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CHATEAUX DE VILLES FORTES

1® Château d'Avranches

La ville d'Avranches, capitale du pays, possédait le château le plus ancien et le plus considérable. Il nous en reste quelques vues dont la plus ancienne est de 1649, et un plan remontant à 1775. C'est d'après ces documents, les dessins que nous en

âVODs prisnous-méme et les raines qui subsistent encore que nous allons essayer d'en faire la description.

Le château d'Avranches occupait très probablement remplacement du castrum des époques romaine, mérovingienne et carlovingienne. Les débris antiques trouvés dans son sol semblent assez l'indiquer. Quoi qu'il en soit, le château qui nous occupe et qui a joué un si grand rôle pendant tout le moyen âge, se dressait au sud-est de la cité. Il comprenait deux enceintes. La première, la plus ancienne et remontant à nos anciens ducs qui y travaillèrent successivement, s'étendait depuis la porte Baudange jusqu'à l'extrémité de l'antique donjon qu'on a laissé crouler en 4883. Au sud et à l'est ses fortifications apparaissaient comme une partie des remparts de la cité ; au nord et à l'ouest, des murailles spéciales formaient^ avec les premières, un vaste quadrilatère de trente-six mètres de long sur vingt* huit de large. Au midi, une sorte d'isthme, mesurant aussi trente-six mètres de longueur, unissait ce quadrilatère avec la tour orientale de la porte Baudange. La seconde enceinte formait, comme la précédente, un long rectangle qui communiquait avec le château primitif à l'aide de degrés e( d'un chemin couvert.

Cette seconde partie renfermait les habitations du gouverneur et des châtelains.

Dans la première enceinte était le donjon, l'arsenal et les magasins pour les boulets et la poudre, avec une très ancienne chapelle.

Le donjon, de forme rectangulaire, s'élevait à l'angle nord-est du quadrilatère. Il mesurait neuf mètres de large sur seize de long. Appuyé sur un rocher de pegmalite, il renfermait les prisons avec deux immenses salles voûtées et superposées, l'une servant, sans doute, de logement pour les soldats, l'autre de salle du gouvernement. La partie supérieure était non seulement crénelée, mais couverte et ornée de mâchicoulis. Ce donjon était la partie la plus ancienne du château. La face orientale qui tenait lieu de rempart, offrait le petit appareil aux assises régulières et

parfois inclinées pour simuler Vopus spkatum.kxi centre s^élevait, comme au donjon de Loches, un contrefort en forme de colonne élégante. La base de cette colonne plus saillante présentait des débris antiques que le général de Creuly appelait les chartes de noblesse de la cité d'Avranches. Le fût était orné de deux anneaux en briques rouges. Le chapiteau qui, en 1880, n'existait plus depuis près d'un siècle, devait former des niches ou des guérites en encorbellement qui faisaient partie du trottoir et du parapet. Une charpente à quatre pans, qu'on voit encore dans le tableau de 1649, couronnait le donjon. Les ouvertures sur les remparts étaient rares et étroites, encore les avait-on fermées. C'est probablement pour cette raison que M. Vauquelin ne les a pas reproduites dans son dessin de 4827 ^*\ Il en existait cependant. A la partie inférieure étaient des jours de souffrance, de petites ouvertures rectangulaires; à la partie supérieure, apparaissait une ouverture cintrée des deux côtés de la colonne contrefort. Les claveaux des cintres étaient en briques rouges, comme les anneaux de la colonne. M. Yauquelin a également omis les contreforts angulaires du doojon. Celui du nord-est existe encore, et, comme celui du milieu de la façade, renferme un fût de colonne antique à sa base. Les ouvertures éclairant les salles du donjon étaient au nord et au couchant, comme on en voit plusieurs dans les murs qui sont restés, après la chute de 1883. Grandes et cintrées, elles devaient jeter une lumière abondante sous les longues voûtes du donjon. Il est même probable que de semblables ouvertures se trouvaient au midi, comme au nord, avec d'autres voûtes longeant la muraille de l'est. Le donjon, en comptant les salles basses, avait trois ou quatre étages, ainsi que le prouvent les ruines et les photographies de M. Hodiesme.

Au xiii*" siècle, sous la domination française, saint Louis, qui avait acheté la vicomte d'Avranches, donna à la ville et surtout au château des fortifications nouvelles. Il refit les tours de la

(1 ) Atlas des Anti<{uair6s de Normandie .

porte Batkdange, dont Tune formait la partie avancée dueaitrum. A Tangle sud-est du parallélogramme, il ajouta u^e belle tour ronde, avec étages voûtés, et ornée de créneaux à la partie supé-* rieure. Comme une sentinelle vigilante, elle s'avançait en saillie pour inspecter et défendre les angles rentrantde la forteresse: La seconde enceinte reçut également une autre tour et un mur de courtine se projetant sur les murailles du donjon pour dissimuler le passage étroit qui mettait les deux enceintes en communication. L'issue qui permettait d'entrer delà ville dans la cour du donjon, fut condamnée et on en fit une nouvelle au-dessus du puits Livet ou THivet et conduisant à la seconde enceinte. A ces premières constructions, Louis IX ajouta un chemin couvert, sorte de seconde fortification qui eut également ses tours, puis un boulevard puissant avec voûte et arbalétrières qui protégeaient la porte Baudange et la partie avancée du château. Au-delà du boulevard et du chemin couvert ou fausse-brai«, un fossé de dixhuit mètres de largeur, avec glacis et mur de soutènement, un pont-leviset une nouvelle porte à l'entrée du boulevard, complétaient le système de défense, au sud-est. Le mur du vieux château, dans Tintérieur de la cité, reçut aussi un chemin couvert qu'on voyait encore en partie au siècle dernier, près de la porte Baudange '^K II est bien probable qu'il existait aussi des fossés, mais ils avaient disparu quand, en 1775, Tingénieur Fébure leva le plan de la ville et du château. Tel était le castrum d'Avrauches que Moreri, Masseville et Oursel, au xvii« et au commencement du xviii® siècle recommandaient aux visiteurs comme un monument curieux et intéressant.

Maintenant que nous le connaissons, rappelons, en quelques mots, les principaux faits dont il fut le théâtre.

SiGuiliaume-Longue-Epée ne fit qu'y passer en allant combattre les Bretons, Richard ly séjourna quand, en 966, il vint établir les bénédictins au Mont-Saint-Miebel ^*K Richard II et

(1) Plan d^Avranches en 17T5:

(3) Cartulaire du Mont-Saint-Michel.

Robert le Magnifique y firent de larges donations à la cathédrale sous répiscopat de révëqae Hugues ^^K Guillaume-le-Conquérant s'y arrêta avec Harold le Saxon. Il y revint encore après la conquête d'Angleterre, dans ses diverses expéditions en Bretagne ^^K Hugues Le Loup, le plus illustre des comtes de Chester et d'Avranches y résida entouré d'une cour brillante ^^K C'est là qu'il reçut le B' Lanfranc, fondateur de l'école d'Avranches et ensuite saint Anselme dont il devint l'ami et le protecteur ^*K Henri I, dit le Beau-Clerc, fit d'Avranches sa capitale et du château son palais où il s'occupait de littérature et de poésie ('\ Guillaume Le Roux vint le remplacer quand Henri se fut retiré au Mont-Saint-Michel '*^ Après la mort d'Henri I, Geoffroy Plantagenet fit la conquête de la Normandie. Les habitants d'Avranches, incapables de lui résister, allèrent à sa rencontre et le conduisirent au château où il reçut leur soumission ^''K Henri II, roi d'Angleterre, et Louis VII, roi de France, s'y réunirent, en 1157, pour renouveler leur alliance ^•^ Sous la domination normande^ les Bretons n'osèrent s'approcher d'Avranches et se contentèrent de ravager les châtellenies de Saint-James et de Pontorson. Mais lorsque Jean-sans-Terre eut poignardé son neveu, le duc Arthur, Guy de Thouars, à la tête des Bretons, vint attaquer notre ville. Le château résista avec énergie, la cité seule fut prise d'assaut, pillée et incendiée ^•^ Après ce siège meurtrier, Avranches jouit d'une assez longue paix ; saint Louis séjourna dans le château et s'occupa d'en faire un boulevard inexpugnable <'®\ Renauld Gobehen voulut l'attaquer, en 1346, au

(1) Charte primitive de PEglise d'AyraDches.

(3) Guillaume de Poitiers.

(3) Orderic Vital.

(4) Ibidem.

(5) Romande Hou.

(«) Ibidem.

(7) Gesta Gaufridi Ardegay,

(8) Robert du Mont.

(9) Guillaume Le Breton, Vie de PhUippeAugutte:

(10) OaUia Christ., Tom. XI, col. 48i.

fiom du roi d'Angleterre Edouard III, mais ne put s'en empâ^ rer ; il s'en vengea en brûlant les faubourgs. A Tépoque de la grande invasion anglaise, en 1419, Guillaume Gautier, gouverneur du château, ne put résister à leurs attaques et fut forcé de capituler. Avranches fut alors pendant trente ans sous la domination étrangère. Vingt fois les Français essayèrent, mais inutilement, delà reprendre. En 1426, le capitaine Rostrenen ^'^ Tassiégea au nom de Richemont; il fut battu et éprouva des pertes considérables.

Richemont se présenta lui-même en 1439. Talbot le força de lever le siège après lui avoir enlevé ses bagages et son artillerie ^*K En 1449, François II, duc de Bretagne, accourut au secours du 'roi de France et se dirigea sur Avranches. Ici se place un épisode cjirieux que nous tenons à rappeler. Le gouverneur anglais, Jean Lampet> n'ayant que cinq cents hommes, vit bientôt son impuissance et se disposait à se rendre, quand sa femme vint l'en empêcher. Jeune et belle, elle voulut imiter Jeanne d'Arc. Elle courut chez les prêtres, les bourgeois et les poussa à la résistance. Ranimant ensuite le courage des soldats, elle revêtit une armure et s'empara du commandement. Vains efforts I Les murs sont foudroyés et les remparts minés vont bientôt crouler. M"^ Lampet reprend alors les habits de son sexe, se pare de tout ce que l'art possède de séduisant et va trouver le duc de Bretagne dans sa tente. Elle obtint que ses soldats se retireraient sains et saufs, avec leurs bagages et un bâton blanc à la main. Avranches revint alors à la France, mais le vainqueur des Anglais passa pour avoir été empoisonné par la belle guerrière, et ne survécut que cinq jours à son triomphe ^^^

Sous Louis XI, Avranches fut encore attaqué plusieurs fois, mais le roi triompha de ses ennemis et vint séjourner dans le

(1) TieduConrUtable parG.GraeL

(2) Vie du Connétable, par G. Gruel.

(3) Robert Blondel.

château d'Avranches où il écrivit, en 4479| ime lettre qai a été publiée ^^K

PendaDt leà guerres de religion, un trattre ouvrit aux prolestants la poterne de l'ouest ou porte Saint-André et la ville d'Avranches fut pillée et ravagée avec les faubourgs. Montgommery y tenait encore une garnison en 1 563 ^^K

Le dernier siège, mais un des plus funestes, Ait celui de 1 591 . Avranches, encouragé par son évéque, François Péricard, embrassa ardemment la ligue et refusa de reconnaître Henri I?, encore huguenot, sous prétexte qu'il pourrait favoriser les novateurs. Les troupes royales, sous la conduite du duc de Hontpensier, vinrent alors attaquer Avranches. La ville fut entourée de retranchements, et les soldats dévastèrent les maisons des faubourgs. L'artillerie placée à Holbiche foudroya le palais de Tévéque, les remparts et le château. Le frère de I évéque, Odoard Péricard, gouverneur de la place, fut tué sur la brèche, le manoir é))iscopal croula, les voûtes de la salle synodale furent écrasées, le cloître ou atrium de la basilique complètement détruit. Ce ne fut qu'après deux mois et quatre jours d'une résistance opiniâtre que les habitants se décidèrent à capituflèfr. Henri IV se montra dément, et à Rennes on chanta un Te Deum pour la reddition de la ville d^Avranches '^

La dernière révolte fut celle des Nu-Pieds, en 1639. Mais ces braves, dépourvus d'artillerie, ne purent s'emparer de la ville, et le château, grâce à l'arrivée du général Gassion, n'eut rien à souffrir de leurs attaques ^*K

Les derniers gouverneurs furent les comtes de Carbonnel de Canisyqui se succédèrent pendant plus d'un siècle. René Carbonnel gouvernait le château en 1639 ; Hervé de Canisy, frère du baron de Marcé et de Tévêque de Limoges le remplaça ; après lui parut René II qui céda le commandement à René-Anne de

(1) Philippe de GommiDes, t. II, p. 237.

(S) Gallia, t. XI, et Acta taneti» Eceloiœi AiriÊicpnUké ..

(3) M. de Bresmenil ; manuscrit de la Bibliothèque â'Avraiiehes.

(i) Diaire de Séguier, par M. Floquet.

la Paluelle, son cousin. Ce dernier étant mort en 1786, René 1} reprit la place, tes derniers capitaines furent le sieur de la Fresnaye de Saiot-Benoît-de-Beuvron, qui salua, avec Tartill^rie du château, l'arrivée de Mgr de Tessé; puis Jean de la Noê, sieur de la Bastille, qui lui succéda, et enfin Jean Grandin, sieur de la Morandiëre. En 1740 Avranches n'était plus classée comme ville de guerre. Quand, en 1744, M. Fodoas, lieutenant en Basse- Normandie, vint à Avranches, il n'y avait plus de gouverneur. La milice bourgeoise et, à leur tête, le procureur du roi restèrent les seuls gardiens de la cité '-^K En 1752, Tintendant de Caen fit aon entrée à Avranches, le 14 mars. La municipalité ordonna à la bourgeoisie de prendre les armes, sous la conduite de leurs officiers. Elle voulut en outre qu'on tirât cinq coups de canon, et on acheta dix-huit livres de poudre chez le marchand Toupet. Le corps de ville se rendit ensuite avec les bourgeois en armes, au palais de Tévéque, pour saluer l'intendant et lui offrir « le pain et le vin, c'est-à-dire douze bouteilles de vin de Bourgogne, que le procureur du roi fit prendre chez le marchand Henry, et douze pains légers que fournit le boulanger David ^^\ » Quant au château, avec ses dépendances, il fut vendu à différents particuliers. M. Meslé, secrétaire de l'intendant de Caen et échevio de la ville d' Avranches, acheta le donjon et toute la seconde enceinte, dans laquelle se trouvaient les appartements des anciens gouverneurs "*\ En 1757, les échevins firent combler les fossés à l'est du château et vendirent, par portions, l'emplacement des fausses-braies qui devinrent des jardins. Les terrains de l'ouest, longeant les rues du Boulevard et du puits Livet, furent également aliénés, et on y construisit des maisons dont plusieurs vinrent s'appuyer sur les murs du donjon. On n'avait conservé que la partie qui se trouve aujourd'hui au midi de la rue Neuved'Office. La ville n'avait point de mairie, et tenait ses séances

(1) Registres manicipaui.

(a) Ibidem.

(3 Plan de la viUe d' Avranches, par M. Febure.

dans une chambre du bailliage, situé rue d'Auditoire. On réservait donc cette portion avancée de l'ancien castrum pour y construire un nouveau bailliage et un hôtel-de-ville ^*\ L'ingénieur de la généralité de Caen, M. Febure, fut chargé, en 1775, de lever le plan d'Avranches et de faire le projet des nouvelles constructions. Ce plan, qui jette une grande lumière sur le vieil Avranches, devait faire du quartier du château le centre vivant et animé de la ville. A partir du donjon, les rues étaient alignées; la rue d'Office se continuait jusqu'au Promenoir, la place Baudangese présentait agrandie et régularisée. La porte de la ville, les restes non aliénés du château, le boulevard et les fossés disparaissaient. A l'endroit où se trouve aujourd'hui la mairie, la rue Neuve-d'Office et le terrain au-delà de la tour Saint-Louis, s'élevait un vaste hôtel-de-ville et un bailliage ou tribunal qui possédaient des cours intérieures. Les places Baudange et du Promenoir entouraient encore le monument à l'extérieur. Jamais Avranches n'avait conçu un plan aussi grandiose. Mais les dépenses devaient être excessives et la cité était endettée. Des emprunts importants avaient été faits pour réunir au corps de ville les offices de «lairie, créés par édit du mois de novembre 1733, et le procureur du roi fit remarquer que des sommes considérables se levaient depuis plus de neuf ans pour la confection des grands chemins ^*\

Ces considérations firent rejeter le projet déjà envoyé au ministre. Bientôt la ville, d'après un contrat passé avec les E udistes, fut obligée de reconstruire le collège. La révolution vint et le château fut de plus en plus abandonné. On vendit, en 1795, ce qui restait. L'imprimeur du diocèse, M. Lecourt, qui occupait la maison, rue du Boulevard, oii Jean Lecartel avait établi ses premières presses, en 1590, acheta un petit enclos près des acquisitions du sieur Josseaume qui possédait depuis 1 753 ^\ Au

(1) Regigtres municipaux.

(2) Plao de M. Febure.

(3) Registres muDicipaux

milieu des constractions gigantesques de l'ancien castrumj les nouveaux propriétaires « s*étaient creusé des demeures comme les fourmis dans le tronc d'un chêne ''\ » Hais ils furent impuissants à entretenir ce qu'ils avaient acquis. Les toitures du donjon disparurent, les premières voûtes s'écroulèrent et le vide fut remplacé par une terrasse reposant sur la voûte intérieure. Les eaux pluviales pénétrèrent dans les vieux murs et la dernière salle voûtée que M. de Brémesnil, à la fin du siècle dernier^appelait immense, s'écroula de nouveau en grande partie, avec une portion considérable des murailles. En 1810 ou 1812, quand on transporta le télégraphe aérien des tours de la cathédrale sur le donjon, on éleva une tourelle carrée sur la partie septentrionale dont la terrasse reposait sur voûte. Pour la sécurité des employés, cette voûte fut soutenue par un mur puissant dont la base s'appuyait sur le roc. Tel était le château en 1828^ lorsque M. Yauquelin le dessina. Ses ruines étaient encore imposantes et d'un bel effet; mais cet état ne devait pas durer. En 1848, on prolongea, au milieu du vieux château, la rue Neuve-d'Office qui détruisit la moitié du doojon et une partie de son enceinte. On découvrit alors une quantité de débris gallo-romains : des colonnes, des statuettes, des médailles et plusieurs vases en terre de Samos. La partie du donjon restée debout était ouverte au midi. On la ferma, à l'aide d'une muraille qui reliait mal les anciens murs, et, à ses pieds, on construisit les maisons de la nouvelle rue. En 1849, THôtel-de- Ville s'éleva au midi du château, sur les fausses-braies. Il ne restait plus que le boulevard, le pont à la Vierge de quatre arches, et des fossés qui furent détruits en 1863. La tourelle du télégraphe disparut vers 1877, avec la couronnede lierre qui ornait si poétiquement la partie supérieure du vieux castrum. Mais les eaux, pénétrant la terrasse de plus en plus, s'iDfiltrèrent dans les murs, les détachèrent, et après plusieurs craquements précurseurs d'une chute prochaine, toute la partie orientale du donjon s'écroula, en 1883, emportant avec

(1) M* Le Héricher, 1. 1, Avranches.

elle le mur de 1848, et la partie de voûte qui n'était pas appuyée.

Maintenant, que reste t-il de ce célèbre château qui rappelait tous les fastes milrtaires et glorieux de la cité? Bien peu de chose, et nous pourrions à peine comprendre ce qui existe, si» comme M. Vauquelin, nous n'avions vu bien des fois les ruines qu'il a dessinées. La seconde enceinte, toujours propriété particulière, a peu changé depuis le départ des derniers gouverneurs.

L'enceinte plus vénérable , celle qu'habitèrent nos fiers vicomtes, nos ducs et nos plus grands rois, celle que connurent Lanfrancet saint Anselme, n'a conservé que des débris toujours précieux, mais donnant une faible idée de son ancienne splendeur. Au nord de rHôlel-de-Ville, on aperçoit encore un débris d'une des tours de la porte Baudange, faisant partie du château ; un fragment d'une muraille du xi* siècle reliant cette tour à celle de Saint-Louis, dont les créneaux ont été remplacés par une salle verte; au delà de la rue Neuve-d'Office, deux fragments de murailles de l'ancien donjon, l'un à l'occident et l'autre au septentrion; puis la voûte portant naguère un terre-plein et la tourelle du télégraphe. Mais ces hauts murs rejoinloyés et leurs ouvertures romanes remplies de maçonneries modernes, laissent peu soupçonner leur noble antiquité et la forme de leur appareil. Tel est aujourd'hui l'état du vieux château d'Avranches.

2** Château de Mortain,

La ville de Mortain eut aussi un château dès le x® siècle. Nous en trouvons la preuve dans la grande charte de Richard II, qui rend au Mont-Saint-Michel tout ce que son aïeul Guillaume, mort en 942, lui avait donné, et en particulier le Mesnil-Adelée, appelé alors Mesnil-Ranger, dans la vallée du château de Mortain ^'^ : « yUlulasquoque quas avus meus Willelmus in pago

(t) Charte de Bichard II, duc de Normandie, coDÔrmant les dons de son aïeul Guillaume I, fils de IVollon. Neustmpia, p. 378 .

4bvmcati'fWf Si^Vf^o Mifihaffi tradk, sf4 Robertus çomes postea

vi abstulit reddo, qusbhis vocitaïUur noiionil)^s : Maldm

et villam in r)a\le caslelli Moreloui , gum dicitw H/emil- Ranger. Ce château, qui fut agrandi et complété au xi* siècle, avait un emplacement fort remarquable. Elevé sur un rocher de grès armoricain, abrupte de trois côtés, il ne se rattachait à la •ville fortifiée que par un isthme. Cette langue de terre était encore coupée par un énorme fossé qu'on ne pouvait franchir qu'à Taide d'un poni-levis. Le castrum, qui suivait les mouvements du rocher, ofifrait une forme trapézoïde. Ses murailles étaient reliées par quatre tours généralement rondes et une vedette à l'orient. Le donjon était au couchant de l'enceinte. La base qui existe encore nous prouve qu'il était rectangulaire. Ce château paraissait imprenable, et cependant l'ennemi s'en empara bien souvent. Duguesclin le fit raser en 1378. Le château fut reconstruit peu après, pour être de nouveau démantelé et restauré. Au xvi® siècle, il avait résisté aux attaques des protestants et, quand il passa dans la maison deBourbon-Montpensier, en 1529, il était alors dans toute son intégrité. Le donjon, les murs de courtine, les tours de Barenlon et de Boterel ou Bocquerel, qui défendaient l'entrée de la porte et du pont-levis, la tour au Prêtre, la tour du Milieu, et la tour de la Basse-Fosse donnaient au château un aspect de grandeur et de force. L'enceinte était divisée en deux cours, Tune pour le donjon et le corps de logis , comprenant la chambre du conseil , l'auditoire et une chapelle pour le service du château et des prisonniers; l'autre partie de Tenceinte, dite basse-cour, renfermait la geôle, les cachots, le logement du geôlier, et d'autres bâtiments.

De ^S90 à 1595 on fit un corps de garde entre le^ deux portes d'entrée, pour les défendre contre l'ennemi. En 1608, on rempata et revêtit la muraille des deux côtés de la tour de. Sarenton, jusqu'à la tour Boterel ou Bocquerel. Le mauvais état de la muraille du donjon et de quelques autres constructions exigea un nouveau travail. On vendit du bois de la for^f 4^ h

Lande*Pourrie pour faire les réparations. De 1619 à 1620 on restaura la tranchée du pont-Ievis.

En 1729 le mur qui soutenait la porte de la seconde cour du château s'écroula. Le duc d'Orléans jugea convenable de démolir entièrement le château et d'en vendre les matériaux. La démolition se prolongea jusqu'en 1770. On ne conserva que la tour de Bareoton, à Touest de laquelle se trouvaient les halles. Cette tour, divisée en trois chambres voûtées, servit à renfermer les archives. Le bas fut affecté aux greffes, le milieu aux titres, la partie supérieure aux registres des notaires ^^^ A la place des anciens bâtiments ou logis seigneurial on éleva, sous les princes d'Orléans, le bâtiment qui sert de sous-préfecture. La tour des archives existait encore en 1839. Elle fut détruite peu à près. Le dessin de M. Poulain ^*\ artiste,prouve qu'elle ressemblait beaucoup à la tour Baudange , à Avranches. La partie supérieure était crénelée et présentait trois zones d'ouvertures. Cette tour était d'un bon effet, malgré la toiture sphérique qu'on lui avaîtimposée. Aujourd'hui il ne reste plus que la maison des ducs d'Orléans, qui ne mérite pas le nom de château, des murs d'enceinte élevés sur les anciens, l'emplacement de quatre ou cinq tours, reproduit dans le plan cadastral, la base du donjon, et des fragments de murs du xi* siècle dans les anfractuosités du rocher ^^\

Plusieurs comtes habitèrent ce château. Le premier, Guillaume Werling, fut rebelle .5 son prince ^*\ Guillaume le Bâtard, vainqueur à la bataille des Dunes, en 1047, lui enleva le comté pour le donner à Robert, son frère utérin ^^K Sous ce prince, le comté

(i) Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790. Tome I, p. lis et lU.

(2] Nous possédons une copie de cette tour et du château des ducs d'Orléans.

(3) Les princes d'Orléans usaient de ce château comme d*un pied à terre , quand ils voulaient se livrer au plaisir de la chasse Le roi Louis- Philippe est venu plusieurs fois à Mortain, dans son enfance, et en 1843, il aimait à rappeler ces souvenirs devant deux jeunes prêtres de TAvranchin, qu'il avait invités à sa table : MM. Lecourt et Raulin.

(4) Orderic Vital.

(5) Ibidm.

de Mortain atteignit un degré de grandeur et de gloire qu'il neconnût pas dans les siècles suivants. Le comté s'étendait non seulement dans rAvranchin, mais encore dans le Maine^ le Cotentin, elles évéchés de Bayeux et de Lisieux. Après la conquête, le comte Robert obtint un territoire plus vaste encore, en Angleterre, puisqu'il reçut le comté de Cornouailles, avec plus de neuf cents manoirs ^*\ C'est ce puissant comte qui fonda la collégiale de Mortain et le prieuré du Rocher. Il fut enterré dans Tabbaye de Grestain, où dormaient déjà ses ancêtres.

Guillaume II, fils de Robert, fonda TAbbaye-Blanche, mais ayant réclamé avec menaces la succession de son oncle Odon^ évêque de Bayeux, le roi s'en vengea en lui enlevant ses possessions anglaises. Rentré très mécontent en Normandie, Guillaume soutint Robert-Cou rte-Heuse en lutte avec son frère Henri I et voulut même commander Tavant-garde de son armée ^^K II fut vaincu à la bataille de Tinchebray, en 1106, et conduit au château de Kardif où il expia sa révolte par la perte des yeux et une prison perpétuelle ^^K

Etienne de Blois, neveu de Henri I, lui succéda ^*'. Devenu roi d'Angleterre, de préférence à Geoffroy Plantagenetqui avait épousé Mathilde, fille de Henri I, Geoffroy envahit la Normandie et vint prendre Mortain, en 1 1 37 ^^K La ville et le château furent repris par Etienne qui le rendit bientôt à Mathilde, dont il reconnut les droits, en 1152. Mathilde donna le comté à Guillaume III, bâtard d'Etienne. A sa mort le comté revenait à Mathieu de Flandre, mari de la fille d'Etienne. Henri II, contre toute justice, se saisit du comté. Les seigneurs de Mortain, liés à Mathieu par le lien féodal, prirent les armes et se rangèrent sous les drapeaux du baron de Fougères qui refusait Thommagé

(1> Domesday-Book.

(2) Orderic Vital,

(3) Ibidem.

(A) Ibidem.

(5) Ex Joannis monachi Majoris-Monasterii historià, Réc. des HUtor. de France, t. XIIi page 531.

af ppuvesiu duc de Bre^gw, Geoffroy, troisième ^k de Benri H^^^ Les révoltés furent battus à Dol et aux environs de Saint-J^mes.

Jean-sans-Terre fut comte de Ijiortain en 1 190, et devint ensuite roi d'Angleterre. Après le meurtre de son neveu« Arthur de Bretagne, Gui de Tliouars vint prendre ltt<3rtain en 1203, an nom de Philippe-Auguste ^^\ Ce roi maria son fils, Philippe Hurçpel, à Mathilde, fille du comte de Boulogne, Renaud de Dammartia. Mathilde ent en dot les comtés de Mortain, de Dammartin et 4e Boulogne. Uais son père étant devenu suspect au roi de France, Hortâin fut assiégé par Philippe-Auguste et emporté au bout de trois jours ^^K Philippe Hurepel reçut alors le comté de Mortain et mourut, en 1233. Mathilde, sa veuve, partagea le comté en trois parties et en donna deux au roi, cVst-à-dire Tiochebray et Domfront ^*K En 1270, saint Louis unit le comté à la couronne. Philippe le Hardi l'en détacha en faveur de Jeanne, fille unique de Mathilde. Jeanne épousa Philippe le Bon, comte d'Evreux, qui, en 1328, devint roi de Navarre après la mort de Charles le Bel. Mortain passa ensuite à Charles le Mauvais, roi de Navarre. Ce prince étant devenu Tennemi de la France, le roi Jean voulut s'emparer de Mortain, en 1354, mais il fut contraint de lever le siège. En 1378, Duguesclin vint Tattaquer de nouveau. Après une vigoureuse résistance, le château se rendit et le connétable le fit raser, m Destrui fecit ei oppidarum m^ros subverti ^^K»

Tombé en 1419 sous la puissance anglaise, Mortain fut remis en état de défense et resta trente ans, malgré des attaques nombreuses, au pouvoir des ennemis. Quand, en 1450, Jacques de Saint Paul, lieutenant du duc de Richemont, vint assiéger Mortain, la garnison du château déploya une résistance opiniâtre

(1) Robert du Mont.

(2) Villelmus Ârmoricus de gestis Philippi-Augusti. (S) Chronique de Saint-Denis.

(4) Acte de la division publié par M-tSauvage. Recherehet sur Varrondiis^" ment de HÊortain,

(5) Robert Cénalis, Hittoria GalUca.

et^ âpréb pTtisieoVs assaofô, dbnt qûe!qaes*un$ idarëretit depuis nidt josqn'aà soir, elle M voulut entendre aucune composition. Efle ne se rendit que lorsque tous ses défenseurs^ à ia réserve de cinq, eurent été tués ou blessés ^^>. Mortain redevint alors français, et ne fut plus siérieusement attaqué.

3^ Château du JUont-SaifitStieheL

Le château du Mont-Saînt-Mictielest le plus illustre de tous les donjons de rAvranchin. Ceux que nous avons décrits n*otfren^ plus que des ruines, celui-ci est dans un état parfait de conservation et aucun cbàteau de France ne peut revendiquer dei pages plus glorieuses que les siennes. C'est le château que l'en- Demi ne sut atteindre malgré tous ses efforts, le donjonqu'Àntoine Halley '-> appelle la montagne Vierge : « Morts virgoest^ unde infemum Deus arcuit hostem; » enfin la forteresse inexpugnable, méprisant toutes les attaques.

C'est un fort qui se rit des bandrolles de Mars Tant il est bien gardé de fidelies soldarts... lifàrs cent fois a esté sur Tinnombrable areine Que roule TOcéan plus d'un vol de canon...

Et cent fois à sa honte il a esté forcé.

Se voyant hardiment des gardes repoulsé, De lever tout siège et de quitter la place... (3).

La forteresse du Mont existait au x"* siècle^ puisque le duc Richard I,dès 966, fit entourer le monastère de fortes murailles. Richardut vero dux menia congrua monachis de $tw ibi md\ficar% fecU^'KCesi derrière ces murailles qu*Henri I se retira en 1091, et elles étaient déjà assez fortes pour que le roi d'Angleterre, Guillaume le Roux et Robert-Cou rte-Heuse ne puissent les escalader. Robert de Torigni ajouta de nouvelles fortifications

(1) D'Argentré, HUMrê de Bretagne, p. 821.

(2) AntonU /iaUcn, Opuscula miscellanea,

(3) La PrinMe du MinU-Saint-mchei^ par le poète Vitel.

(4) Gartulaire du Mont-Saint-Michel.

aux anciennes. En 4203, Gui de Thouars, partisan de Philippe- Auguste, vint l'assiégera la tête d'une armée bretonne qui, ne pouvant pénétrer dans le château, y mit le feu ^'K La révolte féodale de 1227, sous saint Louis, amena les Anglais dans nos contrées. Ils prirent Pontorson, mais n'osèrent s'approcher du Mont-Saint-Hichel. Le château de nouveau forti6é au xiii'' siècle, le fut davantage encore au xiv^, sous l'abbé Pierre Le Roy. Le castrum qu'il éleva est celui qui subsiste encore, après les nombreuses attaques dont il fut l'objet. Aussi sa description serat-elle facile.

Si le Mont-Saint-Michel possède de curieuses murailles couronnées par douze tours, le castrum présente aussi une enceinte particulière renfermant l'abbaye et la basilique de l'Archange.

Les fortifications du château étaient inutiles au midi où se dressent des rochers inaccessibles et des constructions fort élevées. Il en était de même au couchant. Au nord, les bâtiments connus sous le nom de la Merveille étaient considérables, mais le rocher offrait une pente moins abrupte qu'au midi. Pour la défendre on construisit des murs de courtine qui, partant de l'angle nord-ouest de l'abbaye, venaient rejoindre la dernière tour de la ville, à l'angle nord-est du monastère. Ce mur de courtine fut encore défendu par deux batteries à barbettes, c'est-à-dire par deux bastions avec plateforme pour les canons. A l'ouest, l'entrée du château était protégée par un travail avancé : une avantcour avec ses murailles, ses portes et ses échanguettes ^*K

Si les rois s'étaient réservé dans l'abbaye plusieurs salles basses dont ils firent des prisons et des cachots, le château proprement dit, avec ses passages intérieurs qui servaient en même temps d'accès pour aller au monastère, ne s'étendait que depuis la tour des Corbins, au sud-est de la Merveille, jusqu'aux bâtiments de l'abbatiale au midi. Après avoir traversé l'avant cour, on pénètre par une porte fermée jadis à l'aide d'une herse et

(1) wm. Brito.

(S; Pour tous ces détails, voir le plan en quatre grandes feuilles in-fol. de ringénieur Fontiac, en 1775.

qui s*oavre entre deux tours eocorbellées, munies de créneaux et de mâchicoulis. La herse franchie on monte une suite de degrés qui conduisent à la seconde porte toute bardée de fer, et dans un vaste corps de garde voûté. De cette salle on peut se diriger, dans la Merveille et dans Tarsenal qui se trouvait près des portes, ou bien dans les appartements du gouverneur, au bas des grands degrés, et enfin dans la salle du gouvernement située au-dessus du corps de garde. La salle du gouverment est éclairée, à Test, par huit belles lancettes trilobées. A côté, vers le sud-est, est le donjon, haute tour carrée, à cinq étages, munie de mâchicoulis, et possédant un escalier extérieur en forme de tourelle. L'étage inférieur de la tour servait de prison, les chambres supérieures renfermaient les archives de la place. Entre ce donjon et l'abbatiale existe un grand bâtiment à quatre étages qui formait le complément du château. Le rez-de-chaussée servait de magasin pour les boulets et la poudre ; au-dessus se trouvaient plusieurs chambres, désignées sous le nom de Petit-Exil, avec les apparteiflents du gouverneur. Tel est le château du Mont- Saint-Michel qui donne parfois son nom à tout le monastère. On dit en effet le château pour l'abbaye, et il est certain qu'on ne peut aller au monastère sans passer par le castrum»

C'est ce château du xiv* siècle que Tennémi ne put surprendre au XV® siècle, et sur les murs duquel le drapeau de la France ne cessa de flotter. Les villes du Cotentin et de rAvranchin tombèrent au pouvoir des envahisseurs. Seul le Monl- Saint-Michel lui opposa une résistance invincible. Jean d'Harcourt, puis Nicolas Paisnel et Louis d'Estouteville s'y fortifièrent à la tête de cent dix-neufchevaliers qui repoussèrent les efforts des Anglais. Le siège de 1423, sans résultat pour Tennemi, fut converti en blocus. Maîtres de Tombelaine et cantonnés dans les bastilles de Genêts, de Saint-Jean-le-Thomas, de Saint-Léonard, d'Ardevon et des Pas ^^\ les Anglais interceptèrent tous les

(i) Voir rexcellente Chronique du niant-Saira-Mieha et les pièces justificatives» par M. Siméon Luce, membre de llnstitut, 1. 1.

pa«Miges> ^pérftttt réduire par la faïUide Tés défenseurs del a forteresse. Valus efforts I les Bretons accoururent au secours des Mormands et la place fut ravîtàillée, malgi^é Fâ valeur des ennemis qui perdirent leur flotte et leurs matelots. En liSJS, Louis d'Estouteville fit une sortie et alla anéantir la garnison de Tombelaine. Ces succès animèrent les assiégés, et les moines, dont tous les biens étaient séquestrés, engagèrent les joyaux de ieor trésor pour continuer la défense. Charles VII, en 1426, leur permit alors de « battre toute sorte de monnaie^**. » En 1427, les noms des cent dix-neuf chevaliers furent inscrits, avec leurs armes, dans la chapelle du Trésor de la basilique et au bas de la luitte d'armes, on écrivit ces vers :

Le champ d'armes icy fut faict

L'an mil un vint et sept

Oa sont les armes et les noms

D*aiicups v&illans et nobles boms,

Lesquelz ont en l'obéissance

De Charles présent roy de France,

Jusques cy tena cette place

Par l'aide de Dieu et la grâce

Et de Monseigneur Saint Michel

Prince des chevaliers du ciel

Qui a toujours remède quys

 ceux qui l'ont céans requis

Par tout le temps de cette guerre (2).

Louis d-Estouteville était alors gouverneur, et c*esf sous sa conduite qu'eut lieu, en 4434, le 17 juin, veille de la fête de saint Aubert, la plus formidable attaque. Fatigués de la résistance du Monl-Saihl-Michel, les Anglais concentrèrent leurs forces pour en finir avec celte place. Ils vinrent, dit-on, au nombre de plus de vingt mille hommes, sous la conduite de sire de Scales. Leurs engins de guerre et leurs machines étaient formidables. Un héros d*armes vint somalër Louis dUstoutevîlle de mettre bas les armes, « Rapportez à votre maître, lui ré-

(1) Histoire du Mont^Saint^MicK$l, par dom Hiiy&ds.

(2) Dom âuynes.

pondit le capitaine normàDd, que nous sommes résolus à con^ server cette place à notre légitime souverain, ou à nous ensevelir sous ses débris ^^\ » L'attaque commença immédiatement. L-artillerie des Anglais ouvrit une brèche par laquelle ils s'élancèrent au cri de saint Georges. Les chevaliers normands répondirent par le cri de saint Michel et repoussèrent si vigoureusement Tennemi que près de deux mille Anglais furent tués sur la brèche et sur les grèves. Ceux qui échappèrent allèrent s'enfermer dans leurs bastilles, après avoir laissé la majeure partie de leurs engins sur la plage. Les vainqueurs recueillirent ces trophées glorieux qui existent encore en partie, comme d* impérissables monuments de cette victoire ^*\ Les Anglais ne tentèrent point de nouvel assaut, et, en 1449, ils se retirèrent après avoir mis le feu à leurs forteresses.

Débarrassé de l'ennemi, Charles YII envoya Danois féliciter les vainqueurs. En I469i pour conserver la mémoire de ces braves^ Louis XI institua Tordre royal de Saint -Michel, et se rendit à l'abbaye où il réunit le premier chapitre. C'est là qu'il remit aux chevaliers le collier d'or semé de coquilles et la médaille de l'archange portant cette devise : « Imimnsi tremor oceani ^*\ »

Pendant les guerres de religion, le Mont-Saint-Michel redevint, contre les Huguenots, une forteresse invincible. En 1 577, vingt^sept protestants, envoyés par le sieur de Touchet, entrèrent dans le Mont sous Thabil de pèlerin ; mais ils ne purent ouvrir la porte à leur chef et se rendirent à la première sommation de Louis de Yicques qui devint gouverneur du Mont. Douze ans après, Louis de Lorges^ de Montgommery pénétra dans la ville par surprise, avec des soldats. déguisés en femmes; mais n'ayant pu gagner le ch&teau, de Yicques les fit déldger aussitôt.

En 1591, deux chefs protestants, les rieurs de Sourdeval et

(1) Aristide Guibert, Um FtUe« de France.

(Y) Cette victoire est attribuée par les annalistes du Mont à la protection de saint Michel et de saint Aubert.

(3) Hietoire du M ont-Saint- Michel, par dom Jean Huyoes. T. ▼. ao

de Montgoaraiary essayèrent encore de corrempi è un soldât d^ la place pour entrer par ruse dans le Hont-Saiot-Miehel. Ils devaient s'introduire à l'aide de la grande roue qui serfaitimon-* ter les provisions ; mais leur projet ayant été révélé par celui au-^ quel ils s'étaient confiés, ils perdirent beaucoup de monde (*>.Les tentatives de Boissuré, ou du sieur de Belle**Isle, n'eurcAt pas plus de succès, et les protestants ne purent januis entrer éavs le château.

La forteresse ne se soumit à Hetri lY qu'après sa eonversioB, en 1 593, et à cette dat« se termine l'histoire militaire du MO0I- Saint-l(ichel, qui ne fut plus attaqué.

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