AU ROY
Je viens me prosterner aux pieds de Vostre Majesté pour luy présenter le véritable Discours de la réduction miraculeuse de Paris, ville capitale de vostre Royaume^ recueilly et
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agencé liiiellcmcni de plusieurs mémoires, et réduit au petit pied : car qui voudroit s'estendre sur ce subject et en descrire au long les particularitez et rencontres plus remarquables, on en fcroit un juste volume. Et ce Discours sommaire servira pour expliquer ce qui est icy représenté en ces trois Figures, qui sont mises en public, atin que vos subjects et les esirangers, mesmes les cnfans, gens sans lettres et ignoraas, qui vivent à présent et qui naistront par cy après, ayent tousjours devant les yeux le pourtraict de cesie heureuse et esmerveillable journée, en laquelle avez recouvert, sans perte d'hommes et sans aucune résistance, l'ancien throne de vos devanciers, Dieu vous ayant, par sa toute puissante main, conservé et rendu ce que vos plus cruels ennemis avoient desja tyranniquement usurpé. Et combien qu'il y ail douze ans entiers que cela s'est passé, si estce que j'ose tant me promettre que la mémoire vous en sera, cl à vostre royale postérité, perpémellemeni agréable, parceque vous l'avez ainsi tesmoigné par la déclaration qu'en Estes dès lors, et que à la suite de la reddition de Paris on a veu tous vos desseins et entreprises héroïques bien réussir et prospérer, et qu'avez tellement pacifié, asseuré et restably ce royaume (que vostre prédécesseur avoit laissé, en mourant, si désole, qu'il sembloit estre proche de sa totale ruine), que maintenant il n'y a aucune apparence qu'on le puisse esbranler, estant en train d'estrc sous vostre régne, avec l'ayde de Dieu, aussi florissant qu'il fust jamais.
Je suppliray doncques très humblement Vostre Majesté de voir de bon œil cest eschantlllon de vostre valeur'incomparable et du bonheur qui vous a tousjours accompagné, et le recevoir benignement, pour gage de Tardent désir qu'a et aura toute sa vie au bien de vostre service.
Sire, Vostre très humble et très obéissant
serviteur et subject
Jean Le Clerc.
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Sommaire Discours de la Réduction de Paris, recueilly par G. M. D. R.
[a mémoire des troubles derniers, émeuz en ce Royaume sous le nom de la Ligue, est encore si fraische et récente, que tous ceux qui en ont peu rcschaper peuvent tesmoigner avec vérité que le principal dessein des chefs de ceste émotion estoit d^empiétcr le sceptre et la couronne, et en priver, sous un spécieux et néanmoins faux prétexte de religion, les princes de la maison de Bourbon, auxquels par droit héréditaire le royaume appartenoit après le décez du Roy Henri III, qui estoit resté seul masle de la royale lignée de Valois. Mais Dieu, qui pénètre au dedans des pensées et intentions des hommes, et dissipe leurs mauvais conseils, n^a pas permis que ce dessein réussist ainsi qu^il avoit esté projecté, ayant confondu ceux qui en estoient les principaux auteurs et promoteurs, et conservé ce précieux héritage aux légitimes successeurs du Roy très chrestien S. Loys, fils aisné de TEglise: car, après le détestable parricide commis en la personne du dcffunct Roy de très heureuse mémoire, le très valeureux et invincible Henry IIII, lors seulement Roy de Navarre, comme représentant Taisné de la branche de Bourbon descendue en droicte ligne de S. Loys, recueillit et entra en possession de ce Royaume désolé, que son prédécesseur luy avoit laissé, suy vant la Loy salique fondamentale de cest Estât, dès le 2 d^aoust 1589. En la conduite et gouvernement duquel il a esté continuellement assisté de la faveur et grâce spéciale de Dieu, de sorte qu'il a obtenu et gaigné contre ses ennemis et sujets révoltez plusieurs signalées victoires et batailles mémorables, et nonobstant leurs pernicieux efforts et maKheureux attentats il a miraculeusement reconquis toutes ses villes rebelles, et enfin, après avoir courageusement surmonté infinies traverses et difficultez et résisté prudemment aux orages et bourasques contraires, il est, au neufvicsme an de son règne et quarante cinquiesme de son aagc, demeuré paisible en son Royaume, où il est recognu, chéry et aymé de ses sujets, comme Père très-débonnaire et restaurateur de la liberté Françoise, et
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s'est readu redoutable aux estrangers comme un foudre de guerre, et laissé sa mémoire à jamais recommendable à la postérité par sa clémence nonparcille et par ses prouesses et autres vertus héroïques, ce qui mérite un discours de plus forte haleine et de plus grande esiendue que celuy-cy.
Pour venir au particulier de cesie histoire, il convient entendre qu'après la conversion du Roy, tant désirée par ses bons sujets, et profession publique, par luy (aitc à S. Denis, le 25 juillet t593, de la religion Catholique, Apostolique et Romaine, et qu'il eust esté oinct et sacré en la ville de Chartres, le 27 febvrîer 1 594, par messire Nicolas de Thou, évesque du lieu, l'obstacle et empeschemem mis en avant par les séditieux et rebelles fut osté et le prétexte levé, de sorte que les François qui estoient demeurez es villes liguées, et qui s'estoient laisse emporter à cesie opinion qu'il ne falloit recognoistre pour Roy celuy qui estoii dévoyé de la religion ancienne de nos majeurs, commancèrent à dessiller les yeux et voir clair aux affaires, et à souhaiter un gouvernement monarchique et royal, au lieu qu'ils avoient vescu ou plustost languy, l'espace de cinq ans, en une oligarchie ou, pour mieux dire, anarchie et confusion lyrannique. Ei, de faict, les villes de Meaux, Lyon, Orléans, Bourges, Aix en Provence et Pontoise, ayant volontairement quité et secoué le joug Espagnol, et gousté la douceur de ta domination de nostre Roy légitime, frayèrent le chemin aux habitans de eeste grand' ville, capitale du Royaume et siège principal des Roys très chrestiens, pour faire de mesme. Alors esioit gouverneur de Paris comte de Brissac, par la démission du sieur de Belin ; le sieur Lhuillier, Maistre des Comptes, Prévost des Marchans, et le sieur de Beaurepaire Langlois, ancien advocat en la Cour, l'un des eschevins, avec le sieur Neret; et entre ceux qui estoient restez du corps du Parlement en la ville, combien qu'il eust esté du vivant du feu Roy transféré à Tours, paroissoient le feu sieur président le Maistre et le sieur président Mole, qui exerçoit lors, par commission du duc de Mayenne, la charge de procureur général, avec les sieurs d'Amours et du Vair, et plusieurs autres conseillers qui avoient l'ame françoise et ne pouvoient supporter la domination estrangère, ny permettre qu'on fist aucune brèche aux loîx fondamentales de la Couronne. Ceux-là, avec quelques coton-
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nels et capitaines des bourgeois, furent les principaux auteurs de la réduction de la ville en Tobéissance du Roy, qui promist de persévérer en la religion Catholique, dont peu auparavant il avoit faict profession, de rendre à la Ville ses anciens honneurs, privilèges, dignitez, prérogatives, exemp» tions et immunités, et d^oublier tout ce qui s^estoit faict contre son service et son prédécesseur. Geste entreprise ne pou voit estre exécutée à force ouverte, sans une horrible effusion de sang, ny sans jetter la ville en hazard d^une totale ruine et désolation, parceque les garnisons qui y estoient, tant de soldats françois qu^estrangers, la tenoient en misérable servitude. On eut doncques recours à une surprise. Le duc de Mayenne, avec sa femme et son fils aisné, s^estoit retiré à Soissons dès le 6 de mars, Tabsence duquel rendit Texécution plus facile de ce qui avoit esté entrepris; et, parceque pour cest effea il estoit besoin d^une favorable assistance du Ciel, il fust advisé que le jeudy de la my-caresme 17 de mars, il seroit faict une procession générale et solennelle, et que la châsse où reposent les reliques de S. Geneviefve (vierge, après Dieu, tutélaire de Paris), seroit descendue (ce qui n^a accoustumé d^estre faict si non en cas de nécessité extrême) et quelle seroit conduite en Téglise de Nostre Dame. Ces prières publicques furent faictes et incontinent exaucées, car, deux jours après. Tordre qu^on devott tenir en la réduction fust arresté et porté au Roy, qui estoit à Scnlis, et fut résolu par Sa Majesté que Texécution s^^en feroit le mardy 22 du mesme moys, dès le poinct du jour, et, pour faciliter le tout, on fist courir un bruict de paix accordée entre le Roy et le duc de Mayenne, et, le 2 1 mars au soir, furent envoyez des billets signés Lhuillier et Langlois en forme de mandements aux principaulx des quartiers, qu^on sçavoit estre affectionnez à la paix, et qui chérissoient encores en leurs âmes la blancheur des fleurs de lys, par lesquelles ils estoient advertis de Taccord, et priés de s^armer avec leurs amis pour tenir mainforte à Fintroduction des desputez de part et d'autre qui se présenteroient le lendemain au matin pour la publication de la paix, et résister aux Espagnols et aux mutins et factieux qui s^ voudroient opposer. Et ainsi qu'il avoit esté mandé, ainsi fut faict.
Le mardy 22 de mars, au temps de Téquinoxe printanier, lorsque le soleil estoit au premier degré du signe d^Aries
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qui domine en la tesie où réside le conseil, à la première heure du jour, le Roy, vrayement maniai, accompagné de ses trouppes, qui estoient composées d'environ de quatre mil hommes, lani de cheval que de pied, vint de S. Denis aux Tuileries. El, aux environs de Paris, il luy fut rapporté que les portes Neufve, S. Honoré et S, Denis estoient ouvenes; que, à la première, esioit le S' comte de Brissac et le sieur Forçais, sergent major de la ville; à la seconde, estoit l'eschevin Neret, avec ses enfans, et à la troisiesme, le S' Laoglois ; et furent ces trois portes en mesme temps livrées aux trouppes de Sa Majesté, qui entra glorieusement en sa ville par la mesme porte par laquelle, six ans auparavant, sçavoir le lendemain des Barricades, i3 de may i58S, on avait veu tristement sonîr son prédécesseur. Et le Roy, estant entré, donna son cscharpe blanche au S' de Brissac, qu'il honora en l'acollant du litre de mareschal de France, et receut les clefs des portes, qui lui furent présentées par le S' Luillier, Prévost des Marchans, et s'asseura de toutes les places fortes en moins de deux heures, horsmis de la; Bastille, qui, cinq jours après, luy fui rendue par composition; etceste réduction fut faicte sans aucun désordre, sans pillage et sans meurtre ny effusion de sang, ny perte d'hommes, fors de 35 ou 3o lansquenets qui, estans prés la porte Neufve, lors de ceste entrée, tirent contenance de vouloir résister, et furent incontinent taillez en pièces ou jetés en l'eau, portant sur le champ la peine de leur témérité. Ceux qui conduisoient les trouppes dont se servit Sa Majesté pour l'exécution de ceste entreprise, estoient les sieurs mareschaux de Raiz et de Matignon, le comte de Torigny, le grand escuyer, le marquis de Cueuvre, le comte de S. Paul et le baron de Salagnac, et les sieurs de S. Luc, de Humieres, de Vitry, d'O, de Vie, de Belin, des Acres, de Sancy, de Marsilly, de Harancourt, de Boudevillc, d'Edouville, de S. Angel, de RoUet, de Bellangrevillc, de Trigny, de Favat, de Marin et de Manican, avec le colonel des Suisses de Heild, et plusieurs autres seigneurs et gentilshommes, la mémoire desquels sera perpéiucltement recommandable à la postérité, pour le signalé service qu'ils tirent, ceste journée, au Roy et à toute la France
BrEVIS NARRATIO EORUM QVM in DEDinONE URBIS FARISIENSIS CONTIGERUNT, 22 MARTII 1 594.
UM Henricus II II, Francorum et Navarronim Rcx invictissimus, die 25 mensis Julii anni iSpB, in lurbe Sandionysiana Calvinianam sectam erroresque antiquos quibus implicatus fuerat palam et publiée ejurasset, et ad veram sinceramque fidem Catholicam transiisset, tune Galli qui, gratia tantum avitse Religionis conservandae, arma moverant, tôt et tam diuturnis bellis defatigati, oculos in eum, mutatis animis, conficere cœperunt ejusque legitimum imperium votis omnibus exoptare. Et sanè bellum, quod eis antea justum videbatur, ne Principi alterius quam Catholicac et Romanae Religionis subjicerentur, Rege ad Ecclesiae gremium reverso, injustum esse professi sunt, omnesque deinceps curas et cogitationes suas in id converterunt, ut Rex pacificè sceptro Gallico patiretur, et ut regno universo pax tranquillitasque restitueretur. Cupiebat Rex Christianissimus professionem suam a Clémente VIII, Romano Pontifice, qui Divi Pétri Cathedram obtinebat, approbari, et^ ea de causa, Ludovicum Gonzagam Nivernensem Ducem ad cum Romam miserat, qui, re infecta, reversus est, Phîlippo Hispaniarum Rege et confederatis fictam et simulatam Régis abjurationem esse falso asseverantibus. Rex tamen ideo non despondet animum, sed, constanter in orthodoxa iide perse verans, Carnutes adit, et 27 mense Februarii anni 1594 sacro Chrismate inungitur ab Antistitc Carnutensi Nicolao Thuano, dieque sequenti insignia militaris Ordinis S. Spiritus decenti ritu induit. Quam inaugurationem statim sequuntur fausta feliciaque Regni initia. Cenatim ad illum confluunt Proceres princîpesque viri utriusque ordinis, oppida et urbes legitimum Regem agnoscunt, Meldae, Genabum Aureliorum, Bituriges, Lugdunum, Aquaî Scxtiae et Pontisara. Imo ipsa Regum asterna sedes, et justitiac studiorumque parens et altrix, Lutetia, quas hactcnus e;us imperium detrectarat, nunc eum, postquam in Religionem Catholicam juravit, ultro et quidem obviis ulnis expetit, exosculatur, amplectitur. Praecipui enim cives Parisini, ope et consilio Comitum Belini et Brissaci, quo dux Meduanius urbis guberna-
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tioni successive praefecerat, una cum Joanne Luillier, Praefecto iEdilium, et Martino Langlois, iEdile, scabinum vulgo vocant, Joanne Le Maistre, Praeside, Edoardo Mole, qui Cognitoris Regii munus in Curia tune temporis obibat, et aliquot Senatoribus quibus lex Salica semper sacrosancta fuerat, ad Regem clam quosdam è suis mittunt Sylvanectum, qui, omnium prseteritorum criminum oblivionem dictis pacti, urbem suam illi offerrent. Hi facile impetrarunt quod petebant, quae fuit dies 22 Martii circa auroram, quo Lutetia Parisiorum pristinam libertatem, Deo opitulante, recuperaret. Eo igitur tempore, qui primus est Verîs dies, Rex, lorica armatus et equo insidens, cum quatuor circiter equitum peditumque millibus, ad Portam Novam, quse Luparae arci proxima est, venit, et eam sibi cum aliis duabus reseratam inveniens, nullo reclamante, ingressus est urbemque potius urbium matrem, nemine fere obluctante, non sine miraculo, suas subdidit potestati.
A Paris, chez Jean Le Clerc, rue S. Jean de Latran,
à la Salamandre Royale.
Comme le Roy alla incontinent à l'Eglise de Nostre Dame, rendre grâces solennelles à Dieu de ceste admirable réduction de la ville Capitale de son Royaume.
(2« figure).
It volitans in equo Princeps, quem plurima cingit Pax animi, blandoque favens clementia vultu.
Obvia conferti glomerato examine civis Laetitia frémit exultans, sequiturque, triumpho Compositi Martis longo dum protinus aras Virginis et sacrum Templi pulvinar adorât.
Grande gravure sur cuivre, au milieu du placard gr. in-fbl. imprimé sur quatre colonnes, dans un cadre formé de fleurons typographiques. H. de l'estampe on)22o, L. o<"298. — Le cortège du Roi, composé de soldats à pied armés de toutes pièces, se dirige de gauche à droite vers la Cathédrale, dont on aperçoit le portail, dans le haut de l'estampe, au bout d'une rue que la foule remplit des deux côtés, A gauche de l'estampe, Henri IV à cheval, une badine à la main, tête de face, cause avec le comte de Brissac, à cheval à ses côtés. Audessus de ce groupe, les auvents des maisons, sous lesquels s'entassent les spectateurs; au-dessus, quatre fenêtres ouvertes où des hommes et des femmes regardent passer le cortège.
Le nom du graveur est inscrit, à gauche, sur l'auvent d'une maison : N, Bollery pinxit, Jean le Clerc excu.
|E Roy, s^estant saisi et rendu maistre du cbasteau du Louvre, du palais dePHostelde ville, du grand et petit Chastelct et autres places plus importantes, et s^estant asseurc du duc de Feria et des garnisons estrangères, qui estoient en partie d^Espagnols naturels, d^Itaiiens Néapolitains, Vuallons et lansquenets, auxquels il offrit sauf conduit qui fut par eux accepté, recognoissant que ceste réduction si heureuse procédoit d^en haut, se disposa d^en rendre grâces solennelles à Dieu et à la glorieuse Vierge sa mère, et à ceste fin commanda à un de ses gentilshommes qu'il allast àNostre Dame dire qu^on fist sonner les grosses cloches pour le Te Deum^ et quUl vouloit aller à la messe. Et s'estant tenu quelque temps à cheval, ayant la cuirasse endossée, en présence d^une multitude de peuple qui sans frayeur approchoit de luy jusquesàPestrîer, avec plusieurs acclamations et signes d^allegresse meslez parmy le son des trompettes et clairons, il s'achemina vers Nostre Dame, accompagné de grand nombre de seigneurs et gentilshommes, dont aucuns estoient à cheval, et d^autres à pied, et de ses Suisses et archers de sa garde, armez de toutes pièces, jusques à cinq ou six cens, traisnans leurs piques en signe de victoire volontaire; et, en ce bel ordre, il arriva jusques aux portes de Féglise, où il mist pied à terre, et à son entrée en Téglise, il fut receu par un des archidiacres d^celle nommé Dreux, lequel, accompagné de quelque nombre d'ecclésiastiques pour Tabsence de Tévesque et des doyen et chantre, vint au devant de Sa Majesté et se prosterna en terre, et, demourant agenouillé, tenoit un crucifix à la main et
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parla au Roy, en cesie sorte : a Sire, vous debvez bien louer et remercier Dieu de ce que, vous ayant faict naistre de la plus excellente race des roys de la terre, vous ayant conservé vostre honneur, il vous rend enfin vostre bien. Vous débutez doQcques, en ces actions de grâces, avoir soin de vostre peuple, à rimiiaiion de NostreSeigneur Jésus Christ, duquel voyez îcy lUmage et pourtraici, comme il a eu du sien, afin que, par le soin que prendrez de luy, en le défendant et soulageant, l'obligiez d'autant plus à prier Dieu pour vostre prospérité et santé, et que, vous rendant bon Roy, vous puissiez avoir un bon peuple. » Auxquels propos Sa Majesté respondit en ces termes ou semblables: » Je rends grâces et loue Dieu infiniment des biens qu'il me faict, dont je me ressens estre comme indigne, les recognoissant en si grande abondance que je ne sçay véritablement comme je l'en pourray assez remercier, mais principalement depuis ma conversion^à la religion Catholique, Apostolique et Romaine, et profession que j'en ay dernièrement faicte, en laquelle je proteste, moyennant son ayde, de vivre et de mourir. Quant a la défense de mon peuple, jeyemploiray tousjours jusques à la dernière goutte de mon sang et dernier soupir de ma vie; quant à son soulagement, je feray tout mon pouvoir et en toutes sortes, dont j'appelle Dieu et la Vierge sa mère à tesmoins. n Après ces paroles dictes, le Roy baisa la croix et entra dans le chœur, et s'achemina jusque devant le grand autel, où, s'estant mis de genoux sur un oreiller et pulpitre couvert d'un tapis dressé exprès pour cest effect par l'un de ses aumosniers ordinaires, nommé Bernage, chanoine de Paris, il se signa du signe de la croix et iist ses prières; puis, il fut dict une messe par un des Chappelains ordinaires de sa chapelle, qu'il ouyt avec attention, pendant qu'on chanioit le Te Deum avec la musique de voix et des orgues. Quelqu'un qui y estoit présent et regardoit attentivement à tout ce qui se passoit, print garde, lorsque le Roy se fust mis à genoux, qu'aussi tost fut vcu ù son costé un jeune enfant, comme de l'aage de six ans, beau en perfection et proprement habillé, qui empeschoit aucunement ceux qui arri voient de moment à autre pour donner advis à Sa Majesté de ce qui se faisoii en la ville ; et, pour mieux approcher, ils le vouloient faire sortir ou reculer. Mais un des curieux regardans dist assez haut: ■ Laissez cest enfant: c'est un bon ange qui conduis! et
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assiste nostre Roy. » Ce qu^estant entendu par Sa Majesté, elle print de sa main le bras de Tenfant; et, comme les seigneurs et gentilshommes cssayoient de le faire lever, elle le retint quelque espace de temps etTempescha de sortir, jusques à ce que volontairement il se retira, sans qu^on s^apperceustdece qu'il devint.
Comme le Roy estoit dans Téglise de Nostre Dame, le sieur de Brissac, le Prévost des Marchans et Langlois, eschevin, accompagnez de héraulx, alloicnt par divers quartiers de la ville^ annonçans de rues en rues, à haute voix, au peuple, grâce et pardon, faisoient prendre des escharpes blanches et semoient partout des billets imprimez à S. Denis, contenans en brief Pabolition et remise des insolences passées. La teneur de ces billets étoit telle : « De par le Roy. Sa Majesté, désirant de réunir tous ses subjects et les faire vivre en bonne amitié et concorde, notamment les bourgeois et habitans de sa bonne ville de Paris, veut et entend que toutes choses passées et advenues depuis les troubles soient oubliées, défend à tous les Procureurs généraux, leurs substituts et autres officiers, d'en faire aucune recherche à rencontre de quelque personne que ce soit, mesmes de ceux que l'on appelle vulgairement les Seize^ selon que plus à plain est déclaré par les articles accordez à ladicte ville. Promettant sadicte Majesté, en foy et parole de Roy, vivre et mourir en la religion Catholique, Apostolique et Romaine, et de conserver tous sesdits sujets et bourgeois de ladicte ville en leurs biens, privilèges, estats, dignitez, offices et bénéfices. Donné à Senlis, le 2o* jour de mars, Pan de grâce 1 594, et de de nostre règne le cinquiesme. Signé, Henry. Et plus bas : Par le Roy ; Ruzé. »
La publication de la volonté de Sa Majesté fist que le peuple ,"* qui premièrement estoit aucunement estonné, changea cest estonnement en joie et asseurance, et vint en si grande affluence au lieu oîi estoit le Roy, que Téglise de Nostre Dame, ny le Parvis, ny les rues qui y abordent, n'estoient assez grandes ny assez capables pour les contenir tous, ny la voix des chantres ne pouvoit estre entendue, tant le bruit estoit grand qui procédoit des frappements de mains et des criz d'allégresse qu'ils faisoient. On n'oyoit partout retentir que Vive le Roy! comme s'il fust venu dedans ccste église durant une paix asseurée. De laquelle
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église Sa Majesié estant sortie et remontée à cheval, relournani en son chasieau du Louvre, au mesme ordre qu'elle y cstoit venue, les mesmes cris et chants de réjouissance furent ouys par toutes les rues où elle passoit, icelles rues et toutes les boutiques et fcnesires estans remplies de personnes de tout sexe, de tout aage et de toutes qualitez. On ne voyoit que signes d'allégresse merveilleuse, on n'oyoit sinon acclamations de sincère et naifve bienveillance. L'amertume du desdaigneux et farouche commandement de l'estrangcr faisoit savourer aux Parisiens la douceur de la paternelle seigneurie de ses Hoys. Ainsi ce peuple, n'aguèrcs si contraire et si plain de cruauté, réduit à telle misère que de n'oser gémir sous sa misère, lors extrêmement joyeux de se revoir en train de jouirde son ancienne liberté, ne savoii par quels applaudissements accueillir la bienvenue de son Roy paciiîque, qui, par une clémence du tout inouye, lavant les taches des crimes dont sa capitale ville s'esioit indignement poUuË, rendit les habitansd'icelle d'esclaves citoyens, leur fit recouvrer leurs femmes, enfans, biens, honneurs, magistrats ei libertez,eldonnalapaixàceuxqui,queIqueiempsauparavant, tenoicnt pour crime de demander seulement du pain, et pour cas punissable de mort, demander du pain et la paix ensemble. Pour conclusion, en moins de deux heures après, toute la ville fut paisible; chacun reprit son service ordinaire; les boutiques furent ouvertes, comme si changement quelconque ne y fust advenu, et le peuple se raesla, sans crainte et avec toute privauté, parmy les gens de guerre, sans recevoir d'eux en leurs personnes ny en leurs biens et familles aucune perte, dommage ny déplaisir; à quoy Sa Majesté avoit fort bien pourveu, ayant pris, peu auparavant son entrée, le serment des capitaines de chacune compagnie de ne faire ny souffrir esire faicte aucune insolence ny outrage à citoyen quelconque, horsmis à ceux qui se roîdiroîeni à quelque opiniasire et perverse résistance, auquel serment ne fut aucunement contrevenu ; et cesie parfaicte el entière obéissance lesmoigne à suffire combien grande estoît l'auioriié de celuy qui leur commandoit.
A ceste solennelle action de grâces furent présents plusieurs ecclésiastiques et théologiens séculiers et religieux et autres de l'Université, et furent, puis après, par l'espace d'un mois entier, tesmoins oculaires et irréprochables de la continua-
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tion et persévérance du Roy en la religion catholique; mesmes ils prirent garde aux actes parculiers de dévotioa que fist Sa Majesté^ toute la Sepmaine saincte et festes de Pasques, qu^elie toucha six à sept cens malades des escrouelles, dont la plupart receurent guérison^ et es autres jours suivans: desorte que ceux de PUniversité etde laSorbonne, de leur propre mouvement et de franche affection, vindrent en corps, peu de temps après, se prosterner aux pieds du Roy et luy faire serment de fidélité, le recognoissans pour leurvray et unique prince naturel, et le supplier en toute humilité d^estendre sur eux sa bénignité, comme à ses obéissants serviteurs et loyaux sujets : et d'autant que quelques-uns, mai instruits et prévenuzde sinistres opinions, avoient malicieusement semé plusieurs scrupules es esprits des hommes simples, prétendans que ce n'estoit assez que le Roy eust faia profession de la vraye religion, mais qu'il devoit estre admis par nostre S. Père le Pape et recogneu par luy fils aîné de TEglise, auparavant que ses sujets fussent tenuz de luy prester toute obéissance , ils firent, le 22 d'avril ensuivant, un décret autentique, en rassemblée et congrégation générale de tous les membres et supposts de l'Université, par lequel ils donnèrent résolution certaine, que toute obéissance devoit être rendue indifféremment au Roy par ses subjects tant séculiers qu'ecclésiastiques et réguliers , comme à leur vray et légitime prince et seigneur naturel, et mesmes qu'ils debvoient faire prières et oraisons publiques et privées pour luy, nonobstant qu'aucuns ennemis de l'Etat et factieux empeschassent qu'il fust rcceu et recogneu par nostre Sainct Père et le S. Siège de Rome, attendu qu'il avoit envoyé des ambassadeurs vers Sa Saincteté pour luy faire de sa part toutes les submissions deues et nécessaires, et qu'il avoit faict tout ce qui estoit en luy pour ce regard; et, pour plus grande approbation de ceste résolution conforme à l'expresse parole de Dieu, elle fut, par chascun d'eux, confirmée par serment solennel preste corporcUement sur les saincts Evangiles.
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ReX ChRISTIANISSIMUS AuGUSTORUM DiV^MaRI*; VlRGINlS
Tempi,cm adit, Deo Opt. Max- solemnes grati.vs
BEDDITURAS PRO TAM FŒLICI tlRBlS ElEDlTlONE,
< procul 'dubîo res est stuporisquc plena, lam Ifausium et pacificum fuisse Henrid Régis in Pa- Rrisiensem urbem ingressum. Vigînti enim iiuiii- Sque aut triginia lanium meri:enarii milites Germant, quos vulgus Lansqueneios appellat, qui ad Poriam Novam excubabanc et ad arma conclamabani, in ipso propc ingressu irucidatî sunt, et unus duniaxat in urbe lam populosa civis, qui armaïus inter milites regios temeré proruperat, sua monc illico tanix temeriiaiis et audacix pccnas luit. Oeieri milites Prssidianî se in armis quieti in suis staiionibus contînueruni et ne hiscerc quidem ausi sunt, sed conditiones ultro a clementtssimo Rege oblatas siatim accepiarunt. Milites regii tam religiose et accurate militarem disciplinam et mandatum Principis observarunt, ut nullius eorum visus sit ordinem suum deserere, NuUum ab iis damnum, nuUam injuriam aut molesiiam aliqui cives perpeisi sunt, non etiam scxdecim viri. Arces prœcipuaseï munitiora urbis loca, uno lanium excepio, Rex potestaii et ditioni sua subjecii, et, minorî duarutn horarum spatio, tpsa pacata et iranquilla ejus impcrium suscepît. Quœ omnia cum singulari Dei prxpotentis ope effecia esse Rex Christianissimus perpendisseï, circa horam diei ociavam et ab ortu solis secundam, stipaïus scxcentis autcirciier militibus cataphractis, ad Templum divœ^Virginîs Maria: sacrum eques et armatus processii, Deo tanli ac tam immcnsi hujusce beneficii auctori solemnes gratias persoluturus. In ipso Templi limine, simuiacrum Servatoris nosiri Jesu Chrisii è cruce pendeniis piè exosculatus est, quod is Ecclesiœ Archidiaconus, abseniibus Episcopo, Dccano et Prjeceniore, clerc comitante, obtulerai, et ad maj'us altare accedens, et humi procumbens, frontem viviricae crucis signo munivit, multasque preces dévolus Deo fudit. Imo ei jpse aitentus inierfuit sacrosancto Missœ sacrificio quod celebrari jussit, et tune lemporis Canticum Xapiffruiov, Te Deum taudamus, a clero, solcmni ritu, decaniaium est, Hœc dum in œde Virginis Deiparœ peragunlur, Fecialcs et Prœcones
IzQ PIERRE DE LESTOrLE 1294,
Ticatim irbem drcomeunc» popuiaque nonciaiir incracsanmi Rd^is siiemennssimi iixisressunu ixque apcnixiim er îodiil- ^eanâsimum phocipeni amneni pnereritoranx crxzniiiiiiB
:iLmrujii^".s jc^dam niemorjmi frenix ohlÎTÎaiii axaoiiiiiie pa^iâiin Ti^cinnir. Quo auntio primuin anoniiz «c sotremûii, 'ncx temum rscrean. dvea îiarim oniieqTisftpie ad T^impLurn Z. Vinnnii wonvaLmt, pna rcaipeiaa in^^eares Zea znuo^ jcnih et numanisaimitm luniror:. Pasàini ^jcLiaije ;3âxiilciiioaisvQcesâxaiikfiebBinirci
■nimn rKs- muitcs ^ prospcras annos <st pacmun «ienuûeps iluniraî i TTikiiie rzCTum eitcptaranc eumqoe Tonpio egre»- 'jinn. ^uccujziwiie .:er iuiiebat. azirûi pLuiSLOus er acclama iiciubus pn^âe^uecimnir. Hjic âolenuziani gntLirain acaofu jnE:H:n'.c:s mmrfœr: pieriqiie Theolagi et Academiae ?r:â::^ions». zui iCJur:ici&iiaie perpeuss regiae pîetans argontiaiià £ iper.buâ. 4Uic. :cco eo xmpare et iusôdomaie smcix :cnci ^o^ rxichiil: :iis illigcatcr obaenniveraat. pa- 'jim 'x^zin ïuJi: Cil rj*r: jn : ssi ti u m Râgjsm omni susptcûxie ic3B i: ^inivi-LdiiE riLipoiii:» ^arrre. eum que in ortfaodoxa er cilÎicLci icc c3EL>r*ui3ir perseyerarc Quapr o p ce r a RficxoKC i: dc ipsii A..-Jt.îc:m:j. Por.iieaiL 11 dlc menais Aprîlîs, rxie cja"jcic:s jmaibui T!iet:î:jpx. Jiiris Pogriticit^ MedidiK ^r .Vrti^iai Proc»£So*:nriL5 jx:irid*jae oriiixibas^ aexnioe di^ cr^cii-s:, ^e^iiun iic Henric:âm. IV jr iecred Terba refemz: isj« D^i ^raiid Icpiiinaji i: Teruni Râgexn. «iominum udiurxlcr:: « hjersde^i nœiomzx Fraacie et NaTarrx, ds:uc oc^iienrian j.r :na:2,Li itiixiirii iicronim regaorum ce '.;iooi.> -zcJinzjLzd^Tr. iiic icoatc et Iibcre, prout a Deo impcniiuzi e^:, iiix-T.?: hosris rœii et fiicdofti homioes obstarcn: v:u.=i aJ.z::n: j. Nincui^; ^ j iede et j^osci tanquam nlium bcas:=7*ch:un i: rr:ziocin::;ini 5aaccB oiatris oostrae Ecdesia: CiihoucE, i: :icirjo eos qui potesati qus resistiint Oci criLsjiiJ-: ri^isciri e: xieroim sibi «ianmadoaem acquinin:- E: u: h:r^~ :r:-:uzi 2ia;or ddcs coostaret, omnes v'visi^im AJii^— :-E Pro-isïorîs spoate, et diTÎoa aspirante àir^iid, in v:r^i:w::--tzi iict: Hsarlci R^s Chnstianissimi corvk c: cri uriru-:. oriûo:îeique et ^raùarum actiones piiMivv: c: rr:vj::n rr: eo et oain: sub eo magistratu con- >:i:li:c :ji>::*:n^a> siccr^vir-z:, e: cniaibus veris etonhodoxis Cuirwi> c: >:n>:er-t. r.-:: .ult.ribjs, ut idem âcerent tuu
i594 BELLES FIGURES DE LA LIGUE 32 1
conscientia consilium, quantum in illis erat, dederunt saluberrimum.
^>^ Comme Sa Majesté, le mesme jour, estant à la Porte Saint-Denis, veid sortir hors de Paris les garnisons estrangeres que le Roy d'Espagne y entretenoit.