CHAPITRE IV
FoRÂTs, ^ois BT Landes
Vu des hauteurs de Châulieu ou de l'Ermitage de Hortain, i'Avranchin ressemble à une immense forét^ tant le sol est couvert d'une luxuriante végétation. Dans Tarrondissement de Hortain, surtout, les habitations se cachent généralement à Fombre de plants de pommiers, au fond des avenues de hêtres, de chênes ou de châtaigniers. En parcourant ces villages on se croirait transporté dans un coin de l'ancienne Celtique, et on comprend comment Cénalis a pu donner à Avranches et par conséquent à TAvranchin le mot arbor, arbre, pour étymologie^^^
Néanmoins, depuis le xv!"" siècle, le pays Vest considérablement déboisé et plusieurs forêts ont maintenant disparu. Nous allons indiquer celles qui ont eu ou présentent encore une importance quelque peu considérable.
r La forêt de Quokelunde ^^- ou le bois de la Grève, est citée dans l'histoire de la fondation du Mont-Sain t-Hichel et par Guillaume de Saint-Pair, qui en parle en ces termes :
(1) AhrkhCŒt <0<* Arbaricœ, Arbranches inde Arboretœ seu Ahrmeates Avranchinais, corrapte ArMncêntes^ Gallia Historica.
(2) Koatf toréXf bois, larm, terre ineulte ou stérile» landes» grèves.
Dessouft Avrenchéi vers Bretaigne
Qui toz toDS fut terre grifaine
Eirt la forest de Quokelunde
Don grant parole eirt par le munde (1).
Elle avait, selon Guillaume de Saint-Pair, seize kilomètres de circonférence et s'étendait du Mont-Saint-Michel sur les territoires de Beauvoir (Astteriacm), d'Ardevon et de Huynes. En creusant un canal dans les marais qui occupent une grande partie de ces communes on vient de trouver une quantité de chênes qui formaient Tespèce principale des arbres de cette forêt. Elle fut peu à peu détruite par la mer et disparut vers la fin du VI* siècle ou le commencement du vll^ « Mare quod longe distabat paulatim adsurgens onmem silxm magnitudinem trirtiUe complanafyit stia et in arenm $u» formam cuncta redegit ^^K »
2* La forêt d'Avranches, Foresta Jbrincatina, fut donnée, en 1066, h Tabbaye naissante de Sainte-Trinité de Oaen, par Baudouin de Môles, fils de Gilbert, comte de Brionne.
Une grande partie du territoire de la Chaise-Baudouin, de la Trinité, de Saint-Nicolas-des-Bois et de Bourg-de-Môles, maintenant Bourguenolles^^^ était couvert par cette forêt. Ces quatre communes qui, dans le Livre-Vert du chapitre d'Avranches, portent encore le titre de Boscus-Balduini, rappellent le double nom du premier possesseur ^^\ Cette forêt que Stapleton indique dans sa carte, à la fin du xii® siècle, a disparu depuis longtemps et n'est plus représentée que par des débris insignifiants ^^K
(1) Le Roman du Mont-SaM- Michel, poème du xii« siècle, édition de Francisque Michel, p. 2.
(2) Acta Sanctorum BensdicH, sœculum III, p. 84, et Gartulaires du Mont- Sain t-MicheL
(S) Gb. Guérin, ActaSanctœEccletiœ Abrincentis,
(4) Charte de fondation de Tabbaye de la Trinité de Gaen. GalUa Chrii* tiana.
(5) Tabtda Normaniœ, circa ann. M* GC*, S* série, 6« volume des Mémoire^ de la Société des Antiquaires de Normandie.
S"* La forêt de Bivie arec les bois de Néron et de Crapou Silva de Bivia de Crapout tt de Neitim ^*> occu()ait une partie descommunes deSaiDt-MicheI-des-Loups,deCaroIleset deChampeaux. En 1172, Robert, abbé du Mont-Sai ut-Michel, en donne la garde à Guillaume de Saint-Jean : m Conassimus fFillelmo de Sando Johanne forestariam forestm nostm de Beveia jure hereditario habendam et possidendaniy quam antecmores ejus habuérant^^K )>
Elle est citée de nouveau au xiv* siècle, sous Tépiscopal de Jean devienne, évêqùe d'Avranches, et, au xvi* siècle, elle occupait encore une assez grande partie de la commune de Saint- Michel. Louis XV, en 1761 et en 1766, ayant encouragé le défrichement, elle fut en partie livrée à l'agriculture, au profit du sieur AUain/ d'après un contrat passé avec les religieux du Mont'Saint-Michel. Trois cents personnes des communes de Champeaux, Carolles, Sainl-Michel et Bouillon se croyant lésées dans cette concession formèrent un attroupement, le i 7 mars 1773 « et armés de haches^ de bêches, de houettes et dé fusils, vinrent » raser les fossés et couper par pied et parcoupelks^ chênes, entes » et toutes autres espèces d*arbres^*\ »
Les principaux complices de ces violences furent condamnés par le tribunal d'Avranches à payer les dommages avec une forte amende. Mais le reste de la forêt avait complètement disparu et son emplacement forme une lande qui tend elle-même à disparaître devant les conquêtes de l'agriculture,
4" La forêt de Savigny, foresta de Savigneio, occupait tout le midi de la grande commune du même nom. En 1112 elle fut donnée par Radulphe de Fougères à Saint Vital qui, sur les rives de la Cambft, y construisit un célébré monastère! ttle figure dans Tatlas cadastral de BLtouzé,.en 1835. Détruite depuis
(t) Cartulaire du Mont-Saint-Michel et les Histoires dé dom .'Haynes et de dom Le Roy.
(S) Chronique de Robert de Torigni, abbé du Mont-Saint-Michel, par lîëbpôld Delisle, t. II, p. 303.
(3) Acte du procès dont nous possédons une 6opie éuthentiquè.
cette époque, elfe est 'remplacée par <les champs bien cultivés <*\
5** Les bois de Tremblay et de Celland nemtis quôd dicUur ïremhlenus eiriemus de Selland ^^ se dressaient sur lès haute'ilips de la commune du Petit-Celland. Ils appartenaient à t'évéque d'Avrancbes et on les trouve souvent cités dans le Livre- Vert du c\iapitre qui avait aussi la dtme de ces bois. Aujourd'hui il n*en reste plus que de faibles débris occupant encore les sommets du Châtelier.
6^* La Landè-Pourrie, JLanda-Putrida, est souvent rappelée dans la fondation de la collégiale de Mortain (4082], dans celle du monastère de Moutons (H63) et dans les revenus de Tévêché d'Avranches. C'était là plus grande forêt de TAvranchin ; elle s'étend encore sur le territoire de sept communes : Mortain, Bion, Saint-Jean-du-Cqrail, Barenton, Saint-Georges-de-Rouelley, iSaint-tléme'nt et surtout Ger. Dans son sein sont enclavés des villages, des landes, des bruyères et dés terres vagues. En 1791, elle renfermait « six mille sept cent soixante-seize arpents trente-deux perches, déduction faite de toutes les terres fieffées ft landes enclavées » ou environ trois mille trois cent quatrevingt-sept hectares plantés en bois de chêne, de hêtre, de bouleau et de tremble, formant des taillis, mais fort peu de futaies ^^K bepuisTan 1500 et surtout depuis près d'un siècle, différentes portions ont disparu et ont formé des enclaves livrées à l'agriculture. On les désigne, dans le pays, sous le nom de prises qui le plus souvent portent le nom de leur propriétaire. Aujourd'hui ia forêt présente encore quatorze à quinze kilomètres de longueur j5ur une largeur de sept à huit, dans certains endroits. C'était au siècle dernier le domaine des princes d'Orléans, comtes de Mortain.
7° Le bois ou la forêt de Courbefosse, nemus Curbaseu Çurva
(i) Voir le cadastre de la commune deSfyigny-le-yieux. (^) Livrè-Vértôu cartùlaire àtk chapitre fi'Âyrakchés, charte n"* 14 « Carta Mupér çompo$iti<mehaMta inter Episcopum et Capitulum. » (3) âémbîré sur té comté de MbYtalilk, <^ It1l9.'
Fosm, est souvent rappelé dans les chartes de fondation de Fabbaye de la Lucerne (1143) ^^K II fat donné au monastère des Prérnontrés de la Lucerne, et Cassini, Mariette, Laurent, Bitouzé l'indiquent sur leurs cartes, tel qu'il existe encore aujourd'hui.
8"" Le bois d'Ardenne. nemus Ardena, fut donné, en 1 171 , à Tabbaye naissante de Montmorel, par Guillaume de Ducey. Ce bois qui bornait le monastère au nord-ouest, existe encore en partie ^*K
9"" Le grand bois de Blanche-Lande, Blanca-Landa, au sud de la commune de Montanel, près de l'ancien château-fort de Montaigu, existe toujours dans son injtégrité.
10" Le bois du Parc, nemus de Parco^ sylva quam Parcum vocant, dit Robert Cénalis, enveloppait en partie le castrum des évéques d'Avranches, dans là commune de Sainte-Pience. Souvent rappelé dans les chartes du Livre-Vert du chapitré, il existe encore, mais coDsidérablemeot diminué.
11"" Le bois de Prael, en Saint-Aubin -des-Préaux et en partie sur les communes de Saint-Planchers, et de Saint-^ean-des- Champs, appartenait aux religieux du Mont-Saint-Michel. Il n'en reste plus que des fragments dans la commune de Saint- Aubin.
1S^ Le bois de Montjoie, de Monte-Gaudiiy dans la commune du même nom, canton de Saint-Pois, fait suite à la forêt de Saint-Sever.
13® Le bois de Saint-Symphorien appartenait jadis aux comtes de Geraldin, les derniers grands baillis du comté et grand bailliage de Mortain.
1 4® Le bois de Brefelland, dans la commune de Saint-Clément.
15" Le bois du Mesnil-Tôve, dans la commune et près du château du même nom.
(i) Voir la charte de la fondation de l'Abbaye citée dans le GalUa chrU* tiana, (2) Voir le monastère de Montmorel dans le GaUia ou le NeustHa,
46^ Le bois d'Ambroise ou de Reffuveille, d'une étendue considérable^ dans la commune de Reffuveille.
iV Les Bois-de-Sélune formant jadis le titre de noblesse de son propriétaire, sont situés sur la rive gauche de la Sélune, en Saint-Brice-de-Landelle. Ils ont en partie disparu.
Il est encore une foule de petits bois, de foutelaies, comme ceux de Sourdeval, de Yézins, de Vengeons, d'Argouges, de Servon, d'Aucey, de Yergoncey, des Chéris, de Vains, de Marcé, de Chasseguay, de Vessey, de Belle-Fontaine, de Saint-Pois, de la Bloutière, d*Apilly, en Saint-Sénier-sous-Avranches et de rilIe-Manière, en Saint-Quentin, mais qui sont trop peu importants pour en parler plus au long.