‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 3 sur 57 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le département de la Manche a été formé de deux anciens pagi gaulois, de deux cités, de deux préfectures romaines, c'est-à-dire du Cotenlin et de TAvranchin, ou des diocèses de Coutances et d'Avranches. C'est le diocèse d'Avranches qui est l'objet spécial de nos travaux.

Dans notre siècle, on a beaucoup écrit sur TAvranchin. M. Dosroches qui, le premier, sut lire nos manuscrits et nos chartes, a publié une Histoire du Mom-Saint-Michel et de t ancien diocèse d'Avranches; M. Le Héricher a décrit, avec une érudition variée et un goût toujours sûr, les communes de

l'arrondissement d'Avranches et spécialement le Mont-Saint- Michel ; M. Sauvage a écrit une très intéressante Histoire du comté de Mortain; M. Fulgence Girard a fait un abrégé de la vie des évéques d'Avranches d'après le Gallia. Le nombre des historiens du Mont-Saint-Hichel est presque incalculable, et il faudrait bien des pages pour rappeler les différentes notices qui ont paru sur un grand nombre de monuments de ce pays.

Hais ce que Ton connaît peu, sans doute parce qu'on Ta moins étudié^ c'est assurément l'histoire des origines de l'Avranchin^ de sa cathédrale et de ses évèques. Ces trois points sont si importants qu'on se flatterait en vain de connaître un diocèse si on les ignorait. Le Mont-Saînt-Michelpar sa position exceptionnelle, ses merveilles architecturales et ses grands souvenirs a captivé toute Tattention, surtout depuis la chute de la cathédrale. Néanmoins on le comprendra imparfaitement, si on ne connaît d'abord son église-mère et ses pontifes qui furent toujours ses pères et souvent ses protecteurs. Mous allons donc essayer de jeter quelque lumière sur un suji^t peu connu.

Les origines ont eu pour nous un attrait exceptionnel, et noas les commençons par une étude géographique du pays, c'est-à-dire des arrondissements actuels d'Avranches et de Mortain. Nous indiquons la nature du sol, nous décrivons ses fleuves, ses lacs, ses montagnes, ses forêts, ses rivages maritimes et en particulier Tétat ancien de la baie du Mont-Saint- MicheL

Nous cherchons ensuite quel peuple vint primitivement habiter ces contrées. Nous ouvrons les Commentaires de César et BOUS prouvons que les ^mbibarii représentent le même peuple

qoe Hîne, ao premier siècle, appelle les Abrincaïui. L'Avranchin, deyenu, après la conquête, une des soixante cités d'Auguste, est bientôt sillonné de voies militaires et sa capitale, appelée Ingenùt par Ptoléméé, apparaît au nombre des localités saintes du dieu Mars.

A la fin du iv* siècle, les appellations d'Ingena et de Fanum Martis sont remplacées par le nom du peuple. La cité des Abrincates , Abrincatm , possède une préfecture romaine et obtient un rang des plus honorables parmi les cités de la seconde Lyonnaise.

Ayrancbes était encore enveloppé des ombres du polythéisme, lorsque le christianise vint s'asseoir à son foyer et s'y développa rapidement. C'est alors qu'on éleva sa première cathédrale et qu'apparurent ces saints pontifes dont les actes forment les plus belles pages de l'histoire ecclésiastique de l'Avranchin.

Après avoir raconté les invasions normandes du ix* et du commencement du x" siècle, nous terminons la première* partie de notre travail sur les origines et la cathédrale primitive.

Les terreurs de l'an mil se sont évanouies, le monde semble sortir d'un long assoupissement pour assister à une véritable renaissance. Les vieilles cathédrales détruites ou croulantes se relèvent et deviennent de vastes et importantes basiliques. Celle d'Avranches, placée au sommet d'un promontoire, voit s'élever à son ombre, dans le silence des vallées, de nombreuses abbayes qui vont l'aider à développer les lumières et la civilisation. Nofis entons dès lors dans un monde nouveau ot abondent les documents historiques.

Au XI® siècle le vieux comté d'Avranches disparait et celui de Hortain le remplace. La ville épiscopale n'a plus que des vicomtes qui bientôt, sur la terre anglo-saxonne, deviendront comtes palatins de Chester; mais il lui reste son église-mère qui, jusqu'au milieu du xiii® siècle, jouit d'un éclat inaccoutumé par ses bienfaiteurs, son école et ses prélats. C'est alors que les princes normands Richard II, Robert le Magnifique, Guillaume le Conquérant et Henri I se plaisent à l'enrichir , que l'évéque Jean lui donne son brillant patrimoine, que Lanfranc et saint Anselme viennent enseigner dans son cloître, que le puissant Henri II la choisit pour y recevoir l'absolution de sa faute, et qu'un grand nombre de prélats s'y réunissent en concile.

En 1 203, quand cette cathédrale est pillée par Gui de Thouarâ, Philippe-Auguste lui fait une rente pour réparer ses dommages. Saint Louis devenu son seigneur direct, après avoir acheté le domaine d'Avranches, lui accorde de nouvelles terres. Louis XI vient prier sous ses voûies et donne à saint André, une statue recouverte de lames d'or : Auratamque imaginem Divi Andrem, Les seigneurs imitent ces pieux exemples et de tous côtés la sainte Eglise d'Avranches est l'objet de l'affection des peuples. Les religieux et les habitants du Mont-Saint-Michel s'y rendent en procession et font hommage à celle qu'ils appellent leur mère matii ecclesim ; l'abbé de Saint-Sever vient assister chaqqe année à la fête patronale, les paroisses du diocèse font le même pèlerinage et offrent à leur reine un tribut de reconnaissance et d'amour sous le nom de droits cathédraux : Jura cathedratica.

Tour à tour embellie par Guillaume d'Ostilley, Richarçl Laine, Raoul de Thiéville, Geoffroy Boucher, Jean de Haut-

funé, Martin Pinard, Jean Boucard, puis agrandie par Louis de Bourbon et Louis Herbert» nous la voyons profanée» pillée^ ravagée par les protestants. La salle capitulaire est incendiée, les titres et les cartulaires brûlés. Plusieurs voitures enlèvent les reliquaires, les calices, les ornements, les tapisseries, les objets en cuivre, en airain, en fer et même le plomb deà couvertures.

Enfin réparée par le chapitre et par les évêques Péricard, d'Aumont, deTcssé et de Missy, elle est de npuveau souillée par la Révolution et tombe sous les coups répétés des vandales qui en ont fait disparaître jusqu'aux ruines : etiam perierunt ruinmf....

Quant aux évéques, tout en les montrant dans leur cathédrale, nous les suivons dans les conciles et en particulier dans leurs visites pastorales où ils apparaissent souvent entourés d'une partie de leur chapitre. Partout ils sont les messagers de la paix, les anges de la charité et de la justice. Ils terminent les différends, viennent au secours des abbayes naissantes, consacrent les églises, approuvent les donations qui leur sont faites et les défendent contre les ravisseurs. Ce sont eux aussi qui fondent des maisons de bienfaisance, des séminaires, des collèges ^t de petites écoles pour les deux sexes. Nous rappelons leurs synodes, leurs calendes et leurs conférences ecclésiastiques. Enfin nous signalons leurs œuvres liturgiques, leurs mandements, les travaux scientifiques et littéraires de Jean d'Avranches, du vénérable Achard, de Robert Cénalis, de Charles Vialart, du célèbre Daniel Huet et des savants chanoines Alexandre de Villedieu, Robert Goulet, François Dirois, Louis Lebourgeois d'Héauville, Charles Guérin, etc. Nous terminons par la liste des grands doyens du chapitre dont

plusieurs furent élevés aux plus hautes prélatures ; eofia par un recueil de chartes et de documents inédits jusqu'ici et complètement inconnus.

Pour composer ce travail, nous avons puisé aux sources vives des géographes et des historiens latins, grecs, français et normands : César/ Pline, Ptolémée, l'Itinéraire d'Antonin, l'Itinéraire maritime, la Carte de Peutinger, surtout celle qui a été publiée par M. E. Desjardins, les Notices des Dignités de ÏEmpire, les Notices des provinces et des cités de la Gaule, Adrien Le Yallois, Sanson, d'Anville, enfin le beau travail de la Géographie historiqtte et administrative de la Gaule romaine que nous avons lu et relu bien des fois. Les fouilles faites dans FAvrancbin, les débris gaulois et romains qu'on 7 a trouvés nous ont encore fourni de précieux matériaux pour nos origines gallo-romaines.

L'époque mérovingienne, carlovingienne et normande se retrouve dans Grégoire de Tours, les Acta sanctorum Ordinis S. Benedicti, les Capitulaires de Charlemagne et de Charles le Chauve, Dudon de Saint-Quentin, Guillaume de Jumièges, Ordéric Vital, Jean d'Avranches, Sigebert, Robert du Mont- Saint-Michel, Wace, Guillaume de Saint-Pair, le Gallia Christianay le Neustria Pia, les Conciles de Labe, dom Bessin, le Domesday-Book, les Grands Rôles de r Echiquier y Odon Rigaut, JuUen Nicole, les livres liturgiques d'Avranches, etc.

La difficulté de ressusciter une cathédrale aujofird'hui complètement détruite nous a longtemps arrêté. Après «voir re-

oberché les membres épars et moulé» <tui existenl encore : colomies, bases, chapiteaux, arceaux de voûtes, clochetons, gargoailles, débris de piliers^ tombeaux, autels, statues, statuettes, nous avons recueilli les dessins, les gravures et les plans contemporains du monument. Notre collection com* prend: l^deux tableaux de Tartiste Des Papillons ; le premier fait, en 1 649, pour Mgr Roger d'Aumont, est présentement au musée d'Avranches; nous en possédons une copie très fidèle due au pinceau de M. Fouqué; le second, appartenant jadis à M. de Brémesnil se trouve actuellement à Vire; 2** la gravure de M. Langevin, professeur de dessin à l'école centrale d'Avranches, en 1798; 3"" les dessins d*Arteman à la fois peintre et statuaire du diocèse, en 4808 et 1814 ; 4^ trois plans terriers de Tingénienr de la généralité de Caen, M. Lefébvre, en 1780, 1786 et 1788. Le premier est très détaillé et donne le plan intérieur de la cathédrale ; le second présente un tracé général dans le plan même de la ville fortifiée. On j trouve aussi une légende indiquant l'habitation d'un grand nombre de chanoines. Le troisième lié donne que la partie méridionale de la basilique avec un devis des travaux à exécvrter ; 5* le plan d'Avranches, en 1810, indiquant une grande partie de la nef et l'emplacement des tours ; 6" plusieurs reliefs en carton offrant des vues intérieures et extérieures. Le plus remarquable, bien qu'infidèle sur plusieurs points, est celui du musée. Il en existe d'autres moins complets et souvent inexacts. Les noms des chapelles sont supposés, les détaâs d'architecture fantaisistes et imaginaires.

Afin de vivifier les pierres, les dessins et les plans de cette cathédrale, Vhistoire générale ne suffisait plus. Il nous a fallu recourir aux œuvre» de ceux qui l'avaient connue, habitée, enrichie, restaurée et souvent décrite. Mous avons alors c^ik-

suite les manuscrits diocésains, aujourd'hui dispersés un peu partout.

La bibliothèque d'Avranches nous a fourni le Livre-Vert ou cartulaire du chapitre, commencé en 4241 ; les cartulaires du Mont-Saint-Michel; plusieurs registres de TEvêché dont Tun nous donne l'état des bénéfices du diocèse, l'autre les revenus et les charges de ses Abbayes ; les statuts de la collégiale de Mortain ; les œuvres du docteur Cousin, et de M. de Brémesnil sur les évêques.

En dehors de ce riche dépôt nous avons trouvé : 1.'' à l'Hôtel de ville d'Avranches, les registres des délibérations municipales et ceux des anciennes paroisses remplis de docu^ ments locaux; 2® au presbytère de Saint-Gervais, une vingtaine de registres du secrétariat et un grand nombre de liasses provenant de la même source; 3® aux archives départementales, les cartulaires de T abbaye de Savigny^ les anciens statuts du chapitre d'Avranches et un grand nombre de chartes concernant TEvêché et les monastères ; 4^ à la bibliothèque nationale, le manuscrit de Robert Cénalis, le Rierarchia Neustrim, comprenant l'histoire du diocèse et un ancien catalogue des évêques d'Avranches; 5® à la bibliothèque du Vatican, nous avons copié, en 1874, une seconde liste ancienne des pontifes avranchinais et une charte de l'évêque Richard Laine, fondant, en 1255, avec l'approbation du pape Alexandre IV, plusieurs chapelles dans la cathédrale.

Malgré ces documents déjà nombreux, nous avons pu nous convaincre qu'un grand nombre de manuscrits précieux de ce diocèse faisaient défaut et avaient disparu pendant et depuis la tourmente révolutionnaire. Inutilement nous avons cherché :

4® La grande charte du pape Adrien IV, à Tévéque Herbert, confirmant, en 4157, toutes les possessions de Téglise d'Avranches.

2* L'inventaire des actes épiscopaux du diocèse, en 1380, par Vévêque Laurent de Paye et conservé jadis dans une armoire du trésor, in arca Domini episcopi cûcistente in ihesauvaria. Il avait pour titre : Begistrum seu inventarium Htterarum episcopatus Abrincensis per Dominutn Laurentium épiscopum^ 1380.

3° Le célèbre cartulaire et pouillé du diocèse conservé à Tévêché et appelé le Livre-Blanc ou le Livre des Evoques : Liber Albus seu Liber Pontificalis. Ce précieux polypticum qu'on invoquait dans les procès comme le prouvent un acte du grand Conseil du roi, les mémoires imprimés de Charles Guérin et du marquis de la Paluelle, est encore souvent cité par le docteur Cousin, deBrémesnil, les avant Provost, chanoine de Rouen, leGa/iia christiana. Il renfermait des chartes très précieuses et pour ainsi dire l'abrégé historique de chacune de nos paroisses. Rédigé en 1412, sous Tépiscopat de Jean de Saint-Avit, il commençait par ces mots : « Anno 1 412, nos Joannes de Sancto Avito Dei gratia episcopus Abrincensis, fecimus scribi presentem librum, etc. »

4* Le registre ou recueil des archives de l'évêché : Régistrum archivi episcopatus,

5^ L'Inventaire des rentes du chapitre et son curieux livre des Statuts.

6° Le Nécrologe de la cathédrale, souvent rappelé dans les anciens auteurs.

7* Le Cérémonial de l'église Saint-André, écrit sur parckemin, au xiri^siècle.

H"* La collection des vieux livres liturgiques manuscrits et imprimés, conservés jadis dans la bibliothèque du chapitre.

9'' Les Registres synodaux dont nous n'avons plus que des extraits ou des fragments .

10® Les Registres des visites des Evoques et des Archidiacres dans le diocèse, dont il n'existe plus que quatre ou cinq exemplaires.

11"" Les Registres des délibérations capitulaires.

12"^ Les Registres des visites de la cathédrale et de son trésor, etc.

Tous ces manuscrits sont égarés ou peut-être perdus pour toujours I Espérons cependant que plusieurs sont tombés dans des mains intelligentes et se retrouveront.

Depuis quelques années on en a recueilli quelques-uns échappés au naufrage du temps et des révolutions. De ce nombre nous dterons :

1^ Une Chronique d'Avranches commençant en 1648 et finissant en 1723, avec un supplément qui remonte à Tannée 460.

2^ Quelques,Registres synodaux de Louis de Bourbon (1 490) et de François Péricard.

3® Un Obitior de la cathédrale, rédigé en 1799 et indiquant

le^ fendatioas acquittées aa chœur et à la chapelle Saiat-Eloi ; il appartenait aux chapelains, aux yicaires et aux habitués. On y trouve aussi le Journal des fondations et de leurs revenus, le tarif des inhumations, celui de la prise de possession des chanoines et une liste des petits profits. Ce registre très curieux, possédé jadis par M. Godin, juge de paix à Avranches, a été vendu comme papier de non valeur.

4'' De la même source provient un registre des délibéra^ tions capitulaires.

50 Un Manuscrit indiquant Tétat des propriétés et des revenus du Comté de Hortain, au siècle dernier.

6^ Les Œuvres du grand historien de TAvranchin au XVII* siècle. Cet important manuscrit que Ton croyait perdu depuis près de deux siècles est un grand in-4^ de 535 pages, d'une écriture très serrée et formant la matière de plusieurs volumes; il a pour titre : Àcta SaneUB EceUsim jibrincensii. L'auteur dont la vie se trouve dans la chronique de 4648, est le savant chanoine Guérin, décédé à Avranches le 9 mars 1714, à l'Age de 84 ans. Devenu infirme avant le temps, il dut se contenter d'employer ses loisirs à la révision de son travail resté incomplet. Il l'annotait encore, alors que sa main pouvait à peine tenir une plume. Mais ce qui manque a été remplacé par un recueil de chartes généralement transcrites]par lui. Intimement lié avec les moines du Mont-Saint-Michel et de Savigny, les chanoines de Mortain, et une foule d'autres religieux du diocèse et de l'étranger, il en obtint des actes authentiques signés des copistes et parfois ornés de sceaux et d'armoiries coloriées. C'est ainsi qu'il nous a conservé 4^ la charte primitive des propriétés de l'Eglise d'Avranches : Carta eccUsiêb Abrinamsis. lUmfermée dans les archives de Tévèché, elle avait

été rédigée par Jean de Hautfuné et, avec les diplômes du pape Lucius III, la charte de Saint-Philbert-sur-Rille, celles des possessions anglaises et des ties normandes, elle remplaça la bulle d'Adrien IV, brûlée par les protestants ; 2* la fondation de la collégiale de Mortain et du prieuré du Rocher, excellentes copies faites par un chanoine de ce lieu ; 3** de nombreuses chartes tirées de l'inventaire de Laurent de Faye, du Livre-Blanc, du Registre des Archives, et du Livre-Vert. 4^ Les principaux diplômes de chacune de nos abbayes ; 6^ les actes de tous nos saints évoques dont quelques-uns paraissaient perdus ; 6^ la fondation du collège d'Avranches que Ton ne trouvait nulle part ; celle de la plupart de nos prieurés , maladreries et chapelles; 7** l'histoire des doyens du chapitre de la cathédrale et celle de presque tous nos vicomtes jusqu'à saint Louis ; 8"* les procès-verbaux des élections épiscopales de Jean Boucard et de Louis Herbert, faites par le chapitre; 9® rinhumation princière de Louis de Bourbon ; 1 0® un résumé du polypticum ou Livre-Blanc indiquant les droits dus à l'évêque dans ses visites des monastères, les taxes en cour de Rome, fixées par le pape Martin V, les droits cathedra ux payés par chaque paroisse, les patrons temporels et spirituels. C'est avec ces documents divers que nous essayons de faire l'histoire d'Avranches, c'est-à-dire de ses origines, de sa cathédrale.etde ses pontifes. Nous nous efforçons de rendre aux faits leur sévère exactitude, de mettre rigoureusement de côté les opinions personnelles, de présenter comme certain ce^jqui est bien prouvé et comme probable ce qui repose sur des hypothèses vraisemblables.

Notre travail sera encore très imparfait, mais il donnera des

aperçus et des documents nouveaux sur la cité gauloise dlngêna, sa préfecture romaine, son comté mérovingien et son antique évêché. Plus qu'aucun autre, ce diocèse a été déshérité de ce qui faisait jadis sa gloire, et aucune compensation ne lui a été faite. Sa vieille cathédrale commencée vers 1020, et illustrée par Robert Cénalis et Daniel Huet, est tombée sans qu'il se soit trouvé personne pour la soutenir ou la relever ; la plupart de ses glorieuses abbayes ont subi le même sort ; ses places fortes, ses donjons, ses châteaux ont été démolis; de nos jours son école centrale lui a été enlevée ; enfin ses archives qui devaient former la portion la plus pure de son héritage, ont été en partie pillées, vendues ou détruites.

Mous sommes donc heureux, en présence de pertes si considérables, de rendre à cette illustre église quelques-uns de ses monuments écrits, qui donneront une idée plus complète de son noble et glorieux passé ^*\

(i) Au début de notre ouvrage, nous sommes obligé d'entrer dans un certain nombre de détails techniques , de présenter plusieurs classifications arides^ d'employer bien des termes peu agréables aux lecteurs qui recherchent, avant tout, les charmes d'une composition harmonieuse ; nous ne reculons pas devant cet écueil, afin d'offrir au public une étude vraiment sérieuse et aussi scientifique que possible de la topographie de l'Avranchin.

Nous savons, en effet, qu'il se rencontre un bon nombre d'esprits élevés, attentifs, désireux de trouver des indications précises qui puissent les diriger dans leurs études géologiques et géographiques. Ceux-là nous sauront gré, du moins nous l'espérons, d'avoir préféré la précision des détails à une description à grands traits qui captive davantage l'attention du commun des lecteurs. La suite de notre travail nous fournira l'occasion de tracer des tableaux assez vastes et assez dramatiques pour qu'on nous pardonne ces pages du début.

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