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guerre ; il la faisait à merveille , et peu de troupes avaient de plus beaux faits d'armes à citer.

Beaucoup d'hommes glorieusement estropiés, beaucoup de femmes et d'cnfans encombraient ce dépôt ; je sollicitai et j'obtins des pensions pour les premiers , et des secours pour les autres, que je renvoyai à leur domicile. Les armes, ainsi que l'habillement et l'équipement, étaient dans le plus mauvais état ; il n'existait pas une baïonnette dans le bataillon en garnison à Gaëte : je n'eus cependant qu'un ordre à donner, et ma volonté, déjà connue pour inébranlable, les fit retrouver toutes. Des postes entiers du régiment de La Tour-d'Auvergne perdirent les leurs pendant la nuit qui précéda l'inspection où la légion devait me présenter les siennes.

Déjà l'instruction marchait rapidement vers une amélioration sensible , lorsqu'on m'envoya sur Sperlongo , où l'ennemi devait tenter un débarquement. Le général Pvadet eut ordre de prendre position à Sant'-Agata , dans l'objet de m'appuyer. Je restai huit jours en arrière de ce village, dansune position telle, que, sans être vu, je découvrais toute la côte jusqu'aux Etats du saint père. L'ennemi ayant été battu par la tempête, se réfugia dans l'île de Ponza , d'où il regagna bientôt la Sicile. Alors le gouvernement , sur

l'avis que cette expédition avait manqué, m'envoya l'ordre de rentrer à Gaëte.

Quelque temps après, le Royal-Corse ayant fait des progrès étonnans dans l'instruction, ayant été complètement rééquipé, vit partir ses grenadiers et ses voltigeurs pour IVaples , avec le chef de bataillon Grimaldi. Un long retard apporté par le trésor dans le paiement des troupes au service du roi venait de causer quelques mouvemens d'insubordination dans Royal-Africain , et l'on avait payé ce régiment pour le ramener à l'ordre : ce fut pour les compagnies d'élite de Royal-Corse le signal d'une pareille manœuvre. L'ordre leur était donné de se rendre au camp sous Campagna; mais les soldats déclarèrent qu'ils ne marcheraient qu'autant qu'on leur acquitterait de suite les treize mois de solde qui leur étaient dus. En vain leurs officiers voulurent essayer la voie des représentations ; loin d'en écouter aucune , ils crièrent plus fort, menacèrent ces chefs, et, après les avoir mis à la porte du couvent qui servait de caserne, ils en blessèrent plusieurs à coups de pierres.

Arrivé dans la soirée même à Naples , où je voulais précéder un convoi d'effets de tout genre qui s'y rendait par mer pour le détachement , j'étais passé devant cette caserne , et les soldats

m'y avaient accueilli avec transport. Quel dut être mon étonnement, lorsqu'à onze heures du soir , on vint m'annoncer la conduite qu'ils avaient tenue envers les officiers 1

Craignant que les soldats n'eussent été travaillés par des malveillans, je fus réveiller le ministre Saliceti, chargé de la police générale, et Je lui rendis compte de l'insurrection qui se manifestait, en le priant de me dire s'il était à sa connaissance que le Royal -Corse eût été l'objet de quelques manœuvres secrètes. Sur sa réponse négative , je fus trouver M. le général Lamarque, chef de l'état-major général de l'armée française, pour concerter avec lui les moyens d'apaiser le mouvement dans son principe. Mais le général ne voulut entendre parler d'aucun moyen de douceur , et me dit positivement que si le régiment ne rentrait pas dans l'ordre , on l'y obligerait avec de la mitraille.

Ce n'était point de la mitraille que craignaient toutes les jeunes têtes montées de Royal- Corse; et, réfléchissant qu'il convenait, pour ne pas perdre un régiment utile, de tenter d'autres mesures, je me chargeai d'essayer seul de le ramener à ses devoirs.

Dès le matin je me rendis à la caserne : les officiers , remplis d'un zèle très louable , avaient

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\oulu m'y précéder, mais on avait nettement refusé de les y recevoir. Je me présentai à la porte , qui était fermée , et l'on me reconnut par un guichet- Le caporal de garde voulut m'ouvrir, et aussitôt en fut empêché par quelques forcenés qui dirigeaient tout. Ce brave sous-officier, s'étant dégagé, revint à la porte, et, après plusieurs tentatives périlleuses, réussit enfin à me faire entrer. Je fus aussitôt entouré de toutes parts : les officiers étaient restés dehors , d'après mes ordres de ne pas me suivre et de ne pas pénétrer dans la caserne que je ne les y fisse appeler. La discipline que j'avais établie était douce et paternelle, mais jusqu'alors juste et suffisante. J'avais administré de manière que les sous-officiers et soldats avaient, depuis mon arrivée au corps , régulièrement touché la moitié de leur solde ; le régiment devait à mes soins une instruction et un habillement dont il se glorifiait déjà : tous ces titres devaient me faire écouter avec quelque intérêt. A peine au milieu des soldats , la porte du couvent est avec fracas refermée sur moi , on crie de toutes parts la paye , la paye : un large escalier était près de moi, j'en monte quelques degrés , afin de mieux voir , de mieux être entendu , et je fais signe de m'écouter eh silenoe.

Quelques-uns en m'entourant m'avaient dit : « iNous vous aimons, nous vous estimons, le « peu de bien qu'on nous a fait est venu de « vous; mais nous sommes malheureux, on « nous fait toujours courir et on ne nous paie « pas. » Ces paroles me firent présumer que mes discours ne seraient pas sans efiet; je me rappelai la conduite d'un grand homme (*) lors d'une sédition dans laquelle il avait senti qu'il ne fallait employer ni les reproches ni l'autorité, mais traiter l'affaire avec autant de légèreté que les révoltés en mettaient dans leur conduite; après donc avoir obtenu du silence, je parlai en ces termes :

« Je ne conçois vraiment rien aux enfantil- '< lages par lesquels vous attaquez dans l'opi- « nion la bonne réputation qui déjà vous dis- « tingue. Vous repoussez vos officiers , vous « leur fermez tout accès vers vous et ne voulez «plus rien entendre. » Les cris ia paye, la paye , redoublèrent. « Que parlez-vous de paye, a ajoutai-je sur un ton plus sévère , et à qui la « réclamez -vous ? Vous vous plaignez, mais « depuis que je suis avec vous , n'avez-vous « pas été régulièrement payés de la moitié de « votre solde? — Cela est vrai , s'écrièrent plu-

(*) J. César.

« sieurs voix. — Ne savez-voiis donc pas que le « gouvernement, toujours placé dans des cir- « constances difficiles , n'a pu faire pour vous « tout ce qu'il aurait désiré? Il vous a donné « tout ce qu'il a pu ; mais ce qu'il n'a pu vous «donner, je vous l'ai avancé, moil » (Plusieurs voix : Cela est vrai , nous le savons. ) « Ce serait donc à moi plutôt qu'à vous de ré- « clamer du gouvernement ce que déjà vous « avez reçu. Cessez donc vos ridicules préten- « tions ; le corps qui vous en a donné un mau- « vais exemple avait au moins des motifs qu'au- « cune considération ne combattait. Vous, vous « servez un monarque qui vous aime tendre- « ment, et vous voulez que le premier outrage, « il le reçoive de vous, de vous ses enfans , ses « compatriotes ! »

Ces paroles commençaient à produire un heureux effet , lorsque quelques soldats placés derrière les autres se dirent que c'étaient autant d'écoute s'il pleut (*). M. le lieutenant Boccheciampe , qui , malgré mes ordres et par crainte pour moi, avait pénétré dans le couvent, eut l'imprudence de tirer son épée, et de vouloir en frapper les causeurs pour leur imposer

(*) Proverbe italien dont le sens est facile à comprendre.

silence ; mais à peine son mouvement eut-il été aperçu , que tous les hommes qui m'environnaient se précipitèrent sur lui , et déjà plusieurs le tenaient en joue, lorsque, me jetant à travers cette foule de mutins , j'arrivai jusqu'à M. Boccheciampe. Relevant alors avec vigueur toutes les armes , je criai d'une voix que mon indignation rendait terrible. « Comment , misérables I vous « assassineriez vos officiers! » Ces mots furent comme un coup de foudre éclatant au milieu des mutins : chacun, honteux de sa conduite, se retira dans sa compagnie. Saisissant cet instant favorable, je voulus faire faire un roulement par les tambours ; mais il n'y eut aucun moyen d'y parvenir , toutes leurs caisses étaient crevées.

Le moment était enfin venu de faire entrer les officiers, qui attendaient avec la plus vive inquiétude à la porte; je la leur fis ouvrir, et je leur ordonnai , devant un groupe qui m'avait suivi , d'appeler nominativement à eux les hommes de leurs compagnies , en commençant par les sous - officiers , et surtout de ne point s'inquiéter de ceux qui ne les suivraient pas. J'ajoutai que je n'avais pas besoin de ceux-là , mais seulement des plus obéissans, parce que je les considérais comme les plus braves.

L'appel se fit : les sous-officiers, craignant les

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suites de cette affaire autant que le ressentiment des soldats, se levèrent avec molles?e ; cependant à peine y eût-il deux ou trois rangs de formés dans les compagnies , que je les fis sortir au petit pas et au son de la musique. Les plus mutins voyant la tête s'ébranler et marcher , se levèrent à la hâte , prirent leurs armes et se glissèrent successivement, en silence et sans exception dans les rangs, de façon que tout le régiment fut enlevé de cette manière et conduit au camp de Campagna.

11 déserta en route une cinquantaine d'hommes qui craignirent les suites de leur mutinerie; mais le reste arriva, et je lui tins la promesse que je lui avais faite de lui apporter de l'argent si l'on obéissait. Je reçus ordre d'aller moi-même prendre le commandement du camp , sous le général Huart , et je m'y trouvai avec le premier bataillon du 20° de ligne, mon ancien régiment.

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