V. MENARD
(1) Ces renseignemenU, paisés dans la Généalogie de la famille de Guiton, (Annales historiques, nohil, et biographe, T. I, série 2') ne concordent pas parfaitement avec le texte de ChamîUard (Recherche de la noblesse, 1666), que nous publions ici : « Guitton. Porte d'azur à trois angons posés 2 et 1. — Gilles — Jean — Jean — François.
François Guitton, e8% s^ de la Villeberge, dem* parr. de Montanel, serg. Pigace, Elect. d'Avr., âgé de 55 ans. R. R.
Gilles avait épousé Catherine Douessé.
Jean I*- D"* Madeleine de ainchamps, en i580.
Jean II D"- Radegonde de Halley, en 1606.
François D"« Antoinette Guichard, en 1638. » (Manuscrit aux Arch. de la Manche).
ËDcaissement antique trouvé à CaniberDon
Coutances (Cosedise, Constantia), devenue sous la domination romaine la capitale d'un riche et important pagus, obtint un préfet militaire, commandant la première légion flavienne. Des routes stratégiques la mirent aussi en relation avec les autres capitales. La plus ancienne de ces voies fut celle de l'itinéraire d'Antonin, qui se dirigeait de Valognes (Alauna) à Rennes (Condate), en passant par Coutances et Avranches. La table de Peutinger, qu'on attribue ordinairement à l'empereur Théodose, prolonge le premier itinéraire jusqu'à Cherbourg et nous indique une autre voie allant de Valognes à Bayeux par Crociaconnum^ l'ancienne capitale des Unelli avant Coutances. Mais cette dernière ville devenue chef-lieu du pays, dut également communiquer avec sa voisine Bayeux, comme elle se reliait déjà avec Avranches. Les découvertes gallo-romaines faites dans Coutances, à la Croix-Quillard, quand on traça la nouvelle route de Carentan, et les fouilles signalées aux environs de Saint-Lo, en sont une preuve irrécusable. Coutances (Cosedia^.), Saint-Lo (Briovera) ou le passage sur la Vire, étant les deux points connus de la voie romaine de Bayeux, on se demande quelle était sa direction depuis la Croix-Quillard à Saint-Lo. Aucune étude sérieuse n'a encore été faite sur ce point. Jusqu'à preuve du contraire, nous croyons qu'elle traversait Cambernon. Dans cette commune nous avons trouvé des coins celtiques, des monnaies romaines, des débris de vases antiques, des tuiles à rebords et plusieurs noms significatifs, comme les Perrets, les Castillons, les Milliarderies, etc. Depuis longtemps nous pensions qu'une voie romaine avait pu passer par là. Nos prévisions semblent s'être réalisées par la découverte d'un encaissement, à l'endroit appelé le Montrocq, dont les alentours sont parsemés de débris romains.
Voici comment se fit cette découverte. Au mois d'avril 1892, un propriétaire de Cambernon, M. Pierre Hélaine, ayant entrepris de défricher une lande inculte, s'aperçut que, sur un point de son champ, la charrue était arrêtée par la rencontre d'un obstacle fort dur. M'ayant fait appeler, je pris une pelle et découvris une sorte de crusta^ qui me parut celle d'une voie antique.
Cet encaissement que j'ai étudié se compose de trois couches seulement. Le summum dorsum^ formé de cailloux ou de larges
pierres, n'existe pas ou bien a complètement disparu. La première couche apparaissant à la surface, comme dans quelques routes romaines signalées aux environs de Lyon, est le nucleus formé de béton, de cailloux ou de graviers, noyés dans la chaux et en contact avec du mâchefer. La deuxième couche, représentant le rudttë^ est formée de terre glaise et de cailloux ; la troisième, ou le statumen^ est représentée par des pierres plates dont nous n'avons pu mesurer les dimensions. L'épaisseur des trois couches est d'environ ™ 70 centimètres. La largeur de l'encaissement est d'environ ^ ™ 30, et sa longueur de près de 10 mètres. Les fouilles que nous avons faites pour retrouver d'autres tronçons ont été jusqu'ici infructueuses ; nous avons simplement rencontré, çà et là, des débris de chaux et de mâchefer.
Si l'encaissement que nous venons de décrire a bien appartenu à la voie romaine de Cosediaî à Bajocae, en passant par Briovera, la route faisait un coude peu prononcé et présentait quelques difficultés de parcours. C'est sans doute pour cette raison qu'elle aura été abandonnée pendant le cours du Moyen -Age. Elle aurait, croyons-nous, suivi la ligne des sommets, traversé la commune de Saint-Nicolas de Coutances, en passant par les villages du Hecquet, du Roquière, de la Coisellerie et de la Turne. Elle entrait sur le territoire de Cambernon en passant près des landes Jupin et de Hautroc, coupait les champs Perrés, longeait une éminence appelée les Monts, où je crois avoir découvert les ruines d'une villa romaine, et un petit monticule désigné sous le nom de Castillon ; elle traversait ensuite le pré de la Voûte, le clos de l'Epine, la Perrelle, le pré du Labyrinthe, et atteignait enfin une hauteur nommée le parc Laroque, où se trouve l'encaissement que nous signalons comme étant romain. La route se dirigeait ensuite par les Perrots pour atteindre le Huterel, un des sites les plus élevés du pays, et près duquel on trouve aussi le village des Milliarderies.
Nous n'affirmons pas que notre encaissement soit positivement celui d'une voie romaine, mais nous serions heureux d'attirer l'attention d'hommes compétents, afin que notre découverte puisse être l'objet d'études ultérieures sur la direction de l'antique voie de Coutances à Bayeux, en passant par Briovère.
P. DUPREY,
Membre de VAeadémie du Cotentm.