‹ MémoiresChapitre 32 sur 80 · TOM · texte numérisé non relu

TOM

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sur Moreaii et sur la conspiration qui le fit perdre à la France , elle n'influa jamais sur ma manière de remplir mes devoirs. J'en donnai une preuve éclatante à la bataille de Caldiero^ le 8 brumaire ; bataille dans laquelle , forta d'environ 3a,ooo hommes , nous attaquâmes 80,000 Autrichiens retranchés sur la route de Yicence, en arrière du village que je viens de citer. A quatre heures après midi , noire armée étant repoussée sur presque tous les points , le 20" régiment, faisant partie de la bri- ^•jade Herbin, division Duhesme. fut lancé dans la seule vue de retarder l'ennemi qui débouchait e>;i force par Caldiero. Les 2' et 5* bataillons entraînés par le 102" régiment furent culbutés presque aussitôt qu'ils parurent. Le 4*> que je commanda4s , et dont le déployement en masse n'était pas opéré , tint bon contre la colonne victorieuse; et, profitant du désordre dans lequel elle poursuivait les bataillons culbutés, attaqua vivement la tète de cette colonne , 1» rejeta sur les troupes qui la suivaient, et les chargea jusqu'à l'entrée du village.

Un fort bataillon placé sur la grande roitle, sa gauche touchant au pont de Caldiero , nous ayant attendu et maladroitement accueilli de tout son feu , ne put résister à notre choc et fut enlevé en entier. Pendant que je le faisais filer ^

DU GÉNÉRAL HUGO. Il5

SOUS l'escorte de quelques blessés ; que l'infanterie que j'avais culbutée allait se reformer au pied des retranchemens , nous aperçûmes à travers les arbres plusieurs gros escadrons ennemis qui s'ébranlaient sur nous. Je remis aussitôt ma colonne en ordre , et toujours serré , je m'avançai vers eux sur un terrain qui devait leur présenter de continuels obstacles. Les retranchemens ennemis me découvraient : toute leur artillerie se concentrait sur nous ; mais quoique presque tous les boulets passassent pardessus nos bayonnettes, la moitié de mes tambours fut mise en pièces par l'explosion d'un obus au milieu d'eux.

Tout à coup , ces escadrons s'arrêtent , des officiers se détachent sur leurs flancs , nous reconnaissons qu'un obstacle les retient, qu'ils cherchent un passage ; et bientôt nous sommes avec eux près du lit encaissé et desséché d un torrent. Quelle différence alors entre nos positions. Mon déployement s'opère à couvert de l'obstacle protecteur, et le feu commence à vingt pas de l'ennemi par ma première division. Cette cavalerie, pour éviter son anéantissement, tourne bride en désordre; à peine a-t-elle disparu , que la mitraille des retranchemens siffle autour de nous et m'oblige à me jetter dans le ravin, autant pour m'y abriter que pour ré»

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pondre avec avantage au feu des nombreux tirailleurs dirigés contre moi.

Cependant une colonne de plus de 3,ooo fantassins s'étant encore avancée pour soutenir les dragons ennemis^ me força bientôt à rassembler ma ligne de tirailleurs et à me jetter dans les haies de Caldiero. Mais , au lieu de s'attacher à mon bataillon , qu'elle ne crut sans doute pas être l'auteur de tout le désordre auquel on l'envoyait porter remède , elle s'avança vers quelques masses de grenadiers qui paraissaient sur im mamelon assez distant. J'entendis dans ce moment battre la charge dans la direction par laquelle j'étais venu ; c'était le premier bataillon du régiment qui s'avançait pour me soutenir. INous étant réunis , nous attaquâmes de flanc la colonne qui marchait aux grenadiers, et l'obligeâmes à une retraite précipitée. Nos deux bataillons ayant franchi le lit du torrent, j'envoyai dire à M. Verbois , qui commandait le premier, de se remettre en ordre, attendu qu'il allait trouver les dragons devant lui; mais le bataillon de Verbois, lancé à ma droite, pensant que , plus en ordre, je m'avançais sur sa gauche , reçut la charge de cette cavalerie. Ce brave officier et son aigle furent enlevés , et son intrépide bataillon allait succomber en entier, si , en faisant avertir Verbois , je ne me fusse en

même temps dirigé à son secours. Je fus alors assez heureux pour reprendre , au pied des retranchemens autrichiens, cet officier, son aigle et 200 hommes de son bataillon. Non moins audacieux que plusieurs d'entre eux qui s'étaient fait tuer ou prendre dans ces retranchemens , je pouvais également y pénétrer , puisque l'ennemi se relirait devant nous; mais je réfléchis que je ne pourrais m'y maintenir, n'étant pas soutenu, et qu'il serait plus sage, au lieu de m'y faire inutilement écraser, de m'attacher à la conservation du débouché de Caldiero.

Pendant la durée du temps que je résistai , dans ce village , aux efforts de l'ennemi , environ i,5oo hommes, appartenant à tous les corps qui avaient donné , s'étaient réunis à moi , et je les avais organisés et distribués pour sa défense, au fur et à mesure de leur arrivée. M. le maréchal ayant envoyé un de ses aides-de-camp pour reconnaître par qui Caldiero était encore occupé, et si la troupe qui s'y battait, pourrait s'y soutenir quelque temps , je répondis qu'on pouvait compter sur nous tant que nous aurions des cartouches ; et l'on nous en envoya deux caissons. C'est avec ces moyens que, en quelque sorte abandonnés à nous mêmes , nous nous battîmes , dans ce village , depuis cinq heures de l'après-midi jusqu'à huit, moment où la

division Gardane vint y prendre position, immédiatement après une très vive attaque sur la droite , faite par le 5° de ligne.

Un officier général dont je n'ai pu distinguer les traits , à cause de la grande obscurité de la nuit , était venu une heure auparavant près de Caldiero , m'avait fait appeler et m'avait adressé les mêmes questions que l'aide-de-camp dont je viens de parler. Satisfait de mes réponses, il médit, sans doute pour m'encouragcr davantage: «Bien, mon ami, vous serez colonel et officier de la légion-d'honneur. » Etait-ce M. le maréchal? je dois le croire, puisque je fus, m'a-t-on assuré , cité trois fois dans son rapport sur la bataille.

Je ne dirai point que c'est tout-à-fait à la conduite de mon bataillon , dont au commencement de l'affaire, la force était de 85o hommes , que l'on dut la révocation de l'ordre déjà donné de repasser l'Adige : ce serait trop de présomption de ma part l mais il eut l'honneur d'y être pour beaucoup ; car on ne contestera point que c'est à l'opiniâtreté avec laquelle il conserva Caldiero , qu'on a dû l'avantage de fermer à l'ennemi tout débouché par ce point important, et peut-être d'empêcher l'archiduc Charles de s'apercevoir du mouvement rétrograde de presque toutes nos divisions. En repassant l'Adige ,

pouvioDS-nous espérer de nous mainlenir sur cette rivière? Oui, avec de grands efforts, et dans la supposition que l'Empereur nous eût bientôt dégagés par une marche victorieuse sur la Bavière, ainsi qu'il arriva ; mais, si cette marche victorieuse eût été ou ralentie , ou arrêtée par un événement quelconque , ne pouvionsnous pas être poussés jusques siir Alexandrie, et contraints d'abandonner à elles-mêmes les places de l'Italie dont l'approvisionnement, fait à la hâte, était loin d'être complet; et, dans ce cas, l'Empereur, déjà arrivé sur le Danube, était peut-être forcé de revenir sur le Rhin : ce fut du moins l'opinion du maréchal Masséna.

Je n'ai parlé dans les détails de cette affaire , ni du colonel Cassan, ni du major Saint-Martin, qui tous deux s'y trouvaient cependant ; mais ni l'un ni l'autre n'était à la tête du 20*. Le major commandait un régiment de grenadiers ; le colonel combattait sur un autre point à la tête des voltigeurs de la division (9).

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