‹ MémoiresChapitre 33 sur 80 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Division de Grenadiers. — Passage du Tagliamenlo. — Marche sur le Prince de Rohan. — Paix avec l'Autriche. — Armç'e de Naples. — Changement de service.

Tout le monde jugeait ma conduite digne d'une belle récompense : Vous serez colonel et officier de la Légion^ m'avait dit un officiergénéral que je crus toujours être M. le maréchal ; mais si son excellence l'espéra pour moi, je n'osai point partager ce sentiment : je savais depuis trop long-temps que je n'aurais rien à prétendre, tant que je ne me signalerais pas sous les ordres directs , et sous les yeux mêmes de Napoléon.

Le lendemain de la journée de Caldiero, M. le maréchal me plaça aux grenadiers, réunis aux ordres du général Partouneaux, pour la réserve de l'armée. J'en commandai d'abord un bataillon , puis un régiment ; j'en commandai une brigade un peu avant que l'ordre d'en dissoudre la division fût donné sur la fin de la campagne.

L'archiduc ayant , immédiatement après la bataille, envoyé trente bataillons de renfort à l'armée de sa nation q«e l'empereur poussait très activement sur le Danube, conserva sa position de Caldiero et se battit même sur l'Adige vis-à-vis Ronco ; mais on fut informé que , dans la nuit suivante, il s'était mis en retraite sur le Tagliamento ; et, le lo, nous nous mîmes en mouvement sur ses traces.

La réserve ne prit aucune part active à l'affaire qui eut lieu sur le Tagliamento en 1806 (*) et dans laquelle la partie de notre cavalerie, placée sur la rive droite de cette rivière , souffrit considérablement. Tous les boulets dirigés sur ses rivages frappaient dans les cailloux dont ils sont formés et faisaient contre elle l'effet de la grosse mitraille.

Le maréchal ayant été. prévenu à son arrivée sur rizonzo que le corps d'armée du prince de Rohan , chargé de défendre le Tyrol , se trouvait coupé et descendait par le Padouan avec intention de se jetter dans Venise , fit marcher sa réserve des rives de l'Izonzo à l'effet de combattre ce corps et de l'obliger à se rendre. C'est en vain que nous fîmes cent quarante-quatre milles dans une marche forcée de trois jours ,

(*) On reprit en l'an 1 4 l'usage du calendrier grégorien ,

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nous arrivâmes trop tard. Le prince avait rencontré le général St.Cyr qui, de Naples venait joindre Masséna , et ce général l'avait contraint à déposer les armes près Gastel-Franco. ^ous revînmes alors sur Gorizia d'où la division de réserve, devenant inutile aux projets du maréchal, reçut l'ordre de sa dissolution : ce qui fit rentrer les compagnies de grenadiers chacune à leur corps.

La paix étant de nouveau conclue avec l'Autriche , notre armée se mit bientôt après en route pour le royaume de Naples dont le maréchal fut chargé de faire la conquête pour le prince Joseph , frère aîné de Napoléon.

On a vu que j'avais connu ce prince à Lunéville, et toute la bienveillance qu'il me témoignait. Je le trouvai à Rome lors de mon passage et j'en fus parfaitement accueilli. Mon régiment ayant , comme tous les autres de l'armée, concouru à placer ce prince sur le trône de Naples , fut ainsi qu'eux appelé à lui composer une garde française; et je crus, d'après ce que m'avait dit le prince , devoir y solliciter mon placement. S. M. loin de repousser ma demande m'encouragea avec bonté, et tout me faisait espérer que j'en ferais effectivement partie, lorsque le travail étant signé, j'appris que je n'y avais point été compris.

DU GÉNÉRAL HIJGO. 123

Lié avec le colonel désigné pour l'infanterie et l'ayant rencontré au palais lors d'une visite de corps, le jour où les nominations sortirent , je lui demandai si je passais sous son commandement. Voyez le capitaine-général , me ditil pour toute réponse ! Je m'adressai alors au général Saligny qui occupait cette haute dignité. Ce général répondit à ma question qu'il paraissait avoir prévue : « Le roi a pour vous beaucoup d'estime et d'attachement, mais par des tnotifs qui ne vous sont point personnels , il n'a pu vous admettre dans sa garde. Quand il en sera le maître, il ne vous oubliera point.»

Une pareille réponse me parut devoir être attribuée à la haine qui me repoussait partout et à la source élevée d'où elle partait. Ni mon dévouement plus qu'ordinaire à Caldiero , ni l'estime que je m'étais conciliée et dans la division Duhesme et dans celle de grenadiers n'ayant pu, selon moi , affaiblir les funestes impressions qui arrêtaient ma carrière , je résolus de faire valoir mes blessures, de demander ma retraite, et en cas de refus, de donner ma démission pure et simple.

Tout se préparait à l'appui de cette première intention dont je ne cachais pas les motifs , et j'étais disposé à commencer une nouvelle carrière, lorsque, sans m'y attendre , je reçus do

M. le comte Matthieu Dumas, ministre de la Guerre du royaume, une invitation très pressante dépasser au service du roi(*). « Sa Majesté, a m'écrivait le ministre, a des vues particulières « sur vous , et veut vous donner très incessam- « ment des preuves de sa confiance et de son « estime. »

Etant passé au service de ce prince , on m'y chargea d'abord d'organiser et d'instruire un régiment d'infanterie légère , et cette opération ayant été promptement conduite , ce régiment me fournit bientôt après un détachement d'élite pour marcher avec quelques autres contre Fradiavolo, alors le plus fameux partisan de l'Europe.

(*) Un ordre du jour publié dans l'armée française permettait ces mutations.

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