CHAPITRE T
GéOLOOIB
Le sol de rAvranchin se compose uoiquement de terrains primitifs, de terrains de transition, de roches ignées et d'alluvions dont nous allons essayer de donner un aperçu.
La science actuelle considère la terre comme un soleil éteint, une étoile refroidie, une nébuleuse passée de Tétat de gaz à Tétat solide. Sa masse incandescente étant devenue pâteuse, en perdait de sa chaleur, une pellicule apparut à sa surface. Cette frêle enveloppe formée par cristallisation, s'épaissit avec le temps et devint la croûte terrestre que nous foulons. Dès lors le rayonnement delà chaleur, émanant de la masse fluide^ se trouva supprimé. La température de l'atmosphère, privée de cette source de fihaleur, ne suffit pliis à maintenir à Tétat gazeux tous les
éléments volatils qui s'y trouvaient. Us se condensèrent successivement et formèrent les océans. Au contact des eaux, la stratification de la terre devint plus complète. La masse interne se refroidissant aussi, son volume diminua et Tenveloppe devenant trop grande, dut se plisser en suivant le liquide igné, dans son mouvement de retrait. De là les premières irrégularités du sol. Les plissements de Técorce augmentant déterminèrent sur la partie ignée des pressions qui réagirent sur les points faibles, c'est-à-dire sur les convexités de Tenveloppe. Celles-ci se déchirèrent et donnèrent passage à la masse interne qui, s'élevant par les ouvertures, s'y refroidit, en souda les parois et forma les premiers rudiments des montagnes ^^^
La première enveloppe de la terre, dans F Avranchin, est représentée par des schistes maclifères, des gneiss ou desleptynolites; les premières éruptions formant les montagnes sont de granit.
L'eau s'étant précipitée dans les dépressions pour y former les mers fut souvent volatilisée par les surfaces brûlantes. Condensées de nouveau elles retombaient en pluies abondantes. Ces pluies, chargées d'acide carbonique, agissent sur les saillies émergées et en dissolvent certaines parties qui sont réduites en sable. Les marées, agitées par les tempêtes, arrachent ellesmêmes à leurs rivages des fragments de rochers qui bientôt se désagrègent et sont, avec les sables, portés par les flots à de grandes distances. Pendant les moments de calme, ces fragments de roches se déposèrent en strates horizontales et formèrent les premiers sédiments de Tenveloppe terrestre. Comme Tenveloppe était encore à une température fort élevée, les sédiments éprouvèrent un commencement de fusion et prirent parfois une structure feuilletée.
Dans TAvranchin, ce terrain sédimentaire comprend des phyllades, des grauwackes, des poudingues, des grès rouges, de la lidienne et des conglomérats porphyriques.
(1) M. Ed. Hébert, Membre de l'institut, professeur de Géologie à la SorboDDe : Notions générales de Géologie, p. 88-90«
La .taiopéralure élev4e qoe nous venons de signaler le permettant pas de vivre aux êtres organisés, les fossiles font généralement défaut et ce premier terrain est désigné sous le nom d'azoïque, d'archéen, de comburien ou de silurien inférieur.
Des plissements, des exhaussements nouveaux déplacèrent les mers ou les golfes qui abandonnèrent certaines contrées pour se porter sur d'autres. Dans le paya d'Avranches, les eaux; se retirèrent à Touest, c'est-à-dire dans la mer de la Manche, oomme le prouvent les alluvions ancienn.es. A Torient de Mortain restèrent seulement un lac et des lagunes. Ces petites mers intérieures déposèrent à leur tour de nouveaux sédiments qui furent des sables ou des détritus fangeux : ces sables et cette fange sont devenus des grès et des schistes ardoisiers, dans lesquels nous retrouvons à Tétat de fossiles des plantes et des animaux. La terre en effet a perdu beaucoup de chaleur, et une première végétation apparaît sur ses coteaux, des reptiles rampent sur les rochers, et, dans les ondes, reposent les mollusques et nagent les poissoDs. Dieu a parlé, comme le dit l'Ecriture, et nos continents se sont couverte de verdure, nos océans ont recelé dans leur sein des animaux divers : « Dmtque Deus : Germinet terra hèr- » bam virefUem... frodwant aqvB reptile animm viwatis ^'^ » Combien de temps dura Texisteuce de ce petit monde primordial? Nous ne saurions le dire. Néanmoins, malgré sa fécondité étonnante, il était condamné à disparaître, et, anéanti par une éruption nouvelle, il disparut pour toujours!...
Pendant la période silurienne supérieure, la masse centrale de la terre, toujours agitée par la diversité de ses éléments, sa haute température et les gaz qui la compriment, exerça sur son enveloppe une poussée d'autant plus forte que cette croûte devenait plus épaisse et plus résistante. Il fallait pour la briser une pression capable de soulever des montagnes, et cette pression se fitsentir. Un soulèvement considérable, s'étendantà de grandes distances et dans plusieurs directions parallèles, releva violem-
(1) G^è^e, oh^p, t, ^ 3, 11, î T. ▼.
rident le sol et en particulier celui des environs de Hortain. Les strates anciennes furent redressées, les nouvelles soulevées, disloquées, contournées ; le bassin maritinoe ravagé et les animaux entièrement détruits. C'est Tépoque des éruptions non seulement de nouveau granit, mais encore de pegmatite, de quartz, de dioritequi, au milieu des schistes et des phyllades, présentent des filons de plusieurs kilomètres de longueur. On comprend dès lors comment un terrain relativement fort bas, est devenu le plus élevé et le plus pittoresque ; comment ces sables qui ont formé des grès et des schistes ont été singulièrement bouleversés. Mis tout d'abord en fusion par la matière ignée, ils se sont ensuite refroidis^ puis contractés en formant des déchirures, des abîmes, des masses imposantes divisées par assises régulières, comme des murs cyclopéens.
Toutefois si le territoire de Mortain a été le plus disloqué, c'est à St-Martin-de-Chaulieu que la force soulevante a concentré toute son énergie. On y trouve en effet le point le plus élevé, non seulement du département de la Manche, mais encore de toute la Bretagne. II n'est dépassé^ en Normandie, que parle massif delà forêt d'Ecouves, aux environs d'Alençon.
Bien avant l'époque primaire, l'Avranchin était déjà émergé. La France était loin d'être aussi avancée, et si l'on excepte le plateau central, la Bretagne, une partie du Cotentin, avec les Vosges, les Pyrénées et une portion des Alpes, elle était encore sous les eaux. Il lui manquait donc ses grands contours, ses plaines les plus fertiles et plusieurs de ses reliefs qui en se soulevant refouleront ces mers intérieures appelées jurassique, crétacée et tertiaire. De nombreuses catastrophes anéantiront tour à tour de nouvelles plantes, de nouveaux animaux que Dieu, dans sa puissance infinie, se plait à renouveler d'une manière toujours plus merveilleuse, plus variée et plus parfaite.
Au milieu de ces perturbations, l'Avranchin n'éprouve d'autres changements que ceux qui lui sont apportés par des productions nouvelles. Ainsi, après les fougères arborescentes qui ombrageaient ses collines à la fin de la période primaire , il produit,
pendant l'époqaesecondatre, au milieu d'une atmosphère encore chaude, des conifères et des palmiers qui atteignent des proportions exceptionnelles. La distinction de zones et de climat n'existe pas encore, tellement la chaleur du globe communique à la surface une température uniforme. Dans les airs voltigent des insectes nombreux, et dans les mers environnantes nagent d'immenses reptiles et d*énormes sauriens.
Pendant la période tertiaire, qu'on a appelée Taurore de l'époque actuelle, apparaissent les grands pachydermes, et aux végétaux des époques précédentes se mêlent quelques nouvelles familles qui ont persisté jusqu'à nos jours : les thuyas, les pins, les bouleaux et les chênes.
Vient ensuite l'époque quaternaire, la plus remarquable de toutes. Elle donne naissance à une multitude de mammifères dont quelques-uns ont disparu : le mammouth, le mégaterium, le mylodon. D'autres, et en plus grand nombre, existent encore: l'éléphant, Tours, le bœuf, le cheval, le lion, la tortue, etc. Enfin elle voit apparaître nos oiseaux et surtout nos végétaux, qui désormais se cantonnent géographiquement selon les latitudes et les climats.
* Les dernières commotions qui ont déplacé les mers et Tmprimé à notre globle sa physionomie, ont aussi modifié et diversifié nos terrains. Les eaux des mers lancées par les soulèvements souterrains au milieu des continients, ont creusé des vallées, et des ravins profonds, déraciné les forêts et entraîné avec elles non seulement l'humus formé par les générations éteintes et les sédiments divers, mais encore des pierres, des blocs énormes en • lacés parfois dans les glaces venues des contrées septentrionales. Quand les ondes furieuses eurent cessé leurs dévastations, elles laissèrent des blocs erratiques sur nos collines ou dans nos plaines qu'elles recouvrirent encore d'une terre meuble, de limons argilo-sableux et de cailloux roulés, souvent étrangers à la contrée où ils reposent. C'est à ces grandes inondations que nous devons ces derniers terrains désignés sous le nom de terrains de transports, de diluvium ou d'alluvions.
La croûte terrestre est consolidée, les catjiclysmes géologiques ont perdu leur gravité et leur fréquence, les continents et les mers ont pris leurs limites respectives, les bouleversements du sol, les fractures du globe et les éruptions volcaniques ne s'exerceront qu'à de rares intervalles et n'occasionneront plus que des désastres restreints ou locaux.
L'Avranchin va donc rester désormais ce que le retrouveroai les premières familles humaines qui viendronjt s'établir sur squ territoire. D*immenses forêts couvrent la majeure partie de ses collines et de ses plaines; une multitude d'animaux variés peuplent et parcourent exclusivement ses solitudes et ses bocages ; l'océan épanche ses flots sur les grèves de son golfe, baigne ses rivages et projette» fort avant dans les terres^ le flux de ses hautes marées; enfin, au fond de sa baie, en face du confluent de ses deux principales rivières, s'élève, enlacé par les fleuves, un promontoire couvert de grands arbres et dominant la mer ; c'est le lieu que choisiront les premiers clans venus de l'Asie où Thomme a pris naissance avec l'époque quaternaire, et c'est sur ses hauteurs qu'ils jetteront les fondements d'un^ ville qui sera la cité d'un nouveau peuple, la capitale des Ambibarri ou Abrincatui, c'est-à-dire de l'antique et célèbre Ingena.
Après cette histoire abrégée de la formation de notre sol, il reste à parler de la variété de ses roches, de ses fossiles et de ses alluvionà.