‹ MémoiresChapitre 41 sur 80 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Camp de Campagna. — Rétablissement de la discipline. — Province d'Avellino. — Attaques continuelles contre les comitives . — Pacification .

J'ai toujours pensé que le meilleur moyen de rétablir la discipline , était d'exercer beaucoup les troupes : en l'employant dans Royal-Corse , je n'y vis éclater ni mécontentement, ni murmures. On exerçait les soldats dès le point du jour et le soir, quand les chaleurs étaient passées : pendant le jour, ils reposaient sous la tente.

Le camp avait été placé entre Oliveto et Campagna. Adossé aux croupes de l'Apennin , il était disposé pour être vu de loin par les flottes qui aurait eu des projets sur les côtes de Salcrne. Il y avait, au plus, trois soldats par tente , et le nombre des tentes était considérable. La position était telle enfin qu'elle remplissait les vues du gouvernement. !Mais lorsque les chaleurs s'accrurent, elle aurait encore été tenable , si les brises de mer, en les tempérant.

DU GÉNÉRAL HUGO. l'jZ

ne se fussent chargées d'une poussière noire et micacée, qui pénétrait partout, que les tentes tamisaient encore et dont on avait continuellement la respiration embarrassée.

Cette poussière n'était autre chose que la cendre dont le Vésuve (*) , dans ses nombreuses éruptions , a couvert le royaume. Nous fûmes obligés, pour y apporter remède et pouvoir suivre nos exercices, de puiser à deux pieds sous le sol, et de répandre sur sa surface un gravier de pouzzolane blanche , appelle dans le pays iapiUo, espèce de pierre-ponce, qu'on retrouve dans la Basilicata , en couches plus ou moins épaisses, toutes les fois qu'on est dansle cas de creuser à quelques pieds sous le sol. C'est la même qui recouvrit Pompeïa, ce qui prouve que, lors de l'éruption qui ensevelit cette grande ville , l'orage sorti du Vésuve déchargea ses plus pesans nuages sur elle, ainsi que sur ses environs, et fut ensuite entraîné par les vents , vers la partie orientale du royaume.

Le camp n'étant plus tenable par cette seule raison, le 20'' et Royal- Corse entrèrent à Gampagna. Mais bientôt ce dernier corps fut à tra-

(*) Souvent à l'approche des éruptions les puits de Résina et de Portici se dessèchent.

vers les montagnes, relever le 02" de ligne à Avellino (*) , chef-lieu de la province de Principalo ultra, dont on me remit le commandement provisoire.

Cette province, qui comptait dix-sept évêchés, dont la population était de près de cinq cent mille habitans, se voyait infestée de comitives toutes très fortes, qui, non contentes de paralyser le commerce de la Fouille avec la capitale , inquiétaient encore beaucoup les gardes civiques des petits endroits. Précéda de la réputation gigantesque que la destruction de Fradiavolo m'avait faite, je me mis à leurs trousses, avec des détachemens de ces gardes et de mon régiment , et leur fis tant de mal dans toutes les rencontres , que les hommes qui les composaient, profitèrent de la première amnistie qui leur fut offerte, pour déposer les armes et rentrer chacun chez soi.

Le général Digonnet m'ayant succédé dans le commandement de la province , je n'eus plus à m'occuper que de Royal-Corse : mais ce général y resta peu de temps , ayant été appelé en Ca-

(*) Ou y mange quelquefois du buffle. Avant de le tuer, on le fait courir, parce que l'on prétend que la viande eu est beaucoup meilleure.

DU GÉNâBAL HUGO. 1^5

labre, après avoir toutefois rendu, lui et M. le capitaine Durieux, son aide de camp, officier très distingué , les plus grands services à la province d'Avellino , par la bonté et la sagesse de leurs mesures.

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