IV. Pantorson
Le château de Pontorson joue un rôle de& plus imporlants dans les guerres qui eurent lieu entre la lltormandie et la Bretagne. Situé alors à l'extrémité de la Phinee, sur les rives du Gouesnon qui le séparait d'un peuple trop souvent enneatii^ Pontorson fut un boulevard puissant contre les invasions bretonnes. Le traité de Saint-Glair^sur-Epte, qui avait donné auai Itormands toute la Neustrié avec la suzeraineté de It Bretagne, ne fut pas facilement accueilli par tous. Les Bretons qui avaient gardé, pendant plus d'un demi-siècle, le Gotenttn et fAvrancfalft, ne rendirent qu'à regret une partie de leurs possessions et prétendirent n'être nullement assujettis aux Nomands. De là des guerres très acharnées entre les demx provinces. Les Bre^ tons furent souvent vaincus, diais jamais soumis. Aussi pour se venger des ravages quMIs avaient éproavés». ils firent de nom-* breuses incursions dans l'Avranehin. Four les contenir et les ajrrôter, nos ducs construisirent plusieurs obâieaux qui formè^ rent tomme une diatne defort9eresses défensives, dont Fontorsoa forma un des principaux anneaux.
(1) Montgommery perdit qu&ire'-vhigt-dix-hait soldai» qai furent enterrés dans les grèves» à quinze pas éeà poulnuk On donna te nom de montgommeries aox saUes basses de la MerveiUe, dans lesqneBes Ito soldats de Montgommery pédiMtèieiit.
Son cUteW fat eoD^trtiit de 4 098 à 4035 p«r le dqc Robert » père de Gnillaame le Goaqttéraat. Il fui refait, d'aprèâ Robert du M<iint,eii113S, p«rH6ttriI(«\
A peine achevé, il fut attaqué par Geoffroy Plantageuet et se rendit sans résrstanee. Le fils de Geoffroy, devenu roi d'Angle^ terre 90UI le nom de Henri II, le fit encore réédifier en 4458 : « Benr%cu9 rex Ànglorum... perrexit ad Pontem Vrsonis... ei ordinavit quamodo ca$tum iHud remdificantur ^^K » Cechâteau fut brûlé ea 44 74 ) et restauré de nouveau. Guy de Thouars le prit néanmoiDS, en 4203. Au xni* siècle il fut fortifié et agrandi, mais avant de parler des nombreux sièges qu'il subit au xiv* et au XV* siècles, donnons une idée de ce castrum ^^K
La ville, entourée de fossés profonds, avait deux portes prineipa^ les, l'une à l'orient, l'autre à l'occident, avec plusieurs tours et un bastion puissant vers le nord-est. La porte de l'ouest, ouvrant sur leCouesnon, était défendue par deux grosses tours, dites les tours brettes. Le donjon se dressait à une certaiue distance du fleuve. Le bloc de maçonnerie qu'on aperçoit près de la rivière provient d'une tour du pontet non du chAtean. Nous possédons un dessin de ce donjon remontant au comméncemeût du xwf siècle. Son plan est rectangulaire et la façade qui donnait sur la rué principale offrait une porte cintrée surtnbnfée de cinq ou six étages et couronnés par des créneaux. Les angles de cette façade possédaient, comme le château d'Âvranches, des contreforts en forme de colonnes élégantes, avec bases et chapiteaux ^*K
C'est ce châteauqueDuguesclin défendit au xiv® siècle. En4361 , il y battit un corps d'Anglais et prit Felleton, leur chef, qu'il retint prisonnier jusqu'à ce qu'il eut payé sa rançon. Pendant sa captivité, Felleton corrompit une des chambrières de Tiphaine,
(!t)€lirQQifub diili(}pt-S$iiit*Mi6]iel.
(2) lUdim,
(3) Le plan du chàteaa de Pontorson est conserrë à la bibliothèque natiô' nale. On y indique une sorte de second retranchement, appelé le petit cb&teau.
(4) Plan de la paroisse de Gendres, aux archives de la mairie de Pontorson.
femme do connétable. Pour un peu d'or, cette fille promit de Ihrer le château. Il y avait trois jours que l'ÀDglais avait recouvré sa liberté, lorsqu'il profita de l'absence de Daguesclin pour essayer de prendre la place. A l'aide d'une échelle, attachée à une des fenêtres du donjon, les Anglais montèrent à l'assaut, pendant que la chambrière Alix limait les barreaux. Julienne, sœur du capitaine, entendant, au milieu de la nuit, les grincements d'une scie, se leva, armée d'un glaive, et se dirigea au fond d'un corridor qui donnait sur une des principales ouvertures de la tour. A sa vue, la chambrière prit la fuite. L'Anglais, sur le point d'entrer, fut transpercé par l'épée de Julienne, qui coupa aussitôt l'échelle. Les ennemis en se retirant furent rencontrés par Duguesclin qui les ramena prisonniers à Pontorson. Quand le redouté capitaine eut appris la trahison d'Alix, il la fit coudre dans un sac et, du haut du donjon, on la précipita dans les eaux du fossé <*>. .
Ed Tain son corpt f riasonne et ses genoax fléchissent ; De son maître irrité les ordres s'accomplissent. Au faite du rempart, dont un angle isolé Oppose à Fassaillant et son (iront crénelé Et d'un large fossé sa base environnée, Par les mains des archers la yictimc est traînée EUe tombe, un cri part et Tonde a rejailli.
D'une muette horreur chaque firont â pâli (2).
Charles V donna, en 1377, la vicomte de Pontorson à Duguesclin, et le château à son frère d'armes, Olivier de Clisson. Après la mort de ces deux illustres chefs, Pontorson tomba au pouvoir des Anglais, dès 1417. Le duc deRichemont, avec vingt mille Bretons, le leur reprit en 1425, mais il le perdit bientôt, après l'infructueuse attaque de Saint-James. Pontorson ne revint à la France qu'en 4449, après une résistance de quelques jours seulement.
(1) M, de GerviUe» les châteaux forts.
(i\ Le château de Pontorson, par Mme Amable Tastu.
PendaDt les guerres de religion, Pontorson devint le boulevard du calvinisme dans la Basse-Normandie et eut pour gouverneurs les seigneurs de Hontgommery. Les réformés conservèrent encore cette place, même après la paix, comme une de leurs villes de sûreté. Le 20 septembre 4580, deYicqueSy chef des catholiques dans TAvranchin, et le duc de Mercœur, qui commandait les ligueurs en Bretagne, Tinrent attaquer Pontorson, pour en chasser les protestants. La ville fut environnée d'un nouveau fossé qui devait mettre les assiégeants à l'abri des feux* de l'ennemi. De Yicques, gouverneur d'Avranches, avant de livrer l'assaut, voulut donner une idée de ses forces au capitaine La Coudraye, autrefois lieutenant dans sa compagnie. Il l'invita à dtner, et alla même au-devant de lui, jusqu'à la contre-escarpe, mais il y trouva la mort ^^K La Coudraye, suivi d'une quarantaine d'hommes, se jeta sur son ancien chef et le tua. Cette trahison mit en désarroi l'armée assiégeante qui se retira précipitamment à Avranches, à Dol et à Saint-Halo. A partir de cette époque, Pontorson ne fut plus assiégée. Le château et les murailles de la ville furent restaurés par Gabriel II, comte de Hontgommery, qui fit de cette place sa résidence ordinaire et comme sa propriété particulière. Son influence y était considérable, et les protestants pensaient encore à le réclamer comme leur chef, lorsqu'un arrêt du conseil du roi Louis XIII décida que les fortifications de Pontorson seraient rasées. Hontgommery donna son consentement et fut indemnisé. Les travaux commencèrent le 3 octobre 1 623 et ne se terminèrent qu'au mois d'avril de l'année suivante. Les frais de ces travaux incombèrent aux contribuables des élections de Combourg, Saint-Halo, Avranches, Hortain, Vire et Coutances ^^\ Les habitants de Pontorson conservèrent néanmoins leurs privilèges, leurs exemptions et leurs libertés.
(1) DoD Haynes.
(2) Lettres patentes du roi Louis XIII, octobre 1623, Archives duCdTidos, et cahiers des Etats, tomej II, page i5i.
Y. SamtrJam^s.
Le ch&teao et la ville fieirte de Saiat-James furent fàuAés par 6Qillaun)e> dac de Normandie, p^u d'années avant la conquête d'Angleterre. Au qord de la ville on voit encore des restes de rem-' parts; le cbâtèau n'a conservé au midi que son emplacement et des sabstructions dont il existait des débris considérables au commencement du siècle. Ce eastrum avait, comme A Pontorson, son enceinte particulière. Charles V, en 4379, y fit construire une porté spéciale, appeléeMa poterne, pour sortir dans la campagne, sans passer par la ville. La tour qui touchait aux murailles url)aines, c'est-à-dire le donjon, « fat guéritée et ordonnée dételle manière que Top pouvait être en ycelle sabs le danger des habitants ^^K » La ville avait trois portes : celle de Fougères, celle d'Avranches et celle de Saint-Hilaire. Les fortifications^ entourées de fossés, possédaient plusieurs tours rondes ou carrées, avec un bastion situé veirs l'oued, près dé Tégltse de Saint-Martin-de-Bellé qui touchait aux remparts. Le côté le plus faible était au couchant, aussi était-il défendu par un boulevard et un retranchement en terre qui s'étendait de la rivière du Beuvron à celle de la Diergè. En tempis de guerre , cette tranchée connue sous le nom de Haie-de*Terre, et qui e?^iste encore, empêchait Taccëssion de la ville du côté de la Bretagne. Au midi, à l'est et au nord, la forteresse de Saint-lames formait un cap entouré d'une profonde vallée au bas de laquelle c^ule le Beuvron. Guillaume le Conquérant, à l'aide de barrages, fit, avec la rivière, un vaste réservoir d'eau, qui forma trois étangs au fond de la vallée, pour défendre la ville et le castrum ^^K GrAce à sa position et à tous ces travaux d'art, la ville de Saint-James devinât une place très forte et d'un accès dU&cile. Le duc de Normandie en donna la garde à Richard Goz, vicomte d'Avranches.
(t) Acte de Charles V, dans les Châteaux de M. de Gerviile. (2) Acte de la fondation de la forteresse de $aint- James , par OaîHanme le GonqaérantytlanslecartulairederAbbai^de daint-Bènoit:SUr-Lpire^ en |Q66*
Aa commeiieemettt du xi* siftcle^ Henri I en fit hommftge h Hugues le Loup, cottite de Ghester et d'Àyranclies, en récompense de ses services. Les successeurs de Hugues oooseryërent la pos** session de ce château, jusqu'au commencement du xuf siècle \*K
Sous Henri II, son fils Geoffroy, comte de Bretagne, reçut rkommage des barons de cette province, excepté de Raoul de Fougères qui prit les armes contre lui. Raoul fut soutenu par un grand nombre de seigneurs de rAvraDchin et en particulier par Hasculptre de Saint-Hilaire et Hugues Kerveliok, comte de Che^er, propriétaire du château de Saint-James. Raoul de Fougères ayant été vaincu à Dol avec ses partisans, Hugues de Ghester fût fait prisonnier et conduit en Angleterre. Il perdit son château de Saint-James qui avait été brûlé pendant la guerre.
Henri II lui pardonna peu après, reçut son serment de fidélité et lui rendit le château de Saiot-James. Ranulfe III, fils du comte Hupes, épousa, en première noce. Constance, duchesse de Bretagne et veuve de Geoffiroy, fils de Henri II. Gette princesse, répudiée ensuite pour cause d'adultère, épousa Guy de Thouars. Ranulfe l'ayant rencontrée à Pontorson, la fit arrêter, et, pendant près d^un an, la retint prisonnière att château de Saint-James <*\ Le comte de Ghester et d'Avranches ayant pris la défense du roi Jean-sans-Terre, perdit ses propriétés normandes et spécialement son château de Saint-James qui fut pris par Guy de Thouars <^>.
Pendant la minorité de Louis IX, Pierre de Dreut, dit Hauclerc, comte de Bretagne, eut la garde du château qu'il fit for-^ tifier. Ge duc s' étant révolté contre le roi de France, fut vaincu â La Haye-Pesnel, et se vit bientôt abandonné de ses partisans. Ayant demandé sa grâce elle lui fut accordée, mais une des conditions du traité fut que Jean de France, âgé seulement de sept afis, épouserait la fille du comte de Bretagne, et qu'on lui don-
(1) GuiUelmus Gemeticensis.
(S) Généalogie du comte deRiohemont» RêcueUi dêê BkiMmê 41 ffrafice.
(3) W. Brito.
neraît en dot plusieurs places fortes, parmi lesquelles figure Saiot-James '^^K En 13(6, cette place fut ensuite cédée à Jean III, dit le Bon, duc de Bretagne ^*K Avant le milieu du xiy** siècle, Saint-James était rentré sous la domination française. Après la défaite de Grecy, en 1346, l'anglais Renaud de Gobehen vint assiéger Saint-James, mais il fut repoussé avec pertes, par le gouverneur Raoul Guiton ^^K La place fut prise et reprise après la bataille de Poitiers et, en 1418, elle resta aux Âpglais qui surent la conserver. En 1425, Jean V, duc de Bretagne, ayant abandonné le parti anglais pour se rallier au roi de France, chargea son frère Arthur, comte de Richement, de prendre différentes places fortes de TAvranchin. A la tête d'une armée très considérable de Bretons, Arthur s'empara de Pontorson et vint assiéger Saint-James. Les Anglais, ayant alors pour commandant Thomas Rameston, s'y défendirent avec un grand courage et remportèrent sur les Bretons une. victoire éclatante. « Ce fut en caresme (1425), nous dit G. Gruel, his- » torien du conétable de Richement, et ne dura le dict siège » que huit ou dix jours. Et dist-on que le chancelier de Bre- » tagne fit retarder le payment des gens de guerre, et à l'oc* » casion de ce ils n'avoient de quoy payer les marchands qui leur » ammenoient les vivres. Et pour ce fut conclu l'assaut par » grande délibération du conseil. Et quand ceulx qui estoient » au dict assault devers l'étang montoient pour combattre main )^ à main à ceulx du dedans, ils veirent une compagnie de y^ gens d'armes qu'on avait ordonné à faire les courses durant » ledit assaut. Car le comte de Suffolc et le sire de Scales ^ estoient à Avranches. Et ainsi cuidèrent nos gens que ce » fussent les Anglais et se commencèrent à retirer ^^\ »
Dom Lobineau, dans son Hiêtoire de Bretagne, explique la panique des assiégeants et nous apprend que les Anglais Leur
(!) Trésor dei Chartes,
(S) Dom Lobineau» Histoire de Bretagne. .
Iz) Trésor d$s Chartes.
(i) Fie du connétable de Bichemont.
firent entendre que ces compagnies bretonnes, qu'ils araient aperçues sur les routes, étaient des Anglais qui venaient au secours delà place. «Les Bretons, nous dit-il, n'avaient pour aller » à un boulevard qu'ils devaient attaquer, qu'un petit chemin » difScile, et dans le moment où ils commençaient à descendre » dans le fossé, ils entendirent crier des deux côtés : Salberi et » Suffolkl ! I En même temps Nicole Burdet, qui commandait » dans le boulevard, fit une vigoureuse sortie par une fausse » porte ^^^ » De Serres nous donne le résultat de cette sortie : « Les Bretons qui étaient à l'assaut se résolurent de quitter » l'échelle pour se rendre dans le camp. Leur retraite était dif- » ficile à cause d'un vivier de fort étroite avenue qu'ils avoient » gaigné avec grande peine. Les assiégés (les Anglais) voyant » que les Bretons quittoient la muraille, sortent après eux, » regaignent le quartier abandonné où il y avait une pointe qui » flanquoit le vivier et y jettent soixante archers. Il se trouvait » huit à neuf cents Bretons enclos entre les murailles et le » vivier et la pointe gaignée. On les pouvoit aisément choisir » l'un après l'autre. Le reste donc de la garnison Anglaise qui » estoit moins de cinq cents sortant furieusement de la ville, » donne sur les Bretons efréyés qui sont ou percés de fièches ou » désespérés se lancent dans le vivier et enfin massacrés plus » de huit cents ; le camp abandonné et pillé, dix-huit enseignes » et banières de Bretagne perdues, beaucoup de prisonniers, » après que l'Anglais fut las de tuer. Les morts plus signalés : » les sires de Molac, de Coitiny, de la Hotte et plusieurs capi- » taines de marque ^'^ »
Le jour Saint-Pierre 1448, le maréchal de Lohéac reprit le château sur les Anglais, sans beaucoup de difficulté -'^ et Saint- James ne joua plus qu'un rôle secondaire, pendant les guerres de religion. La Bretagne cessant d'être une province indépen-
(1) Dom Lobineau, Hktùkré de Brtiagn».
(9) Inventaire de «SerrM, fol. 678, à l'an 14S5.
(3) Chartrier de M. de Guiton, M. Lehëricher, tome U, p. W.
Lm sergenteries de rATranefain au XIV* sidele et Hmpftt assigné à chaque paroisse.
5* Architecture militaire,
Gh&teaux des Tilles ; leur description et leur histoire.
Ghftieau . d'Avranehes. 286
Château de Mortaîo. 290 .
GhAteau du Mont-Saint-Michel. 301
GhAteau de Pontorson. 306
Ghàteau de SaintJames, 310
Goutances.— Imprimerie de SALETTES, libraire