CHAPITRE II
Orographie
Quand le voyageur pénètre dans la partie orientale de TAvranchin, il ne rencontre, à chaque pas, qu'un terrain bizarrement contourné : partout des monts et des vaux, des pics isolés, des roches altières, d'immenses tumulus où l'herbe croît à peine, des croupes arrondies, stériles ou boisées, des vallées profondes oii mugissent des torrents, de larges déchirures dans lesquelles les rivières s'engouffrent en formant des cascades; il se croirait alors à l'entrée de la Suisse ou de la Savoie. Il est, en effet, dans la contrée la plus montueuse du pays, dans le Val-de-Mortain, in FalU Moretonii.
Nous avons parlé des soulèvements qui ont donné naissance à nos montagnes. Le principal est Tépanchement granitique de l'époque silurienne. Il forme un massif considérable qui s^étend de Saint-Georges-de-Rouelley à Saint-Pois, de Mortain à Ger et jusque dans TOrne, le Calvados et l'arrondissement de Saint-Lo où commencent les collines du Cotentin. Le point culminant, 368 mètres, est Saint-Martin-de-Chaulieu dont le nom chrétien cache peut-être celui d'une divinité topique. Les principales altitudes qui entourent le géant de ces monts, et forment avec lui un plateau considérable, sont, au nord de la Sée : le Hont^Robert,
â37 mètres, ea Saint-Pois. Il a été chanté sous le nom de Coupeau Robertin, de Bossu MorU-Robert par le poète Jacques de Champ- Repus qui localise sur sa cime le logis d'Apollon et des muses ^*K Le Beau-Moncel, 333 mètres, et la Naizière, 280 mètres, dans la commune de Montjoie dont Téglise s'élève elle-même sur un mamelon de 324 mètres. Le Mont-Levon, 211 mètres, entre Hesnil-Gilbert et Saint-Pois. Habile, selon les légendes, par les bonnes et mauvaises fées qui, sur son sommet, se livrent une guerre perpétuelle, il apparaît comme une majestueuse pyramide au milieu de la plaine ; le Hont-Perlé ^ 302 mètres^ en Périers-en-Beauficel; le Mont-Chabot, 338 mètres, en Vengeons.
Au sud de la Sée : le Hont-Turgon, 480 mètres, le Mont- Fort et le Mont-Eron, 338 mètres, sur les limites des trois paroisses de Sourdeval, deBrouains et de Chérencey-le-Roussel; la Butte-Elier^ 300 mètres, au midi de Sourdeval ; le Mont- Fautrel, Sfon^-FabreUi, 34 i mètres, cité en 4082, dans la charte de fondation de la collégiale de Mortain, et le Mont-dela-Roche-Fiche qui doit son nom à un menhir placé sur sa cime. Ils s'élèvent tous les deux dans la commune de Saint^Cllément, ainsi que les buttes de la Sablonnière, 345 mètres, et du Beau- Yallon, 286 mètres.
A l'orient : le Mont-Héry, 342 mètres, en Sourdeval; les Herbeux, 343 mètres, la Butte-Lesard, 306 mètres, la Butte-dela-Touche, 307 mètres, dans la commune de Ger. Sur la limite de Saint-Sauveur-de-Chaulieu, la Butte-de-^Brimballe, appartenant au Calvados; 367 mètres. Elle offre, après Saint-Martinde-Chaulieu, la plus haute altitude.
A Mortain commence une chaîne dentelée, une gracieuse cordelière dont les crêtes se détachent dans Tazur du ciel, comme une Sierra espagnole. Elle limite, au midi, l'immense forêt de
(1) Voir dans les œuvres de Jacques de Champ-Repas, né à Saint-Pois, dans la seconde moitié du xvi* siècle, son Discours sur la' paix, p. 108, et la Description de la Maison d^ApoUon et des JHiues, p. 118. Rouen, 1603, et l'édition de 1864.
Ift Lande-PMrrie, Landa-Putrida, et seeontfane dans l'Oraei h Maine «Ula Bretagne, avec de nombreases ranificatioDS. Les prineipaux pics sont : la Mootjoie, renlériDant dans ses flancs la grotte aux Sarrasins, dont le sommée a paru, à certaines imaginations, couronné d'un Jupiter assis; le pic de l'Ermitage, le point culminant de la Montjoie, d'oii la vue s'étend sans limiter, sur la Basse-Kormandie, le Haine, la Bretagne et la baie du Mont-Saint^Iicbel, dit mèlres; les monts de Ruandel et d^e Bonrberouge, 300 mèlres, près du ehâleau et de ïwsim métaltorgifiie du môme nom; les monts de la FolMaie, Foliola^, en Barenlon, frès de Taneien easêrum om harifa normande dont le nom est cité dans le polypticum du diocèse d'Àvranobos, remontant i l^nnnde 1448. Ils oMiprennent oincf ou six pics dont le plus important est celui de la FentaÛMh-Bouillanln, 366 mètres. Af rès ces crêtes, viennent celles do SaiotrGeopf es dont les plus connues sont les deux monts d« la Foas^Aitour, 21 5 mètres, avec lenrs grottes légendaires, au pied desquelles coule la Sonee. Ce sont ces monts, les plus élevés du département de la Manche, qui ont principalejoaeot formé le Val-^de-Ki»tain, FaUis MortonU^ aonvont mentionné dans les «rcbives dio* eésaines, pour désigner l'ancien arcàidiaooné de celte oon* trée. ^*> Après les monts du Yal-de^Mortain, il ne reste plus que les
(i) Ce joli mot : le Val-âe-Mortain est le véritable nom de l'aneién arefaidiaoo^ô ou eamtédeMcHTtain. Waee le dësigae sous cette «pjpeUation» ¥al-d«- Woftm, Le peuillé Au diocèse d'Avranches, de liia» dit : Tarchid^cre ou l'archidiaconé du Val-de-Mortain : Arehidiaconus, A,rchidiaconatu8 VaUu Moretonii. Le plus puissant et le plus illustre des comtes de Mortain, Robert, frfeie de GoiUaumc le Conquérant, désigne lui même le territoire s^mis à 91^ juiidictiQn squa jle nom de Ytf^de Moctain « in tota VaUg âloretonii. » (Charte de la fondation de la collégiale de Mortain, lOSa.) Le terme lUortainais qu'on a dernièrement substitué à Vat-^'lUortain, est une qualification de fantaisie qui n'est ni régulière ni administrative. 11 est aus9ji 9iaguli«r ^ue ^^nx de : Smt-Lcv^, Yaloipiaip, Qherbour^eois poux d^sipw Ifii arrondiswwents de Saint-Lo, d§ Vftlogi^eiia ou de Che^riM^g» (VM ne ^ont quçi ûe» division^ de la Uaoçbe ou de fançiQP Çot^^tio comme Mortain en était une de rAvranchin.
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collines granitiques qui, pour ainsi dire soudées au massif de répoque silurienne, se dirigent vers la mer, en diminuant de hauteur. Elles forment trois lignes parallèles au nord de la Sée, entre la Sée et la Sélune et au midi de cette dernière rivière.
Les principales altitudes de la colline du nord, en partant de Saint-Pois, sont : le Nid-au-Jan, 264 mètres, en Coulouvray ; la Herissinière, 206 mètres, en Saint-Hartin-ie-Bouillant; la Butte, 235 mètres, en la Chapelle-Cécelin ; le Mont-la-Berge, 224 mètres, entre Saint-Pierre-du-tronchet et Sainte-Cécile; la Buttedu-Vieux-Manoir , 20S mètres, en Rouffigny; la Corbière, 183 mètres, et les Monts, 196 mètres, en la Trinité; le Mont- Jouy, 219 mètres en Saint-Jean^du-Corail ; la Butte de la Vallée, 178 mètres, et les Hauts-Monts, 166 mètres, en la Cbaise-Baudouin ; la Butte de la Porte, 203 mètres, en Sainte-Pience.
A partir de cette butte nous n'avons plus à signaler que des hauteurs au-dessous de 200 et même de 100 mètres. Dans la commune de Braffais nous citerons : La Trigale et les Chàteaux- Tourbotins, 129 mètres : ils rappellent encore des légendes de fées et de combats gaulois; la butte de Plomb, 183 mètres; le tertre de Neuville, 115 mètres, au nord de Saint-Jean-de-la- Haize; le Hont-Servot, 122 mètres, en Subligny; la butte du Grippon, 123 mètres ; le Vesvai, 107 mètres, en Lolif ; le Moret, 121 mètres, entre laRocbelle et Champcervon ; la butte du Télégraphe et le Mont-Daniel, 93 mètres, en la Lucerne ; Montviron et sa Butte-aux-Gros, 105 mètres; la Butte-Magny, 107 mètres, en Ronthon ; Les Blins, 55 mètres, en Dragey; enfin les falaises qui terminent le soulèvement granitique sur les rives de Tocéan. ABouillon elles ont 67 mètres, c'est-à-dire au Pignon-Butor, ainsi nommé à cause de ses minerais de cuivre et de zinc qu'on prit, au XVI* siècle, pour une mine d'or ; au-dessus de l'église et en face du lac, elles atteignent 79 mètres; à CaroUes leur altitude est de 74 mètres au-dessus des grottes ou galeries creusées par la mer, et de 71 mètres près du camp romain et des ruines de la chapelle Saint-Clément, qui fut jadis une léproserie monacale ; à Champeaux, leur hauteur s'élève à 87 mètresà la Hoguelle,
et à d6 mètres au-dessous du manoir. Ce sont les ptus h^n^ falaises du département après celles de Jobourç, quj cQfnptent jusqu'à 128 mètres d'élévation ^*\
Parmi les pripcipales cimes de la chaîne centrale qpi par( 0e Hortain, nous citerons : Le Pilon, dans les Bruyèfes de la i|istice, 285, et le plateau des Fresnayes, 276 mètres, à Romagny; la fjuttfh Charlemagne et la Belle-Fontaine, près de Juvigqy, 287 mètres; les Ifonts et les Vaux, 234, à Mesnil-Rainfr^iy; la Chaise-Befthe, regardée comme un ancien sanctuaire druidique, 242 mètre§, à Reffuveille; le Hont-Bouée, surmonté naguère d'un dqlmen, let s'écartant de la ligne droite du faife poi)r s'avancer, comme un cap, au milieu des schistes maclifères, 186 mètres, en Montgothier; le Beau-Soleil, 206 oiètres, dans la commune duGrsind- Celland; le Châtelier, 168 mètres, con^muoe du Petit-Celland. C'est à son ^pmmet que se trouve ce curieux retranchefuent qu'on a si singulièrement attribué à Sabiqu^, bien que C^ar rindjlque au sein même du territoire des Unelli, « in fines Uneîlortm per^ nenit » expression que Cé$ar emploie toujoufs pour indiquj^r qu'il pénètre dans l'intérieur d'un pays. Ce Châtelier, avec les terres environnantes, était une propriété épiscopale et i) est désigné dans la plus vieille charte de l'Eglise d'Âvranches, sous le nom de Castiniacum, le lieu boisé j la Bruyère-au-Bouin, à l'extrémité orientale de Saint-Sénier, près de Saint-Oven, 193 mètres. C'est sur ce tertre que Gassion, en 1639, dirigeai son infanterie, quand il vint combattre les Nu-Pieds de l'Avranchin, en révolte ouverte contre les édits royaux qui anéantissaient les privilèges des salines; la Butte-Jersey, 111 mètres, en la Godefroy, et la Butte d'Apilly, 1 03 mètres, en Saint-Sénier-sous-Àvranches; le Mont-Jarry et la Nafrée, 100 mètres, dans la commune du Val-Saint -Père; enfin le promontoire d'Avranches, 103 mètres.
Dans les coteaux du sud qui ne forment pas une chaîne con-
(1) Gellet de Flamanville n'ont que 76 mètrei et celles de Cartei^t et dei Moiiten-d'Alonne, bê et ea mètre».
tinue comme les deux précédentes, noas meotionnerons le Mont- Godin, 312.mètrei, et le Mont-Ecot, 226, qui s'élève comme un immense tumulus à l'extrémité occidentale de la commune de Sainl-Cyr-du-Bailleul ; le Mont-Gomer, 205 mètres, et le Mont- Benott, 160 mètres, au sud et au nord du Teilleul; la Buttedu-Yal, 209, à Heussé ; la BQtte-de«la-Jamondière, 229 mètres, et le Monthier, 208 mètres, en Samt-Paterne^e-Buais ; le Mont-de-la-Ghaunaie, 204 mètres, et le Mont-de-la-Lande, 200 mètres , en Saint-Symphorien ; la Butle-du-Demaine , 194 mètres, en Savigny-le-Vieux ; le Vauroux, 102 mètres, et la Butte de BeauchéQ,e^ 1,^^ n^i^Ue^» .en Saint-Brice-de-Landelle; les Ouches, 181 mètres, en Saint-Martin-de-Landelle, élevé lui-même à 180 mètres d'altitude ; la Vaudrais, 100 mètres, en Vézins; la Butte-des-Plantls, 136 mètres, dans la commune des Chéris; le Jaloux, 114 mètres, en face de la Vaudrais, en Saint-Laurent-de-Terregate; Hontmorel, 80 mètres, dominant TÀbbaye du même nom ; la ^utte-du-Rocher, f3f mètres, entre Saint-§énier-de-Beuvron et Saint-Aubin ; )Iontjoie-Saiot-Deuis, 177 mètres; la Vieille-Paluelle, 123 mètres, e^ les hai|iteur$ de Saint-James^ 110 mètre^ • De cette ^er^ière élév^tiop, en desceur dant vers TOcéan, le terrain s'abaisse graduellement ^ lesriv^tges voisins du Mont-SaiBjtrMichel sont à peine au-dessus da niveau de la mer. Au sud des malais ofi trouve seulement quelques hauteurs qui ne méritent guère d'être citées, ce sont celles de Les Pas, 56 mètres, et de Huynes, 42 mètres, d'ob Ton jouit encore d'un beau point de vue sur la baie du Mont-Saint-Michel et l'archipel de Chatisey; Beauvotlr, le vieil Àst&riacu$f cité dans l'histoire de la fondation de l'église de l'Archange, et le Mont-Itier ou habitait, en 709, un deâ fermiers de saint Aubert, le fameux Bain, qui, avec ses douze enfants, joue un rôle remarquable dans la construction piimîtive jiu Mont-Saint-Hicfael.