‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 47 sur 57 · MO · texte numérisé non relu

MO

éhcemty la taAte flèohe «eu MMaes Moentreide la ^eniséelimilri^ BttieDt à e^te abside, ftroiftte siilsple eomme itous 1» iDona^ ments de Tôrdne eistorcten, «■ air de grandear et fle majesié.

La cathédrale d'Àvranches paesédak amei, en dehors de ami déambulatoife, cinq ishafellee ahsidalee alterimtt'TemeDt ron-des ou carrées, avec absidioles. Aa ceaire de ces chapelles rayeoBantes, les premières peut^élre^fui pararent en Normandie, était celle de la Sainte Vierge. Agrandie au xii* siècle» die devint polygonale, de roade qu'elle était primitivement. Cinq fenêtres éclairaient ses voûtes élégantes, des galeries brodaient son cemble et des contreforts fleuris ornaient ses angles. Les deux chapelles carrées iqai l'entouraient devaient avoir des tours ; l'une, celle du midï, resta inachevée, l'autre, sitaée au nord, sur la chapelle Saint-Georges, éuiit la tour de l'horloge, surmontée d'une flèche aiguë, recouverte d'étain. Les cbapelies rondes, avec des fenêtres cintrées, des contreforts peu saillants ^t une ligne de modillons, avaient des couTertures en poivrières, comme les absidioles des chapelles carrées. Aux deux extrémités du rond-point, près des chapelles rondes, se trouvaient les escaliers. Les premiers conduisaient sur les voûtes des collatéraux, les seconds, construits en encorbellement et ayant l'apparence de contreforts puissants, terminés par une toiture conique, atteignaient les combles du sanctuaire brodé d'une galerie à jour et appuyé par cinq ares-boutants. Cette réunion de pinacles, de clochetons, de -toits pointus ou coniques, de coutreferts fleuris, de bordufH^s aériennes et de toits superposés que dominait la flèche de rhorloge,ÏQrmaient un ensemble à la fois gracieux et imposant.

Nais de toutes ces absides, la plus riche, la plus ^brillante est cdle du Mont-^aintrMichel que Violet-le-'Duc signale «ounae une -des plus remarquables de Frafice.On l'a appelée le grand-œuvre des Bénédictins, et Vauban, en la considérant sur le sommet de son rocher, au milieu des constructions qu'elle domiue, la proclamait à^on tour comme «tte qu-itynmit déplut hai^diei^efkis ûùhené au monde K^. Construites granitipnBsqve poli oomiae de

fÉaifcore, à Boi]Uiil»<qMonemètfe«flttMiefiiii<dt iii^r^ iéts, ^tsitr uM erypte inférieure, elle est d'vne beauté exceptio4»ieUe ^néme imnreilleiNie. Sept obafiellei, ainsc leur déamboUtoÎTO^ «ntoucent kiBaBetaaire<i0i s'élève, radieux et plda de majesté, «maoUMAi au Mû les lignes pures ou mystérieusement ondulées de son triforium et de son eiéresiery. A toutes les saillies des ekapelles s'élèvent d'élégants contreforts qui se terminent en .pîsaeles'fleuris où des anges, an ailes éployées^ emboueiient joyeusemeal leurs trompettes ou cornets recourbés*. Dans les an^ gles rentrants, ces contreforts devieftneiC beaucoup plus consi^ dérables et aux extrémités des murs de refend qui séparent les ehapeUes , ils s'élèvent comme des arbres gigantesques chargés de feuillages ou de bourgeons naissants. Réunis et consolidés, par des daires*«vo]es à jour, ils reçoivent une double ligne d'arcsboutants qui, à l'aide de «ontreforls encore pli^ élevés et soudés au sanctuaire, voit appuyer les murs du chttur et panalysM* la poussée des voMes. Un de ces controforts renferme des d^és qui partent de la crypte et montent jusqu'à la hauteur des vofttes ' les plus élevées. Ces degrés, appuyés sur un arc-boutant, se continuent ensuite entre deux rangs de cœurs enflammés et arrivent, au sein de l'espace vide, sur les galeries qui couronnent le chœur. Toutes les fenêtres des chapelles et du sanctuaire sont divisées par des meneaux qui se ramifient dans le tympan ogival sous la forme de réseaux ondulés. Une broderie semblable forme les galeries à jour qui entourent la base du grand comble et les sommets des chapelles. Des gargouilles, sous la forme âe>cfcieus amaigris, de loups affamés, d'animaix ailés et parfois trideux, sont placées aux angles des chapelles et au^essus des fefiélres du triforium et du clérestory pour dégorger les eaux pluviales. Une cottcbede ciment recouvre les voAses et forme une esplanade que l'on peut parcourir à Taîse. Aussi, quand de cet endroit on considère cette multitude de clochetons, d'arcs-boutaots, de clairesvoies, de dentelles, d'êtres fantastiques, de lignes perpendicmlaires ou itmboyantes, on se ereit transporté dans une loréc de granit dont i«flèt est aussi saisisso^nt qu^admirablc;

iM mt, quand on sa promène dans cette galerie, alors qne U mer gronde au bas du rocher et que le vent siffle dans les grands artères de pierre» Tastre des nuits, en glissant ses piles rayons à travers les arcades, y produit des effets fantastiques. Le clair obscur et les ombres, la variété des tons et leur mobiUlé semblent animer tout ce qui vous entoure.

Les anges avec leurs instruments paraissent chanter un air suppliant, les animaux monstrueux s'éveillent, s'approchent, s'élancent comme pour dévorer. Le frisson vous prend, la peur vous saisit et on ne demande qu'à sortir de ce lieu qu'on dirait hanté par de bons et de mauvais génies.

Le jour, Timpressicm est bien différente. Vue de loin, dans une atmosphère azurée, avec un granit doré et des lichens, que les jeux de la lumière font briller comme des lames d'argent, la belle abside apparaît comme un superbe reliquaire que les anges semblent élever dans les airs, sous la forme d'une cité céleste. Vers elle on est attiré par un sentiment irrésistible, vers elle on se rend avec bonheur et quand on est monrté jusqu'aux balustrades brodées des combles, quand on a parcouru le déambulatoire aérien des chapelles, on a entrevu un des plus beaux sanctuaires que l'Eternel daigne habiter, et on en redescend comme d'un monde supérieur et éthéré, dont on conserve pour toujours un doux, un profond souvenir 1...

Fenêtres. Les fenêtres des absides étaient généralement les plus belles ; comme nous les avons déjà indiquées, nous ne siginalerons que les joliiBs fenêtres romanes des nefs du Mont- Saint-Michei et de Pontorson. Encadrées dans un cintre, elles reposent sûr des colonnettes dont les chapiteaux sont ornés de feuillages et d'enroulements végétaux. Dans nos petites églises de campagne, ces fenêtres sont très étroites et n'ont* qu'un simple tore, comme à SalntrLéonard, ou un pied droit avec un cintre formé de claveaux en pierre comme à Saint-Lcmp, ou en briques comme à Saint- Jean-lé-Thomas et jadis à Ardevon. Plusieurs ont été bouchées ou détruites pour faire place à des puvertures qui laissaient pénétrer plus abondamment la lumière.

Les. briles fi^étras du xin"" siècle $e trouvent à Mortain; Elias sohij cemoie à Pontorson, encadrées dans un arc ogival reposant sur des coloanettes. Le xiv* et le xt* siècles en ont produit de fort joliesi, et sans parler de celles de nos basiliques^ possédant trois meneaux avec des roses, des trilobés et des nervures ondulées; nous citerons celles de Dra^ey, de Saint-Jeande-la~Haize, de Ponts, du Neufbourg, dont Tune, au midi, présente, à sa base, une sculpture représentant deux lions affrontés.

Coruareforts. Les contreforts des nV et xu* siècles plats et peu saillants étaient nombreux à la cathédrale d'Âvranches ; on les retrouve encore dans la nef du Mont-Saint-Michel^ à Genêts, dans le transept du nord, à Saint-Quentin, à Angey, à Tabbaye de la Lucerne, à celle de Savigny, où ils se terminaient en forme de coin, comme à la cathédrale, au monastère de la Blanche^ à Saint-Loup, à la Godefroy, etc.

Les plus beaux contreforts du xiii<^ existent à la collégiale de Mortain ; ceux du xiy* et du xv® se rencontrent un peu partout ; après le Mont-Saint-Michel, les plus intéressants appartenaient à la cathédrale où ils avaient la forme de pinacles fleuris dans les chapelles ; ailleurs ils sont droits ou présentent deux ou trois retraites en forme de toiture, comme à Genêts, à Brécey, à Barenton, au Neufboufg, aux Biards, à Virey, à Saint-Jeanle-Thomas, à l'église paroissiale de la Lucerne, à Carolles, au Rocher, à Gourtils^ au Yal-^Saint-Père, à Céaux^ etc.

AreS'botUarUg. Les arcs-boutants existaient seulement à la cathédrale, au Mont-Saint-Michel et à Tabbaye de Savigny. Ceux de Tabside du Mont-Saint-Michel sont seuls remarquables. A la cathédrale et à Stavigny, ils n'offraient qu'une simple arcade cintrée, sur laquelle s'appuyait la gouttière en forme de toiture. Dans la nef du Mont-^aint-Michel, Tarcade ne se voit que sous les combles des. nefs latérales.

Gargouilles. — Les gargouilles qui formaient une des gracieuses décorations de nos églises, avec les balustrades ajourées qui entouraient les toitures delà cathédrale, du Mont-Saiot^

ffiefael et ût quelqnesHmes de nés toim, tt'étaierti pas trts eoa* mânes. Noas connaissons défà celles dn Honl-4StMiWHicM ; la cathédrale en possédait qni lui ressemblaient «lll en reale encore un spécimen. Celles de Genêts, de Pontorson rtppelleot les mêmes dessins, c'est-à-dire des ioups, des chiens et d'antres animanx fantastiques.

Modulons. Les modtllons se rencontrent principalement da»s nos vieilles églises romanes. On cite ceux de Pontorson, de Saint-Quentin, de Saint-Loup, de Saint-Léonard de Vains, d'Angey, de Mortain, etc. Ils offrent des têtes grimaçantes, des feuillages, des animaux, des fignres géométrifses et des signes divers.

fii(^$. Les niches étaient peu communes dans f Àvran^in. Les principales se voyaient dans les murs extérîears de la cathédrale et couronnaient les contreforts des chapelles du XVI* siècle. Le portail de l'abbaye de la Lneeme et celui dt prieuré de Saint^James n^avaient que des consoles 9ttf portant les statues. L'ancienne église de Buais en possédait «ne do XVI* siècle qui a été conservée avec sa statuette de Mttre-Daiae. Elle rappelle, par ses fleurs et sa forme, celle en portail venu de Savigny. Au bas sont les armes du donateur. Kous ne pouvons père appeler niches ta double arcalure qui aocompagne la grande porte de la collégiale de Mortain. Oq ne voit pas qu'on y ait placé de statues; le tympan ogival de chacuM d'elles a été simplement rempli par des sujets en pierre calcaire représentant des feuillages et des roses. Dans la dernière, vers le midi, *on remarque, au bas du triangle, deux têtes qui rappellent peutêtre les chefs de saint Evroult et de saint Cruillaume.

Croix. Les croix historiées ne sont pas très répandues , nous citerons celle de Tabbaye de Savigny, rapportée dans la ibourgade et littéralement couverte de roses et d^entretas ; celle de Macey, élégamment bisée et taillée à lapartie sopériewre de manière à former des fusées ou quadriiobes, séparées par des arcs d'ogive. Dès le xi* ou le xit^ siècle, on essaya, malgré ta dureté du granit, de ftiire des reliefs sur le cmiâllon. A Vains, «uiiea

dit ks Trois-Groix^. il «iste uo ^calvair^ représeatant d*an côtéleCturistetde TaiUre saint Pierre avec ses clefs, mais le desfria est fort barbare. La croix du cimetière du Ajlont-SaiDt- Michel, moins ancienne^ o£fre encore la sainte Vierge d'un côté et de Tautre saint Pierre la tête couverte d'une tiare. Au bas du Petit-Tertre, près de la gare du chemin de fer d'Avranches on a sculpté le Christ sur une croix du xvii* siècle. Sur la route qui conduit à l'ancienne église de SuaiSr OA voit le même sujet sur un fût du XVI® siècle, avec un boorrdoa de pèlerin. A la croix de Husson, on a représenté une pieta, ou le Christ mort dans les bras de sa mère. Le Grand-Celland en possède une fort jolie représentant la sainte Vierge tenant son fils ; les croisillons sont trilobés, les angles bises, ainsi que* la basfe ornée de têtes humaines.

Les bases, offrant un plus large espace, ont parfois reçu des sujets pitre ccHupliqués. Celle de Toucbet préseiHe diffi^eotes scènes de la passion ; à yilleebien> un moine de Savigny est prosterné devant une piêki^ et un saint Nicolas représenlié avec trois* petits enfants : c'est sans doute le patron de Tabbé dona^ teur. Sur la place du marché d'Avranches, appartenant judi^ àaxiBotnes de la Lucei^ne, se trouvait une assez belle croix. Sur le soiele, transporté aujourd'hui dans le cimetière delaBoulouze ^^^ onr voil le Père éternel sous la figure d'un moine avec capuchon. Il est assis et tient dans ses bras ei sur ses genoux rimage de son fife crucifié. Le dessin est barbare et dénote un ciseau peu exercé.

Ce qui a été le miesx exéeiité dans le pays» ce sont prmypalettent nos oroîx nondes portant souvent des inscriptions as^ez difficiles à tine, comiiM à Vains et à Hesnil-Gilbert ; les croix Usées, comme à la Mancellière^ à fihasseguey où l'on voit aussi des perles en forme de boule9^; les^ firoîx historiées^ comme à la Groix-Avranchin, dont la base est chargée d'écussons ; ou enfin

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des baseâ ôirnée^de tores ou de baguoltes comme à lÉalrcey. Ceâ bases rappellent quelquefois des inscriptions pieuses comme Tancienne croix de la Bicqueterie, à Avranches : o matbr dei xemen- TO MEi, 1626. T. 6.; des sentences et des yœux, comme à la Groix- Fnretière à Montviron : Hoc signo vinces, et, dans une couronne de chêne, ces deux vers :

Qui me plaça \cf Dieu iay fasse mercy.

IL — IIITÉRIEUR DES ÉfiUSES.

Chœurs. Si l'extérieur de nos églises était parfois très soigné, l'intérieur répondait aux richesses du dehors. Pour s'en donner une idée, il suffit d'étudier leur ancienne décoration, à Taide des manuscrits et des débris nombreux qui ont survécu à nos révolutions.

Personne ne nous a laissé un dessin intérieur de la cathédrale â' Avranches avant le ravage des protestants et les innovations que subirent nos églises sous les règnes de Louis XIV et de Louis IV. Hais différents inventaires, eelui de 1295, le Hierarehia Nemifim de Cénalis, le procès-verbal des pertes subies en 4562, les manuscrits du chanoine Guérin, du docteur Cousin et le plan de la cathédrale de l'ingénieur Lefébnre, nous donnent des détails qui valent une description. Le chœur de la basilique d' Avranches, comprenant cinq travées avec le rond-point ^*\ était entouré d'une clôture qui remontait, en grande partie, à Tévéque Turgis^'>, c'est-à-dire au xii* siècle. A la fin du xv* siècle.

(1) Plan de la Cathédrale, par M. Lefebvre ou Lefébnre.

(a) Hiétarma} NtuitrUK^i. Il,pi »1. •«- Qoérin, jMa S.Mcdu. àMne»

p. 166. Ai'' }^MfMi' ^ - - ...

Louis de Bourbon le ferma, du côté de la nef, pâi" un beau jûhè qui servît à la fois de barrière et d'aiûbon^*>. Ce jubé, sur lequel s'appuyaient Vieux petits autels, était enrichi de niches, de statuettes et de bas-reliefs d'une grande finesse. Deux portes latérales et celle de la nef donnaient entrée dans le sanctuaire. Du jubé aux portes latérales, un double rang de stalles, refaites en bois de Flandre ^^\ après les dévastations de la Réforme, ornaient les deux côtés du chœur. Près de la porte, du côté de Fépître, était la chaire épiscopale recouverte de tapisseries brodées ^^\ et, en face, le siège du grand-doyen. L'autel majeur, en pierre, avec rétable, était appayé contre une grande châsse, élevée sur colonnes et dominant le rétable. Cette châsse, en forme à*élicuU, rappelait un superbe tombeau. Elle avait été construite au commencement du xiii* siècle, par Guillaume de Tholom ^*\ pour y mettre lés reliques données par saint Aubert, et qu'on venait de découvrir sous le grand crucifix de la basilique. Guillaume de Sainte- Mère-Eglise, successeur de Tholom, l'avait récouverte de lames d'argent doré <*^ Sur le rétable était la statue de saint André donnée par Louis XI et ornée aussi de lames d'or ^*\ Au-dessus de l'autel, mais suspendue par une chaîne d'argent, « catena argmUa, » était le tabernacle ou petite coupe entourée d'un voile et renfermant le corps du Cllrist ^'>. Des colonnes en bronze, avec tringles, supportaient quatre courtines ou rideaux entourant Fautel <'\ Ces colonnes étaient généraleiÉent comme à Savighy, à Paris, à Arras, surmontées de statuettes.

(1) Nicole, Vie âe$ JBviquês â^Avranchês, p. 71. (a) Guérin, ^eta S, Eeeh Abrinc, p. i91.

(3) Acte du Livre- Vert ou cartulaire du chapitre d'Avranches» iiiTentaira du trésor de la cathédrale en 1S95 .

(4) Ilierarchia iVeusIrto, p. 79.

(5) Ibidm, p. 79.

(6) Ibidem, p. 90*

(7) Inventaire du trésor en 1195. ,

(8) /Mdem et procèft-verhal de la dévastation des protestants, Guérin» i^s. , p. 487.

Dans les fêtes soienneUes on déposât sur le retable six ou huit candélabres ciselés, avec pommettes de cristal ^^\ et portant vingt-huit cierges ^^' ; an milieu , une grande croix d'argent ornée d'une pierre précieuse ^^^ ; sur l'autel, un riche évangér liaire avec support d'argent, le missel orné d'or^ de pierreries, de reliques et d'inscriptions, donné par Guillaume d'Ostilley^^^ après son pèlerinage à Jérusalem ; de beaux offertoires en soie, le calice couvert d'images émaillées, les reliquaires d'argent et d'ivoire ^ sur le marchepied et les gradins du même autel, la tapisserie aux armes de Richard-Laine ^^K Le pavé du chœur et les tombeaux des évéques Guillaume Tholom, Martin Pinard, Jean Boucard, Augustin Le Cirier^ Charles Yialard et de Tessé, disparaissaient sous un riche tapis ^*K Autour de la clôture s'élevait la tenture de laine avec ses dessins brodés à l'aiguille « sutus cum acu » et rappelant peut-être le martyre de saiBt André ^''\ comme les belles verrières qui entouraient le sanctuaire. Sur las stalles de l'évêque et des chanoines se trouvaient les vingi-deux coussins donnés par Robert de Thiéville ^^K Autour de l'aigle ou lutrin ev bronze, les choristes portaient les belles chapes dorées avec pommettes d'argent ^ou enrichies de dessins représentant des aigles, des cavaliers et des chcryaux ^*^ A l'autel, le célébrant était revêtu de la chasuble ornée des images des apôtres ^^^K

Au xvu"" siècle, le rond-point ait entouré de grilles de fer, ^u pie4 desquelles on voyait^ relevées en bo^se, les statues

(1) Inventaire delS95.

('2) livre- Vert, Carta GuiUelmi episcoj^ fvper huninarfo Bficleeiœ A brin' cemitf xni* siècle.

(8) Inventaire de IS95.

(i) Bidem et Guérin, as. p. l3S9.

(5) Inventaire de li95.

{6) Ibidem.

{!) Ibidem. ' ^

(S) Ibidem.

(9) Ibidem.

(10) IWdèm.' ' ■•••". ' ■' ''■'" ■ ' ■■'" '. ^

tumulaires de Richard de CoutaDccs, du côté de Tépttre, et àt Guillaume Burel, du côté de réyangile ^*K

Le bel autel en pierre fut remplacé par un autel en marbre et une nouvelle grille en fer occupa le lieu de Tancien jubé, détruit par César Le Blanc ^^K

Les grandes abbayes suivirent TEglise-Mère dans leur décoration. Le Mont-Saint-Michel avait, comme elle, un mur de clôture, achevé en 1547 et détruit en 1856. Il était enrichi de fresques et de bas-reliefs nombreux représentant des sujets empruntés à l'Ancien et au Nouveau Testament.

Dans le chœur abbatial on voyait les stalles richement sculptées sous la prélature de Pierre Le Roi ; le grand autel était orné de reliquaires d'or et d'argent, de livres et d'ornements précieux qui ne le cédaient guère à ceux de la cathédrale ^^\

Savigny, qui renouvela son riche mobilier au commencement du xviii* siècle, avait adopté un autel à colonnes, encadrant un tableau de la Gène. Cependant il avait conservé les rideaux ou courtines en camelot rouge, supportées par des colonnes de bronze. Ces colonnes, entourant le grand autel, étaient couronnées de chérubins également en bron/e et tenant des cierges ^*\ Autour du rond-point, en parlant du côté de répitre, les moines avaient placé les tombeaux de saint Pierre d'Avranches, de saint Vital, de saint Haimon, de saint Guillaume et de saint Geoffroy.

L'église collégiale de Mortain, les autres abbayes et nos plus modestes églises possédaient aussi leurs jubés, comme le prouve la destruction de celui deN.-D.-de-Touchet, qui, en 1 721 , disparut, d'après Tordre donné par Mgr César Le Blanc ^^K Comme la cathédrale, nos églises avaient aussi leur autel de pierre, leurs retables, leur tabernacle, leurs verrières et leurs boiseries sculptées.

(1) Guérinet Cousin» ms. de la bibliothèque d'Avranches.

(2) Ibidem.

(3) Histoire du AI ont-Saint^ Michel de dom Huynes el de doiD de Camp. U) Acte du prieur Auvry, dans le ms. de Guério, p. 180.

(5) Registre des visites épiscopales sous Mgr Le Blanc.

Si maintenant nous recherchons ce que le temps et les hommes ont épargné, nous verrons quelles ont été nos pertes.

Autels. Presque tous les anciens autels en pierre ont dispacu, quelques-uns sont restés cachés sous des boiseries modernes, d'aatrès ont été employés pour faire des pavés ou des seuils de porte, comme à Saint-James, au Mont-Saint-Michel, à Courtils, à Précey, à Subligny, à Saint-Quentin, à Montjoie. D'autres enfin, et c'est le petit nombre, ont été conservés. Nous citerons : celui de la chapelle Saint-Sauveur, dans Téglise de Pontorson, en pierre de granit, supporté par deux colonnes; celui de la chapelle Sainte- Appoline, dans Téglise de Sainte-Eugienne, également soutenu par deux colonnes et un triangle de pierre. L'autel Saint-Pierre de la paroisse du Mont-Saint-Michel était en pierre calcaire, ses supports étaient de petits pilastres carrés avec bases et chapiteaux. Un ou deux de ces chapiteaux portent encore des peintures et des dorures. Celui de Brécey, fait à Caen, était aussi en pierre calcaire et rappelait les fines ciselures du xv* siècle.

Retables. De nos anciens retables, avec bas-reliefs, très peu ont conservé leur place d'honneur; d'autres ont été horriblement mutilés, un plus grand nombre détruit. Parmi ceux qui nous restent nous mentionnerons :

1^ Celui de la chapelle Saint-Sauveur de Pontorson, probablement un des plus beaux de l'ancien diocèse. Aujourd'hui, bien que mutilé, il est encore ce que nous avons de plus remarquable. Sa forme générale est celle d'un triptyque ouvert, dont la page centrale domine les deux autres. Il est divisé en vingt-deux compartiments, six au milieu, et huit sur chacun des côtés. Aux deux extrémités de l'étage inférieur apparaissent le donateur et la donatrice, à genoux, les mains jointes appuyées sur un prie-Dieu. Leurs patron et patronne les accompagnent et semblent les recommander à Dieu qu'ils invoquent. Les vingt autres compartiments sont consacrés à l'histoire de la Passion du Sauveur. Le drame douloureux, qui commence près du donateur, nous représente Noire-Seigneur entrant à Jérusalem, célébrant la cène, lavant les pieds de ses Apôtres,

priant au jardin des Oliviers, recevant le baiser de Judas pour être conduit devant Caïphe, Pilate, Hérode, et y être interrogé, conspué, livré à la soldatesque et flagellé. Jésus ou YEcce homo est présenté au peuple et condamné à mourir. Au centre du triptyque, dans la partie supérieure, le Christ apparaît, mort sur la croix ; à droite, on perce son côté, à gauche, on le descend de son instrument de supplice. Dans les compartiments qui suivent, Jésus est dans le sépulcre, il en ressort glorieux, les saintes femmes se dirigent au tombeau, pendant que Notre-Seigneur visite dans les limbes les âmes des justes. C'est le via crucis, mais plus complet que notre chemin de croix moderne.

Cette intéressante sculpture appartient au xv"" siècle et dut être faite aux frais de M. et Mme Mouflard, les fondateurs de la chapelle. Au xvi® siècle elle devint la propriété de Jean Heuzé, de Saint-Benoit. Elle passa par acquêt à Tabbaye de Montmorel, en 1540 ^*^

2^ L'église Saint-Saturnin d'Avranches possède un bas-relief d'une sculpture moins bonne, bien qu'aussi ancienne et provenant d'un don royal : c'est le massacre des saints Innocents.

Les chevaliers Pinson ou Pinchon, d'Avranches, ayant accompagné le roi saint Louis en Palestine, rapportèrent le corps d'un des saints Innocents et le déposèrent dans une chapelle qu'ils avaient fait construire dans le jardin de leur manoir, près de l'église Saint-Saturnin. Cette chapelle ayant étéabandonnée après la mort des fondateurs, la relique fut portée à Saint-Saturnin ^^K

(1) Le manuscrit de Charles Guério, p. 289, nous donne celte note : « La chapeUe Saint-Sauveur de Pontorson fut fondée par Robert Mouflard qui, en 1402, en donna le patronage au Mont-Saint-Michel. Elle fut adjugée à l'abbaye de Montmorel, par arrêt de Rouen 1540; Tabbé étant propriétaire du iief du Hamel acquis de M° Pierre Le Belle, curé de Montanel, qui l'avait reçu de Jean Hcuzé,de Saiut-Benoist, 152â. »

(2) «. Et moy qui fais ces remarques, ajoute le manuscrit de Charles Gué- « rin, p 489, ay veu le procès-verbal très ancien de la visite du corps et « châsse du saint Innocent qui fut faite avec grande solennité, comme it est A marqué par i'e&trait. • La partie supérieure de la vieille tour de Saint- Saturnin nous parait avoir été refaite, après le ravage des protestants^ en 1562.

En 1394, Charles VI et la reine Isabeaa de Bavière visitèrent le saint corps et laissèrent une riche offrande. C'est avec cette largesse qu*on agrandit l'église en construisant la chapelle des Saints, dans Taile du nord, la tour et son bas côté, au midi (*\ Louis XI, en 1470, visita de nouveau ce précieux dépôt et lui fit hommage d'un reliquaire en argent doré d'un poids considérable : « Ingentis ponderis argentea theca^ avro circumdata qua • recondUum cernitur corpus unum ex Innocentibus ab Herode occisis ^^K » En 1562, les protestants brûlèrent le corps du Saint et emportèrent la châsse d'argent ^'\ Il ne resta que le retable de l'autel placé aujourd'hui dans la tribune du transept méridional. Ce bas-relief est divisé en quatre compartiments rectangulaires, comme ceux de Ponlorson. Les deux premiers sont occupés par le massacre. Hérode, assis sur un trône, la couronne sur la tête et le sceptre en main, préside la scène. Des soldats, portant le costume de la fin du xiv'' siècle, égorgent des enfants que leur disputent les mères éplorées. Le troisième compartiment rappelle la fuite en Egypte. Saint Joseph tient sur ses épaules, au bout d'un bâton, le manteau de voyage et conduit l'âne sur lequel est assis la sainte Vierge avec l'Enfant Jésus. Le dernier médaillon représente un roi à genoux, les mains jointes, la couronne ouverte sur le front et vêtu d'un surcot élégant, fort en usage au Xiv« siècle. Il est accompagné de deux chevaliers portant

(1) Charles GuérÎD, p. 216, nous parle ainsi de la visite de Charles VI : « Charles VI et la Royne, sa femme, visitèrent par dévotion le corps da saint Innocent à Sdint>Saturnin, et des libéralités du roi et par son ordre, furent bâties la chapelle du saint Innocent et celle de vis-à-vis avec la tour et y eut fondé un monastère sans qu'il fut prévenu de mort. . Le corps du saint Innocent fut apporté de Hierusaiem par messieurs les chevalliers Pinson revenant de la guerre sainte. Estant de Saint-Saturnin, ils demeuraient au lieu appelé encore le Manoir-aux-Pinson qui doit rente foncière au chapitre en la rue près les Fontaines-Couvertes. Le sieur des Fontaines-Basselin, âgé en cet an t683, de 90 ans, m'a dit avoir veu étant très jeune, dans le lieu du Manoir-aux-Pinson, les murailles entières d'une chapelle sans mesrain. »

(2) Jiierarchia Neustriœ^ P* 87, épiscopat de Jean Boucard.

(3} Guérin, Acta 'Sanctœ Ecclssiœ AbrincensU, p. 48T. —Julien Nicole, Histoire chronologiçim des évéques d^Àvranches, p. 85.

rëpée au côté, le casque eu tête, la chemise de fer, les cuissards et les genouillères, comme au temps de Charles YI. Devant eux est une sorte de couronne ou de plateau qui semble être une offrande faite au Roi des rois. Est-ce Louis IX entre les frères Pinchonî Est-ce Charles VI et deux de ses officiers venus en pèlerinage? On a supposé l'un et Tautre. Nous croyons cependant, puisque la reine Isabeau n'est pas représentée, qu'on a voulu désigner les deux chevaliers Pinchon, accompagnant saint Louis.

3"* Poilley. Cette paroisse possède de son ancien autel un retable aujourd'hui placé au-dessus de la porte latérale. Il représente Tabrégéde la Passion en sept compartiments : 1^ Jésus, saisi au Jardin des Oliviers, reçoit le baiser de Judas. 2^ Jésus, attaché à la colonne, est flagellé. 3"" Jésus, condamné à mort, porte sa croix, i"^ Le compartiment central, plus grand et plus élevé que les autres, représente le calvaire ou Notre-Seigneur attaché à la croix, entre les deux larrons, pleuré par la sainte Vierge et saint Jean. 5^ La descente de croix. 6"" Jésus sortant glorieux du tombeau. 7^ Jésus descendant aux limbes et délivrant les âmes des justes. Ce retable nous oflfre tout-à-fait la forme de celui qu'on voit dans la belle gravure du sacrifice de la messe, commençant le Missel d'Âvranches, de 4534, sous répiscopat de Robert Cénalis.

i^ L'église de Marcilly devait avoir le même retable, car elle conserve aussi deux compartiments qui rappellent ceux de Poilley : Notre-Seigneur au tombeau et la résurrection.

5^ De petites paroisses n'avaient quelquefois que le Christ en croix, accompagné de la. sainte Vierge et de saint Jean. C'est ce qu'on voit encore à Saint-Nicolas-des-Bois et à Naftel, oîi le donateur est représenté à genoux. L'église des Chambres, consacrée à la Sainte-Trinité, avait pour motif un retable rappelant ce mystère. Il était en marbre, objet de luxe assez rare dans le pays.

6^ Après l'histoire de Notre-Seigneur vient celle de la sainte Vierge, également rappelée dans les retables en pierre. Le plus curieux était celui de Notre-Dame-de-Touchet. Malheu-

reusement il ne reste plus que deux médailloiis oa compartiments, de cinq qui existaient autrefois <*\

Le premier représente la mort de la sainte Vierge entourée des Apôtres et des saintes femmes. Saint Pierre, comme chef de l'Eglise, la bénit, et saint Jean apparaît avec une branche de palmier, symbole de la résurrection. Le deuxième compartiment désigne le convoi de son précieux corps dans la vallée de Josaphat. Saint Pierre et saint Paul soutiennent la chAsse, et des enfants portent la croix et le bénitier. Des Juifs qui veulent arrêter la marche des assistants sont renversés ou dévorés par des flammes célestes.

A Pontorson, on voit la sainte Vierge montant au ciel en présence des disciples, témoins de sa gloire.

A Saint-Quentin, dans la chapelle du Rosaire, on a représenté, en quatre compartiments, la Salutation angélique, TAdoration des Mages, TAssomption et le Couronnement dans le cieL

7^ Saint Martin a été très souvent reproduit. On le voit à cheval, divisant son manteau pour en couvrir un pauvre. C'est ainsi qu'on le rencontre aux Biards, à Juilley, à Chalandrey, à la Gohannière.

8^ L'église de Ponts, qui a pour patron saint Etienne, possédait un retable rappelant les actes de la vie du saint. Le premier tableau représente les Apôtres imposant les mains sur saint Etienne; le deuxième compartiment rappelle la mort du premier diacre étendu sur son tombeau, son âme, sous la forme d'un enfant, s'échappe du corps et est reçue par les anges ; le troisième représente saint Etienne devant le grand-prétre Caiphe; il est debout et tient un livre, symbole de son éloquence. Le dernier compartiment nous montre la lapidation du saint et Saul gardant les vêtements des bourreaux. Ce bas-relief, resté à sa place primitive, sous l'autel actuel, a été jadis peint et doré.

9® A Saint-Georges-de-Livoye, le retable représente saint Georges à cheval, dans le costume d'un chevalier du moyen âge,

(1) Il a été décrit par M. Eugène dd Beaurepaire, dans le deuxième volumç de la Société d'Archéologie d'Avrancbes,

armé du bouclier et enfonçant sa lance dans la gueule d'un dragon, aux ailes éployées.

Le tabernacle. Le maftre-autel des églises du moyen âge n'avait pas toujours des reliquaires, mais il possédait un tabernacle. Toutefois ce tabernacle était rarement sur le retable, à moins quMI ne fût suspendu. En 1255, les moines de Sacey l'avaient placé dans une fenêtre. Eudes Rigaut, dans sa visite, trouva cette position fort peu convenable, d'autant plus qu'en récitant l'office, un certain nombre de religieux tournaient le dos au Saint-Sacrement. Il ordonna que désormais ils missent la sainte Eucharistie au-dessus de Tautel, dans une sorte de tabernacle, ou même dans une boîte entourée d'un voile, qu'on suspendrait ainsi au-dessus de la table sainte ^^K Le tabernacle était plus souvent placé à côté de l'autel, dans une tour ou armoire élevée. Le plus beau dans ce genre est celui de la cathédrale de Grenoble, qui existe encore. Nos modestes églises se contentaient d'un monument plus simple, en pierre ou en bois, qui avait la forme d'une flèche ou d'une tour. C'est encore ce que nou$ voyons dans la splendide gravure du missel de Robert Cénalis. L'autel, avec son retable en pierre, ses colonnes à rideaux, possède un tabernacle en forme de tour qu'on plaçait indifféremment du côté de l'évangile ou de Tépître, suivant la commodité et la convenance. Ces tours souvent mobiles, n'étaient placées sur l'autel ou près de l'autel que pendant le service divin^ et ce n'est guère qu'à la tin du xvr siècle ou le commencement du xvii* qu'on commença à les fixer au centre du retable. La Belgique possède encore plusieurs tabernacles mobiles. Ils sont plus rares en France et on ne cite guère, comme bien complets, que ceux de Semanque, dans le dépar-

(I) Visitationes ÂbriiMensis diœcesis , huno 1255. « Visitavimus prioratum de Saciaco .. Item qaia in ecclesia loveaimus corpus Christi in quadam fenestra, ita quod ei vertuot terga quando dicunt horas suas, injuDximus eis ut super altare, in quodam- labemaculo, vel in pessede ponerent iUud honoritice. « {Registrum visitationum /irchiepiscopi Rothomagensis, Eudes Bigaud, 1248-1269.)

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tement du Vaucluse, e de Haltot, dans le Calvados. Le premier est en bois et date du xiii^ siècle; le second, sculpté en pierre, a été replacé au haut du contre- retable de Tautel moderne, en 1842. Ces tabernacles à deux étages, séparés par un petit plancher et percés par des fenêtres vitrées, offre un plan polygonal. Dans le diocèse d'Avranches on conserve les débris d'an tabernacle en pierre, de 4448, ayant appartenu à l'église de Brécey. Ces fragments richement sculptés sont présentement au musée lapidaire d'Avranches. Saint-Quentin en possède un autre, en bois, plus complet et remontant à Tannée 4566. M. Le Héricher le décrit ainsi : « Cette boite hexagone, d'un mètre d'élé- » vation, est comprimée au milieu et se divise en deux étages : » l'étage supérieur est découpé d'arabesques sur ses faces » et flanqué de colonnettes fuselées sur les angles; l'étage » inférieur présente des colonnettes cannelées sur les angles, et » des statuettes d'Apôtres sur ses faces '*^ »

Verrières. Ce qui complétait l'autel et en formait souvent la partie la plus riche, c'étaient nos verrières. Brillantes au fond du sanctuaire comme des mosaïques ou des pierres précieuses, ces fenêtres translucides étaient à la fois un symbole et une leçon. En livrant passage aux rayons d'une lumière coloriée, elles rappelaient la clarté du vrai soleil qui est Dieu, venant illuminer le cœur des fidèles. La vie de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge et des patrons de l'église, qu'elles rappelaient dans leurs médaillons, formaient, pour le peuple, un livre ouvert, à Taide duquel il pouvait méditer les mystères de la foi et les vertus des saints. Malheureusement ces splendides, mais fragiles peintures, ont énormément souffert de la part du temps et des hommes. Depuis la perte, en particulier, des vitraux de la cathédrale, du Mont-Saint-Hichel et de la collégiale de Mortain, il ne nous reste plus que des débris plus ou moins incomplets qui ne pourront donner qu'une idée imparfaite de la beauté de ces tableaux primitifs.

(1) Avranchin monumental et historiquey i,\,p. 48.

1^ La verrière de Genêts nous offre ce que nous possédons de plus ancien. Elle comprend cinq médaillons et une rosace, qui rappellent un travail du commencement du xiii® siècle, replacé dans une fenêtre du xiv* siècle. L'artiste a même conservé certaines traditions du xu* siècle. La chevelure est rendue comme dans les gravures byzantines du cartulaire de Robert du Mont; le dessin est aussi quelquefois barbare quoique bien étudié et en rapport avec les effets de lumière et de distance. Quoi qu'il en soit, il est facile de voir que le peintre tend vers le naturalisme. S'il conserve quelques procédés archaïques, il brise avec l'école grecque en rendant, avec une certaine vérité, ses larges draperies, la physionomie des têtes et l'expression des gestes.

La lancette du côté de l'évangile était consacrée à l'histoire de saint Jean-Baptiste. Il ne reste que deux médaillons. 1^ L'emprisonnement de saint Jean. Hérode, debout, couronné et le sceptre en main» donne ses ordres. Un satellite, l'épée nue et levée, pousse saint Jean, qui entre dans une sorte de donjon crénelé. On ne voit plus que les pieds et une partie du corps recouvert d'une peau de chameau. 2® Saint Jean sort de la prison pour avoir la tête tranchée. Le bourreau lève son glaive, un ange apparaît au haut de la forteresse pour recevoir l'âme du juste, et une femme tient un plat pour mettre la tête coupée. Les deux lancettes qui suivent sont consacrées à la vie et à la mort du Sauveur. Dans celle du centre, un demi-médaillon nous montre Notre-Seigneur présenté au temple, entre deux personnages nimbés; un autre porte une corbeille dans laquelle apparaissent deux tourterelles. La dernière lancette n'a que deux sujets : 4® Les trois saintes femmes arrivent au tombeau du Ghrist avec des vases de parfums. Un ange nimbé, aux ailes éployées, vient leur annoncer que Jésus est ressuscité. (Demimédaillon). 2° Notre-Seigneur, avec une riche auréole, apparaît à la Madeleine qui tombe à genoux, en s'approchant du Sauveur; Jésus, portant son étendard, se retire en disant : Noli metangere,

La rosace supérieure est consacrée au grand draûie de la résurrection. Dan? Iç lobe supérieur, Notre-Seigneur, assis sur un

trône, a les mains élevées, comme pour convoquer à son tribunal Thumanité sortant de la poussière du tombeau. A ses côtés la sainte Vierge et saint Jean sont à genoux et implorent sa clémence pour les pécheurs. Dans les quatre autres lobes, les anges font résonner leur olifant pour appeler les morts de leurs sépulcres. Au dernier plan de la rosace, les morts se réveillent et des personnes de tout âge, de tout sexe, de toute condition, sortent de leurs cercueils et apparaissent les uns terrifiés, les autres suppliants, ceux-ci calmes, ceux-là abattus, pour entendre leur sentence. Au-dessous du juge suprême et au-dessus des ressuscites^ deux anges, debout, montrent l'un une croix, l'autre une lance et des clous pour rappeler les souffrances de la Passion et tout ce que le Christ a fait pour sauver le monde. Des grisailles, en forme de mosaïque, remplissent les vides qui séparent la rosace des lancettes. Cette peinture translucide, restaurée au XVI'' siècle par un curé ou prieur de Genêts, dont la pierre tombale existe encore, devait être une des belles verrières du diocèse. Fin 1864, on Ta malheureusement restaurée sans goût, et elle compte aujourd'hui dix-sept médaillons en dehors de la rosace. C'est Thistoire complète de.saint Jean-Baptiste et letableau delà vie, de la passion et de la résurrection du Sauveur.

Les guerres d'invasion, au xiv* et au xv® siècles, ont dû détruire plusieurs verrières des xui® et xiv® siècles, car après celle de Genêts nous n'avons plus que des peintures translucides du XV' et du xvi* siècles.

2" L'église de Céaux n'a conservé de sa verrière à trois lancettes que le sujet du jugement dernier. Moins important que celui de Genêts, il est ainsi décrit par M. Le Héricher : « Au sommet de l'ogive est le Père éternel ayant à ses côtés deux anges sonnant de la trompette. Au-dessous se trouve la résurrection générale. L'humanité est représentée par des êtres de tout âge et de toute condition qui sortent des tombeaux. Toutes les figures sont nues, et les conditions sont révélées par les insignes de la tête. On reconnaît le roi, la reine, l'évéque, le moine, le chevalier. Le soleili la lune et une étoile se trouvent au-dessous et s'adaptent

au sommet des trèfles des lancettes. Un phylactère en caractères gothiques a été brisé ^*\ »

Le mystère de la rédemption ou le Christ en croix, pleuré par la sainte Vierge et saint Jean est le sujet le plus répandu, surtout quand le retable en pierre n'oiTrait pas le même motif. On le rencontre souvent seul, ou accompagné du patron de la paroisse. Nous commençons par le plus curieux, bien qu'il n'occupe qu'une petite fenêtre de l'ancienne chapelle Saint- Julien, dans l'église paroissiale du Mont-Saint-Michel.

3® Le crucifiement n'occupe que la partie supérieure de l'ogive. La croix est richement nimbée d'un trilobé et d'une ligne de petites croix surmontées d'une fleur de lis. Le dessin est assez bon et la douleur est bien rendue dans les traits de la sainte Vierge et du disciple bien-aimé. Mais la bordure du vitrail est plus remarquable encore, bien qu'incomplète. Le donateur, dont le nom est inscrit en caractères gothiques, Raoul Jaquet, avec sa bonne et pieuse figure, est debout, les mains jointes et regarde le Christ; en face est sa dame, dans le costume du XVI® siècle, portant le surcot, des manches étroites, boutonnées jusqu'au coude, et récitant le Rosaire. Dans des trilobés au-dessus et au-dessous du Monsieur et de la Dame, apparaissent les Apôtres, avec leurs caractères distinctifs et l'article du symbole dont on leur attribue la composition. Saint Pierre lient une clef avec ces mots : Crtdo in Deum, Patrem omnipotenterriy créa-tortm cœli et terrm. Saint Paul montre un glaive et sur son rouleau est écrit l'article attribué à saint André : Et in Jesum Christum filium Dei unigenitum. Saint Thomas porte une pique, avec cette légende : Descendit ad inferos^ tertia die, ressurexU à mortuis. Saint Jacques le Majeur porte un bourdon, avec ces paroles : descendit in cœlum^ sedet ad dexteram Dei Patris, Saint Jacques le Mineur tient à la main une massue et sur son parchemin on lit : Inde venturus est judicare vivos et mortuos. Enfin saint Barthélemj nous fait voir le coutelas qui lui trancha

(f ) Avrançhin monumental et historiquey 1. 1, p. 897.

la tête et proclame la croyance au Saint-Esprit : Credo in Spiritum Sanctum, Les autres apôtres ont disparu. Ceux qui restent sont séparés les uns des autres par de gracieuses figurines d'une très grande variété, renfermées dans des quadrilobes. On voit des faces imberbes, des chevelures ondoyantes, des barbes longues et touffues et de toutes ces têtes les unes portent un voile^ un camail, une toque; d'autres le capuchon, le serre-téte ou une sorte de turban et d'autres coiffures usitées au xvi® siècle. Ce petit vitrail, digne d'être étudié, mérite aussi d'être habilement restauré.

4° Poilley offre, dans ses trois lancettes, le Christ en croix, avec la sainte Vierge et saint Jean, chacun dans leur compartiment.

5^ Braffais présente le même sujet dans une de ses lancettes, et, dans l'autre, le patron local, saint Martin, divisant son manteau pour le donner à un membre souffrant du Christ.

6® Sainl-Georges-de-Livoye a imité Braffais en reproduisant Notre-Seigneur sur la croix, et saint Georges, son patron, qui transperce de sa lance un dragon, dont la vue semble faire recaler d'effroi le cheval fièrement dessiné.

T Tanis, dans ses trois lancettes, offre au centre le crucifiement et, de chaque côté, ses deux patrons, saint Yigor et sainte Anne.

8" Servon possède le même sujet, et une pieuse femme, représentant l'Eglise, reçoit, dans un calice, les gouttes de sang qui découlent du corps sacré du Sauveur.

9** La grande vitre de Fontenay, à trois compartiments, renferme, au centre, le Christ en croix, et, dans les deux autres lancettes, saint Pierre avec ses clefs et la Vierge avec l'Enfant Jésus. Dans la rose, qui remplit le tympan ogival de cette fenêtre, se trouve sainte Barbe avec le Père Eternel bénissant et tenant un globe.

10® AHusson, on voit le crucifiement, avec la sainte Vierge et saint Jean tenant un livre; dans le lointain apparaît une perspective de Jérusalem. Des débris épars, dans d'autres fenêtres,

nous rappellent saint Pierre, saint Paul, la Vierge-Mère et le sacrifice d'Abraham, symbole du sacrifice de la Croix.

11® L'église du Val-Saint-Père possède une ptc^a ou la sainte Vierge recevant dans ses bras le corps inanimé de son fils. Deux autres petites fenêtres renferment saint Roch et saint Gerbold.

12° L'église de Saint-Jean-le-Thoraas possède une verrière représentant la Vierge Immaculée, trois siècles avant qu'on ait fait un dogme de cette prérogative incomparable de la Mère de Dieu. Les pères, pour désigner la pureté exceptionnelle de Marie, son exemption de tout péché, même du péché originel, se sont servis d'une foule de figures qui rendaient leur pensée. Pour eux elle était la Vierge sans souillure, élevée comme le soleil, belle comme l'astre des nuits; elle était encore une rose mystique plantée dans un jardin fermé, un lis croissant entre les épines, un miroir sans tache, une tour d'ivoire que Tennemi ne pouvait surprendre, une fontaine pure et limpide, enfin une plante verdoyante, toujours fleurie, en dehors des lois établies et communes. Or ce sont tous ces emblèmes de l'Immaculée Conception que l'artiste a voulu rendre dans son tableau. Au centre apparaît la Vierge dont la tête et les pieds font défaut. Tout autour est une ligne de losanges renfermant un texte latin, plus ou moins complet, des figures employées par les pères, et à côté l'objet désigné. C'est ainsi qu'on lit : « Lues et macula non est. — Electa... près d'un soleil ; — Pulcra ut luna, à côté de l'astre des nuits ; — PlaïUatio rosêBy près d'un bouquet de roses; — Lilium inter spinas, près d'un lis entouré d'épines; - Spéculum sine macula, accompagné d'un miroir ; — Turris eburnea, avec une tour ; une urne épanchant son eau, avec une légende mutilée; —

Oliva et la place d'un objet disparu. Une bordure formée

d*arabesques de la Renaissance, entoure ce vitrail, que M. Le Héricher appelle avec justice, « une jolie page de peinture suave et de poésie mystique ^^K »

13® La grande vitre de Notre-Dame-de-Touchet est consacrée

(1) Avranchin monutnwital et hUtorique, t. II> p» 64i<

à rappeler la généalogie de la sainte Vierge, et l'explication dei ce texte du prophète Isaïe : « Un rejeton nattra de la tige de Jessé ; une fleur s'élèvera de sa racine (xt, i .) Egredielur virga de radice Jesse, et flos de radiée ejus ascendet. Cette prophétie est écrite au bas de la verrière. Le patriarche Jessé, qui semble plongé dans le sommeil, tient dans sa main le rouleau des promesses divines. Deux prophètes sont près de lui. Un arbre monte au-dessus de sa tête et projette à droite et à gauche trois zones de rameaux, sur lesquelles apparaissent les rois de Juda, les ancêtres de Marie. Au sommet de la branche supérieure se trouve la sainte Vierge, la fleur promise et attendue, avec le divin Enfant qu'elle tient dans ses bras. Ce vitrail, de la première moitié du xvî® siècle, a été mutilé, et on voit encore la place qu'occupaient le donateur et la donatrice.

14^ La modeste église de Martigny possède le vitrail le mieux conservé, et parmi nos peintures translucides, le plus remarquable.

Le sujet rappelle la présentation de Notre-Seigneur au temple à l'instant oii il est rencontré par la fille de Phanuel, la prophétesse Anne. Comme le vieillard Siméon, elle exalte le divin Enfant et annonce sa venue à tous ceux qui attendent la rédemption d'Israël.

Au centre du vitrail on aperçoit l'Enfant Jésus debout, soutenu par la sainte Vierge, et, tout près de lui, la fille de Phanuei tenant un livre. Un peu en arrière est saint Joseph qui s'appuie sur le dossier du siège où Marie est assise et semble écouter avec ravissement les paroles de la prophétesse.

Des deux côtés de ce groupe se tiennent des vieillards ou des docteurs qui écoutent aussi avec bonheur les prédictions qui concernent l'Enfant divin. Au-dessus et au-dessous de ce sujet religieux, il en est deux autres qui font de ce beau vitrail une œuvre personnelle, en mettant peut-être trop en scène la famille des donateurs. Au sommet de l'ogive, des anges tiennent trpis écussons qui sont : au centre, d'azur à la fasce d'argent surmontée d'un vol de même, qui est desGosselin; à

droite» parti des Gosselin et de trois mains senestres de goeules sur UD fond d'or ; à gauche^ parti d*or à trois mains de gueules et d* azur à trois trèfles d'or, deux en chef et un en pointe, comme les trois mains de gueules : ce sont les armes des personnes alliées aux Gosselin.

Au bas de la verrière apparaissent deux dames richement vêtues. Elles tiennent deux enfants qui jouent sur leurs genoux ; près d'elles deux autres enfants semblent offrir à Jésus des fleurs et des fruits. Des deux côtés de ces dames on voit un prêtre à genoux et les mains jointes, devant un prie-Dieu portant un livre ouvert, c'est le chanoine Gosselin ; en face, deux autres seigneurs Gosselin, le père et le fils, à genoux, les mains jointes, et priant aussi dans un livre ouvert.

Dans l'intérieur du vitrail on lit ces deux inscriptions : Soli Deo sit honor et gloria. — /4d gloriam Dei Virginisqm Mariœ hocperfectun est, 1550. D'autres inscriptions sur les poutres historiées du chœur nous apprennent que ce chanceau fut fait par Robert Gosselin, chanoine de Corbeil, le seigneur de Martigny et son fils Joachim.

Les débris de verrières qu'on trouve dans quelques autres églises sont trop incomplets pour mériter une description.

Statues. De curieuses statues existent encore en grand nombre dans nos églises, surtoutdes vierges, dont quelques-unes sont fort belles. Il en est d'autres qui sont monumentales comme SaiDt*Paterne ou Pair à Buais, Saint-Léonard à Vains, dans l'ancien prieuré, la Vierge en marbre de la chapelle épiscopale du XIII® ou XIV' siècle ; mais les plus curieuses ont été reléguées dans les tours ou dans les combles ; quelques-unes ont été inhumées. Au moyen âge, on les plaçait souvent des deux côtés de la maîtresse vitre, sur des consoles et le fonds était décoré de fresques et de dessins parfois riches et variés. On en retrouve çà et là des restes intéressants quand on refait l'enduit des absides.

Peintures des voûtes. Plusieurs sanctuaires de nos églises ont des voûtes en pierre, surtout dans F arrondissement d'Avranches;

qaelqaes^uns possèdent des plafonds cintrés, beancoop des voûtes en bois. Pour distinguer ces voûtes en berceau de celles de la nef, on les décorait de peintures représentant un ciel brodé d*arabesques, de fleurs de lis, d'hermines, d'étoiles, avec le soleil et la lune, de scènes pieuses, de symboles, d'invocations tirées des litanies, d'inscriptions et de dates de construction. C'est ainsi que Servon nous représente une belle peinture du paradis. « Les teintes et les airs de tête, dit M. Le Héricher, rappellent les suaves écoles catholiques du xv'et du xvf siècles. Les barbes pointues, les trônes renaissances, les cheveux nattés, les riches auréoles, les formes effilées, la quiétude des faces, annoncent cette transition du Moyen Age à la Renaissance, qui s'opérait au commencement du xvi® siècle ^*\ »

Carnet possède aussi une peinture non moins curieuse, qu'on croit contemporaine de Jordaens et de Rubens. Elle représente la Nativité de Notre-Seigneur, l'Adoration des Mages oii les trois parties du vieux monde semblent se donner rendez-vous. L'Asieest représentée sous la figure d*un roi à la couronne antique, l'Afrique sous celle d'un prince au teint noirâtre et vêtu à la manière des Ethiopiens, l'Europe sous celle d'un roi habillé comme au temps de l'empereur Auguste. On voit encore l'Assomption delà sainte Vierge, l'image delà Trinité avec deux anges, l'un tenant des couronnes, l'autre armé pour punir.

Argouges offre une foule de vues, de montagnes couronnées, de villes et de châteaux ; on dirait une perspective des principales stations visitées par les pèlerins de la Terre-Sainte.

A Chevreville on a peint l'emblème des quatre évangélistes : l'ange, l'aigle, le bœuf ailé et le lion, avec des phylactères rappelant les travaux de ces apôtres : Secundum Marcum; secundum Malthmum; secundum Lucam ; secxmdum Joannem.

A Nolre-Dame-de-Touchet, on lit des fragments de litanies de la sainte Vierge, dont les caractères, en grandes capitales rouges, se lisent facilement sur le fond sombre de la corniche.

(1) AwrancMn monumùntal a fMorlque, 1. 1, p. 40i.

Courttls possède des inseriptions «t des dates en caractères gothiques, surmontées d'un dessin sur bois, représentant le seigneur et la dame qui contribuèrent à la reconstruction de la voûte du <îhœur.

Vains offrait dans sa voûte absidale de vastes draperies formant une tenture toute mouchetée d* hermine.

* Villicrs possède aussi un chœur avec un ciel étoile et une chapelle dont la voûte, comme à Servon, est décorée d'un paradis qui respire la douceur et la suavité.

Ces voûtes sont généralement maintenues par des poutres ou tirants et la poutre faîtière est portée de distance en distance par des pôteauxou poinçons qui s' élèvent verticalement des tirants jusqu'au sommet de la voûte. Ces poutres sont souvent engoulées par des têtes de dragons qui sortent des sablières. On y voit aussi des inscriptions, (les dates, des feuillages, des écussons et des câbles noués. Les poinçons qui traversent le merrain ou la voûte, ressemblent souvent à de gracieuses colonnes prismatiques. Des fabriciens et des ouvriers sans goût ont, dans plusieurs endroits, fait disparaître ces poutres, et ont ainsi compromis la solidité de l'édifice.

Fresques, Depuis les ravages des protestants, en 1562, les fresques ou peintures sur murailles ont entièrement disparu. Nos sanctuaires en étaient parfois richement ornés, surtout les murs qui formaient le fond des absides. Aujourd'hui nous ne pouvons plus en signaler que d'après les titres anciens ou les procès-verbaux des églises. Nous savons qu'il en existait à Montmorel, à Saint-James, à laLucerneet à Genêts. En 1856, nous avons vu disparaître celles du Mont-Saint-Michel, qui, dessinées par M. Bouet, ont été décrites par M. Le Héricher et les bénédictins de Saint-Maur. Elles rappelaient des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament; le roi David, des prophètes et des images de saints. On n'a conservé que les reliefs en pierre calcaire, représentant les quatre évangélistes, Adam et Eve chassés dÉ paradis terrestre, et Notre-Seigneur descendant dans les limbes pour délivrer les âmes des justes.

Piscines. Nous ignorons qu'elles étaient les piscines de la cathédrale d'Avranches, à Texception d'une seule qui nous reste. C'est une sorte de chapiteau de l'époque romane, orné de têtes et de feuillages. Il reposait sur un support en forme de colonne isolée. L'intérieur présente une perforation pour l'écoulement des eaux.. Le Hoot-Saint-Michel en a de fort belles^ surtout celle du sanctuaire, appuyée sur un des piliers. Dans les chapelles on en voit aussi d'intéressantes, parfois surmontées de pinacles bien fouillés. Nos modestes églises de village ne possèdent que des ogives simples ou trilobées, dont la voussure pénètre la muraille et offre, vers le milieu de sa hauteur, une saillie en pierre pour déposer les burettes. A Tanis^ une de ces piscines possède deux belles fleurs de lis en relief des deux côtés de Touverture pour eaux. Dragey et Genêts en possèdent d'assez bien faites.

Colonnes. Les belles colonnes romanes du xi* siècle se voyaient à réglise cathédrale d'Avranches. Il n'en reste plus qu'une du XII® siècle, jadis isolée, avec un chapiteau orné de feuilles de palmier. Saint-James, dans sa tour détruite, en avait également du XI® siècle, qui rappelaient celles de son portail, pour Tornementation. Mais la nef du Uont-Saint-Hichel nous en offre encore plusieurs avec des chapiteaux ornés de feuilles de palmier^ de volutes^ de végétaux, de têtes humaines, quand elles ne sont pas simplement godronnées.

Le XII® siècle est plus riche. L'abbaye de Savigny en avait de beaux modèles représentant des entrelas végétaux d'une grande pureté. On en conserve trois à Thôtel-de-ville de Mortain. L'ancienne église de Buais en possédait du même style, dont on a les dessins. La vieille église de Saint-Hilaire-du-Harcouet en montre encore une ou deux qui sont ornées de volutes, de feuillages et de têtes humaines. A l'abbaye de la Lucerne on en voit encadrant les pilastres de la nef, qui ont des feuilles de palmier. Celles de Genêts offrent des feuilles de vigne, de chêne, des perles, et l'une d'elle un lapin sculpté en relief. Pontorson, Saint- Quentin, montrent des entrelas végétaux, des têtes grimaçantes ou des animaux indécis. L'Abbaye -Blanche et le Neufbourg» des

feuilles de palmier, des volutes et des crochets végétaux. Quelquesunes de ces colonnes ont des bases ornées de perles entre le tore et le listel, ou possèdent déjà desscoties profondes avec des feuilles ou appendices rattachant la base avec Tangle du piédestal.

Les colonnes du xiii® siècle sont principalement dans Téglise collégiale de Mortain. Celles de la grande nef présentent de superbes fûts monocylindriques dont les chapiteaux ornés de deux rangs de feuillages forment des crochets. Ils supportent les arches de la colonnade et un second ordre de colonnes, sur lesquelles viennent reposer les arceaux des voûtes. Dans le bascôté on ne voit qu'une suite de crochets fleuris sur une corbeille d'une grande élégance, avec un abaque ou tailloir carré. Ces colonnes forment des faisceaux, où les colonnettes de granit sont encadrées par d'autres colonnettes en pierre calcaire. C'est le seul exemple, dans le diocèse, de l'emploi de colonnettes en pierre de Caen avec les colonnettes en granit.

Saint-Quentin possède aussi deux belles colonnes dont une isolée. Les chapiteaux offrent une flore délicate, représentant des feuilles de vigne ou des fleurs de fantaisie.

Le XIV® siècle sculptait aussi des chapiteaux avec des crochets, comme dans l'abside du chœur de Genêts, ou des corbeilles unies, avec tailloirs arrondis; c'est ce qu'on remarque encore à Genêts, à Dragey, etc. Le xv® et le xvi® siècles ne présentent plus que des colonnes dont les chapiteaux n'offrent qu'une corbeille unie ou un chapiteau à facettes, le tout encadré entre deux listels. Nous citerons celles des chapelles de Louis de Bourbon, dans l'ancienne .cathédrale d'Avranches. Ces chapiteaux, avec leurs bases prismatiques existent encore en grand nombre dans la ville, et elles ont été imitées dans .plusieurs de nos églises rurales. UsuflSt de mentionner celles de Saint-Jean-dela-Haize, de Lolif, de Virey, etc. A Barenton, le chapiteau est réduit et n'a plus que quelques moulures ou une bordure d'arcatures et de perles.

Nous sommes du reste arrivé à Tépoque où les chapiteaux disparaissent complètement. Les nervures des piliers se pro-

longent sans interruption et ne font qu'un avec les arceaux ramifiés de la voûte. Telles sont les colonnettes du chœur du Mont-Saint-Michel qui se groupent autour des pilastres. La voûte de la tour de Marcey, l'arc triomphal de l'église de Champeaux sont élevés d'après ce principe ainsi qu'une foule d'autres ouvertures, comme le porche de Saint-Sénier-sous-Avranches, etc. Quand on faisait encore de véritables colonnes, leurs chapiteaux étaient unis> comme à Tarcade de Montgothier, à la chapelle de la Chaise, etc. Ailleurs, les arceaux retombent en encorbellement sur des corbeaux ornés de têtes d'anges aux mains jointes, de figures grimaçantes, de feuillages ou de simples moulures; il en est ainsi à B^renton, àCarolles, aux Biards, etc.

Cloîtres, A la cathédrale et dans les abbayes existait un cloître qui faisait partie de Téglise. Celui de Saint-André d'Avranches fut détruit dès la fin du xvi"^ siècle, en même temps que la salle synodale, dont il ne resta plus que les murs. A l'ombre de sa colannade on faisait des processions et on enterrait. Aussi prenait-il souvent le nom de cimetière. Nous n'avons aucune donnée sur les colonnes qui soutenaient les arcatures. Nous sommes réduit à garder' un pareil silence sur le cloître de Savigny qui passait pour être un des plus beaux dé la Normandie, et sur celui de Montmorel. Nous savons seulement que Savigny possédait une claire-voie formée par des colonnettes et des ogives surmontées de belles roses. A Montmorel, nous avons dessiné un des chapiteaux retrouvé dans la rivière du Beuvron. 11 ne présentait qu'une corbeille unie, avec un galbe élégant.

Le cloître de l'Abbaye-BIanche, le plus ancien que nous possédions, présente des chapiteaux cannelés, godronnés, ornés de feuilles de palmier, de vignes, de trèfles, d'entrelas végétaux et de crochets en volute. La volute est souvent formée par un simple trait.

Le cloître du Mont-Saint-Michel, un des plus curieux et des plus complets parmi ceux que possède la France, dit M. Violetle-Duc, n'a que des chapiteaux tournés, c'est-à-dire sans feuillages ni crochets autour de la corbeille. Les crochets existent cepeq-

dant dans les chapiteaux en granit, formant une arcature adossée à la muraille. Cette nudité des ehapiteaux dont le galbe est très élégant, fait mieux ressortir les belles roses sculptais en creux, les figures symboliques, les enroulements de la frise et les petites rosaces qui surmontent les arcades ogivales.

Le clottre de la Lucerne, détruit eo grande partie, possède encore une belle arcature romane et quelques chapiteaux ornés de feuillages. Il en est un, situé à l'angle sud-est, qui présente un double rang de feuillages palmés d'une très belle exécution.

L'abbaye de Sainte-Anne-de-Moutonsà Avranches possède un cloître resté incomplet, il n'a pas de colonnes, mais les lignes pures et saillantes, qui supportent les cintres de Tarcature, rappellent un peu les faisceaux de colonnes. Ce cloître, où les colonnes sont remplacées par des pilastres, est de la fin du xYii* siècle.

Fonis baptismaux. Les fonts baptismaux, en granit, n'offrent pas une grande richesse d'exécution. II en est même qui ne présentent qu'une cuve ronde, d'une simplicité primitive, comme à Montigny, à Vains , au Grippon , à Ardevon, à Boucey, aux Chambres, à la Croix, à Précey, à Saint-Sénier-sous- Avranches, à Mesnil-Rainfray. Quelques-uns ont une double piscine ronde ou polygonale, comme à Yirey, aux Loges-sur-Brécey, à Buais, à Montgothier, à Saint-Senier-de-Beuvron, à Saint-Quentin, et à Saint-Loup qui offre des moulures et de gracieuses torsades. La cuve est quelquefois ou carrée comme à St-Jean-de-la-Haize, àChampcey, à Saint-Martin-des-Champs, à Saint-Pierre-Langers, ou rectangulaire comme à Saint-Jean-le-Thomas, à Poilley et à Cbampeaux où elle repose sur des chapiteaux. Ailleurs ces fonts offrent une forme polygonale ou prismatique assez élégante, il en est ainsi àSaint-BricC) auNeufbourg, àDragey, àVernix, à laBoulouze, àSt-Oven, àChalaodrey, etc. Un petit nombre de ces cuves ressemblent à un vase pédicule ou sorte decalice, commeà Sainte-Pience, àChérencey-le-Ronssel, aux Cresnays, à Brécey, à Marcey, au Pontaubaultet au Grand-Celland. Après ces formes variées nous citerons plusieurs cuves historiées, dont les dessins, sur un

granit fort dur, dénotent de l'art et da goût. An Teilleul, la: cuve, de forme prismatique, à 'base amoindrie, est ornée de tores et de perles; celle de Carolles, reposant sur cinq colonnettes cha~ pitéees, présente des faces ornées de cercles gravés en creux ; celle de Crollon offre une croix et une coquille; Ronthon possède une base ornée d*ogives; le Mont-Saint-Michel des trilobés sur sa coupe; Vessey a aussi des trilobés et des roses ou qnadrilobes; Genêts, des ogives trilobées et des têtes humaines; Servon une piscine élégante sur un fût qui rappelle une colonne romane ; la cuve de Subligny présente une couronne de dents de scie et une arcature cintrée ; les anciens fonts de Sartilly offraient une coupe brodée d'arcs en ogive et supportée par quatre colonnes d'ordre ionique ; Barentou, une cuve prismatique resserrée audessous de la coupe, et ornée de dessins géométriques en saillie; Ponts, une belle arcature ogivale, soutenue par des colonnettes en relief, avec bases et chapiteaux du xiii® siècle; Tanis,«une cuve octogonale, ornée de têtes humaines, de dessins au trait, et reposant sur un fût roman, entouré de quatre colonnettes chapitées; à Angey, la piscine, assise sur un socle uni et amoindri, est ornée d'une torsade et d'ogives trilobées, entre lesquelles apparaissent des fleurs de lis, des roses, des croix, des quadrilobes et des têtes humaines.

Bénitiers. Parmi les bénitiers il en est aussi quelques-uns fort élégants, nous citerons celui de Sacey, orné d'inscriptions et de blasons ; celui de Dragey, brodé de croix et de fleurs de lis; celui de Genêts, du xn® siècle, en forme d'une belle coupe, enrichie de moulures; celui deMarcilly, non moins beau; celui de Saint-Senier-sous-Avranches, sculpté d'un calice et d'une fleur de lis; celui du IKont-Saint-Michel, en forme d'une large coquille de granit; celui de Sainte-Anne-de-Buais, où l'on a sculpté, d'un côté sainl Pair, mitre et crosse et la main levée pour bénir, et, sur une autre face, une femme échevelée supportant une croix ou un calvaire; celui de Saint-Patrice du Teilleul, aujo\ird'hui dans la chapelle des Louvellières, rappelle^une gracieuse colonne gothique; celui deBarenton, orné d'une arcature

cintrée, repose sur une colonoe en forme de fût roman ; celui du Neufbourg, dont la cuvette festonnée offre un fût prismatique, est enrichi de perles, etc.

Boiseries. — Les protestants ont détruit les belles boiseries du chœur et des chapelles delà cathédrale et de Savigny ; refaites au xYi'^ siècle, elles disparurent de nouveau pendant la tourmente révolutionnaire. On regrette surtout, dans l'abbaye de Savigny et dans la chapelle Notre-Dame « cette rare closture en bois oii » est Tarbre de Jessé avec les rois descendant jusqu'à la Vierge, » le tout à pièces rapportées, percées à jour, n'y ayant rien que le » bon vieillard Jessé couché de son long, de Testomach duquel » sort la tige de l'arbre qui en la diversité de ses branches porte » les roys comme autant de fruits et Notre-Dame au faiste de ^ tous. ^*^ »

Malgré des pertes nombreuses nous citerons : 1^ dans l'église paroissiale de la Luceme, la chaire abbatiale de l'ancien monastère, ornée, sur les côtés, de deux crosses fleuries avec un entablement et un accoudoir supporté par des têtes d'aigles. 2^ A Juilley, une chaire curiale, à bras, dont le siège sert de coffre fermant à clef, et qui porte au sommet du dossier, en fin relief, les armes de Robert Cénalis, qui sont de gueules à la croix d'or chargée d'un lis à trois branches dont les fleurs d'argent sont cantonnées de quatre lettres hébraïques ; en pal est une crosse brillante et fleurie, surmontant Técusson. 3^ Les stalles de l'église collégiale de Mortain ont perdu leurs dossiers élevés et les dais qui en formaient le couronnement, mais les sièges sont restés et on remarque avec plaisir les sculptures délicates des miséricordes qui toutes sont différentes et parfois fantastiques et bizarres : ce sont des têtes d'anges, d'hommes, d'animaux ou des végétaux. 4® L'Abbaye-Blanche a conservé les dossiers de ses stalles. Les miséricordes sont sans sculptures, les bras sont sapr portés par des colonnettes et les dossiers; qui n'ont plus leurs

(l)Guerin> Aeta Sanctœ EccleHœ Abrine., p. 180. M. de Gaumont, dans iOD Àhécidaire de l'AreMiicture réUgieuse, a reproduit ce dessin.

dais, représentent une suite d'ogives doueinées, surmontées de panaches restés incomplets, et séparées les unes des autres par des contreforts. L'intérieur de l'ogive est rempli par des dessins figurant des draperies élégantes. Entre les panaches et les contreforts existent des rangs de fenêtres aux compartiments mulliplies ; ils sont brodés, dans toute leur étendue, d'ogives trilobées et de cœurs enflammés, d'une très riche exécution. 5^ L'humble église de Chavoy possède les boiseries les plus délicates et les plus curieuses de Tancien diocèse, parmi celles qui ont survécu aux ravages de tous genres. Nous citerons d'abord la chaire, comprenant quatre panneaux et un dossier* Chaque panneau, séparé par des contreforts fleuris, comprend une riche ogive dominée et surmontée d'un panache qui s'épanouit en trois belles fleurs comme celles des rampes de l'ogtve. L'intérieur de la fenêtre se divise en deux autres fenêtres plus petites subdivisées elles-mêmes en deux ogives trilobées et surmontées, dans le tympan des plus grandes, de nervures ondulées. Le tympan de la grande fenêtre doucinée, au-dessus des deux fenêtres secondaires, est rempli par une rosace. Une de ces rosaces, qu'on a reproduite dans les fenêtres de Notre-Dame-des«Champs à Avranches^ représente six cœurs ondulés et inclinés qui semblent tourner sur un pivotcentral. On dirait un soleil d'un feu d'artifice lançant, dans sa rotation précipitée, des fusées, des gerbes de lumière et des flammes. Des deux côtés du panache^ pour remplir le panneau, sont encore d'élégantes fenêtres subdivisées par un meneau central et renfermant de petites rosaces dans leur tympan. Le dossier de la chaire est plus simple que les panneaux; on retrouve les mêmes fenêtres des deux côtés du panache, mais la grande fenêtre n'a ni subdivision ni rosace. Son arcade en doucine est simplement festonnée de trilobés et, dans le nu du panneau^ on lit ces mots en caractères gothiques :

tan mil: cccc: Ufbiii: 3. Xlid : p : m« % pki)on tmé Tut

La table de communion et la boiserje de l'autel rappellent un

de nos beaux jubés do moyeu âge, dans nos petites églises rurales. SousTépiscopat de Mgr César Le Blanc, de 1720 à 4746, Cous nos jubés disparurent. Celui de Chayoy, trop intéressant pour être détruit, fut utilisé. A cette époque on changeait partout le système d'ornementation des autels. Les belles verrières furent brisées^ les fenêtres du chetet supprimées, et à la place des retables en pierre on élevait des retables à colonnes avec frontons en bois qui remplissaient la partie orientale du* sanctuaire. Les fabriciens de Chavoy suivirent les innovations de leur temps, mais guidés par leur bon goût et une idée d'économie, ils conservèrent leur jubé en le coupant toutefois en deux parties inégales. La partie inférieure resta à sa place et forma la balustrade du chœur ; la partie supérieure devint le retable de Tautel. Les panneaux de la balustrade rappellent ceux que nous avons déjà décrits, tout en offriant une très grande variété dans les rosaces. Le sommet du jubé, devenu le retable, présente des ogives doucinées et festonnées comme 1q dossier de lachaire, avec un dais élégant, dont le ciel d'azur est semé d'étoiles. Quant aux ogives, elles encadrent des peintures représentant les images des saints les plus vénérés dans la paroisse. Toutefois, en divisant le jubé endenx^ la partie inférieure du nouveau retable n'avait plus d'encadrement, il était resté dans la balustrade, et les ogives ornées de peintures étaient trop courtes pour remplir Tespace qui restait au-dessus de Tautel. Pour obvier à cet inconvénient on y ajouta des ciselures capricieuses et les frivoles arabesques du style Louis XV.

Mais si par la pensée on rétablit la fenêtre orientale avec sa brillante verrière, les consoles qui supportaient les statues au fond de l'abside, l'autel eh pierre, ses courtines, son retable, l'ange qui tenait suspendu le pavillon du tabernacle, les stalles du chœur, son aigle ou lutrin, le jubé riche en peinture et fine-* ment sculpté, la chaire avec ses fenêtres flamboyantes et son dais fleuri, les pierres tombales bosselées de calices, d'armes, de croix et d'inscriptions, les portes romanes, les fenêtres étroites et le campanile à deux tinterelles, qui précéda la tour

sans caractère qai le remplace, noas aurons un des cbarmants sanctuaires de campagne au temps de Jean Boucard et du prince Louis de Bourbon, évéques d'Àyranches.

Après ces sculptures du moyen âge nous citerons encore quelques tableaux sur bois en forme de bas-reliefs. Le premier est celui de la chapelle Saint-Hichel de Mortain^ représentant la Cène. Il est doré et polychrome. Saint Jean appuie sa télé sur la poitrine du Sauveur, pendant qu'on s'occupe du repas. Le second est un grand tableau d'autel, ou l'Adoration des Mages, qui se trouvait jadis dans Tanciénne église Saint-Laureot-de-Terregatte. Dans uue masure festonnée de lierre est né le Messie attendu. Des anges annoncent sa venue et une étoile dirige ses rayons sur Tétable de Bethléem. Trois rois sont en présence de TËnfant Jésus qui, sur les genoux de sa mère, lève la main pour les bénir. Un prince européen, déjà âgé, portant une cuirasse recouverte d'un manteau de fourrures, sur lequel apparaît un cordon de chevalier, est à genoux. Il a déposé sou glaive, sa couronne rayonnante, et il porte la main vers une riche cassette à fermoirs, pour offrir de l'or au roi des cieux. A sa gauche, et debout, est un prince de l'Afrique à la figure noire et portant une couronne antique. Il est recouvert d'un manteau de pelleteries et dans ses mains est un vase ciselé, en forme de ciboire, renfermant la myrrhe qu'il doit présenter. Au centre du tableau est un roi asiatique dont la couronne, toujours à rayons, est surmontée d'un riche plumage. 11 est vêtu d'une robe orientale avec ceinture et tient un autre vase richement travaillé. L'encens qu'il renferme brûle, un nuage s'en échappe et embaume l'appartement. Saint Joseph se tient, dans le ravissement, près de la sainte Vierge. A genoux, près de l'Enfant divin, est le grand-prétre des Juifs qui a suivi les rois et adore, avec eux, le Messie. Il porte une mitre à deux pointes et une brillante tunique ornée de clochettes et de grelots. Chaque prince a ^son suivant couvert d'une toque avec plumet. Au milieu de ces ministres, apparaît une tête un peu dénudée, qui vient curieusement contempler la scène, c'est

l'artiste ou le donateur, bonne figure barbue, dont nous ignorons le nom ^^K

Vases sacrés, reliqiiaires et joyaux. Nous ne possédons pas le catalogue des beaux calices de la cathédrale d'Avrancbes au XIII® siècle; auxiv^nous savons que l'évéque Robert Porteen donna un en or massif; en 1623, on en cite plusieurs en vermeil, ornés d'émaux, de figures, de rayons, de fleurs de lis et de dauphins. Le comte Robert en offrit un à la collégiale de Mortain, en 1082, qui, d'après Cénalis, était fort remarquable. Attribué de son temps à saint Guillaume, on y lisait les vers suivants :

Dum bibitur sanguis, yivificatnr homo; Hinc périt omnis homo, vivificatar homo.

L'abbaye de Savigny, en 1 562, avait quatorze calices, dont quatre en or, qui furent enlevés par les protestants. Mais le Mont-Saint-Micbel possédait les plus riches et même les plus anciens. Celui de Guillaume de Lamps, du commencement du XVI® siècle, entièrement en or, était couvert de pierreries, d'émaux et de dessins. Celui de Tabbé Suppon, du xi® siècle, était une véritable merveille. Fabriqué en or très pur, par l'orfèvre Lambert, il pesait, avec la patène, plus de dix kilos; le poids de la patène était de neuf marcs et quatre onces et celui du calice de trente-deux marcs et demi ; les burettes, habilement ciselées, pesaient quatre marcs et trois onces. Ainsi ce calice, la patène et les burettes représentaient le poids de quarante mille francs en or monnayé. Une pareille coupe ne pouvait facilement se remuer; mais déposée sur l'autel, elle y restait jusqu'à la fin du sacrifice, et le prêtre buvait le précieux sang à l'aide d'un chalumeau, sur lequel on lisait :

Hic Domini sanguis sit nobis vita perennis.

Le prix de ce calice était encore rehaussé par des dessins, des

(1) La tradition croit que cette tête représente M. de Gaalon, seigneur de Dorière^ en Saint-Laurent.

médaillons et une longue inscription. La patène partait Tagneau de Dieu sur le livre des sept sceaux, entouré des vingt-^quatre vieillards de l'Apocalypse. La coupe présentait en rel^ les quatre évangélistes et l'image de Tabbé Suppon qui, à genoux, faisait hommage à T archange saint Michel de son riche présent. Au bas de ce médaillon ces vers étaient gravés sur l'or :

Vox evangelici Ihs bino flamine v«rbi^ Irrigat in quadram sacro potamioe mundam.

Prioceps cœligenum, Supponis hoc accipe votum; Gondere Lambertom calicem jubôt arte peritum . Gœtibas angelicis statuit qaem Sappo fidelis. Hinc makdietiu lR»iofai8qoi8 Bobstnxaiû

Parmi nos reliquaires, le plus précieux était celui que Louis XI, en 1473, donna à la cathédrale d'Avranches. Entièrement en or, il représentait le buste de saint André, patron du diocèse, et renfermait une partie des reliques du saint Apôtre. L'inscription suivante était sur le pied ou base du buste :

GHRISTIAffISSIMUS FRANGORUM REX LUDOVIGUS HUJUS NOMINIS UNDEGIMUS DEDIT HOG REUQUIARE EGGLESIiE ABRINGENSIi ANNO DOMINI MILLESIMO QUADRIN6ENTESIM0 SEPTUA6ESIM0 TERTIO.

La cathédrale d'Avranches possédait encore huit autres châsses en argent doré, dont la plus belle dominait le grand autel de la basilique. Elles furent enlevées par les protestants avec tous les autres joyaux, et le grand reliquaire d'argent de Saint-Saturnin, donné par Louis XL Après le pillage, la cathédrale refit peu à peu son trésor, et l'inventaire de 1623 cite un nouveau buste de saint André, une image ou statue du même apôtre, une image de la sainte Vierge, portée sur quatre lions, deux bras renfermant des reliques de saint André et de saint Ek)i, un buste de saint Gaud, des croix avec filigranes et pierres précieuses, et d'autres petits reliquaires en forme de ciboire, de couronne et de custode, le tout d'argent doré.

En 4562 ^ 4594, les protestants enleyèrent encore des diftsses précieuses aux abbayes de Savigoy, de la Lucerne et de h coliégiale de Mortain .

Le Mont^Saint-Michel, un des sanctuaires les plus célèbres de la chrétieaté, en possédait un nombre plus considérable^ dont les protestants ne purent s'emparer. On en comptait quarante en argent doré, parfois d'une beauté remarquable. Il y en avait en forme d'églises gothiques, de dômes, de bustes, de statuettes, de saints tenant leurs reliques, de coffrets, de ciboires, de boîtes, de candélabres, de croix, de cœurs, de livres d'autels, de pupitres, etc. Le plus beau de ces reliquaires était celui d^ saint Aubert, représentant^Ia basilique du Mont, achevée dans le style du chœur. Plusieurs étaient ornés de pierreries, de filigranes, de cristaux. Quelques-uns étaient aussi très anciens, comme le dôme d'argent doré offert, en 744, par le roi Childebert III; Tépée et le bouclier apportés d'Irlande, vers 720; d'autres, venaient de Rome> de Constantinople, de Sicile, ou avaient été donnés par Bernard le Vénérable, Robert du Mont, Raoul de Villedieu, Pierre Le Roy, Charles de Blois, Henri de Penthièvre, Charles YI. Un certain nombre furent fabriqués chez les principaux artistes de Paris, par les ordres des prieurs Oudin Bouette/ Nicolas deGuernon, Ràdulphe Prient, et portaient aussi de curieuses inscriptionis^ Toutes ces richesses furent enlevées le 46 octobre 4790, et le 42 octobre 4794, pour être portées à l'hôtel de la Monnaie de Rouen.

Nous pouvons encore citer des joyaux en or, en argent et en ivoire. La cathédrale d'Àvranches possédait le bel évangéliaire de&uillaume d'Osteilley, dont la couverture, en argent doré, était illustrée d'images en relief, de médaillons, de pierres précieuses, de gatnes à reliques et d'inscriptions, que recouvrait une enveloppe richement brodée. Elle avait encore des coffrets en ivoire, et en particulier celui qui renfermait le corps de sainte Pience. Le chapitre le portait tous les ans dans la procession solennelle de la ville d'Avranches au Mont-Saint-Michel. Au xm^' siècle, ce coffret est cité comme ancien, et 11 est probable

que c^était un ouvrage byzantin. On conservait aussi, dans le trésor, des paix en émaux translucides, des croix avec filigranes d'argent et des inscriptions romanes. Le bâton du grand-chantre, en argent doré, avait, au-dessous de la pommette, richement sculptée, six blasons en relief: « 1"* Un semé de fleurs de lis d'argent en champ de gueules, pour support une crosse ou un bâton, l'extrémité ayant disparu; 2^ Un sautoir «d'or cantonné de quatre fleurs de lis en champ d'azur émaillé, pour support une crosse; 3^ Un saint André en croix; 4^ Un champ de sinople à trois têtes de bouc arrachées d'argent, pour support une crosse ou bâton ; 5^ Un écu parti d'or et de gueules, sur l'or un aigle éployé de sable, sur gueule une fleur de lis d'or et la moitié d'une autre, une épée sur le tout, en pal et pour support un bâton ou une crosse ; 6® Un saint Pierre en croix, la tête en bas, avec ces mots : Sancte^Peire ^^^ ». Parmi ces armes on reconnaît celles du confesseur de Louis XI, Jean Boucard, de Saint-Lo, avec ses trois têtes de bouc, celles du chapitre avec son sautoir d'or sur azur, le saint André en croix, et son glorieux frère, saint Pierre, la tête en bas. Les deux autres sont probablement celles du doyen et du chantre.

La crosse de Robert Génalis était plus remarquable. « Dans » la volute on voyait un écu émaillé à deux fasces, d'un côté » trois licornes d'or rampantes en champ d'azur avec une crosse » au-dessus, qui sont les armes deCirier ; de l'autre côté sont les » armes de M. Génalis, évesque.Ce dernier écu est replacé et » serait moins ancien, mais il a été déplacé pour mettre celuy » deCirier qui n'est évesque que depuis Génalis, Dans la pom- )> mette sont six niches avec leurs statuettes, savoir : la sainte » Vierge, l'ange Gabriel avec ces mots : Ave gratia phna, saint » Nicolas, sainte Madeleine, sainte Barbe, saint Christophe, le » tout en vermeil et ciselé ^^K »

L'abbaye de Montmorel avait une charmante Vierge en argent de treize pouces de haut.

(1) ActaSanetœ EceUiiœ AMncemis, pM^ (S) /Mm, p. 486.

Le Mont-Saint-Michel possédait une statuette de saint Michel, en or massif, donnée par Louis XI, en 1461. Ce monastère possédait aussi des mitres précieuses qui ne le cédaient guère à celles de la cathédrale ; elles étaient surtout riches en pierreries. La plus ancienne, du xiii® siècle, et qui passait pour une des plus riches du royaume, était celle de Richard Toustain^ qu'on attribuait vulgairement à saint Aubert. La belle crosse abbatiale était aussi célèbre. D'après Tinventairedu 16 janvier 1790, rédigé par les orfèvres d'Avranches Barbé et Littré, « elle était » en argent doré, ornée de dix-huit pierres précieuses de différentes » couleurs, de cinquante-quatre perles blanches et pesait trente- » un marcs deux onces. La pommette était ornée de niches et » de plusieurs petits saints, ou images émaillées ^^K »

Savigny avait aussi une belle crosse qui fut enlevée par les protestants, en 1794; et Hortain un bâton de grand-chantre dont le dessin existe dans la collection de Gagnières.

Les simples paroisses n'avaient guère de reliquaires remarquables, mais ils possédaient toutes des vases sacrés intéressants, des croix, des paix, des custodes ou ciboires émaillés qui ne manquaient pas de mérite.

Que sont devenues ces richesses du passé? Toutes^ sauf de rares exceptions, ont disparu. Plusieurs cependant auraient dû trouver grâce, comme chefs-d'œuvre d'orfèvrerie, et comme monuments historiques. Aussi regrettera-t-on toujours le calice de Suppon, les châsses de saint Aubert, de saint André, de sainte Pience, des saints Innocents, du grand autel de la cathédrale et la crosse de Cénalis, etc. Mais quelle faveur ces pieux objets pouvaient-ils obtenir devant les iconoclastes de la réforme et les vandales de 1791 ? Les premiers firent fondre les œuvres de l'art antique dans les fourneaux que Montgommery avait établis sur Tombeliiine^*^ et les seconds les envoyèrent à Rouen pour être convertis en argent monnayé.

(i) Registres municipaux de la mairie d'Avranches. (2) Montgommery s'était emparé da fort de Tombelaine pendant lès guerres de religion^ afin de pénétrer plus fiidlement dans le Mont -Saint»Michel> don

— aw —

Quelques objets cependaDt ont été soustraits à la rapacité des ravisseurs, eu 4562 et en 1791. En coœparaat les procès-verbaux des enlèvements qui furent faits à ces époques, avec les inventaires des trésors qui existaient auparavant, on voit que tout pe fut ni enlevé ni cédé, et en particulier de ce qui formait le trésor de la cathédrale d'Avranches. L'inventaire de 1633 indique encore dix-huit châsses et reliquaires en argent doré, plusieurs avec pierreries et d'une date ancienne. Depuis cette époque, le chapitre acquit de nouveaux reliquaires, comme le buste de saint Gaud, en argent doré, et une petite châsse de même métal, pour une relique de saint Ortaire, dont l'office parut, pour la première fois^ dans le Missel d'Avranches, dès la fin du xri* siècle. La loi spoliatrice du 10 septembre 1791 n'ayant été appliquée que le 12 octobre au Mont-Saint-Michel, et le 8 novembre à la cathédrale, on eut le temps de mettre de côté quelques objets précieux et peu connus. En effet, le procès-verbal de Tenlèvement passe sous silence un certain nombre de joyaux que les administrateurs semblent avoir ignorés. Aussi ne mentionnent-ils pas la belle crossse de Cénalis et le bâton du grand-chantre^ qiii existaient cependant au siècle dernier ^^\ la statue d'argent de saint André qui avait remplacé celle de Louis XI ^*\ celle de la sainte Vierge, le coffret d'ivoire et cinq ou six autres reliquaires. Il en fut de même au xvi'' siècle, comme l'indique la reddition au trésor de plusieurs objets appartenant aux xn* et xiu'' siècles. Des calices, des émaux et plusieurs coffrets furent ainsi sauvés à Avranches, à Savigny, à Hortain et au Mont- Saint-Michel. Plusieurs sont conservés dans ces églises,, d'autres ont été vendus par leurs propriétaires ou exportés à l'étranger.

Après la chute de la basilique d'Avranches, X. J.-B. Lebas,

il ne pat cependant s'emparer. C'est dans cette place de Tombelaine qu'il faisait fondre nos calices et nos reliquaires d'or et d'argent. En 1815, un pécheur de Genêts, le fils Richard, devenu plus tard douanier, y trouva un lingot d'or qu'il vendit cinq cents francs, le quart de sa valeur, chez l'orfèvre Littré, à Avranches.

(1) ÀctaSan^tœ Ecckiiœ AMneentUp p. U$ et 490/

1%) Hitrarchia^ N$u$tr%0. laventake de» loUques, jp* 19.

curé de la Haye-Pesnel, en <802, acheta, comme souvenir de la cathédrale, un calice, et un autel en marbre des Ardennes, d'un rouge foncée et qui remontait au siècle de Louis XIV. Cet autel n'ayant pu être utilisé dans le sanctuaire fort étroit de la Haye, les morceaux en furent placés, en forme de crédences» des deux côtés du sanctuaire. M. Hérambourg, d'Argouges, professeur au grand-séminaire de Contances, ayant aperçu cet autel le demanda au doyen^ qui le donna pour une somme modique. Placé dans la chapelle de la Sainte-Vierge du grand-séminaire, il en sortit, en 1853, pour aller dans celle du lycée, où il se trouve actuellement.

Le calice resta plus longtemps à la Haye-Pesnel, et ne fut cédé qu'en 1875, pour quinze cents francs. C'est un de ces vases précieux qui, en 1623, étaient encore en grand nombre dans la cathédrale d'Avranches, comme le témoigne un acte authentique conservé dans le manuscrit de Charles Guérin. Cet acte nous signale un calice pesant dix marcs ou deux kilos et demi ; le pied avait un crucifix émaillé et le dehors de la coupe était parsemé « de fleurs de lys eslevées en bosse, entre des ondes en forme de raïons. »

Le calice qui nous reste pèse trois marcs trois onces trois gros, ou huit cent cinquante grammes, et appartient au xv* siècle, c'est-à-dire à la belle époque de la Renaissance. Il ressemble beaucoup à celui de Saint-Pierre-le-Rond, à Sens, que M, de Caumont a publié, mais il est plus riche. La patène, travaillée au marteau, comme le calice, offre une piela jadis émailléeet entourée de rayons. La coupe et le pied présentent les mêmes ondes. Le pied, qui est festonné et couronné d'une arcature, possède, en outre, un médaillon où Ton voit, sous un émail translucide, le Christ en croix, pleuré par sa Mère et saint Jean.

La tige offre un nœud imbriqué d'où se détachent dix médaillons représentant les Apôtres. Les têtes, finement ciselées^ conservent encore quelques fragments d'émail. Au-dessous comme au-dessus de ce nœud sont des fleurs de lis en relief des amours soutenant des guirlandes, des torsades et de fines I. V. i6

Arabesques qui existent aussi à la base du pied. La coupe est festonnée en sortant de la tige et une bande unie la couronne, au-dessus des rayons.

Les calices des petites églises étaient plus simples. Celui de Ferrières, en cuivre, moins la coupe qui a disparu, présente un pied festonné, comme la calice de la cathédrale, et à six pans. Un de ces pans, correspondant aux faces de la tige, portait jadis un crucifiement en argent ou en émail. On voit encore la place des trois pointes qui le retenaient. La tige, d'une forme hexagonale, est dorée. Du nœud se détachent six médaillons saillants, avec émaux, représentant des têtes, probablement d'apôtres, de couleur blanche, sur un fond noir très brillant. Les rayons, alternativement droits ou ondes, qui entouraient le calice proprement dit, adhèrent à la tige dans laquelle pénétraient le pied et la coupe retenus Tun et l'autre par une simple pointe rivée. Ce calice était modeste, mais de bon goût. Dans Tintérieur du pied , on lit : ce

GHALICS APPERTIEN A LA FABRIQUE.

L'église de Saint-Gervais possède un ancien ciboire du xii* ou XIII® siècle, qui est en cuivre doré et émaillé. On Ta attribué au Mont-Saint-Michel, sans songer au trésor de la cathédrale qui possédait plus de vases sacrés que le monastère de l'Archange. Ce ciboire, ne pouvant être envoyé à la Monnaie de Rouen, resta dans la sacristie delà cathédrale, avec une foule de reliques. De là il passa à Saint-Gervais qui, au mois d'avril 1 794, remplaça la basilique écroulée. Ce ciboire est un des plus beaux, parmi les anciens, que nous connaissions. Il rappelle un peu nos ciboires modernes, mais sa forme est plus élégante et plus élancée. Le pied est orné de quatre cercles d'or renfermantdes anges aux ailes éployées, sur un fond d'azur ou de gueule. Entre ces cercles apparaissent des boutons de roses rouges aux feuillages verts, sur un fond bleu. La tige est renflée au milieu. La coupe, d'une forme sphérique, présente à la partie inférieure trois anges et des fleurs, comme ceux du pied. Le couvercle, surmonté d'une petite tige avec globe portant une croix, offre des dessins plus variées. On ne voit qu'un ange, et dans les autres

iitédailloi» la faee do Christ et un pélican nourrissant ses petits de son sang. L'intérieur de cette conpe est divisé en deux compartiments inégaux et rappelle parfaitement cette autre pyxide de 1 298, conservée dans le trésor de la cathédrale : Cupa argmtea cum parva argentea inUrius.

Nous mentionnerons encore des ciboires plus simples, mais également rares et curieux, ce sont: 4* Celui de Chavoy qui, comme tous ceux que nous allons décrire, présente la forme d'une botte ronde surmontée du toit conique, terminé par une croix ; de cette croix descend une petite chaîne avec une aiguille qui ferme la botte. Le ciboire de Chavoy offre sur sa coupe quatre écussons et trois sur le couvercle. Leurs encadrements étaient ornés de pierreries qui n'existent plus.

2® Celui de Beauvoir, qui nous appartient, est le plus complet que nous connaissions : la croix, la chaînette, Taiguille, les charnières, tout estresté dans un étatparfait de conservation. La coupe présente quatre médaillons formés par un double cercle d'oret d'émailblanc.Dans l'intérieur, des feuillages d'or, disposés en losanges, encadrent une croix également d'or, sur un émail vert. Ces médaillons, les mêmes sur le couvercle, se trouvent au nombre de sept ; ils sont séparés par des espèces de lis d'or épanouis, sur un fond d'émail bleu.

3"* Le ciboire des Loges-Marchis, un peu plus profond que le précédent, rappelle celui qui a été publié par H. de Caumont dans son Abécédaire d'Archéologie. Sur un fond d'azur apparaissent sur la coupe, comme sur le couvercle, des rosaces à huit lobes d'un bleu clair, entourées d'un cercle d'or dont les vides sont occupés par un émail vert. Ces rosaces alternent avec de grandes roses dorées, épanouies et renfermées dans un cercle oii se trouvent trois émaux : le blanc, le rouge et le bleu-clair. Entre ces cercles renfermant des roses et des pâquerettes, on voit des espèces de boucliers la pointe en bas, sur lesquels on a représenté des fleurs de lis très élancées ou d'autres dessins, avec des émaux de différentes couleurs. Des enroulements végétaux accompagnent la partie inférieure de ces boucliers.

L'iatérieur^ à dèiible fmé, n'offrait qu'une légère cavité semi^ sphérique pour y déposer la sainte réserve.

4^ Le ciboire des Pas, nn peu mieux doré que les précédents, offre; dans ses cercles on médaillons, des bustes d'anges dorés, aux ailes éployées, sur un fond d'azur. Entre les médaillons se trouvent des trilobés, des cercles plus petits, renfermant des fleurs blanches, noires et rouges. Le couvercle n'a pas de médaillons, mais des enroulements végétaux portant les fleurs tricolores que nous venons d'indiquer. Le fond de la coupe semi-spbérique rappelle celle des Loges- Mar^his.

B$liq%ttire$. Le plus beau, venant de la cathédrale, est une jolie croix à double branche, supportée jadis sur un pied, et renfermant des reliques qui sont indiquées dans le catalogue du trésor d'Avranches, par R. Cénalis. La croix, en bois, est recouverte de lames d'argent. La face principale est dorée et ornée de huit cristaux saillants sous lesquels reposent les reliques. Des enroulements végétaux d'une grande richesse occupent les parties laissées par les gaines, et une torsade encadre la croix. Les côtés offrent de nouveaux enroalements végétaux en relief et encadrant, dans leurs contoars, des fleurs de lis épanouis. Le revers de la croix présente des médaillons ornés et des rosaces à huit lobes. Sur les roses et les médaillons ont été fixés, avec des clous d'argent, de petits cercles légèrement ellipsoïdes sur lesquels on a écrit en caractères émaillés, du commencement du lin* siècle, le nom des reliques. Au centre, sont celles du bienheureux Thomas, archevêque de Gantorbéry, auxquelles on a joint quelques fragments des tombeaux de Notre Seigneur, de la sainte Vierge et des morceaux de quartz qui furent employés pour lapider saint Etienne.

De l'abbaye du Mont*Saint-Michel mfts sont venus deux reliquaires en cuivre doré. Le plus ancien, duxin*ouxiv* siècle, est un dômeoetogooe qui s'appuie sur des lions en repos. Sur les faces on voit des vierges tenant d'une main la palme du martyre et de Tautre nn livre fermé : C'est sainte Suzanne et une des

onze mille vierges. Ce reliquaire est indiqué daus le cataloguée de dom Huynes.

Le second est le reliquaire de Saint-Laurent, du xv* siècle. C'est une sorte de tour à quatre faces surmontée d'un toit aigu. Deux de ces faces sont percées d'ouvertures ogivales et fermées par une corne transparente ; les deux autres sont des surfaces pleines, ornées d'images en cuivre représentant saint Laurent, une palme dans la main droite et un gril dans la main gauche. Dans l'intérieur de la tour, on aperçoit des charbons sur lesquels le martyr reposa. Ce reliquaire a été mentionné dans le catalogue de dom Huynes.

L'abbaye de Savigny avait conservé deux reliquaires en boisi en forme d'édicule, recouverts de plaques de cuivre émaiUées. Sur le fond bleu se détachaient, d'un côté, des roses de différentes couleurs et des losanges d'or; sur la face antérieure, des bustes d'anges, renfermés dans des cercles, occupaient le toit aigu, au-dessous trois personnages tenaient un livre de la main gauche et bénissaient delà main droite, le tout entouré d'un semis de roses. Sur les côtés latéraux de la botte étaient deux personnages nimbés et tenant aussi un livre.

Ces émaux rappelaient le faire des ciboires de la cathédrale et de la paroisse des Pas ; malheureusement ils ont été vendus et ne se trouvent plus dans le pays.

L'église de Mortain en possède un de l'ancienne collégiale, qui remonte au xi* siècle. Sa botte en bois de hêtre, de forme rectangulaire, mesure cent trente-cinq millimètres de longueur, sur cinquante de largeur et cent vingt de hauteur. Le couvercle présente une toiture à deux pags rabattus. Des appliques de cui* vre doré recouvrent la cassette. Le côté principal est divisé par des bandes verticales en trois compartiments égaux, renfermant trois personnages qui ont été faits au repoussé. Au «centre est le Christ, en style byzantin, le front ceint d'un nimbe crucifère, tenant un livre, et bénissant. Dans le compartiment de droite, un ange nipibé^ les ailes légèrement éployé^s, bénit d'une main et tient de l'autre une sorte de globe ou .d'ftu^

manière, avec cette inscription sar iine des bandes de division. SCS. MiH. (Sanctus Michael). Dans le compartiment de gauche est un ange semblable avec cette inscription : ses. gab. (Sanctus Gabriel). Sur le couvercle est un séraphin aux ailes entièrement déployées sur lesquelles viennent reposer deux colombes d'un style élégant et d'un joli travail. Sur le côté opposé du couvercle est une inscription runique, gravée en creux, qu'on n'a pu encore déchiffrer.

Croix d'Autel. La plus ancienne est celle de Notre-Dame-de- Livoye conservée au musée d'Avranches. Elle est émaillée et sa forme byzantine rappelle le xi* siècle. La croix, émaillée comme le Christ, offre plusieurs ornements ciselés, des médaillons, des losanges, un nimbe entourant la main du Tout-Puissant, etc. Cette croix est complète, assez bien conservée et assurément la plus ancienne qui existe dans le département.

L'église de Brouains a fourni un Christ semblable, et de la même époque, mais privé de sa croix, il est comme le premier en cuivre ronge ; les bras sont raides et horizontalement étendus ; la tête est ornée d'une couronne, les yeux ronds sont en émail bleu, et le corps est nu jusqu'à la ceinture. Une jupe, émaillée en bleu, descend jusqu'aux genoux, légèrement relevés par laffaissement du corps. Les pieds manquent. L'or brille encore en certains endroits et en particulier dans la chevelure, la barbe et le pointillé qu'on remarque aux environs du cou ^^\

Après ces deux christs byzantins, nous citerons celui de Sartilly, du XIII* siècle, posé sur une croix de cuivre, ciselé mais ' non émaillé. Les extrémités sont tréflées et ornées de médaillons saillants renfermant les quatre évangélistes. Sur les deux croisillons on voit la sainte Vierge à droite du Christ et saint Jean à gauche. Dans les parties restées vides, le graveur a tracé des enroulements végétaux d'une très grande finesse d'exécution. Cette croix est une des plus gracieuses que nous connaissions.

(f ) Cette croix a été acquise par on particulier qpi la conserve précieu** sèment.

Croix de procession. Nous n'en connaissons qa'une seule qui soit antique, et encore ne remonte-t-elle qu'à la fin du xv* siècle ou au commencement du xvi* siècle ; c'est la croix de Chevreville qui nous rappelle l'épiscopat des célèbres pontifes Louis de Bourbon et Louis Herbert, évêques d'Avranches. Le Christ à la barbe bifurquée, aux cheveux longs, n'a pour couronne qu'une simple torsade. La tête porte une auréole crucifère formée de fleurs de lis et encadrée dans un cercle. Un seul clou attache les pieds. La croix en bois est fleurdelisée et recouverte de feuilles de cuivre argenté, chargées de dessins au repoussé, d'une très riche exécution. Au centre, sous la tête du Christ, dans un carré saillant sur les bras, est un cercle orné de huit rayons ondes qui forment une sorte de soleil. Les extrémités fleurdelisées se composent de quadrilobes ornés de fleurs de lis dessinant une croix grecque ; à la suite, pour terminer les bras, existent des trilobés avec fleurs de lis et ofl'rant des têtes de dragon lançant leur dard à trois pointes. Les lis reparaissent encore sur les croisillons, mêlés avec les insignes de la Passion : le fouet, l'éponge, les clous, les épines. Des têtes d'anges occupent le centre des quadrilobes. L'inscription en forme de rouleau est écrite en grandes capitales ornées. Les mêmes dessins apparaissent dans le côté opposé. Au centre est la sainte Yierge, portant son enfant sur le bras gauche ; Jésus tient un globe d'une main et de l'autre montre sa mère. Un dais gothique couronne ce gracieux groupe. Telle est la croix processionnelle de Chevreville, qui n'a été conservée que parce qu'elle ne pouvait exciter la cupidité des ravisseurs.

La croix de Saint-Martin-de-Poilley, en argent, fut cachée, en 1 791 , par un des paroissiens qui l'a rendue à l'église. Elle n'est pas antérieure au siècle de Louis XIY. A la place de la sainte Yierge, sur le revers, au centre du croisillon, on a mis saint Martin, le patron de l'église. Le bâton est en cuivre argenté.

Paix. La plupart de nos églises possédaient des plaques en argent ou en cuivre représentant le patron de la paroisse on un autre sujet religieux. On les faisait baiser aux prêtres et aux

principaux laï(|aes, pendant les messes solennelles, La cathédrale en possédait trois ou quatre en argent ; la paroisse Saint- Gervais en avait également en argent doré, avec ces mots : Sanctus Gervasius. Quelques-unes ont été conservées, principalement les moins précieuses. Il en est une, cependant, d'un grand prix, qui vient de la cathédrale et représente le crucifiement. Elle est en vermeil et apparaissait jadis ornée de pierreries. Une seule gatne est restée, mais Tencadrement, formé d'une guirlande de feuillages, est élégant. Le Christ, la sainte Yierge et saint Jean sont admirablement rendus et leur mérite est rehaussé par un émail translucide, d'une grande richesse de tons et de couleurs. Sa forme ogivale festonnée rappelle le XIV* siècle, ainsi que les caractères qui existent sur la croix.

La paix de Ducey est incomplète ; sa plaque n'existe plus. Il ne reste que l'encadrement ogival qui renferme le Christ en croix avec la sainte Yierge et saint Jean. Des deux côtés de la tête du Sauveur apparaissent le soleil et la lune. Le tout est en cuivre doré, du xv' ou du commencement du xvi* siècle. Celle de Barenton, en cuivre également doré, est une plaque cintrée avec un encadrement guilloché. Le sujet est une pieta ou le Christ descendu de la croix et remis à sa mère. Les véte^ ments de la sainte Vierge, sa douleur, la pose du Christ mort, sont rendus avec une supériorité remarquable. Cette paix appartient au xn^ siècle. Tirepied avait une paix qui a été conservée; elle est en cuivre argenté dont la forme représente un contreretable d'autel. Le tableau présente la résurrection de Notre- Seigneur. Jésus sort radieux du tombeau et les gardes effrayés tombent à terre» se cachent ou prennent la fuite. Ce sujet repose sur un socle ou quart de rond orné de fleurs et d'une plate-bande, sur laquelle règne une suite d'oves ou d'anneaux. Des consoles renversées et couronnées d'une tête d'ange servent latéralement de contrefort à la tablette. Elle est surmontée d'une corniche portant un fronton semi- circulaire renfermant une colombe aux ailes éployées. Une sorte de conque domine le fronton, des deux côtés duquel sont des va$e$ oh brjileut de$ par-

fuQM. Cette paix remonte sealement au siècle de Louis XIY. Ces instruments, appelés aussi osculatoires, existaient dans nos contrées depuis le xiii* siècle. Ils doivent être encore assez nombreux, surtout ceux qui sont en cuivre et qui, pour cette raison, ont moins excité la convoitise, en 1791 ^^K

Candélabres, chandeliers f encensoirs et nar^eUes, Quelques églises possèdent encore quelques candélabres et plusieurs chandeliers d*autels de l'époque de Louis XIII ou du siècle dernier, mais noas n'en connaissons guère de plus anciens, si ce n'est à Genêts oii Ton conserve deux chandeliers d'enfant de chœur du xv* ou XVI* siècle. Les encensoirs et les navettes en cuivre repoussé existent aussi dans quelques églises qui, heureusement, n'ont pas eu les ressources néeess^ires pour renouveler leur mobilier. D'autres ont été rejetés dans la cave ou le grenier du presbytère. Nous possédons une navette venue d'Angey, en cuivre, et représentant des aigles et des enroulements végétaux. L'encensoir offrait les mêmes dessins.

Vases pour Veau bénite. Il en est encore d'anciens qui ont été mis au rebut bien qu'ils fussent d'une valeur supérieure à ceux qui les remplacent ; nous n'en citerons que deux du xv® siècle. Celui du Mont-Saint-Michel, dans un état parfait de conservation, et celui deSaint-Sulpice-de-Hacey, qui n'a perdu que son anse. Le fond repose sur trois pattes de lion ; sa forme légèrementévasée, à la partie supérieure, semble reliée par'des cercles, et une bande, près du bord, porte, en caractères gothiques, cette inscription « ggCaii mtU (cccitixpfSfX 0atnt 0sipUrr 0r fu fonbu tmt ntvtf '*^ »

Cloches. Les cloches anciennes sont très rares. Les huit cloches de la cathédrale furent fondues de nouveau, au mois de juin 1762, sous l'épiscpat de Mgr de Missy; celles des parois-

Ci) Ces paix sont devenues une propriété particulière et leur possesseur pense à les donner au Musée d*Avranches.

(2) Ces deux vases, en bronze» sont encore une propriété particulière et pourront être aussi donnés au Musée d'Avranches,

ftes farenlen grande partie enlevées en 1791, et celles qui res* tèrent ne sont pas antérieures aux xvii" et xyiii" siècles. La grosse cloche de Tabbaye da Mont- Saint- Michel porte la date de 171 1 , mais il en est une que nous pouvons citer coosme une des plus vieilles de France ; c'est la troisième cloche de l'église Saint- Saturnin qui pèse huit cent cinquante kilos. Saint-Gervais et Notre-Dame-des-Champs d'Avranches eurent une des grosses cloches delà cathédrale, Saint»Saturnin reçut le timbre de Thorloge. Descendu de sa tour en 1795, on le signalait alors comme ayant déjà quatre cents ans. C'était un peu exagéré, mais il en a aujourd'hui quatre cent quarante. Voici, en effet, les inscriptions qu'il porte en caractères gothiques : 3lw illana ^ratia plnia Bomintta team. — Bantta àtaxia^ avapxo nolrid. mccccnim. 21* inartttl. » Ce timbre remonte ainsi à Tépiscopat de Martin Pinard qui siégea de 1 442 à 1 453, et fut fondu au milieu des deuils de la France. L'Anglais dominait en Normandie depuis 1417, et le drapeau de l'étranger flottait sur les tours de la basilique. Aussi cette cloche pourrait-elle nous redire avec quel bonheur elle sonna Theurede la délivrance de la patrie, et le départ des Anglais d'Avranches, au mois de mai 1 450. Que d'heures de joie et de tristesse n'a-t-elle pas encore sonnées depuis le départ du dernier gouverneur anglais I Un timbre qui nous reporte à ces lointains souvenirs mérite d'être conservé comme un précieux monument de nos antiquités locales et patriotiques.

Tissus ei ornements. La basilique d'Avranches, nos abbayes et la collégiale étaient riches en tapisseries et en ornements sacerdotaux. Au xv* siècle, quand Bertrand de Mareuil vint prendre Avrancbes, il s'empara des plus belles chapes de la cathédrale, qui en comptait alors cent cinquante, dont plus de vingt-cinq en drap d'or très fin. Les prolestants firent plus de dégâts encore, en 1562, et eolevèrent les tentures, les tapis et les tapisseries de haute lisse. Renouvelés en partie, ces objets de luxe disparurent de nouveau en 1791 ! Plusieurs ont été vendus, mais où sont -ils passés? Nous l'ignorons encore. Un

certain nombre furent cachés , et on vient d'en retroaver un dans un grenier, qui a été vendu fort cher. Cette tapisserie représentait l'apparition de saint Michel à saint Aubert. Il nous reste quelques chasubles, quelques chapes des xvii* et xviii* siècles, quelques étoles du xvi% mais nous n'en connaissons pas d'une date plus ancienne.

Tombeaux, pierres tombales et inscriptions. Les tombeaux, les enfeux avec effigie n'étaient pas très rares dans le diocèse, avant 1790. La cathédrale en comptait plusieurs parmi lesquels nous citerons ceux de ses pontifes Richard III, de Coutances, et Guillaume Burel, remontant auxii'' siècle; celui de Richard Laine, placé dans un enfeu de la chapelle de la Sainte-Vierge, représentait le pontife sur une dalle de marbre noir, et les lignes au trait étaient incrustées de lames d'argent; celui de Louis Herbert, dans un autre enfeu de la chapelle de Notre-Dame-de- Pitié, le représentait en bosse, avec ses habits pontificaux. Nous laissons les pierres tombales avec leurs dessins au trait, leurs fastueuses inscriptions^ comme celles de Guillaume de Sainte- Mère, de Thieville, de Louis de Bourbon, de Pericard, de Guillaume Tholom, d'Augustin Le Cirier, de Jean Boucard, de Charles Vialart, etc.

Le Mont-Saint-Michel avait aussi quelques tombeaux recouvrant les restes de ses abbés : Jean de la Porte, dans le transept méridional, Guillaume de Lamps et Jean de Lamps, dans la chapelle de la Sainte-Vierge, l'un couché sur son tombeau et pleuré par plusieurs moines, debout dans leurs niches ; l'autre, à genoux sur une colonne, revêtu de Thabit monacal, avec sa crosse et sa mitre déposées près de lui ^*K

L'abbaye de Savignyen possédait un plus grand nombre. Autour du sanctuaire on voyait les tombeaux de saints du monastère au nombre de cinq, savoir, en partant du côté de Tépître : saint Pierre d'Avranches, saint Vital, saint Haimon, saint Guillaume, novice , et saint Geoffroy. Mous avons encore les

(1) Dessins conservés à la bibliothèque nationale.

dessins de qaatre autres tombeaux : 1* celui de Jean Leverrier, représenté sous Thabit des cisterciens et tenant la crosse abbatiale; ses pieds foulaient un lion et sa tête était ombragée par un dais gothique d'une grande finesse ; dans les niches qui décoraient le tombeau proprement dit se dressaient les statuettes des Apôtres, et au-dessous du lion apparaissaient, en grand relief, les armes du défunt; 2* le plus beau, du xiv* siècle, était celui de Guillaume de Saint-Brice, décédé le dimanche après la mi-août 1318; Tenfeu offrant une riche arcade, avec pinacles, clochetons, crosses végétales, encadrait trois statuettes ; le défunt, les mains jointes, reposait sa tête sur un oreiller ; 3^ celui de Jean de Landevic, mort le 23 mars 1414, nous le montre les mains jointes sous une arcade cintrée et sa tête est surmontée d'un dais qui rappelle celui de Jean Leverrier; 4"* enfin, celui du seigneur de Vitrey et deDinan, le représente avec son armure, son bouclier et son épée. Sous son cintre, orné de pilastres, il joint les mains, sa tête repose sur un coussin, et un ange est à ses pieds. Le cloître avait encore les enfeux de plusieurs autres grands personnages, et en particulier des seigneurs de Fougères, les fondateurs de Tillustre abbaye ^^K

Le monastère de la Lucerne avait aussi deux enfeux remarquables, placés des deux côtés du chœur ; au midi était le tombeau du vénérable Achard ; au nord celui de Jean de La Mouche, tous les deux décédés évêques d'Avranches, le premier en 1171, le second en 1327. Ils reposaient sous deux arcades, « habilles pontificalement avec la chasuble à tantiquCy la crosse et la mùre^ mais sans inscriptions '^K » On y remarquait encore les tombeaux de Guillaume de Saint-Jean, le fondateur, et celui de Jean de la Mouche, le père du pontife.

L'abbaye de Montmorel montrait les tombeaux du seigneur du Homme dans le cloître abbatial, et jadis celui de Tabbé du

(1 ) Les dessins de ces tombeaux de Savigny sont aussi à la bibliothèque nationale, avec le plan du sanctuaire de la basilique de Savigny-le- Vieux.

(2) Lettre de Tabbé de la Lucerne, dans les oeuvres de Tabbé Cousin» curé ^9 3aint-Gervais, en 1787.

Homme, au milieu du chœur. Les Subligny, les premiers fonda* teurs, le firent abaisser au niveau du sol, parce qu'on y avait inscrit un titre qui n'appartenait point exclusivement à sa fa-* mille <*).

La collégiale de Mortain avait le tombeau de saint Guillaume élevé sur de petites colonnes.

Enfin, Téglise de Carnet possédait les trois tombeaux en bronze des seigneurs de Guiton, et en particulier celui de Gilles, qui dormait ayantunecroixsurla poitrine, les mains jointes et la tête sur un coussin, avec le costume des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Il avait un lion sous un pied et une licorne sous Tautre. On lisait Finscription suivante en caractères gothiques : « Anno D. 1403, die 1 junii obiit nobilis frater Egedius Guiton hospitalis sacrœ domus S. Joannis B. Hierosolymitani, cujus anima requiescat in pace. Amen, »

Tous ces magnifiques tombeaux ont disparu ; les uns ont été fondus pour faire des canons, les autresontété brisés ou mutilés. Il ne reste que des dessins de quelques-uns et des débris de quelques autres. Si nous recherchons ce qui a survécu aux dévas* tations de toutes sortes, notre tâche ne sera pas longue.

Le plus ancien est celui que Ton remarque encore dans une arcade ogivale du chœur de Téglise de Vains, du côté de Tévan* gile. Le tombeau et l'arcade ogivale sont bien conservés. La façade est ornée de six beaux quadrilobes renfermant autant d'armoiries dont les pièces ont été martellées. La défunte, les mains jointes, repose sur un oreiller dont les housses étaient tenues par deux anges. Une robe à larges plis et à manches serrées forme le costume de la dame. La tête a été enlevée à coups de marteau, ainsi que les mains, les pieds et une partie de la robe. On ne pouvait guère être plus vandale. Ce qu'on a épargné est néanmoins très précieux, car il rappelle la sépulture d'une des grandes familles du pays. Bien que le tombeau ne porte pas d'inscription, on croit qu'il recouvre les cendres

(1) Gaérin« Àcta Sanctœ EccUitœ Abrincemii.

d^Isabeau de Matignon, fille de Marguerite de Thieville, épousé d'Olivier de Mauny. Elle était dame de Vains, de Chantore, de Saint-Pierre-Langers, et décéda vers la fin du xv* siècle <*^

L'église Saint-Pierre du Mant-Saint»Michel possède, au midi, près delà chapelle de la Sainte-Vierge, un autreenfeu, sous un are surbaissé. On y voit M"® Roland Jacquet que nous retrouvons dans la verrière de la chapelle Saint-Jean, aujourd'hui la sacristie. Elle porte, comme M"^ de Matignon, une robe à larges manches qui laissent apercevoir un second vêtement très étroit et soigneusement boutonné. Les mains jointes ont disparu ainsi que la tête reposant sur un oreiller soutenu par des anges. Ses pieds foulent un lion. Le tombeau n'est pas décoré et ne porte aucune inscription. La statue de M. Jacquet, dans la sacristie, a été détruite; il ne reste que l'arcade de Tenfeu dont on a fait une armoire.

L'église paroissiale de Savignj-le-Vieux possède deux tombeaux mutilés, venus de l'abbaye. Le premier est celui de saint Vital, dont la forme est rectangulaire. La face principale présente un encadrement à angles rentrants et recourbés, avec inscription rappelant le miracle que fit saint Vital, à quelques pas de la ville de Mayenne. Un jeune seigneur renversé par son cheval avait trouvé la mort. Le peuple court vers saint Vital sortant de la cité et, grâce à ses prières, le mort fut rendu à la vie. Aussi lit-on encore : m Quemdam miliUm, populo preBsente, suis sanctis prœdbus resuscitavU. » Quatre petites rosaces ornaient les angles de cette face. Il n'en reste plus que deux. Les extrémités du tombeau sont remplies par des corbeilles de feuillages. Ces tombeaux ne rappelaient pas les sarcophages qui furent faits, en 1243, lors de la seconde translation, mais bien le commencement du siècle dernier, comme le prouve leur style et l'inscription tirée mot à mot des Miscellanea de Baluse qu'on n'acheva d'imprimer qu'en 1715 ^^\ Le tombeau de saint Vital

(t) On sait que les Matignon portaient d'argent au Uon montant de gueules et couronné de même.

(2) En 1861, nous avons vu dans la cour du presbytère de Savigny, un fragment du tombeau de saint Geoffroy» où on lisait : «auf.: . roPT...

est aujourd'hui placé dans le chœur de Téglise de Savigny, an côté de répttre.

Le second tombeau est celui de Jean Le Verrier dont nous ayons déjà parlé. Restauré par H. Lemesle, curé de Savigny, il a été placé dans le chœur de l'église, du côté de Tévangile, en face de la statue de saint Vital. Il remonte à raouée 1 409. Il n'y a d'ancien que la partie supérieure de la pierre sépulcrale, car le tombeau décoré de ses niches n'existe plus. Le prélat porte l'habit de son ordre; ses mains sont jointes et sa crosse incomplète est passée sous le bras gauche. Sa tête rasée et n'offrant qu'une couronne monacale, s'eofoDce légèrement sur un oreiller garni de housses ; deux anges placés à droite et à gauche semblent le soutenir. Trois arcatures trilobées, décorées de crosses végétales, de fleurons et séparées par des contreforts fleuris forment le dais surmonté de douze petites fenêtres ogivales, avec roses et meneaux ; une ligne de perles forme le couronnement de ce gracieux diadème. Ce tombeau était polychrome, car on distingue encore du rouge sous le ciel du dais et une couleur verte sur le coussin. Avant la restauration on lisait, sur le côté droit du défunt : l^ic \ac(i IDom'-3ol)r0

Ditrarg' abba0 xxt })n\m ioci qni obiit Le Neustria pia

nous donne ainsi la suite de cette lecture : « Anno Domini 1409, 12 septembris, »

Mais si tous les autres tombeaux ont disparu, des pierres tombales nous restent encore en très grand nombre. Elles sont, pour la plupart de nos églises pauvres, une véritable richesse, un nécrologe antique, une page d'histoire locale où Ton trouve parfois des renseignements qu'on chercherait en vain dans les manuscrits et les livres imprimés.

Les grandes dalles funéraires en pierre tendre sont rares dans l'Avranchin. Nous n'en pouvons citer que deux. La première est celle de Saint-James placée malheureusement au fond du déambulatoire du chœur, où les pieds des passants l'usent de plus en plus. Cette belle dalle est plus ancienne que le tombeau de

Tabbé Le Verrier à Savigny, car elle appartient au xvf^ siècle. Elle rappelle, en effet, la belle pierre tombale d'Adrien d'Averton, décrite par M. Hucher, dans le tome XIV du Bulletin monumefUal^ et publiée par M. de Caumont dans son abécédaire. Le défont est représenté les mains jointes et la tête nue. Vêtu en habits sacerdotaux, il porte une aube flottante avec riche ceinture à frange brodée descendant jusqu'aux pieds; par dessus est la chasuble antique aux plis sinueux et présentant une bande centrale en ligne parallèle avec la ceinture. Cette bande est formée d'une suite de quadrilobes encadrés dans des carrés réguliers. Des deux côtés de lajéte du mort sont deux petits écussons frustes. Un système de fenestrage découpé d'une manière très élégante, décore les côtés du personnage. On dirait les travées d'une église. Ces fenêtres ou niches sont surmontées d'autres fenestrages terminés par un faisceau de clochetons. Ils encadrent, du reste, un arc ogival surmonté d'un fronton garni de crochets, qui s'élève en forme de pyramide à jour, comme dans les grandes ouvertures des basiliques du style ogival secondaire. Cette curieuse dalle mériterait d'être relevée pour être encastrée dans la muraille ; on conserverait de la sorte la plus belle pierre tombaie de i'Avranchin.

Le second tombeau, en pierre calcaire, se trouve à Chasseguay. Il ne remonte qu'au commencement du xvi® siècle, mais il est très intéressant par ses détails et ses symboles. Une inscription Tencadrait, mais tout un côté a été coupé, sans doute pour faire entrer la pierre au milieu d'un pavage, ou pour placer près d'elle un autre tombeau. La partie inférieure a été brisée, mais elle existe, et en la rapprochant du corps principal, on a la pierre au complet. Elle est divisée en deux compartiments distincts, l'un plus petit, l'autre plus grand et enveloppant le premier sur deux côtés, adroite et au sommet; deux torsades légèrement courbées à la partie supérieure forment les divisions. Le moindre des compartiments, à gauche de la pierre, nous présente un chevalier du xv* siècle, armé de pied en cap. La tête nue est ornée de cheveux longs et bouclés qui ombragent

une noble figure; un casque fermé et richement panaché est aux pieds du défunt. Le hautbert ou cotte de mailles apparatt seulement autour du cou et au bas des cuisses. Le reste du tronc est recouvert d'une cotte sans lanières ou lambel à la partie inférieure. Cette cotte est chargée du blason du chevalier, représentant des quintefeuilles. Une ceinture militaire soutient une longue épée et un petit écu de chevalier. La main gauche eistposéesur la poitrine et la droite tient une longue lance. On n'aperçoit ni brassards, ni cubitières articulés protégeant les bras. Les jambes sont couvertes de cuissards et de genouillères ; le talon des chaussures est armé d'éperons. Des deux côtés de la tête du chevalier sont deux écussons qui sont : parti de quintefeuilles et de fers à cheval.

Le grand compartiment semé de larmes de deuil représente quatre dessins qui méritent d'être signalés. Au sommet, sur la tête du défunt, apparatt l'archange saint Michel, debout, les ailes éployées. Il est vêtu d'une simple cotte et, usant de son bouclier, il brandit l'épée pour frapper le démon, palpitant sous ses pieds. Un peu plus bas, à gauche de la tète du chevalier, on voit un suaire qui a la grandeur et un peu la forme de ces croix en cire que, dans l'Avranchin, on porte encore sur un plat, le jour des obsèques, pour être placées sur la poitrine du mort. Le suaire du chevalier présente une large bande circulaire ornée de onze petits polygones renfermant une croix. L'extérieur de cette bande est hérissée de larmes qu'on prendrait pour les dents de la roue de sainte Catherine. Dans l'intérieur de la bande les larmes reparaissent de nouveau des deux côtés d*une sorte de barre horizontale en forme de vis et assez semblable à l'ardillon d'une boucle ronde. Au-dessous de ce suaire est une branche de chardon à la fleur épanouie ; enfin, plus bas encore est un ver de de terre qui rampe sur la dalle. Ces quatre objets sont des signes cryptograpbiques, des images allégoriques et funéraires. Saint Michel est en effet l'ange de la mort et du dernier combat, le suaire, ce qui reste au défunt, la branche coupée, l'indice de la décomposition du corps qui bientôt va devenir la pâture des

Vers, enfin les larmes témoignent du deuil profond que le défunt a causé.

Mais quel est le défunt qui dort sous cette lame ? On a pensé que c'était Gilles de Garbonnel, sieur de Chassegua;^ et une légende a été publiée que nous n'avons pu retrouver sur la pierre.

Adroite, vers le milieu, on lit distinctement : ^t gtet gcg U €étp^ t% lamr0 qui In.*. Au bas:., axlts (Cbarles) ^t tmu^ prt^ Me..* (Dieu). A gauche : A relie ipie tient en..» A la tête àMnt lan mil lO"^ et apre« Irnigne vit... On voit un chevalier mort vers 1499 après avoir servi les rois Charles VIII et Louis Xïl. Les armes soût celles des d'Argouges et des la Perrière et ne peuvent désigner la famille de Carbonnel qui portait: coupé d'azur et de gueules, à trois besans d'hermine 2. 4.

Après ces monuments en pierre calcaire restent les dalles en granit, moins fastueuses et moins brillantes, mais plus anciennes et plus nombreuses. H en est qui remontent aux xn®etxiii* siècles. Hais aux xiv*" et xv" siècles, dans les nombreuses réparationsqûe demandèrent nos églises, elles furent déplacées, et employées souvent dans les nouvelles constructions. Tanis en possède deux dans le mur oriental du chœur ; la plus ancienne représente àne simple croix ronde ; la seconde, une croix en forme d'étoile à quatre lobes, à l'extrémité d*un bâton ayant un nœud près de l'étoile ; une espèce de cierge ou de chandelier raccompagne. Le Grand-Gelland en a également deux autres encastrées dans les murs du chœur; l'une a beaucoup de rapport avec la croix trilobée de Tanis; l'autre forme un losange dont les points se prolongent en forme de croix encadrée dans un cercle. Le tout repose sur un bâton ayant un nœud au-dessous du cercle* Le cimetière du Meufbourg offre aussi cette dernière croix sur une pierre tombale rétrécie à la partie inférieure comme un cercueil. Uneautre, beaucoup plus simple, présente une croix avec un pied et un noeud au-dessus du pied. Plusieurs de ces dessins que nous te^ nous de signaler se retrouvent, comme antefixes ou pyramidions, au sommet dès gâbtés des églises du ^in** siècle. Ces pierres du

- âsd -

Xii^ ou xiir* siècles se rencontrent encore à Subligny, à Jailley, à Harcilly, etc.

Les pierres tombales avec inscription du xiv* siècle sont rares et nous ne pouvons en citer avec certitude, tant elles sont usées, si ce n'est celle que nous avons signalée à Saint-James. Celles du xv^ sont pluseommunesdans'les vieilles églises de Portorson, de Saint-Quentin, de Chavoy, de Saint-Jean-de-la-Haize, des Loges-sur Brécey, de Yernix, etc. Genêts en possède deux assez bien conservées, la première, marquée d'un calice gothique, près de la stalle curiale, est celle du prieur jÇirmannudi décédé en 1495; Tautre, au bas de la nef, est plus difficile à lire et indique que le prêtre qu'elle recouvrait restaura la verrière. Le xvi® siècle en compte un plus grand nombre avec inscription ou avec des armes. Les caractères romains qui remplacent les lettres gothiques sont parfois tracés par des mains peu exercées à cette nouvelle écriture, et on les lit difficilement. Les épées, les casques, les armes, les croix, les calices sont aussi parfois moins bien traités qu'au siècle précédent. II y a cependant d'heureuses exceptions; il suffit de citer le tombeau de Jean Listré, décédé au Luot, en 1510; celui de Saint-Brice recouvrant un prêtre. Il porte un calice et ces mots : vbritas

OMNIA VINGIT.

C'est à cette époque qu'on commence à sculpter, sur les dalles de granit, des figures en relief qui, sans être remarquables, prouvent néanmoins un progrès et une difficulté vaincue. Les trois principales sont : 1® Celle de Subligny, représentant un prêtre en habits sacerdotaux. Il porte la chasuble antique; la tête est découverte et les mains se joignent sur la poitrine. L'inscription est effacée, si elle a existé. 2"" Celle de Juilley placée à l'entrée du cimetière, au midi. Elle rappelle une dame de Clinchamps dont la famille porte : d'argent au gonfanon de gueules. Ces armes sont deux fois reproduites de chaque côté de la défunte qu'on a singulièrement prise pour un moine venu de Montmorel. Elle porte une robe à manches étroites. -Une ceinture dessine la taille et limite le corsage légèrement en pointe. Les mains sont jointes

àar la poitrine et le voile qui couvre la tête forme des volants qui retombent sur les épaules comme des mèches de cheveux. C'est le costume du temps de Louis XII et d'Anne de Bretagne, souvent représentée avec cette coiffure. 3' La troisième pierre appartient à Téglise de Saint-James. Elle nous montre une châtelaine de la Paluelle portant le costume du temps de Louis XIII ou du commencement du siècle de Louis XIV. La robe est à manches bouffantes et la taille à pointe fine et démesurément longue fait ressortir l'ampleur du costume. Les mains sont jointes comme celles de la dame de Clinchamps et la tête repose sur un oreiller. Elle ne semble avoir d'autre coiffure que ses cheveux ramassés en forme de diadème. La partie inférieure de la pierre, destinée à renfermer une inscription ou des armes de famille, est restée complètement fruste.

L'église de Boucey possède aussi deux tombeaux en granit représentant des personnages sculptés au trait, qui ont énormément souffert.

Des pierres du même siècle, mais sans effigie, se retrouvent à Ponts, à Tirepied, à Juilley, aux Chambres, au Grippon, au Luot, à la Rochelle, à Boucey, à Servon, à Saint-Aubin-de-Terregatte, àSaint-Laurent-de-Terregatte, à Sainte-Pience, à Saint- Senier-sous-Avranches, à Montjoie, à Saint-Pois, à Mesnil-Gilbert, à Coulouvray, à Ronthon, etc.

Le xvii* siècle n'offre pas de figures en bosse, mais des armes, des insignes en relief généralement bien traités. Nous rappellerons la pierre tombale de la Mancellière, toute ciselée d'écussons avec une bordure historiée en relief; celles des La Perrière et du vicomte Girou à Ronthon ; celles des Paisnel et des de la Champagne d'Apilly à Saint-Senier-sous-Avranches; celles desCamprond et des Lafresnaye à Saint-Benott-de-6euvron ; celle de la Binolais à Saint-James ; celle de M. Hélie de Gosselin à Chasseguay ; celle de H. René Leprieur, curé de Montgothier ; celle de li^ Louis LeProvost au Neuf bourg ; celles des Combray du Thon & Mont-Eglise; celle de Guy de la Faucherie à Ma rtigny ; celles des Lahache et Le Mercier fermant le cimetière de Saint-Jean-Ie-

Thomas; celle de Cantilly à Marcey;eelle des seigneurs de Sacey; et au Hont-Saint-Hichel, celle de Yinceot Royerie^ architecte dtt HoDt-Saint-Michely représentéavec une équerre et un niveau; celle de Rétnood d'Hermanville qui porte pour armes, deux clefs en sautoir; celle de Jean de Surtainville; celle du curé Jean Petit, qui fit une fondation pour le mattre d'école et quelques autres dans l'église de Notre-Dame-des-Champs à Avranches, toutes bosselées de calices, de croix, d'écussons, de casques et d'épées.

Si le XYii* siècle est sobre de reliefs, il a cependant quelques pierres bien écrites ; nous citerons celle du vénérable M. Crestey, curé à Barenton; celle de M. Dubois, ancien supérieur des missions diocésaines, dans la chapelle de l'hôpital du même lieu ; celle de la Robichonnière, fondateur du séminaire de la Garlière en Saint-Laurent-de-Cuves ; celle de M. Yauliegeard à Montgothier ; celle de Jean Poussin à Ronthon ; celle de M. Germain Tesson et Jeanne Du Bosc, sa dame, à la Hancellière. Les prêtres font toujours graver un calice, une patène, une hostie, des burettes, ou une croix, un bonnet carré et des larmes, comme sur les tombeaux de Jacques Bouillon à la Godefroy, de la Huppe à Plomb, de Pierre Savary et de J. Loysel au Grand-Celland, de Jean des Roches à Carolles, de Jean Enguehard à Sainte- Ëugienne et du prélat Claude du Thot, abbé de la Lucerne^ portant pour armes un chevron accompagné de deux étoiles en chef et d'un pélican nourrissant ses petits, en pointe, le tout timbré d'une mitre et d'une crosse. On essaya même de faire des reliefs, mais le bon goût et le sens artistique font défaut. C'est ce qu'on remarque dans l'église du Petit-Celland sur la pierre du curé Melecher, décédé en 1780. Le tailleur de pierre a représenté le défunt en habits sacerdotaux, tête nue, mains jointes, avec une longue étole descendant jusqu'aux pieds; autour de lui, des chandeliers, un calice, une croix grecque et une croix latine, une clochette renversée, des cierges tirés de leurs supports, et des larmes, pour peindre les regrets occasionnés par la mort.

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Sur la tombe de M. Basin, de Soardeval, curé du Neafboarg, on a sculpté un calice, une patène et un bonnet carré.

Les inscriptions lapidaires, encastillées dans les murailles, étaient communes dans nos abbayes, particulièrement au IMont* Saint-Michel et dans leclottre deSavigny. Hal heureusement elles ont toutes disparu, et nous ignorerions leur existence, si elles n'avaient été relevées par H. de Rothemond, dont nous avons copié le manuscrit à la Bibliothèque nationale.

Dans nos paroisses rurales, les inscriptions lapidaires ne sont le plus souvent que des dates de construction, indiquant les noms des curés qui ont fait édifier ou des maçons qui ont cons* truit. Néanmoins, parmi les inscriptions mortuaires, nous citerons celle de Pierre et de Bertrand Hamec, à Saint-Senier-sous- Âvranches. Cette inscription, de 1576, en caractères gothiques^ nous apprend que ces deux frères avaient fondé une messe à note qu'on disait tous les vendredis, et un libéra récité, après l'ofiSce de chaque dimanche, sur la fosse des défunts. L'église paroissiale du Mont-Saint-Hichel en possède une autre, écrite en caractères romains sur une pierre de marbre. C'est une épitaphe en vers sur le trépas du sieur de Lanctot, lieutenant de M. de Brevent, gouverneur du Mont*Saint-Michel. Ces vers ont été publiés plusieurs fois dans les diflférentes histoires sur le Mont-Saint-Michel, et nous avons indiqué la pierre tombale du défunt, qui remonte à Tannée 1 620.

Nous avons résumé rarchitecture religieuse de l'ancien diocèse avant 1789. Il est vrai que nous n'avons rien dit des autels en bois, ornés de fleurs et de pampres, des colonnes grecques, des tabernacles à statuettes et surmontés d'anges supportant une couronne royale au-dessus de la croix; mais comme ces objets n'offrent pas une très grande variété et qu'ils ont, en outre, brisé dans nos églises l'ancienne ordonnance que nous voulions rappeler, nous nous contentons de les signaler ici, comme souvenirs d'une renaissance classique qui ne fut pas toujours heureuse. Ces autels avaient cependant quelques tableaux qui sont loin d'être sans mérite. Qu'il nous suffise de

rappeler eette suave peinture du rosaire, dans le transept n^éridional de relise de Saint-Quentin. Cette toile donnée par J/Blandin, dont on voit sans doute le portrait, près de saint Dominique/fut peinte en 1636 par J. iStaccony. Nous citerons encore le tableau de l'abbaye de Savigny, aujourd'hui au grand séminaire de Coutances, et représentant la Cène. Il est signé Tobie Birn et fut donné, en 1741, par de Quen; celui de Tabbaye de la Lucerne, aujourd'hui dans l'église de Hortain, et représentant saint Norbert à genoux, devant le papeHonorius II, qui confirme son ordre, en 1125. La collégiale de Hortain possède encore un tableau de la Cène, plus ancien que celui de Savigny et non moins curieux. C'est un don des comtes de Hortain.

Hais si nous passons si rapidement sur le xvii* et le xvjii*: siècle, nous devons nous arrêter un instant sur notre époque qui a vu renaître les belles églises gothiques. L'Âvranchin, surtout, en a couvert son sol. Cette résurrection monumentale a commencé en 1840,. par l'édification de Téglise Saint-Gervais d'Avranches. Halheureusement Tarchitecte s'était trompé de route en ravivant les principes de l'école grecque. Saint-Hilaire-du-Harcouet a suivi une voie meilleure, quand, en 1850, il est revenu franchement au moyen âge. Il a élevé une église ogivale à trois nef^, avec déambulatoire et deux flèches à jour dominant le grand portail. Dans le même temps, Sourdeval construisait une église romane presque aussi grande que celle de SaintrEilaire. Le Teilleul, avec des proportions un peu moins vastes, a imité ce style et s'est donné une église qui a été le type de plusieurs autres. En 1862, Âvranches jetait de nouveau les fondations de l'église Notre-Dame-des-Cbamps, qui sera bientôt une ravissante basilique, remarquable par ses flèches et la variété de ses roses, de ses balustrades, de ses gargouilles, de ses contreforts, de ses arcs-boutants.

Après ces églises principales, nous citerons encore celle de Buais, complètement achevée avec une flèche élégante, celles de Yessey^ de Sartilly, de Ducey, de Saint-James, de Saint-Saturnin d'Avranches, qui toutes possèdent trois nefs. 11 en est de plus

modestes ayant anssi leur valeur, tels que Brécey, Saint-Pois, Boucey, Saint-Clément, Saint-Laurent-de-Terregatte, Précey, le Hesnil-Ozenne, le Hesnilard, Yillechien, Honlanel, Gathemo, Reffuveille et le Grand-Celland.

On a aussi élevé quelques jolis clochers à Vains, à la Chapelle- Haraelin, à Saint-Benoft-de-Beuvron, à Vergoncey, aux Cresnays, à Savigny-Ie-Vieux, à Curey, etc.

De nouvelles chapelles ont été édifiées : celle de Saint-Michelde-la-Montjoie, à Mortain ; celle de Chassilly, près du chftteau du même nom, en Saint-Sénier-de-Beuvron ; celle de l'ancien Hôtel-Dieu de Genêts, dédiée à sainte Anne ; celle du Carmel d'Avranches, la plus remarquable de toutes. Aucune de nos églises modernes n'a été travaillée avec plus de goût et nulle part le granit n'a été plus finement fouillé. Aussi ce petit monument restera-t-il un beau modèle des travaux de notre siècle dans la contrée.

A côté de ces monuments qui sont-loin d'être tous remarquables, il en est d'autres qui ont été exécutés sans goût et sans style, comme à Harcilly, à la Boulouze, à Saint-Hichel-des- Loups, à Ardevon surtout, où l'on a détruit un sanctuaire du IX* ou X* siècle, avec une charmante tinterelle du xvi*, pour faire un chœur qui ressemble plus à une grange qu'à la demeure du Dieu de l'Eucharistie.

Mais oublions ces écarts assez légers pour revenir à la statistique de nos monuments modernes. Cette statistique prouve que le style ogival a été le plus goûté. Sourdeval, le Teilleul, Uontanel et Reffuveille ont seules adopté le roman. Mais ces églises, si intéressantes qu'elles soient, sont-elles sans défauts? Non, assurément, la perfection ne s'obtient généralement qu'à force d'essais et d'efforts. Nous ne diminuerons donc pas la valeur des personnes courageuses qui, dans notre pays, ont commencé la renaissance monumentale, si nous rappelons les imperfections inévitables du début.

Le roman demanderait plus d'élévation à Sourdeval, dans son déambulatoire ; les portes manquent de relief et en particulier

celle du portail de Touest. La porte latérale est plus soignée et s'ouvre entre deux clochetons élégants. Le Teilleul, avec des proportions plus réduites, a su éviter ces inconvénients et reste le type élégant de son style.

Les églises ogivales présentent st)uvent des murs trop faibles pour la hauteur qu'on leur a donnée, les contreforts ont parfois trop peu de saillie et de vigueur ; on a ainsi plus visé à l'effet qu'à la solidité et à la durée. De là des voûtes moins sérieuses et même simulées, des clochetons maigres et saos beaucoup d'art.

Quant aux vitraux, ils sont généralement médiocres, si on excepte ceux de Notre-Dame-des-Champs, de Saint-Saturnin et de la chapelle du Carmel. Presque tous ont eu le défaut d'avoir cherché leurs sujets religieux partout, excepté dans leur diocèse. L'Âvranchin possède néanmoins une foule de souvenirs historiques que plusieurs églises de France pourraient lui envier. Après le patron du diocèse, saint André, dont la passion a été reproduite à Notre-Dame-des-Champs, que de splendides tableaux auraient pu fournir les vies de saint Pair et de saint Scubilion, qui fondèrent des monastères dans nos contrées ; de saint Sever qui parcourut tant de fois notre pays pour y détruire les restes de la superstition; de saint Senier, qui évangélisa les fies de la Manche en même temps que son diocèse ; de l'apôtre de saint Michel et des anges, saint Aubert, qui illustra le sol natal en fondant l'abbaye du Mont-Tombe ; de saint Berthevin de Parigny, notre martyr du vm« siècle, honoré dans plusieurs diocèses ; de saint Thomas de Cantorbery, dont le meurtrier involontaire, le roi Henri II, reçut l'absolution de son crime dans la cathédrale d'Avranches; enfin des saints de Savigny : saint Vital, saint Pierre d'Avranches, saint Hamon, saint Geoffroy et saint Guillaume; de Mortain : saint Guillaume Firmat; de TAbbaye-Blanche : sainte Adeline; du Mont-Saint-Michel : saint Anastase ; et de l'Ecole d'Avranches : saint Anselme et le bienheureux Lanfranc, etc.

Ce sont ces souvenirs locaux, si chers à nos pères, qu'oq

aimerait particalièranent à retrouver dans nos églises, après>les fondateurs de la foi chrétienne. Us rai^petieraient les gloires les plus saintes du pays, remettraient sons les yeux des protecteurs naturels, et ravivraient Thistoire religieuse du diocèse, en lui imprimant sa coulear et sa poésie.

Quoi qu'il en soit, nous devons avouer que rAvranchin est dans une voie de progrès, qoe ses efforts sont très louables et dénotent non seulement du goût, mais un grand zèle. Plus qu'ailleurs on avait détruit; nulle part on a édifié davantage^ pour réparer les désastres de la fin du xviii^ siècle.

Si les premiers essais laissent à désirer, les travaux qui ont suivi ont été mieux faits ; le granit a été fouillé avec délicatesse ; d'une roche brute et fort dure, les sculpteurs en ont fait une pierre souple, vivante, revêtant toutes les formes, exprimant tous les caprices de Timagination et rappelant les plus ravissantes dentelles exécutées au moyen Age avec le calcaire. Saint^Hilaire, le Teilleul, Buais, la flèche de Saint-Saturnin, le Carmel et Notre-Dame-des-Champs offrent des preuves irrécusables de ce que nous avançons.

Honneur donc à ceux qui ont commencé cette ère nouvelle dans le pays, courage et espérance pour ceux qui la continueront, en tenant compte de l'expérience et des progrès acquis 1...

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