ÉPILOGUE
A quoi attribuer une telle froideur dans de tels moments? Rien de plus délicat, de plus malaisé que de sonder les mystérieuses profondeurs de l'âme humaine. Il est cependant un détail qui peut jeter quelque lumière sur ce point; à ce titre, il ne saurait être passé sous silence.
On a vu plus haut que pendant son séjour en Angleterre, M. de Persigny avait entamé avec l'Allemagne des négociations qui n'échouèrent que par suite du refus de Sa Majesté l'Impératrice d'y donner son adhésion. Outré d'une fin de non-recevoir qui perdait à la fois l'Empire, la dynastie et la France, ces trois grands objets de son culte, le Duc, emporté par son impétuosité habituelle, laissa échapper, un soir, dans le monde de Londres où il avait de nombreuses relations, une phrase d'une ironie sanglante contre celle qui avait assumé cette lourde responsabilité. Ce mot imprudent autant qu'irrespectueux, rapporté au captif de Wilhelmshœhe, le blessa au cœur.
Dans ces dernières phrases adressées à l'ami des anciens jours sur le seuil de l'éternité, ne semble-t-il pas que le ressentiment de l'époux outragé dans ce qu'il a de plus cher, se soit déguisé sous la générosité du pardon?
La lettre de l'Empereur, qui, tragique coïncidence, porte
la date même de la mort de son destinataire, n'arriva, comme il est dit ci-dessus, que plusieurs jours après son décès. Ainsi, par un retour providentiel, les hésitations impériales qui si souvent avaient désespéré la vie du malheureux Duc, lui épargnèrent cette fois une déception suprême, la plus cruelle peut-être!
H. DE Laire, comte d'Espagny.
La Grye, 12 janvier 1896.