‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 29 sur 35 · RELIQUES DE SAINT AUBERT · texte numérisé non relu

RELIQUES DE SAINT AUBERT

Après l'invention du corps de saint Aubert, les ossements ne restèrent pas longtemps dans l'urne où ils furent trouvés : 1» Le chef fut mis dans un reliquaire spécial. C'était un dôme en argent doré. Il fut offert par Bernard-le- Vénérable, douzième abbé du Mont Saint-Michel, en 1131. Dessus on grava ces mots : « Caput » Beati Auberti hujus loci fundatoris anno Dei incarnati septem y> centum illius horis et octavo Abrincensis episcopi. Foramen, sis » certus revelatione angelica, rei bonae. y> — Le chef de saint Aubert, fondateur de cette église^ l'an du Seigneur 708. Croyez que cette perforation est le signe d'une révélation angélique (1). C'est

(1) La procession des moines du Mont Saint-Michel à la cathédrale d'Avranches, avec le chef de saint Aubert, remonte à Tannée lOôl. L'évéque Jean ayant accordé à l'abbé Ranulphe des droits d'archidiacre, exigea, en retour, différentes reconnaissances et en particulier la procession que toutes les églises du diocèse faisaient alors à l'église-mère ou cathédrale. De plus, il voulut que dans cette procession les Bénédictins apportassent solennellement le chef de saint Aubert ; ce qui prouve combien déjà les reliques du saint étaient en vénération dans le diocèse. Cet évèque qui, bien que devenu archevêque de Rouen, aima encore l'église d'Avranches d'une affection spéciale, puisqu'il lui légua sa baronnie de Saint-Philbert-sur-Rille, qui rapportait huit ou dix mille francs de revenus à ses successeurs, formule ainsi son désir touchant le chef de saint Aubert : « Monachi [sancti Michaelis] quinta feria » Pentecostes veulent Abrincas cum capite sancti Auberti ad ecclesiam sancti An- » drcac in qua ipse sedet episcopus, cum processione magna tam clericorum quam » laïcorum omnium qui domos tenent et denarios cerae matri ecclesiae debent ut » sedi episcopali. » (Nous avons publié cette curieuse charte dans notre Diocèse d'Avranches, T. II, p. 658. Elle se trouvait jadis dans le Livre Blanc de l'Evéché, aujourd'hui perdu.

L'évéque et le clergé d'Avranches faisaient aussi tous les ans leur procession au Mont Saint-Michel, en portant les reliques de sainte Pience. Le cérémonial du Mont, après avoir indiqué comment on devait recevoir la procession Avranchinaise dans l'intérieur de l'abbaye^ décrit ensuite de quelle manière on les accueillait dans ia cité épiscopalc, le mardi après l'octave de la Pentecôte : « Similiter in die mar- » tis post octavam Pentecostes processio dicti Montis eat apud Abrincas prout an- » nuatim consuevit. Processio Abrincensis cum aquâ beuedictà, duobus candela- » bris, duobus thuribulis et duobus tcxtibus eaudem processionem Montis usque » ad Auditorium régis recipiet. Episcopus si praesens fuerit vel praesidens in pro- » cessione dabit aquam benedictam Abbati et cum incensabit et osculabatur ipse » Abbas textus, similiter omnes fratres. Si Abbas non fuerit eo modo fiet per De-

cette châsse que Ton apportait à Avranches dans les processions annuelles ;

2» Le bras de saint Aubert fut enchâssé dans un bras d'argent doré, enrichi de cristaux et de pierreries, par Oudin Bouette, en 1477. Avant cette époque il était renfermé dans un autre bras, également fort beau. Il fut sans doute changé ou restauré au XV® siècle. « Anciennetnent, ajoute dom Huynes, on faisait jurer en mettant la main sur ce bras quand on voulait s'assurer de quelque chose d'importance, » Ce bras droit est représenté deux fois dans les gravures du XII® siècle, qui illustrent le beau Cartulaire du Mont Saint-Michel. La première gravure rappelle la donation de Richard II. Un moine présente l'os humérus devant trois seigneurs, qui probablement prononcent ou vont prononcer le serment. La seconde concerne Guillaume du Mont-Saint-Jean, dit le riche, « dires vocitor. » On le représente revenant de Rome, gravement malade, une couronne de comte sur le front et couché dans un lit. Un ami l'a engagé à se recommander à saint Michel du Mont Tombe. Le malade promet alors, s'il guérit, de donner à l'Archange ses vignes de Sillé-le-Guillaume (chef-lieu de canton de la Sarthe). A peine le vœu est-il formulé que saint Michel lui annonce qu'il va guérir. Son sénateur ou intendant, Martin, vient alors au Mont. A genoux, devant l'autel, il jure que la donation sera perpétuelle et irrévocable, en tenant le bras de saint Aubert « per brachium sanctî Auberti. » On trouve dans le Cartulaire une foule d'autres donations faites et confirmées par le bras de saint Aubert.

3» Le reste du corps de saint Aubert était dans une antique châsse que Robert du Mont fit restaurer au XII« siècle. L'ayant fait ouvrir en 1158, il trouva tous les ossements, moins le chef et les deux humérus; le droit avait son reliquaire particulier, et le gauche

» canum vel praesldentem in processione Abrincensi Priori vel magistro. Deinde » vero processio Âbrincensis praecedens cantando responsorium Miles Christi glo- » riose Auberte,,. ; venient ambae ad ecclesiam et in navi processio Abrincensis » posita sit in sinistra parte ; processio Montis in dextera sicut dictum est in pro- » cessione quae fit apud Montem, Ëpiscopus cam decano, Abbas cum priore; si » Tero Ëpiscopus Abbasque non fuerint, prior cam decano vel alii presbiteri hinc » inde ultimi remanebunt. Finito responsorio dicatur in navi oratio ab Episcopo » vel Abbate aut praesidente in processione Abrincensi, quae dicta processio Mon- » tis ibit in chorum et faciet scrvitium si placuerit ëpiscopus Abrincensis. » Manuscrit de la bibliothèque d'Avranches, N' 216, et dans les Acta Sanctœ Ecclesiœ AbrincensiSj manuscrit du chanoine Guerin.

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se trouvait dans le trésor de la cathédrale d'Avranches. Il découvrit aussi les authentiques et une table de marbre vert qui était autrefois l'autel portatif du saint. Il remit toutes les reliques dans la châsse nouvellement enrichie d'or et d'argent, avec le marbre et un nouveau bref, indiquant en quelle année et sous quel abbé la visite avait été faite (1).

Geoffroy de Servon, 30^ abbé, de 1363 à 1386, l'orna de nouveau d'or et d'argent. En 1474, Oudin Bouette, sous-prieur, trésorier du Mont Saint-Michel et prieur de Saint- Victeur du Mans, fit refaire une châsse bien supérieure à la précédente, a Elle est grandement y> bien élobourée, dit dom Huynes. Oudin en donna le plan en 1470 » et il fut achevé quatre ans après. Elle pèse 88 marcs d'argent » (ou 22 kilos). Sa façon représente le dessin et modèle pour ache- » ver l'église de la même structure qu'elle est autour du grand au- » tel. » C'était un chef-d'œuvre. La merveilleuse abside fut élevée à grands frais avec les revenus du monastère et les largesses des pèlerins de la chrétienté. Le Souverain-Pontife avait accordé à tous ceux qui feraient une offrande à la fabrique de l'église les indulgences qu'on gagnait en faisant le pèlerinage de Rome et de Jérusalem. Mais les commendataires remplacèrent bientôt les abbés réguliers, les fonds manquèrent et l'abside avec ses chapelles et ses voûtes souterraines furent seules terminées.

Les moines ne purent se donner une idée de leur église complète que par la châsse de saint Aubert. Ils voyaient les trois nefs de style flamboyant, les belles tours de l'ouest, la grande flèche centrale au sommet de laquelle saint Michel, les ailes éployées, tournait au gré des tempêtes et transperçait le démon palpitant sous ses pieds (2).

Ce beau reliquaire fut envoyé à la monnaie de Rouen, en 17§2.

{i)Eodein anno (1158), Robertus, abbas SU Michaeli8,meliorans auro etargento qiiœdam antiqua in cap sa S H Auberti episcopi, invenit in ea ossa ipsius sancti, excepta capite^ quod per se reservatur in eadem ecclesia in vase argenteo, Invenii etiam cum eodem corpore lilteras testifœantes id ipsum et quandam tabulam viridis marmoris. Repositum est corpus beati confessons et episcopi Auberti in eadem capsa in tribus ligaturis, et velus brève cum nova, in quo indicatur sub quo anno dominicœ incarnationis et a quo abbate repositum fuit tune idem corpus.

(Chronique de Robert de Torigni, Tome 1, pages 315 et 316^ édition de M. Léopold Delisle).

(2) Cette flèche, qui fut terminée au Mont Saint-Michel, mais renversée par la foudre en i594, compta moins d'un siècle d'existence. Elle a été reproduite, à

Que sont devenues les reltc|ues de saint Aubert?

Le bras donné au chapitre de la cathédrale d'Avranches fut brûlé par les protestants, en 1562, et sa châsse d'argent emportée.

Le bras droit, enchâssé dans l'or et les pierreries, et sur lequel on faisait serment, fut jeté dans une caisse avec d'autres reliques du trésor du Mont Saint-Michel.

Le chef fut porté au district avec son dôme. Lorsqu'il fut tiré de son globe, on voulait le faire disparaître comme un objet de superstition. Un médecin intelligent, M. le docteur Guérin, le conserva en le réclamant comme un crâne fort curieux au point de vue ostéologique, et on le lui accorda. Il le garda pendant la tourmente révolutionnaire. Il le rendit ensuite, avec quelques autres reliques et reliquaires venus du Mont Saint-Michel, à l'église Saint-Gervais, qui possède ainsi une partie du trésor du Mont Saint-Michel et de la cathédrale d'Avranches (1). Le chef de saint Aubert a été reproduit par la photographie et ensuite lithographie. L'image, maintenant, n'en saurait périr. Ce chef est assurément une des reliques les plus intéressantes qui existent au monde. La perforation qui le distingue est toujours une énigme pour ceux qui ne veulent pas y voir la marque d'une intervention céleste. Cette ouverture, d'une forme un peu ovoïde, mesure 0<n023 millimètres dans sa plus grande longueur, sur 0'"020 dans sa largeur extrême. On dirait qu'elle a été faite par un contact qui l'a mis en fusion. Les bords sont fort minces et la partie déprimée semble s'être reportée graduellement tout autour, en formant une sorte de saillie aussi lisse, aussi polie que de l'or ou de l'argent fondu. Aussi les médecins de nos jours, comme les docteurs du moyen-âge, se sont-ils trouvés impuissants pour rendre compte de cette perforation. Le docteur Houssard, après l'avoir longuement étudiée, ne trouve d'autre explication que celle donnée par l'historien de l'apparition de saint Michel à saint Aubert (2).

BruxeUes, dans la plus belle tour de la capitale, le beffroi de TUôtel-de- Ville. On sait combien ce pays, désigné autrefois sous le nom de Basse-Allemagne, était dévoué à saint Michel du Mont Tombe.

(1) Deux reliquaires du Mont, un doigt de saint Jean-Baptiste, une dent de saint Mathieu.... De la cathédrale : une côte de saint André et un beau ciboire émaillé du XII1« siècle, etc. Nous souhaitons pour ces reliques des châsses dignes de ces précieux ossements.

(2) Les historiens du Mont Saint-MicheU Dom Uuynes, Dom de Camps, Dom Le Boy, Dom de Requin, pensent de même. Le docteur Houssard, dans une étude faite

Ce chef si curieux fut placé dans un mauvais reliquaire en bois. On lui en donna un second en 1860, qui ne valait guère mieux que le premier. On a enfin compris qu'une relique si importante devait avoir une châsse plus digne; elle est maintenant renfermée dans un beau reliquaire en cuivre doré (1).

Avranches possède donc maintenant ce qui reste de son grand évêque, que les populations du VIII® siècle voulaient retenir dans leur cité; ce chef auguste, que les rois et des millions de pèlerins ont vénéré ; ce chef que le célèbre évêque Jean voulut qu'on apportât chaque année dans la ville épiscopale et qui, un jour, parle simple contact de sa fierté ou reliquaire, guérit une paralytique à la porte Baudange.

Eglises et cliapelles en rboienr de saint Âniierl

Quand saint Aubert décéda, la plupart de nos paroisses existaient commff aujourd'hui, et lorsque son culte fut en honneur, toutes les églises du diocèse avaient déjà leur patron. Aussi en trouve-t-on relativement peu sous le vocable de ce saint.

1® Le diocèse d' Avranches n'a qu'une seule église sous l'invocation de saint Pierre et de saint Aubert, qui naguère encore avait la place d'honneur : c'est l'église de la ville du Mont Saint-Michel, où le saint fut inhumé ;

2« Le diocèse de Rennes possède une commune sous le titre de

sur la demande de Mgr Bravard, prouve que Touverture, placée sur le pariétal droit, ne peut être lo. résultat ni d'un cautère, ni d'une opération faite par le trépan.

Les docteurs du moyen-âge pensaient comme lui. Outre l'interpolation du Gartulaire du Mont Saint-Michel qui affirme l'intervention divine, on lit encore dans un Abrégé de l'Histoire de la fondation, ce qui suit : (n Ad hujus autem austerœ pulsationis testimonium in capite ejusdem Saneti^ hodieque apparet foramen haud exiguum quod diligenter ocuXis adtrectatum nullum cauterii sive jaculi, manifeste vero divinœ virtutis prebet indicium. Et licet ad hanc partent quosdam minoris, ut sic dictum est, fidei, incredulos videamus, nos tamen quod angelico testimonio robora^ tum esse scimtis^ ut sua tempore liquebit in sequentibus, et credimus et verum esse profitemur. » f Manuscrit n* 210, bibliothèque d' Avranches).

Dans une hymne du XI« siècle, la plus ancienne du Mont Saint-Michel, on trouve cette strophe :

Forameti haud arctissimum, Nunc ipsius caput sacrum, Optibus fert omnium Quod visibus fidelium

Ferri negans vestigium Virtutis est prœconium»

(i) Ce reliquaire a été donné au chef de saint Aubert sous l'administration intelligente de M. l'archiprétre Lemains, curé de Saint-Gervais.

Saint-Aubert d'Avranches : c'est la chapelle Sairit-Aubert, sur le Couesnon, canton de Saint-Aubin-du-Cormier, arrondissement de Fougères. La fête patronale se célèbre toujours le 18 juin ;

3« Le diocèse de Séez a aussi une église en l'honneur du saint fondateur du Mont Saint-Michel : c'est Saint- Aubert-sur-Orne, canton de Putanges, arrondissement d'Argentan. La fête patronale se célèbre également le 18 juin.

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