis suœ benedictionis sanctificet qui beatum
(1) Rouault, Vies des Evêques de Coutances, A'rlicle saint Lo.
(2) Le concile de Neocesarée, dans le Pont, en 315, exige, dans le canon XI^', « Tâge de 30 ans pour le sacerdoce, quelque digne que soit celui qui se présente, parce que N.-S. Jésus-Christ n'a commencé d'enseigner qu'à cet âge. » — Le concile de Nicée, en 325, requiert le même âge. — Le concile d'Agde, tenu en 506, dit, canon XVII : « On ne doit point ordonner les prêtres ni les évéques avant l'âge de 30 ans, qui est l'âge de l'homme parfait. » — Le concile d'Arles, tenu en 524, dans le I*' canon s'exprime ainsi : « Nul ne peut être ordonné diacre avant l'âge de 25 ans, ni élevé au sacerdoce ou à l'épiscopat avant 30 ans. »
Laudum prœsulem sibi unius vagitu iafantia elegii atque Spiritm Sancti ardore ad regendum populum roborarit. Amen. » Il est clair que l'auteur veut simplement affirmer que saint Lo fut, dés le début de son épiscopat, fortifié par les lumières de l'Esprit Saint. Un artiste du XIII® siècle, dans le vitrail de saint Lo, qui existe encore dans la cathédrale, voulut rendre cette pensée, et tout en la matérialisant s'en tira fort bien. Dans un de ses médaillons il représenta saint Lo pontifiant et encensant un autel. Pour marquer ensuite l'assistance du Saint-Esprit, il figura, à l'angle du même médaillon, une colombe qui semble se diriger sur saint Lo. L'artiste ne pouvait mieux faire. Plusieurs siècles après, on composa une prose ou séquence spéciale en l'honneur du saint.
L'auteur traduisit alors le vitrail qui rappelait les actes principaux du bienheureux et le symbole de l'artiste devient, sous la plume du poète, un nouveau miracle de la vie de saint Lo. Il l'exprime ainsi :
Dam thus ferret et batillum, Fulsit ignis super illum, In columbae specie (1).
Cette prose a été chantée jusqu'en 1778, époque où elle fut remplacée, dans le missel de Mgr Talaru, par celle qui commence par ces mots :
Laadibus haec festivitas Reaultet almi Praesalis^ Gujas ab ore veritas Tôt manat usque sseculis (2).
(1) Noas donnons cette prose en entier parce qa'on la trouve déjà difficilement.
PROSA « Lux praeclara, lux solennis, quam elcctus miuor annis illustraTit obitu. Ter apparet Christi parens, trino Laudum ter apparens praesulavit monitu. Laudus annis adolescens, mente major fit senescens morum privilegio. Usus stupet et natura, quod setatem tam matura praevenit religio. Puer purus, et insignis insignitur multis signis virtutis et gratias. Dum thus ferret et batillum, fulsit ignis super illum in columbsB specie. Serpens fallax et astutus» Christi servos consecutus, robur serpit arboris. Gaeca fores puisât anus, stantem foris Wr humanus recepit interius. Templi limen ut intravit, caecae lumen reseravit duplex ostiarius. Laudo cedunt hostis doli, tuos Laude tua noli £rustrari memoria. Jesu clemens, et bénigne, fac cum Laudo te condigne laudemus in gloria. Amen. »
(2) La prose Laudibus hœc festivitas résume parfaitement la vie de saint Lo* C'est pour ainsi dire une traduction de la légende du bréviaire. U est deux points cependant qui ne sont pas d'une exactitude parfaite. La quatrième strophe s'ex* prime ainsi : Templi Prœsul sub foribus A plèbe cum excipitur, Inirat potens ope-