QUATRIÈME MESURE
L'organisation des forçats en escouades de
corbeaux (*), lorsque ceux qui exerçaient cet emploi périlleux , eurent succombé.
Il y atoujours dans les places de quelqueétendue, un certain nombre de mendians robustes, ou des individus condamnés pour crime à une détention quelconque : je pense que, dans un cas comme celui dont il s'agit , l'on pourrait employer de même les uns et les autres , ainsi qu'en qualité d'infirmiers , dût-on , pour s'assurer des derniers , prendre quelques mesures de surveillance ; sauf par la suite au gouverneur et aux autorités à faire valoir auprès du ministère les services et le dévouement de ces malheureux , et à solliciter la grâce de ceux qui auraient survécu à cette dangereuse corvée.
Souvent les lieux destinés pour hôpitaux et infirmeries , sont si pleins , qu'on ne sait plus où mettre les malades : on choisit alors de grands édifices fermés ou des églises dans l'intérieur de la ville , et l'on aggrave le mal. Dans un cas de contagion violente , il ne convient jamais d'entasser les malades au milieu de la population ; il vaudrait mieux les camper sur les places
(*) On appelle figurément ainsi les individus qui, dans un temps de contagion, enlèvent les pestiférés, soit pour les porter à l'hôpital , soit pour les enterrer.
extérieures , le terre-plein des remparts , dans les grands ouvrages du dehors; et, quelle que soit la saison , sous de vastes tentes , dont les murs, faits comme ceux de nos marquises (*), tomberaient après la rosée du matin , du côte opposé au vent ; et ne se relèveraient que vers la brune. Je désirerais que , pendant le même temps , toutes les croisées des hôpitaux fussent ouvertes d'un seul côté , mais que sous la tente, comme dans les hôpitaux, l'on établit un léger courant d'air continuel , par une ouverture dans les panneaux de toile ou dans les croisées ; je conseillerais enfin, sauf meilleur avis, aux habitans d'une ville attaquée de la contagion , ou en danger de l'être , de se donner beaucoup de mouvement, afin d'activer la circulation des humeurs , lesquelles, semblables aux liqueurs stagnantes , croupissent dans un état de repos trop prolongé.