‹ MémoiresChapitre 30 sur 80 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Escadrille, — Barbaresqnes. — Détresse. ■ — Léger combat. — Succès. — Entrée a Porto-Ferrajo.

Pendant le peu de jours que je passai dans Livournc, M. le général Olivier me dit qu'il avait dans le port une chaloupe canonnière dont la reine d'Etrurie avait fait présent à l'empereur, et me demanda si je voulais la recevoir pour la remettre à Porto-Ferrajo. « Elle est armée d'une pièce de 02 , ajouta-t-il , et son équipage est à bord. Je vous donnerai pour escorte un détachement du 85^ , ainsi que trois barancelles armées en guerre , et je mettrai cette escadrille sous vos ordres. » Je remerciai le général Olivier, en acceptant son offre obligeante, et le lendemain nous mimes à la voile au point du jour. Le vent était favorable, et nous longeâmes les côtes de la Toscane pour gagner le canal de Piombino. Mais arrivés là , les vents faiblirent, et les courans nous poussèrent à l'ouest. Nous cherchions vers deux heures après

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midi à gagner le golfe de Procchio, lorsque nous aperçûmes un gros bâtiment barbaresque qui, doublant le cap de Mortiliano, allait se croiser bientôt avec nous.

Dans ce moment ma femme dormait dans la cabane du capitaine, et le chef d'escadron Ducros Aubert (de la gendarmerie) , extrêmement tourmenté par le mal de mer, était étendu sur le pont : les cris des matelots , eurent bientôt fait lever cet officier; à entendre ces marins , ils se voyaient déjà dans l'esclavage et se lamentaient; je voulus les rassurer, mais le capitaine me dit confidentiellement qu'ils avaient raison, parce que la canonnière n'était pas en état de résister à un corsaire barbaresque , ordinairement fort d'équipage et bien armé. « Eh bien, mon camarade, lui répondis-je alors, nous ne tomberons cependant pas entre les mains de ces brigands -là sans nous battre à outrance. Amis, dis-je aux soldats du 85% voilà les barbaresques qui s'avancent sur nous, avec eux il n'y a rien à espérer que l'esclavage en cédant, que son salut en combattant en désespérés. » — ■ « Comptez sur nous, commandant, me répondirent aussitôt ces braves gens , la plupart cependant incommodés par le roulis. » — « Il faut nous battre jusqu'à la mort , mes enfaus , répéta le vieux chef d'escadron , en se levant

aussi et en agitant son sabre. » — « Mais, reprit le capitaine toscan, qui braquait sa lunette, l'ennemi est arme de seize à dix-huit pièces de canon, et nous n'en avons qu'une. » — «N'importe, qu'il soit armé de trente, préparonsnous au combat, lui répondsi-je ; notre pièce vaudra mieux que toutes les siennes , si nous en faisons un bon usage »

Alors le capitaine nous montre une gargousse de 52 , qui seule forme son approvisionnement confectionné; il y a quelques boulets de ce calibre et un baril de poudre que nous défonçons. Nous voulons y puiser, mais à l'exception de deux pouces d'épaisseur, sous le côté défoncé, toute cette poudre est avariée et par blocs.

J'avais fait rapprocher les barancelles : une seule, soit qu'elle ne pût, ou ne voulût pas obéir aux signaux , voguait à pleiues voiles vers le golfe de Porto-Ferrajo ; les deux autres nous envoyèrent quelques gargousscs de 4? t3t l'on s'occupa d'en composer de 52. Pendant ces dispositions , l'ennemi, qui louvoyait sur nous, s'était beaucoup rapproché , et nous salua bientôt d'une bordée dont les boulets sifflèrent par dessus nos têtes ; il était difficile d'atteindre la canonnière, car son pont était presque à fleur d'eau. Je fis répondre par notre coup de 02, qui fut passablement pointé. La détonnation de

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cette pièce , le sifflement de son boulet , notre marche audacieuse vers l'algérien, un second coup de canon dans la voHure , l'éclat de nos baïonnettes, et les cris à l'abordage, prononcés tant par les soldats de la canonnière que par ceux des barancelles , et portés jusqu'à l'ennemi par le vent , tout fit juger aux Barbaresques que nous n'étions point de timides marchands, et qu'il n'y avait que des coups à gagner avec nous, car aussitôt après cette contenance , ils virèrent de bord et s'enfuirent vers Capraja.

Cependant la barancelle arrivait,à Porto-Ferrajo , dont les remparts s'étaient garnis de curieux braquant sur nous leur longues lunettes; elle avait annoncé au général Rusca le don de la reine d'Étrurie et nos dangers , et ce général de faire aussitôt sortir toutes les chaloupes ay nombre de quatorze , pour venir nous remorquer. Ces canots paraissaient déjà lorsque la bordée ennemie nous fut lâchée; ils nous joignirent près du cap Saint-André , et nous firent le même soir, et avant la nuit, entrer dans le port de la forteresse- Quelques mois après cet événement , la 91* demi-brigade ayant été réunie à la 20% et le commandement du 4' bataillon m'ayant encore été dévolu, je retournai à Bastia pour me

mettre à sa tête, et bientôt après je partis avec lui pour Ajaccio.

Nous reçûmes dans cette ville, sur la fin de l'an i5 . l'ordre de nous embarquer pour Gênes, et là celui de nous rendre à marches forcées sur l'Adige, pour faire partie de l'armée d'Italie, ou 8° corps de la grande armée , aux ordres de M. le maréchal Masséna.

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