FIGURE
Inde cohors cedit portis Hispana, stupetque^ Attonitis haerens animis, quod victa^ volente Rege, triumphati secum fert signa Philippi; Victoremque suum laudat, Feriàtàque gaudens Consilia incauto tandem sublapsa labori, Miratur nullas Francorum Caesaris iras.
N. RicH. P.
Gravure sur cuivre, en tête du placard in-fol. imprimé en trtyers sur 5 colonnes, et encadré de fleurons typographiques. A gauche, au bas de Testampe, sur deux lignes : N, Bollerypinxit, Jean Le Clerc ex,
Henri IV est seul, à la fenêtre d'un bâtiment qui occupe le fond du sujet et qui fait partie de la Porte Saint-Denis. La garnison espagnole, en armes, marchant vers la droite, sort de Paris, par la poterne;, qui se trouve au-dessous de la fenêtre où le Roi assiste au départ des soldats étrangers, qui défilent devant Tarmée royale rangée en bataille. Au fond, à gauche, les habitants, aux fenêtres des maisons; à droite, quelques curieux dans la rue.
H. de la gravure o"2 26, L. o"3oo.
'est chose merveilleuse, que les garnisons estrangeres ne donnèrent aucun empeschement à Tentrée du Roy et n^allèrent à 1 encontre, ains cédèrent à son bonheur, car quelques-uns des Espagnols qui estoient près la Porte S. Denis se retirèrent en leur corps de
garde, les autres avec les Néapolîtains etVuallons, demeurèrent dans leur logis, sans paroistre par les rues. Ils firent mine, par quelque espace de temps, de vouloir tenir fort, n'osant se promettre tant de la clémence du Roy, qui leur fist graœ; mais Sa Majesté ayant faict demander au Duc de Feria le capitaine S. Quentin, colonnel des Vuallons, qu^il tenoit prisonnier en sa maison depuis sept jours ^ sur quelques advertissemens reccus des Pais Bas, quMl se vouloit rendre du costé du Roy, il le luy envoya incontinent sans en fidre aucune difficulté: qui fut cause que benignement Sa Majesté octroya sauf conduit au Duc de Feria,à Dom Diego d^Ibara, ambassadeur, et aux garnisons qui estoient en la ville de la part du Roy d'Espagne, pourveu qu^ils ne s^en rendissent point indignes, ce qui fut promptement par eux accepté. Mesmcs il leur fut permis de sortir, le mesme jour, tambour battant, les enseignes déployées, les armes sur Tespaule et la niesche esteinte, et d'emponer leur bagage qui estoit grand cl précieux; de sorte qu'ayant esprouvé une si grande bonté du Roy, s'estans remis à sa mercy et discrétion, il leur estoit bien malaisé de dire s'ils avoient plus redouté sa vertu en bataille rangée, ou, estant ainsi vaincuz, s'ils dévoient plus aymer et louer sa douceur. Quant au Cardinal de Plaisance et au Cardinal de Pelevé, Archevesque de Sens, et aux Dames de Nemours et de Montpensicr, aussi tost que le sieur de S. Luc eut rangé en bataille les forces par tous les endroits de la ville, il alla les trouver de la part de Sa Majesté, et en son nom les asseura de toute faveur, qu'il ne leur seroit faict aucune disgrâce ny desplaisir, et qu'ils pouvoient demourer seurement en leurs maisons, pour la conservation desquelles leur fut baillé des archers des gardes du Roy, plusiost pour leur contentement et asseurance que pour aucun besoin qu'il en fust. Car c'estoît chose esmervcillable de voir que les soldats estoient par les rues et les [X)rics des maisons ouvertes, sans toutefois qu'ils y entrassent, combien qu'aucuns d'eux en fussent instamment requis par lcshabiians,qui ne ressentirent aucun dommage, fors un Procureur de la Couronne, nommé Filleteau, qui, seljcttant à corps perdu entre les armes de ceux qui s'étoicnt saisizdu Palais et des environs, et résistant avec opiniâtreté, se précipita à la mort témérairement et malheureusement.
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Après que le Roy eust dîné au chasteau du Louvre, il monta à cheval, ayant quitté la cuirasse, et vint à la Porte S. Denis, pour voir sortir les garnisons : où il se mist à une Tenestre qui est audessus de la Porte, de laquelle il voyoil de front dans la grand'rue S. Denis. Et bientôt après commencèrent à passer les compagnies de Néapolitains, au milieu desquelles esioicnt celles des Espagnols, qui enfermoicnt le Duc de Fcria, l'ambassadeur Dom Diego d^lbara et leur Pagadour Taiis, montez sur doubles genêts d'Espagne, avec le bagage. Et, derrière tout cela, marchoient les compagnies Vuallonnes, et sortirent en cest ordre de la ville, à la veue de Sa Majesté, qui salua courtoisement tous les chefs des compagnies, selon le rang qu'ils tenoient, mesme les Duc de Feria, Ambassadeur, et Pagadour, au.xquels le Roy dist : « Recoramandez-moy à vostrc maistre, mais n'y revenez plus! » Ce qui donna occasion de soubsrire aux Seigneurs et Gentilshommes, et aux Archers des gardes qui y cstoient présents, armez de pied en cap, tenans la pique en main. Les soldats marchoient quatre à quatre, et, lorsqu'ils esloîeni au devant de la fenestrc où estoil Sa Majesté, advertiz de sa présence, ils levoient les yeux en haut vers elle, tenant leurs cfaappeaux en la main, et puis, les testes baissées profondément, ils s'inclinoient, et, faisans de Irès-humbles révérences, sortoient de la ville. Et, lors de cesie sortie, il tomboit une telle pluye qu'il scmbloit qu'elle fust envoyée du ciel sur leurs testes, pour monstrer son courroux contre eux, et pour empescher qu'aucun d'eux, quand il eust voulu, ne peust malfairc au Roy qui les regardoit passer.
Les sieurs de S. Lue et Baron de Salagnac les allèrent conduire jusques à Bourges, et de là ils furent escortez jusques à Guise, vers la frontière de Picardie et des Pays Bas, après avoir promis volontairement, en rccognoissance de la grâce qui leur esioit faicie, de ne jamais porter les armes en France contre le service de Sa Majesté, laquelle retint le capitaine S. Quentin des Vuallons et son frère, pour s'en servir, avec quelques Vuallons et Néapolitains qui avoieni quitté les trouppes ei esioient rcvenuz à Paris, dont fut faicte une compagnie. On dici que le Colonel des Néapolitains, nommé le Capitaine Alexandre, qui esioii brave et plein de valeur, lîsi, tant pour luy que pour ses
soldats, offre de son service au Roy, qui Ten remercia et luy dist, quMIs estoient anciens François du royaume de Naples, et qu'il espéroit les y revoir quelque jour, et que là ils pourroient luy faire service.
Le sieur de Bourg, qui n^estoit de Tentreprise de ceste reddition, ne voulut rendre la Bastille, dont il estoit gou^ verneur pour le Duc de Mayenne. Ainsi, la nuict d^entre les 21 et 22 de mars, lorsqu^on ouvroit les Pones Neufve, S. Honoré et S. Denis, à Sa Majesté, il fist sortir de ses soldats, qui furent es maisons voisines et aux moulins à vent des remparts prochains, et s'estant saisy des farines qui y estoient et de quelque quantité de vins, il se résolut de ne quitter la place et d^ tenir bon. Et, de faict, il commença à faire tirer quelques coups de canon, du long de la me S. Antoine, dont il blessa plusieurs personnes, et tint en ceste sorte jusques au samedy suyvant, que, se sentant fbible et redoutant la valeur et bonheur du Roy, il accepta ceste composition, qu'il sortiroit le lendemain, luy à cheval, et ses soldats avec leurs armes, et seroient conduits jusques à la première ville tenant le party de la Ligue, en toute seureté^ ce qui fut exécute le dimanche 27 de mars, selon quMl avoit esté promis, et, le mesme jour, à pareilles conditions, fut rendu le chasteau du boys de Vincennes par le Capitaine Beaulieu.
Dès le lendemain de ceste réduction, Sa Majesté remist en son Gouvernement de Paris et de Pile de France le sieur d^O, que la révolte générale en avoit dépossédé dès Tannée 1 588, et le commist pour aller à la Maison de Ville recevoir les sermens des Officiers d'icelle, en présence du s' Myron, pour lors Conseiller du Roy en son Conseil d^Estat, Maistre des Rcquestes ordinaires de son Hostel, Président au Grand Conseil, Intendant de la justice et police es armées du Roy, et à présent Lieutenant civil et Prévost des Marchans, qui fut député pour y assister.
Le lundy 28 de mars, le sieur Comte de Chevemy Hurauit, lors Chancelier, accompagné de quelques Officiers de la Couronne, Pairs de France, Conseillers du Conseil d'Estat, et Maistre des Requestes, vint au Palais et y fist lire TEdict et Déclaration du Roy sur la réduction de sa ville de Paris, et les Lettres de restablissemetit de la Cour de Parlement, ce requerans Antoine Loysel et Pierre Pithou,
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ancîcQs et célèbres Advocats de la Cour, qui exercèrent en ceste séance si mémorable les charges d'Advocai ei Procureur généraux, comme ils avotent faict auparavant, en l'an iSSî, en la Chambre de justice envoyée en Guyenne, El, après ce resiablissement, tous les Présidenis, Conseillers, Officiers Advocatset Procureurs de la Courpresiéreni le serment de fidéliic entre les mains du sieur Chancelier, ce qui fut aussi faici, le mesme jour, es autres Compagnies souveraines, sçavoir en la Chambre des Comptes, en la Cour des Aydes et en la Chambre des Monnoies. Et pareillement au Chastelet de Paris, le s' d'Autry Sëguier, lors Lieutenant civil, accompagné des Conseillers qui s'estoient réfugiez avec luy à S. Denis, tenant, ce jour, le siège, y fist faire lecture de la Déclaration de Sa Majesté, et receut le serment des autres Conseillers qui estotent demeurez en ceste ville.
Le mardy 29 de mars, octave de la réduciion, pour en rendre grâces à Dieu, fut faicte une procession générale, dicte vulgairement la Procession du Roy, à laquelle Sa Majesté assista, accompagnée des Officiers de la Couronne et de Sa Maison, avec les Officiers du Parlement, Chambre des Comptes, Cour des Aydes et de la Ville, nouvellement restablis, et y furent portées la vraye Croix, la Croix de Victoire, la Couronne d'Espines et le Chef du Roy S. Loys, avec infïniz autres précieux reliquaires, qu'on y apporta de toutes les églises et monastères de Parts et des environs.
Et le 3o, fut vérifié en Parlement un édici contenant la création de deux cstats de Président, l'un de la Cour, pour le sieur le Maistre, qui auparavant n'esioît Président que par commission du Duc de Mayenne; l'outre, en la Chambre des Comptes, pour le sieur Lhuitlicr, Prévost des Marchans, et un estât de Maisire des Requestes pour le sieur Langlois, Eschevin, personnage de irés-grand mérite (lequel, ayant de longue main projecté ceste reddition, l'a enfin heureusement exécutée), et ce, en recognoissance du signalé service qu'ils avoient faict au Roy et au Royaume, avec le sieur Comte de Brissac. que Sa Majesté des lors avoit faict Marcschal de France. Ainsi le Roy récompensa ceux qui l'avoient si bien servy et assisté en ceste si grande et notable entreprise. Et, par arrest du mesme jour, contenant la révocation de ce qui avoit esté faict depuis les troubles au préjudice de l'autorité du Roy et des loix du Royaume, il fut ordonné
que à perpétuité tous les ans seroit solennisé le 22* jour de mars, et qu^à ce jour seroit faicte Procession générale, où la Cour assisteroit en robbes rouges, en mémoire de ceste heureuse délivrance, comme pareille Procession annuelle avoit esté ordonnée au premier vendredy diaprés Pasques, pour la réduction de la mesme ville en Tobéissancé du R07 Charles Septiesme, qui advint le vendredy i3 d'Avril 1436, après Pasques.
Les nouvelles de ceste mémorable journée^ ayant esté éparses par le Royaume, invitèrent les autres villes rebelles d^entendre à pareille réduction, et les Officiers de Parlement, qui avoit esté transféré à Tours et à Châlons, en ayant esté advertis, en firent les feux de joie, et peu de temps après s^en vindrent seoir et exercer la justice en leur ancien throne et tribunal, ayans ordonné qu'en mémoire de ce que le Parlement avoit esté cinq ans séant à Tours, on solenniseroit au Palais, tous les ans, la feste de S. Gacian, eschéant au 2 de May, à Fexemple de ce que la feste S. Hilaire, qui advient le 1 3 de Janvier, y est festée, d'autant que le Parlement avoit esté séant à Poitiers 18 ans, lorsque les Anglois occupoient ceste ville de Paris.
PRiESIDIARII MILITES HlSPANI, CUM SUIS DUCIBUS, PER PoRTAM SaNDYONISIANAM ARMATI URBE EGREDIENTUR, JUXTA CONDITIONES EIS A CLEMENTISSIMO PRINCIPE OBLATAS.
osTQUAM Rex Christianissimus in urbem, tam fausto et felici successu, sine ulla suorum casde et strage, invectus est, extemplo appulit animum ut pacata tranquillaque et tuta essent omnia, eaque de causa statim per Feciales Duci Feriano caeterisque Praesidiariorum militum ducibus, qui partes Philtppi Hispaniarum Régis sequebantur, bona verba nuntiavit, et magnifîce cum eis agens ultro conditiones pacis obtulit, nempe se eos
iS94 BELLES FIGURES DE LA LIGUE Sa?
in Belgium usque tltxsos dimissurum cum dassicis, vexitlis. armis, sarcinis et impcdimentis omnibus, quibus condiiionibussequamprimum parère velle renuntiarunt, taniam et tam insperatam opiimi Principis dementiam admirantes. Post meridiem igiiur, œllectis vasis et sarcinis, omnes urbe dimissi suni per Poriam Sandîonystanam, quaternario incedentes ordine, in ipso Régis conspectu, eisque comités dati, a quibus, observandœ tîdei publicœ causa, ad Belgii limites tuio et sccurc Guisiam usque deducereniur. Unica arx munitissima in urbe resiabat ad Ponam D. Antonii sita, Basiillam vulgo indigilant, cui prierai Burgius, et altéra extra urbem, Castrum vocant saltus Vincennarum, quarum Prœfecti, in eo ipso ingressus die, deirectarum legilimum Régis impcrium subire, sed 27 Mariii meosis die eos RegicE potestati cum omnibus tormeniis et machinis bellicis reliquerunt. Sequenii die, cum omnia in urbe pacala esscni et rite composita, omnes magistratus, dignitaies, privilégia et ornamenia Rex ïpse urbî Parîsiensi volens lubcnsque rcstiiuit, quibus anica ïntegro quinqucnnio spoliata fucrai, et eo die pristlna aucioritas potestasquc reddita est centumviralis Curiœ conscripiis Patribus, raiionum Regiarum PraDfeciis,summisveciigaliumet monetarum judicibus, et aliis quibusdam Pretecturis. Oeterum, 3o ejusdem Martii mensis die, promulgaium est Panegyricum Curia; Arrestum, quo eadem Guria omnia décréta, placita, cdicia ei sacramenta quoquemodo auctoriiati Regiœ et Regni Icgibus advcrsantia abrogavit et antiquavit, uipoïc vi et metu, a 29 Dccembris anni i588 in eum usque dïem, estona; omne imperium aniea Ducî Meduanio, sub liiulo generalis Corona; FrancicLC Vicarii daium, revocavit; omnia quoque acia et décréta ab iis qui Lutetixgeneralïum hujusce Regni ordinum nomine convenerani pronuntiavit esse irrita nulliusquc momenti, nimirum a perduellibus légitima potcstate carentibus facta, Hispanorumque fautoribus; omnes denique supplicationes toio belli civilis et intestini temporc et iilius causa instiimas abolevit, jussiique in perpetuum quotannis 22 Martti mensis diem in urbe sacrum et solemnem haberi et generalem eo die Supplicationem fieri, cui Patres ejusdem Curiœ conscripti présentes adessent, purpurcis logis induti. Quod ideo constiiuium esc ut singulis annis reddantur Deo Opt. Max. solennes gratix> pro lam
3a8 PIERRE DE UESTOILE iSgS
felici urbis deditione, et ne tant! hujusce beneficii memoria apud bonos cives ullo unquam tempore consenescat.
Finis.
A Paris, chez JEAN LE CLERC, rué S. Jean de Latran,
à la Salemandre Royale,
Les Cérémonies qui ont esté faictes et observées à Rome, au mois de Septembre 1595, pour l'absolution de Henry de Bourbon , IV^ de ce nom, Roy de France et de Navarre.
Copie ms. du temps, en un cahier de 5 pages in-foL
Dimanche au matin, qui fut le 17 de ce mois de Septembre iSgS, nostre S. Père le Pape vint dans le porticque de Saînct-Pierre, avecq la crosse et la mitre, où estoit préparé un parquet pour sa Satncteté et pour les Cardinaux, Prélats et Officiers qui ont accoustumédese trouver aux Chappelles, comme aussy tous les Consulteurs du Sainct-Office et Pénîtentiers de Sai net-Pierre.
S'estant assise sa Saincteté, tous les Cardinaux, avecques les chappcs violettes, al^ère^nt à Tobédience accoustumée.
Depuis, Messieurs Du Perron et Dossat, qui attendoyent, comparurent devant sa Saincteté, au milieu des cérémonies, et, après avoir baise les pieds de sa Saincteté, Monsieur Du Perron, comme procureur du Roy de France et de Navarre, avecq Monsieur Dossat, se mit à lire la demande de la suprême bénédiction et absolution.
Comme il eust achevé, le s' Cosme de Angelis, assesseur
iSçS BELLES FIGURES DE LA LIGUE Bîg
du Sainct-Office, leut Tabsoluiioti de nostre Sainci-Père, laquelle conienoii que sa Saincteié déclairc nulle et de nulle valeur l'absolution qui auroii esté cy-dcvatit donnée à Henry IV, Roy de France et de Navarre, déclairant néanimoings valides tous les actes catholiques faicts par ledkt Roy depuis ladicte absolution jusques k présent.
Absoult ledit Roy de toutes les excommunications et censures ecclésiastiques, où il pourroii estre tombé, et mesme par la Bulle de feu heureuse mémoire Sixte Cinquième.
Avecques condition que les susdits sieurs, au nom du Roy, pour lesquels ils promettent ratification, abjurent toutes les hérésies et particulièremeni celles de Calvin, et que, au nom dudil Roy, ils ayent à accepter les conditions ei pénitence que sa Saincieté luy vouldra donner.
C'est que le Roy confirmera le tout et de nouveau répétera rabjurement, en France, en présence d'ung Légat ou nommé de sa Saincteté.
Depuis, lesdits sieurs Du Perron et Dossai leurent ladiae abjuration, le premier à haulte voix, et l'aultre tout bas.
Ladicte abjuration conienoit touics les hérésies de Calvin : abjurant et délestant, au nom du Roy, icelles et toutes aucunes hérésies; promettant, comme procureurs, que le Roy observeroit ce que sa Saincteté ordonneroit; et, en oulire, firent profession, au nom dudict Roy.
Après cela, le sieur Cosme se mist à lire les conditions et pénitence que sa Sainteté donnoit au Roy, et le nomma Roy de France et de Navarre Très-Chrestien.
Les conditions et pénitence sont que le Roy acceptera et fera observer le Concile de Trente, et, si en quelques parties il ne se peut observer sans danger de quelques nouveaux troubles, sera le Roy tenu en demander dispense au Pape.
Que, dedans le temps d'ung an, il lèvera des mains des Hérétiques le prince de Condé et le fera nourrir à la religion catholique, apostolique ci romaine.
Qu'en la principauté de Béarn il fera nomination des Eveschez qui y vacquent, faisant rendre tous les revenus d'icelles églises, et ce pendant qu'elles seront rendues.
Qu'il ayt à maintenir lesdits Eveschez, du sien propre; qu'il fera rendre tous lesdits revenus aux Evesques et abbés, ei autres bénéfices de son royaulme, qui ont esté par le passé usurpés.
33o PIERRE DE L'ESTOILE iSg5
Qu^il escripra à tous les Princes Catholiques, leur donnant avis de sa conversion et détestant lesdiaes hérésies.
Qu'il dira tous les jours le chappellet, tous les mercredis la letanye, et les samedis le rozaire, prenant pour son advocat la glorieuse Vierge Marie.
Que tous les jours il oirra messe, et, les dimanches et autres festes, la grande messe, s'il n'est empeschc.
Qu'en chacune province de son Royaulme il fera édifier un couvent ou monastère de moines, de nouveaulx réformés.
Qu'il se confessera et communiera quatre fois l'an.
Qu'il observera toutes les jeusnes et vigilles commandées par la saincte Eglise.
Lesdicts sieurs Du Perron et Dossat acceptèrent lesdictes conditions et pénitence : s'estant signé en ce lieu. Monsieur Du Perron, Orateur ^ et au précédent il s'estoit signé Procureur.
Depuis, les chantres du Pape chantèrent le Miserere, et ce pendant sa Saincteté, ayant une baguette de pénitencier, frappa sur les espaules desdicts Du Perron et Dossat, ainsi que l'on a accoustumé de faire aux Hérétiques pénitents, en acte de leur absolution.
Achevé que fut le Miserere, sa Saincteté se leva, et, se faisant oster la mittre et la crosse, il dit oraison, et après leur donna sa saincte bénédiction.
Au mcsme instant, le Fiscal général de nostre Sainct- Père et le Fiscal général du Sainct-Office dirent à tous les Prothenotaires et Notaires présens, qu'ils feissent instrumenter de ce dont ils estoicnt tesmoings, et ainsi le sieur Bandini, Prothenotaire du Sainct-Office, s'en chargea.
Après ce, l'on entendit les trompettes et tambours qui estoient au-dessus dudict portique de S. Pierre, et l'artillerie du Chasteau S. Ange, avec une très-grande joie des assistants et de toute la ville.
Et, pour la grande multitude du peuple, il fut besoing de tenir les portes fermées, avec la garde des Suisses et Chevaulx légers.
Après, sa Saincteté manda le Cardinal Sainae-Severine, comme Grand-Pénitencier, et luy ordonna d'amener lesdits sieurs Du Perron et Dossat dedans l'Eglise, où sa Saincteté leur dict qu'il avoit ouvert la porte de l'Eglise au Roy, et que maintenant c'estoit à luy à s'ouvrir celle du Ciel.
iSge BELLES FIGURES DE LA LIGUE Î3i
Depuis, ledict Cardinal Saincie-Severine les mena dedans S. Pierre, où, ayant faici son oraison devant le S. Sacrement, ils allèrent à l'Auiel des SS. Apôtres, oti il dici encore quelques oraisons, et ce pendant sa Sainctcié et les Cardinaulx s'en allèrent.
Enfin lesdicts sieurs Du Perron ei Dossat, avecq le Cardinal de Joyeuse, s'en allèrent à Saint-Louys, suivis de tous les Prélats et de plusieurs François, où fut chante solennellement le Te Deum, après lequel l'Archcvesque d'Embrun dict quelques oraisons. Ce faict, chacun se retira.
Incontinentquc la bënêdiciion fut donnée, il se vit, par la ville, une infinité de pourtraicts du Roy, que l'on vendoit,ct mesmes les affectionnés à la France mirent les armoiries du Roy sur les portes de leurs maisons.
Après disner, lesdits sieurs Du Perron et Dossat, avecq le Cardinal de Joyeuse et plusieurs Prélats et Geniilhommes françois, allèrent à la Trinité des Monts, oCi fut chanté le Te Deum et tiré, par allégresse, une salve de Mousquetaires, et le soir furent faits encore plusieurs autres feux d'allégresse, en divers lieux, tant de feux que d'artillerie.
Lesdicts sieurs Du Perron et Dossat, avecq ledict Cardinal de Joyeuse, allèrent remercier sa Saincteté et ses nepveuit, et après ce, feirent le semblable à tous les Cardinaulx.
Le Cardinal Alexandrin ne se peut trouver â l'absolution.
Sa Saincteté fera instance ù toutes les provinces, qu'elles aient à rccognoislre le Roy, pour faciliter les affaires de la France.