‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 46 sur 57 · L— VUE EXTÉRIBURE DES ÉGLISES · texte numérisé non relu

L— VUE EXTÉRIBURE DES ÉGLISES

Le diocèse d'Âvranches avait une cathédrale remarquable, bien que romane en grande partie. Sa nef et ses tours jumelles, encadrant un beau portail, dataient des premières années du xi* siècle. Son chœur, son déambulatoire, ses chapelles rayonnantes et sa tour de Thorloge, surmontée d'une flèche aiguë, rappelaient le commencement du xii* siècle. Lexiii'^ siècle était représenté par le porche septentrional à double baie, les arches et les fenêtres delà nef; au xv* et au xvi* siècle appartenaient les chapelles latérales, le transept du midi et la salle capitulaire. Ce monument entièrement construit en granit, n'était pas prodigue de fleurs et d'ornements, mais il était curieux par sa date, la régularité de son plan, ses belles proportions, son mobilier, ses tombeaux, ses objets d'orfèvrerie, ses tentures, ses vieux vitraux. Les constructions accessoires qui l'entouraient, son cimetière en forme de cloître, comme le campo santo de Pise, sa chapelle

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des morts où se faisaient les élections épiscopales , la grande salle des synodes et le palais des pontifes lui Imprimaient encore un cachet particulier. Groupés autour de la basilique, sur le sommet d'un promontoire d'oîi le point de vue est splendide, ces bâtiments formaient un ensemble d'édifices que le roi Charles VII, en 1452, appelait bien somptueux <*\ L'artiste des Papillons prouve, par le tableau qu'il nous a laissé de ces constructions, qu'elle perte a subie le diocèse d'Avranches, en perdant son Eglise-Mère.

Mais si la cathédrale était une œuvre très intéressante, les églises urbaines et rurales ne l'étaient guère. A l'exception de la collégiale de Mortain, des abbayes et en particulier du Mont- Saint-Hichel, l'art était peu répandu et faiblement compris dans nos campagnes. Plusieurs de nos monuments religieux n'offrent que des murs sans contreforts, des ouvertures rectangulaires, des voûtes en bois, des clochers coniques, des charpentes en forme de flèche recouverte en bardeau ou en ardoise et un mobilier souvent fort pauvre. Le sol granitique de l' Avranchin et le peu d'aisance des habitants furent les principales raisons de cet oubli de la belle architecture, particulièrement dans l'arrondissement de Mortain.

Il est cependant des exceptions qui témoignent d'un esprit plus distingué et plus délicat. Voici les principales : l"* L'ancienne église Saint-Jacques de Saint-James remontait au commencement du XI* siècle. Son portail à double archivolte, ses trois nefs dont les cintres reposaient sur des pilastres romans, sa tour avec colonnes et chapiteaux variés, son transept et son chœur élevé sur une crypte, méritaient d'être mieux conservés. Le portail seul existe encore.

2* L'église de Pontorson, entièrement voûtée en pierre, appartient au XIX* siècle. Sa nef, d'un goût parfait, est appuyée par des contreforts puissants; son portail à triple archivolte, au

(1) Charte du Livre- Vert du chapitre d'Avranches, |i. ccvumapqicrit de la Bibliothèque d'Avranchet.

fond d'ane iprande ogive formanl voussure et eneadré par deux tourelles pyramidales, est assurément, dans sou style, ce que nous avons de plus curieux dans le département, te chœur a des ailes latérales, mais manque de déambulatoire.

b* L'église de l'ancienne petite ville de Genêts tient le troisième rang, Son chœur, son double transept en forme de croix archiépiscopale, etsurtoutsa tour sont intéressants. Les colonnes romanes, dessinées et décrites par H de Caumont, remontent à Tannée 1 1 57. La fenêtre du chevet possède encore les restes de la plus ancienne verrière du pays.

i^ Saint-Quentin offre une église dont le plan rappelle un peu celui de Pontorson. Son sanctuaire, ses ailes, sa tour et ^n porche voûté, sont loin d'être sans mérite.

5^ L'église de Saint-Loup présente un curieux modèle de roman pur. La tour, moins la flèche qui est en ardoise, les portes à à)uble archivolte, les contreforts, les modillons, l'appareil offrant parfois une forme réticulée, ont fait classer cette église comme monument historique.

ô"" Sacey offre aussi une église romano-gothique qui possédait jadis une seconde nef, comme le prouvent les arcades du mur septentrional. Le chœur, la base de la tour, le portail de l'ouest et ses contreforts ne manquent pas de caractère. Au-dessus de la porte principale, on distingue un zodiaque qui, bien que mutilé et ombragé par la toiture du porche, mérite d'être reproduit.

7^ L'église de Dragey, qui avait jadis une belle flèche en pierre, montre encore un clocher remarquable, un chœur bien voûté, des portes et des fenêtres curieuses.

8^ Le Neufbourg possède une église qui, dans ses voûtes^ ses colonnes, sa porte de l'ouest et ses contreforts, peut offrir des spécimens de bon goût dans un pays où les monuments sont rares.

Après ces églises, il en est une foule d'autres qui, sans être aussi remarquables, ont encore des fragments bien soignés et dignes d'attirer l'attention. Nous allons les signaler séparément, d'autaht mfeul que plusieurs rappellent, çà et 1&, des imitations

panielte^âe rifliM^fbre. No* MUtaMçons iMr le» dftaMk extérietrs; bous entrerons «osoile 4aii8 Peûceinte â«8 monu-

P/m. Nous n'avions dans le dioeèse que cinq basiliques ayant trois nefs et*un déambulatoire autour du cbœar : la cathédrale, le Mont-Saint^Micbel, Sarigfay, la collégiale de Môrtarn et Montmorel. La cathédrale avait seule des chapelles bordant lescoUatéraax; mais, comme elle, le Hont«&iint-Hichel avait trois tours et des chapelles rayonnantes autour du chœur. Savigny, des chapelles rayonnantes etuneseule tour; Mortain^deui tours dont une a été achevée avec une chapelle absidale; Montmorel, une seule tour, mais sans chapelle saillante au chevec. Saint-Saturnin possédait trois petites nefs; Saint*Hilaire-du- Harcouet, Sacey, Saint-Pierre du Mont-Saiot-Michel , Saint- Martin-du-Bellé à Saint-James, un collatéral longeant b grande nef; relise de L'Abbaye-Blanche, des transepts avec doubles chapelles saillantes et monumentales; Notre-Dame-des-Ghamps des collatéraux des deux côtés du sanctuaire ; Barenton une aile soudée au transept septentrional ; toutes les autres églises n'offrent plus, comme plan, qu'une croix latine ou grecque et jlns simplement encore un long rectangle avec un croisillon, quand une tour venait s'appuyer sur un des côtés.

Appareil. Les pierres qu'on a employées pour bâtir sont : le granit, la pegmatite^ la grauwacke, le phyllade, le schiste maclifbre et le grès, dans Farrondissement de Morlaln. La pierre calcaire, étrangère au pays, n'a été employée que pour les colonnettes intérieures de la collégiale de Mortain, pour quelques tombeaux ou statues.

Plusieurs églises du xf siècle présentent, comme pierres de revêtement, le petit appareil îDubique ou réticulé. On le trouve dans la nef du MontrSaint-Michel, à Saint-Loup, àSaint^eorgesde-Rouelley et à Saint-Jean-le-Thomas qui possède le choeur le plus ancien depuis la destruction de celui d'Ardevon, en 1860. L'appareil en arrête de poisson ou en feuilles de fougère, opii$ spi- 0alum, est plus commun. Formé avec des pierres phylladiqoes.

on le rencontre» en portions plus ou mofafi considérables, dans toutes nos vieilles ^lises. Le grand et le moyen appareil se retrouvait dans la cathédrale d'Àvranches, au Hont-Saint- Michel, à Savigny, aux abbayes de la Lucerse, de la Blanche et de Montmorel, aux églises de Saint-James, de Pontorson, de Saint-Quentin, de Dragey, du Neufbourg et de Genêts, où l'on trouve aussi U brique mêlée aux pierres granitiques. À partir du xiu* siècle, l'appareil devient moins régulier, les pièces de revêtement sont plus grandes et Yopus spicatum disparait entièrement. Au xiv^, les petites pierres sont en usage et le grand appareil n'est employé que pour les ouvertures. Au xv**et au xvi*, les pierres de grande dimension pour les façades soignées, les chevets et les tours, reparaissent à Yirey, aux Biards, à Poilley, à la tour de Courtils qui repose sur un vieux clocher roman.

De simples chapelles, celles de la Pommeraie, à Saint- Hartin-de-Landeile, de la Chaise, aux Loges-Marchis, de Saint- Nicolas de Pontorson, de Thôpital d'Avranches offraient le luxueux revêtement do grand et du moyen appareil.

Tows et escaliers. Plusieurs églises ont conservé, en grande partie, leurs clochers romans des xi* etxii* siècles : Saint-Lpup, Saint-Léonard et Vains sont restés complets; Genêts, Mortain, le Neufbourg, le Mont-Saint-Michel, la Lucerne, Saint-Quentin, Céaux, Angey, ont été exhaussée aux xiv«, xv« et xvi» siècles. Les flèches en pierre étaient rares, on ne citait guère que celles du Moni-Saint-Michel, de Dragey, de Saint-Aubin-de-Terregatte, de Bacilly et de Mortain qui furent renversées par la foudre ou tombèrent de vétusté. Les flèches couvertes en ardoise ou en bardeau sont plus nombreuses, mais nos beaux clochers sont les tours carrées, comme celles de la Cathédrale ou de Téglise romane du Mont-Saint-Michel. Notre plus beau clocher, dans ce genre, est celui de Tabbaye de la Lucerne qui, dans le style de la fin du xiii* siècle, rappelle, par sa forme et sa balustrade à jour, une des tours jumelles de la Cathédrale d'Avranches. Eclairé par douze lancettes ogivales très élevées, trois sur chaque face, il est orné de soixante-huit colonneties dont les chapiteaux, décorés

de crosses végétales, sont bieD accusés. La tour de Ponts, bien plus modeste et beaucoup moins gracieuse, offre la même forme. Les tours avec double égout et terminées en bâlière rappellent une forme nationale assez commune dans r^vrancbin ; les plus belles sont celles de Mortain et de Dragey. Celle de Mortain, appuyée par des contreforts qui montent jusqu'au bas de la toiture, est éclairée, sur chaque côté, par deux immenses lancettes avec un meneau central coupé par trois croisillons. Celle de Dragey, qu'on aperçoit de loin sur les flots, comme un point de reconnaissance et de sûreté, a deux étages. Le premier qui supportait jadis une flèche, dont on conserve le couronnement, offre une grande ogive divisée en deux lancettes, coupées par deux croisillons. Les angles de la tour sont ornés de colonnettes. Quelques clochers présentent un coin dont les rampes protectrices de la toiture sont ornées de crosses végétales que domine la croix, comme à RoufiBgny et à Virey. Dans cette dernière église la tour s'élève exceptionnellement sur une moitié de la façade de l'ouest. L'église des Biards, qui possède une des jolies tours du pays, offre un coin brodé entre deux petits clochetons fleuris. On dirait une mitre du moyen âge aux gonfanons relevés.

Le plus souvent la rampe est nue comme à Lolif, à Saint- Jean-le-Thomas, à Bouillon, à Courtils, à Céaux, à Beauvoir, à Coulouvray, à Vezins, à CaroUes, à Ronthon, à Angey, au Luot, au Petît-Celland, à Montjoie, à la Godefroy, à la Rochelle, à Saint-Pierre-Langers et à Saint-Léonard. Parfois elle reçoit un complément particulier à l'Avranchin, ,c'est une riche garniture au bas des toits, formant balustrade à jour, comme jadis à Tan,cienne cathédrale. Des lucarnes ménagées dans le comble per* mettent de pénétrer dans ces galeries d'où la vue s'étend sur la mer, les grèves, le Mont-Saint-Michel ou les rivages bretons. Ces toits coniques bordés d'arcatures sont ceux de Pontorson et de Genêts qui ont encore de belles gargouilles ou monstres fan-^ tastiques dégorgeant les eaux pluviales, le Val-Saint-Père, Marcéy, Saint-Jean^dé-la-Hâize, Saint-Quentin et Montviron.

La tour a étésouvent remplacée par nn campanier renfermaiit

4eux clûcbea ou tiqterelles, Oo e« toyaU à la Ghapelle-Hamelia, à Saint-Benoit-de-Beavron et à l'église d'Ardevon. Ce dernier, détruit 60.1860, se montrait, au sein de la verdure et des bois, comme uoe gracieuse fenêtre ogivale élevée dans les airs. Celui de Villiers, qui existe encore, est assez simple, mais il y a de l'art et de la poésie dans celui de Champeaux. Ses baies doucinées, ornées de blasons et de feuillages, son fronton enrichi à la base d^ gargouilles et de clochetons fleuris, est surmonté d'un épi formé d'un cœur, d'une croix recroisettée que surmonte un coq, symbole de la vigilance et de la foi.

JNous ne dirons rien de ces dômes ou lanternes b&tardes qui surmontent plusieurs de nos clochers, car nous ne pourrions que signaler le mauvais goût d'un grand nombre. Nous aimons mieux rappeler les escaliers de certaines tours qui, à Timitation de ceux de la cathédrale Saint-4ndré d'Avranches^ formaient une puissante saillie, en forme de contreforts, et appuyaient les clochers. Noua citerons ceux de Genêts, de Dragey, de Yernix, des Biards, etc.

Portes. Le diocèse n'avait que huit églises avec façades intéressantes. La cathédrale, le MontTSaint^Hichel, Mortain.la Lucerne, Savigny, Hontmorel, Saint-James et Pontorson. Lai plus remarquable était celle de la cathédrale. Ses ouvertures cintrées, ornées de colpnnettes, ses arcatures, son unique porte s'enfonçant sous une profonde voussure, formée par quatre archivoltes, ses dei^x tours surmontées de galeries à jour, leurs baies nombreuses, leurs contreforts et 'leurs escaliers lui donnaient un aspect imposant et monumental.

La seconde façade, après la basilique d'Avranches, était celle du MoDt-Saint-Michel, avant la chute de sa seconde tour, en l'an 1300. Mais comme la cathédrale, Savigny, la collégiale de Hortaio, Montmorel et Saint-Janies, cette belle façade à trois nefs ne posséds^it qu'une seule ouvertiJire centrale*. L'abbaye de.]^ Lucerne i^s^it exception k cejtte ordonnance et présentait trois porj^» une pour lagr^Ade n^ et deux ^utnes pour l^es coU^- (^AH]^ yiHitûfpiç^.Iji fairt r*vow«, ««^n4; jgi^.gr^def, ^Uj^es

o'aTiiieDtqa'iiiieooyarMire à l'ouest,. elles posS(édiii6nt4a$ partes latérales souveDl plus imporUnies. L'entrée principale de la cathédrale d'Avranchea s'ouvrait au nord et snr die venaient converger toutes las rues de la ville forte. La porte principaj^e du Hont-Saint-Hiebel était au midi, et il ea était de a^éme à l'église collégiale.

Les belles portes romanes de Saint-André d'Avranche^^ et dp Hont-Saint-Michel n'existant ptus^; nous citons celles qui mW^ tent encore. Nous sommes toutd'iabord attiré par la curiepse façade de Pontorson dont l'ordonnaftce nous rappelle, en petit, celle de la cathédrale d'Avranches, si l'oia. excepte cette grande arcade ogivale du xii** siècle, encadrant le portail ^ la première fenêtre supérieure. La porte, à trois archivoltes, offre des chapiteaup^ à crochets, ua triple cintre orné de zigzigs et une accolade f*epoaant sur dies tétas fausftaines. La porte latérale au midi, bien que moins importante, est curieuse par ses sculptures peu accusées. On y distingue un homme et un oiseau représentant sans doute Prométbée, le symbole payen du Christ, des .billettes et des chapiteaux ornés de cariatides qui semblent porter le tailloir de la colonne.

La porte de l'ancienne façade de Saint-James formant aujpur- * d'htti l'entrée de la crypte absidale n'est pas moins curieuse, qooique: plus ancienne, puisqu'elle remonte à Richard III, et à Robert le Magnifique, ducs de Normandie* Elle est formée de deux archivoltes. Le cintre supérieur est orné de croix, d'étoiles, de feuillages crucifères et d'enroulements végétaux. Le tore reposesiir deux chapiteaux historiés, dont l'un représente un dragon^ l'autre un oiseau semblant becqueter un homme ; c'est peut-être le mâne symbole déjà exprimé dans le tympan du portail latéral de Pontorson. Les autres chapiteau^ offrit des crosses végétales formant volute.

Celui de Sartilly, conservé dans la nouvelle église, est un des pins importants que nous possédions. Il a quatre archivoltes et une acûQlade> zigsa|;oâe et contre^g2»guée, supportée par dei^x Mt^ humaîBM. Les 4ûia grande ciptrjv^ semblent rJi^tjégfif^ U^

deux plus petits dont Tun est orné, comme a colonne» déboules saillantes pour rappeler des perles ou des pierres précieuses. Les huit chapiteaux représentent des volutes et des feuillages. Les deux jolis portails de Vernix ont des chapiteaux semblables et une archivolte encorbellée sur deux têtes grimaçantes. Des deux archivoltes, Tune est encore insculptée de perles, comme à Sartilly.

Saint-Loup possède deux portes assez semblables à celles de Vernix. La petite n'a qu'une archivolte et la grande deux. L'une d'elles est ornée de dents de scie. Elles n'ont pas d'accolade.

La belle façade de la Luceme nous offre de nouveau les dents de scie non dans les archivoltes, mais dans les arcs, dans les arcatures qui surmontent les portes, et dans les fenêtres qui , à l'ouest, éclairent les trois nefs. Toutes les ouvertures à une ou deux archivoltes sont cintrées, moins la grande fenêtre centrale et sa gracieuse arcature encadrant la grande fenêtre, les niches, la porte et les fausses portes de la nef principale.

Sacey offre, au bas de sa nef, une porte romane qui n'a ni colonnes ni chapiteaux, mais possède dans son typan en demicercle, une sculpture assez rare en Normandie, un zodiaque.

La religion qui commande et sanctifie le travail aime aussi à le rappeler par des signes et des reliefs parlant aux yeux. Sens, Bourges et l'église de Pritz, près de Laval, ont des zodiaques rappelant pour chaque mois, les différents travaux de l'année. C'était le calendrier du peuple.

Le clergé plaçait ce caleadrier à la tête de ses missels gothiques où l'on ajoutait les jours fastes et néfastes, et même une médication pour chaque mois. À Sacey, les travaux ne sont pas indiqués par des personnages, mais résumés par des signes rappelant les saisons. On y distingue les mois de mars, d'avril, de mai, de juillet, d'octobre, de novembre et de décembre représentés par le bélier, le taureau, les gémeaux, le lion, le scorpion, lé sagittaire et le capricorne. Mutilé dans sa partie centrale, ce zodiaque ne possède plus les mois de janvier^ de février, de juin, d'août et de septembre, c'est-à-dire le verseau, les pois-

âoijs, te c^mcér, la yi^ge et la balance. Il est à souhaiter qu*oa restaure avec iJOitelli^ence les p^fU^s détrujtes de cet intéressant portj^ih

Plusieurs autres portes romanes sont plus simples et n'ont 4'autres ornements que les volutes de leurs chapiteaux. Nous citerons Tarcature ou porte géminée du clottre de Montmorel, à côté de Tancienne sacristie, celles de Genêts, de Saint-Quentin, de Saint-^ean-le-Thomas, de Pontaubault, deCroUon, deSubligny, de Yergoncey, de Sainte-Eugienqe, de la chapelle Saint-Georges de Bouille, réédifiée dans le jardin des plantes d*Avranches, enfin TaBcienne porte méridionale de la nef de Saint^Jean-de-la Haize, dont le cintre, du xi*' siècle, est formé de claveaux en briques rouges.

Si le nombre de voussures indique une quantité égale de colonnettes, il eu est autrement dans certaines localités. À Mortain, on voit une jolie porte latérale du xi^ siècle. La base des moulures indique deux pilastres encadrant un faisceau de trois moulures : deux plates-bandes et une colonnette. Or, il n*y a ni colonnette^ ni pilastres proprement dits. Ce sont simplement des plates-bandes entourant un tore, qui montent et forment des cintres sauj^ point d'arrêt et sans obstacle. Ce tore central se détache vierge de toute moulure entre deux lignes d'étoiles, comme on en voit à Saint-James.

Les plates-bandes qui se recourbent en demi -cercle sont chargées de nombreux zigzags du meilleur effet. Une accolade formée d*une suite de petite^ moulures semi-circulaires se dé^ rpule aijitour des cintres,

Une porte géminée du clottre de Savigny présente la même ordonuanqe^ dans la grande arcade qui l'enveloppe ; dans les garnitures qui décorent cette double entrée, on ne voit qu'une colomai(e centrale, ^vec chapiteau à feuilles de palmier. Les zig* ^gs mqltiplii^ forment toute la décoration des arcs qui s'élèvent ^Qs interruption coninoie des cintres surhaussés.

Des poRtes sei^ablables,. mais plus simples et n'offrant qu'une modeste garniture de dents de scie, se yçifjQt i^aptf le cloître de

MoDtmorel et dans la porte occidentale do Nelafbourg. tls ^p-^ pellent les arcatures da grand portail de la Lnceme.

Les portes du xiii* siècle n'ont pins ni zigzags, ni dents de scie, ni étoiles. Ce sont de gracieuses baies ogivales dont la richesse est tout entière dans la décoration des chapiteaux, dans le nombre des archivoltes et dans la pureté des lignes. Gomme nous n'avons plus que des dessins imparfaits rappelant les portes latérales de la cathédrale, nous ne parlerons que des ouvertures qui subsistent encore. La plus belle est assurément la porte méridionale du Hont-Saint-Michel qui forme l'entrée principale de la basilique. Elle comprend six archivoltes dont trois grandes et trois petites reposant sur des colonnes et descolonnettes; les bases ont des scoties, et les chapiteaux des crochets végétaux. L'entrée principale est un cintre surbaissé ; le tympan qui est au-dessus, représente l'apparition de saint Michel à saint Aubert. Le tout est encadré dans un triangle de granit.

Le portail de Saint-Martin-du-Bellé à Saint-James, formant aujourd'hui l'entrée du cimetière, ne le cède guère à celui du Hont-Saint-Michel, dont il rappelle l'ordonnance. Le tympan n'a pas de bas- relief.

Mortain, dans l'élégante façade de sa collégiale qui rappelle un peu celle de la Lucerne, n'a qu'une archivolte et une accolade, mais la porte est encadrée par deux arcatures ogivales dont les tores reposent sur trois chapiteaux de chaque côté. Après ces ouvertures principales, nous citerons encore le portail occidental de Saint-Saturnin d'Avranches, reconstruit, celui deMontviron, celui deDragey, dont les deux archivoltes sont encadrées dans un triangle, comme celui du Mont-Saint-Hichel. Le xiv® siècle est moins riche en portes; nous ne mentionnerons que celle de Poilley à deux archivoltes, celles de Brécey, de Parigny, du Val- Saint-Père, et de Genêts qui possède encore une petite porte de la même époque donnant jadis accès dans le chœur. Elle est remarquable par des enroulements végétaux, gravés au trait et accoiidpagnes de chaque côté de fers de lance qu'on serait tenté de prendre pour des fleurs de lis.

te ïY' et le xvi* siècles nous offrent quelques portes âisez remarquables. La plus belle, venue de Savigny, a été réédifiée dans le château des Louvellières, au Teilleul. Elle présente un cintre surbaissé couronné de quatre niches posées en encorbellements et ornées chacune de quatre colonnettes. Ces colonnettes supportent une arcature ogivale et un autre arc douciné garni de crosses végétales que domine une croix, ou une fleur de lis. Ces niches sont séparées par une sorte de contrefort ou de pilastre terminé par un bouquet de fleurs. Celui du centre^ beaucoup plus élevé que les autres, forme une croix surmontée d'une sorte de fleur de lis avec son calice. Ces niches qui suivent la courbure d'un cintre surbaissé sont d'un effet très agréable, et renferoàaient probablanent les statues des quatre principaux saints de Savigny : saint Yital, saint Geoffroy, saint Pierre d'Avranches et saint Aimon.

La porte de la crypte des gros piliers, sous le chœur de l'église du Mont-SaintrMichel, offre aussi un arc douciné, orné de feuillages et surmonté d'un magnifique bouquet.

A cette époque appartiennent encore les jolies portes des chapelles de la Pommeraie, en Saint-Hartin-de-Landelle, de la Chaise, dans les Loges-Marchis, et de Saint-Nicolas de Pontorson. Les églises de Parigny, deCourtils et de Saint-Pierre du Mont-Saint-Uichel en possèdent du xvi^ siècle, qui sont encore d'un goût distingué. D'autres n'offrent que des ogives ornées de tores ou d'un cintre surbaissé. Nous citerons la porte latérale de l'église! abbatiale de Hontmorel qui communiquait avec le cloître et qu'on vient de détruire.

Parmi les portes de la Renaissance, nous mentionnerons celles des Loges-Marchis à l'arc tudor surmonté, entre deux petits pinacles, d'un tympan vide orné de crosses végétales et d'un bouquet d'une forme crucifère. Celle des Biards, plus belle encore et d'une forme semblable, présente dans son tympan l'image en ronde bosse de saint Martin à cheval : le saint divise son manteau, pour en donner une partie à un pauvre, debout près de lui. Celles de Tirepied et de Ponts sont moins riches. . ^ .

Une seule oatertare en style grec mérite d'ftttirer lesf ^egatrds, e'est la grande porte âe TégliBe de Barenion. Elle présente une Ottvertttre cintrée, aux claveaux saillants et omésdê lignes qui se brisent à angle droit, dans la partie infériente, comme cela se voit encore dans one ouverture de l'ancien prieuré du Rocher. La porte est encadrée entre deux pilaslres de f ordre îMlffue, sup^ portant un superbe fronton. Les piastres sont couverts, dans toute leur hauteur, de macles et d'annelets alternés et en relief. Dans le fronton apparaissent les armes de Gabrieile du Teii ou Theil, veore de Jean de Yerdon et dsime d« Bareriton'. ERes sont ornées d'une couronne baronf»i«Ie et supportées pafr deux Koirs à la suite desquels viennent de«x oiseaun qui oieoupeftt les angles^. Au sommet du fronton on voit les resies de lam'bMqa'nisM panaches, en forme de longs feuillages ^*K

Nous rappellerons encore la petife porte rectangutaîre' de Saint-Brice dont le tore offre à sa base deux têtes humaioeâ portant une longue barbé et des cheveux hérissés. Ces fêtes remplacent les baguettes ou filets ocmbreux que Ton remanque dans les petites portes latérales de Juvigoy, de Parigay , de Ctesseguey, etc.

Porches. Plusieurs de nos belles portes romanes et gothiqu>es étaient protégées par des porches ou vestibules ouveits qui faisaient partie de l'église et dans lesquels on enterrait.

D après Guillaume Durant, le porche était uo montfment symbolique « représentant le Christ par qui s'ouvre pour noM l'entrée de la Jérusalem céleste. » La partie comprise entre les tours de nos grandes basiliques, ainsi que la base inférienre de nos clochers rustiques, élevés sur la façade occidentale, servirent sonvent de porches. La cathédrale d'Avranches et k MottfJ-Saint- Michel n'eurent primitivement d'antres narthex que Tespace compris entre les tours de l'ouest. Les lots ecclé^astiq«es ayant interdit, jusqu'au xii* siècle, d^inhnmfer les morts dans

(1) Gabrielle 4u TeU, épouse de Jean de Verdan, portail dans ifes armés une fasoe accompagnée de trois trèfles, deux en chef et un en pointe. On les retrouve, avec deux lions pour support, au-deàsUB de la porte do château de Passais.

les 40isa5, e'<6$t 4ftns u* de ces vestibules que dirent eitsev^Us, dans la catb^ale d'Afraacihes, les évéques Xaugia, Hugues el Michel, de 1027 à 1067. Le pontife Haugis, nous ditR. Génalis 4C S$puUus est in EccUsia dm Àndrem in fundamwUis turris mqjiofis catnpanarim teptentriofkon fcenus ^^^ », et Tévéque Michel fut lAÎminé -prè$ de lui, le 27 janvier 1 094 « Sepuûus est in Ecfilesia Àbrincmsi stib turre campan^nm à parte êepkntrionali ^^\ Dans cette tour se trouvaient les fonts baptismaux, et c*QBi priés de ces eaux ré|[énératrices que fut enterré à Roilen, €^ 1079,, près 4u baptisera, vers Taquilon, J'arcbevéque Jean, ancien évéque d'Avrancbes « Sepultus fuU scilicet ad aquihmem prope baptisUriitim ^^K L'illustre abbé Robert de Torig4[)i, et son successeur, ^aRtln de Fuloaède, firent encore ensevelis au w^ siècle, dans le porebe du Uont-âaint-Micbel, e'est*à-dire 4;uis le Jjieu le plus hun»ble, entre les <deux tours derouest.

Ri^a que la c^l|hédi:alç d'Avraochesait; eu pour fondateurs deu& du<^ de Nprn;iandie, Ricl^rd 11^ Robert le Magnifique ^*\ elle ires$a i^a^o^ée. Les travAUX o^e furent repris que sous Tévéque TurgÂSi, grâç^ aux l^r^gesses de Tév^ue Jean, qui venait d'augoien^, 4^ près de moitié, les iT^ivenus de l'Eglise d'Avranches.

La cathédrale eut alors un porche au noiil, prot^eant rentrée principale .de ta basilique. Ce «nartbex, formait portique, présentait deux larges baies ogivales à double arcbivolte, dont les arlceat^x retombaient, à droite et à gauche, sur des colofinettes^ et, au ipilieu, sur jume colonne cei^trale et isolée.

Sa vojite, compremknt deux travées, était couronmée d une balustrade à jour, Ojiiles enfants de choaur allaient chanter, le dimaniàe des Radicaux. Au fond du aarthex «étaient deux portes

(i)BUrarchiaNeu8triœyp. 37.

(2) JÊcta Sanetœ Bcclenœ AbrincensU, p. I6i.

(8) ibid., p. 16S.

(4) a ObiU {^^aug^$fiiom(l>eliOrl)I(Uard^$U,du6WQr^Mnor^m fmiéaior EccUsiœ Abrincensis. • Obituaire de la cathédrale d'Avranches, cité par Guérin, àaiïLslesActaSanetœ Eccleèiœ AbrincensU, p. 124 — OWt. {^bjuUi 1035) hac die Robertiu dux Normanorum fundator Ecclêsiœ A 6rttic0n«û. » Nécrologe du Mont-Sain t-]^|k4M»l» m\ lAxÂive» deik Af MchQ« ^

à double aiH^hivolte chacune, et dans leurs tympans gothiques étaient sculptés des bas-reliefs, comme dans le grand portail de l'ouest <*>.

Après ce porche, qui n'existe plus, le plus remarquable et le plus ancien est celui de Saint-Quentin, du xiii* siècle, et probablement contemporain de celui de la cathédrale. Comme lui, il a une balustrade trilobée à jour, et sa voûte, divisée en trois travées^ repose ses nervures sur d'élégantes colonnettes, comnae celles de son unique entrée, que M. Le Héricher appelle une bonne et pure ogive. Deux petites fenêtres gothiques éclairent l'intérieur, et des contreforts appuient sa façade. Tous les autres narthex sont moins importants et d'une date plus récente. Les uns sont voûtés en pierre, comme celui du Yal-Saint-Père, qui est couvert à l'extérieur de dalles imbriquées. Plusieurs autres n'ont que des plafonds d'une forme ogivale on cintrée, et souvent une simple charpente lambrissée. Nous citerons ceux de Courtils, de Sacey, de Saînt-Senier-sous-Avranches et de Sainte-Pience , placés devant le portail de l'ouest, comme à Saint-Qaentin et au Val-Saint-Père ; ceux de Genêts, de Dragey, de Saint-Jean-le- Thomas, de Carolles, de Bouillon, de Saint-Senier-de-Beuvron, deChampeaux, de Ronthon, etc., situés au midi de la nef, afin de protéger des pluies et des vents de l'ouest, l'entrée de ces églises, assez rapprochées de la mer.

Absides. Les hémicycles ou absides qui terminent le chœur de nos églises et de nos basiliques étaient généralement la partie la plus soignée. L'art y développait ses richesses architecturales, pour abriter le plus convenablement possible le Dieu de l'Eucharistie. Nos modestes villages qui ne purent guère avoir qu'une abside ronde, carrée ou polygonale, l'édifièrent avec plus de soin, et souvent en pierres choisies et de grand appareil, comme à Poilley. Ils lui donnèrent un caractère de solidité en l'appuyant de contreforts et laissèrent , plus abondamment qu'ailleurs, pénétrer la lumière du jour qui était le symbole de

(1) Renseignements de plasiea» téntoins oculaires.

la lumière céleste. Les absides rondes, comme à Saint-Loup, oa polygonales^ comme à Saint-Saturnin d'Avranches ei à lancienne chapelle de rHôtel-Dieu d'Avranches, comptaient ordinairement trois fenêtres. Les chevets, de forme carrée^ en avaient quelquefois deux, comme à Téglise paroissiale de la Lucerne, au Neufbourg, à Saint-Léonard de Vains et à Saint-Paterne de Buais ; quelquefois trois , dont une plus grande au milieu, comme à Saint-Etienne de Ponts. Quand dans le pignon oriental il ne se trouvait qu'une fenêtre, elle était beaucoup plus grande et plus travaillée que celles du reste de l'église, comme à Martigny, à Montgothier, à Lolif, à Courtils, à Mont-Eglise. Souvent elles sont divisées en deux lancettes surmontées d'une rose ou quadrilobe, comme à Saint-Senier, à Saint-Patrice du Teilleul. Le plus souvent elles ont trois lancettes ogivales, comme au Yal-Saint- Père, à Genêts, àCéaux, à Mareey, àCormeray, à Tanis, à Saint- Martin-de-LandelIe. Parigny a même une fenêtre à quatre lancettes surmontées d'une grande rose et de deux petites, et rappelle ainsi une des fenêtres des chapelles de la cathédrale d'Avranches. L'abside carrée de l'abbaye de la Lucerne offre une immense fenêtre imitant en petit celle de la cathédrale de Dol. L'Abbaye-Blancbe rapprochait ses quatre chapelles des transepts des deux côtés du grand autel. Celle de Montmorel l'enveloppait d'un circuit ou déambulatoire que dépassaient les transepts, au centre desquels s'élevait la tour centrale. La collégiale de Mortain imitait cette ordonnance en ajoutant une chapelle au centre de l'hémicycle et deux clochers à l'entrée du rond-point.

L'abside de l'abbaye de Savigny, copiée point pour point sar celle de Clairvaux, comprenait deux étages superposés de fenêtres et de toitures, et possédait neuf chapelles uniformément semblables, dans son hémicycle régulier. Les doubles chapelles de chacun de ses transepts communiquant avec le chœur, portaient jusqu'à treize le nombre de ces petits sanctuaires entourant le grand autel. Les contreforts des chapelles, ceux du déambulatoire, sur lesquels reposaient les dix arcs-boutants du

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