‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 8 sur 57 · V. — AUuvions · texte numérisé non relu

V. — AUuvions

1 ^ j^lluvions anciennes. — Ces alluvions se remarquent principalement dans la chaîne dentelée qui commence au pic de l'Ermitage, à Mortain, et finit aux rochers de la Fosse-Artour, en Saint-Georges -de-Rouelley. Les eaux, en se précipitant dans la plaine, ont creusé de profonds ravins, dénudé les crêtes de la montagne et entraîné des blocs de grès siluriens que Ton aperçoit encore sur le flanc des monts ou au fond des vallées^ Ainsi, dans les vallées de Barenton et de Saint-Cyr-du-BailleuI, au milieu d'une terre argileuse, micacée et souvent grisâtre, on trouve des fragments de silex, de grès, de quartz, de jaspe de différentes couleurs. Le même diluvium se remarque à Mortain où il est représenté par un tuf calcaire, à Sourdeval et dans plusieurs autres communes du bassin de la Sée.

Des alluvions non moins anciennes recouvrent les leptynolytes et les phyllades. Elles sont formées de parties tenues et fragmentaires : des sables siliceux, des maclifères grisâtres souvent recouverts d'un lit d'argile. On y trouve des galets aussi polis que ceux de nos rivages maritimes, des fragments de quartz amorphe, de pegmatite, de diorite, de porphyre, de schistes avec macles. Ce diluvium se rencontre aux Loges-Marchis, à Saint-Brice, à Saint-Martin-de-Landelle, à Yézins, à Montjoie, à Saint-James,

(1) M. Bonissent : Essai Géologique sur le département de la Manche, p. 308.

(2) M. Dalimier : Stratigraphie des terrains primaires du département de la tfancAe, 1861.

à Siaîùt-Lâutèirt, â ^aiùï-Artbin-de^Terregatle, à Sâlttt-Sénierde-èeuvrotï, à Dttcey, à Poillcy, à Tabbaye deMûtitûiord, àSacey à Les Pas, à Moîdrey, au Yal-Saint-PàiY, à Vains et à Grenéts.

A Viïlédiett, les mêmeâ débris se troutent agglutinés avec des scbistés rouges, roses ou verdâtres qui forment des pondingnes et des brèches. Cest un diluvium rouge que nous retronvons à Saint-Jean-du-Corail et à Bion, au milieu d'une argile et de riches minerais de fer exploités dans les forges de Bourberouge. Il existe à Caroiles, à Bouillon, à Granville d'autres minerais de fer, de cuivre, de zinc ou de plomb, mais trop faibles pour être utilisés. Le fer donne seulement naissance à une foule de sources minérales.

2° Alluvions modernes. — Au diluvium succèdent les alluvions modernes formées de siècle en siècle et appartenant généralement aux temps historiques. Elles comprennent les tourbes des montagnes, les terres de bruyère composées de lichens, de graminées, de feuilles etde débris d'arbres. Elles se trouvent principalement dans la forêt de la Lande-Pourrie, à Blanche-Lande, à la Lucerne, à Savigny-be-Vieux, à la Chaise-Baudouin, et dans la plupart de nos bois et de nos taillis.

Là tourbe des vallées ne présente généralement qu'un dépôt Vaieûx abandonné par les eaux fluviales, et par le flut et le reflux de la mer, à Tembouchure de nos rivières. Ces dépôts se remarqi!rent surtout dans les marais qui longent les rives du Couesnon depuis Antrain jusqu'à la baie du Mont-Saint-Michel. Dans ces terrains qui ont jadis fait partie du domaine maritime, on a découvert différentes couches de tourbe, de tangue, de terre végétale avec du gravier, des fragments d'arbres, de coquilles, des produits de l'industrie et des ossements d'hommes ou d'animaux.

Ainsi, eu 1834, dans la vallée de Beuvron, en dessous de Saint-James, on mit au jour une sorte de pirogue faite d'un tronc d'arbre et renfermant un squelette ^'\ Nous aurons occasion de

(.4 ) Awomhm rMnwMnial et kiiîor^iu$, par M. U Héiichor» t. II, article Saint-James.

rappeler d'autres découvertes semblables, en parlant des rivages maritimes.

La mer, en détruisant la forêt de Quokelunde qui s'étendait jadis jusqu'au Mont-Saint-Michel, a donné naissance à des marais, à de vastes tourbières qui occupent une bonne partie des communes de Beauvoir, d'Ardevon, de Huynes et de Courtils.

Des atterrissemeuts considérables se sont également formés dans la baie du Mont-Saint-Michel et en ont insensiblement exhaussé le niveau.

Ces atterrissemeuts de sables, désignés sous le nom de tangue ou de sablon, sont un mélange de vase argileuse, de limon d'eau douce et de sables marins combinés avec des débris imperceptibles de différents coquillages.

Echauffées par le soleil, ces tangues produisent des efilorescences de chlorure de sodium qu'on recueillait pour en faire du sel. Ces tangues forment aussi d'excellents engrais qui sont utilisés dans différents terrains du pays. Aussi la plupart des communes du littoral ont-elles leurs routes, leurs voies tangueuses, destinées aux voitures qui viennent enlever ce sable calcaire. On emploie aussi pour le mortier, un autre sable maritime dont la composition difi^re de la tangue. Il provient de roches quartzeuses, granitiques et phylladiennes très atténuées. On y trouve des galets de différentes formes, une variété de coquillages complets ou à l'état de fragments. Poussés par les flots dans nos anses et accumulés par les vents, ces sables ont formé des terrains plus ou moins étendus auxquels on a donné le nom de dunes. Ces dunes se trouvent à Genêts, à Dragey, à Saint-Jean-le-Thomas, à Bouillon, à Saint-Pair et à Donville. CçUes de Genêts et de Dragey ont été fertilisées ; bientôt celles dQ Bouillon, de Saint- Pair et de Donville seront également gagnées à l'agriculture.

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