I. ABBATES
Les abbayes furent fondées par les rois, les évêques et les puissants seigneurs. Le plus grand honneur pour une noble famille était d*avoir donné naissance à un monastère. Quand les richesses ne lui permettaient pas d'atteindre si haut, elle s'estimait heureuse de pouvoir être comptée parmi les bienfaiteurs insignes; son nom était alors inscrit dans le cartulaire et plus tard dans le nécrologe pour avoir part aux prières des religieux. Après une vie militante, le fondateur ou le bienfaiteur pouvait choisir sa sépulture dans le cloftre monacal, y prendre même l'habit avant de quitter le siècle et, à Tombre du sanctuaire qu'il avait fondé ou enrichi, reposer en paix en attendant la résurrection.
Le diocèse d'Avranches comptait quatre abbayes d'hommes et deux de filles.
1® Le Mont'Saint'Michl. Il fut fondé, en 708, par saint Aubert évéque d'Avranches, et restauré en 966, par Richard II, duc de Normandie ^^\ Enrichi de nouveau par les rois de France et d'Angleterre, les ducs de Bretagne et une foule de seigneurs, ce monastère bénédictin devint un des plus illustres de la chrétienté. Son pèlerinage, ses miracles, la sainteté ou la science de ses religieux et sa résistance glorieuse devant les ennemis de la patrie, lui ont acquis une gloire exceptionnelle. Cette abbaye est Tobjet de savantes restaurations. Sa magnifique basilique n'a perdu que sa flèche gothique avec une partie de la nef et les deux tours occidentales.
2® Savigny^ Ce monastère eut pour fondateur, en 1112, Radulphe de Fougères. Sous ses trois premiers abbés, saint VitsTl, saint Geoffroy et le vénérable Evan d'Avranches, celte abbaye fut le chef d'ordre des religieux Savigniens ^'\ Elle jouissait alors d'une telle réputation de sainteté qu elle donna naissance à plus de soixante autres monastères. En 1147, la congrégation savignienne s'unit aux Cisterciens, en présence de saint Bernard et du pape Eugène III. Le cloitre de Savigny, un des plus beaux et des plus vastes de la province de Normandie, devint le lieu de repos, le Campo SantOy de la famille des puissants barons de Fougères et de plusieurs autres célèbres seigneurs : Radulphe de Subligny, Guillaume de Ducey, Guillaume de St-Brice, Guillaume d'Ostilley, évêque d'Avranches, Jeanne, dame de la Basoge, Foulques de Husson, le seigneur de Vitré et de Dinan, les Dubois de Sainte-Marie. Le cœur de Louis de Bourbon, évéque d'Avranches y était aussi conservé ^^\ Nous possédons encore les dessins de plusieurs de leurs tombeaux avec les inscriptions, les figurines et les hauts reliefs qui les décoraient. De toutes les splendeurs
(1) Nous donnons, à ]a fin de ce volume, la vie de saint Aubert et l'histoire de la fondation du Mont-Saint-Michel.
(à) ActaSanctorum, octobrU, Tom. VIII, ann. 1853. page 1007 et 3e({ (3) Chronique de Savigny, dans le Ms. de Ch. Guériiii
seolptorales de ce monastère il ne reste plus que des raines eonsidérables, avec une porte romane conduisant da cloître dans le réfectoire^ '^ .
:f La Luceme. Ce monastère de Prémontrés prit naissance, en 1143, grâce à la munificence de Hasculphe de Subligny, de l'illustre famille des comtes de Chester et d'Avranches. Il fut reconstruit sur les rives du Thar et du Tharnet, à quelques pas du premier établissement, mais dans une position plus salubre. Hasculphe consentit à laisser le titre de fondateur à Guillaume de Saint-Jean qui avait offert le terrain sur lequel s'élevèrent les nouvelles constructions. Pour fêter son titre de fondateur, le seigneur de Saint-Jean donna un festin à cent dix seigneurs portant tous le nom de Guillaume ^^\ Cette abbaye a conservé de belles parties de sa basilique, avec tous les bâtiments claustraux. La tour et le portail de Téglise sont dignes d'être visités.
4® Montmorel. Située dans la paroisse de Poilley, au midi de Ducey et dans une ile formée par la Sélune et le Beuvron, cette abbaye fut fondée, en 1165, par Jean de Subligny. 11 fut secondé par Ruai du Homme qui reposa plus tard dans le cloître de celte abbaye, oii ses insignes se voyaient au-dessus de son tombeau, sur la muraille méridionale delà basilique ^^'. Les armes et la bande armoniale des Subligny se trouvaient seules dans Fintérieur de l'église, pour rappeler le fondateur principal. Ce monastère construit dans un vallon délicieux et sur les rives du plus grand fleuve de l'A vranchin, n'offre plus qu'une partie de son abbatiale avec un des murs du cloître remontant au xii* siècle.
5" V Abbaye-Blanche, Guillaume de Mortain, fils du comte Robert, frère du conquérant de l'Angleterre, jeta les fondements de ce monastère en 11 05, sur la rive droite de la Caoce, dans la
(1) On en voit le dessin dans l'Abécédaire de M. de Caumont.
[%) Guérin, Acta Sanctœ Ecclesiœ Àhrincensis, p 295, d'après un manuscrit de la Lucerne, Voir aussi la Charte de fondation du monastère, dans le cartulaire imprimé en 1878.
(3) Charte de fondation dans le cartulaire de Montmorel imprimé en 187^, ç\ dap Je Ms. de Cfi. Ouériji^
paroisse da Neufbourg. Elle fut, peu d'années après^ érigée de Donvean sur la rive gauche, en face des premières constructions, mais sur le territoire de Mortain ^*K L'ancien emplacement devint un prieuré. Cette abbaye de Tordre Savignien, puis Cistercien, eut pour première abbesse sainte Adeline, sœur de saint Vital. L'église et le cloître de ce monastère appartiennent au xii* siècle, et ont peu souffert. Les lieux réguliers, considérablement agrandis sont occupés par un petit séminaire diocésain.
6® L'abbaye bénédictine de Moutons fut fondée vers 1130, par Henri l*' roi d'Angleterre**^. Ce monastère, dédié à la Sainte- Vierge, se trouvait dans la paroisse de Saint-Clément, et dans une enclave de la forêt de la Lande-Pourrie. Elle fut réunie au couvent des bénédictines d'Avranches en 1693, sous Tépiscopat de Daniel Huet. Le couvent des bénédictines de Sainte-Anne d'Avranches, fondé en 1635, par Mgr de Péricard, devint alors plus important, et ses lieux réguliers sur lesquels on lit encore : « Madame deCervon, abbesse de Moutons, a fait bâtir ce dortoir, en 1713 » ont été utilisés pour un théâtre, une école mutuelle, avec un établissement de sœurs, pour les petits enfants. Ce monastère n'a pas été terminé. Ce qui a été construit sous Mgrs Huet et de Coetanfao, avec un cloUre inachevé, ne manque ni de grandeur ni d'élégance. L'ancien monastère, situé dans la lande de Saint-Clément, n'offre plus que des ruines informes.