‹ Mémoires-journaux, 1574-1611Chapitre 17 sur 142 · M.D.LXXXIX · texte numérisé non relu

M.D.LXXXIX

Henri, vous sçavez bien que si tost que vous fistes mettre la vraie Croix de Jésus-Christ hors de France, bientost après par dissimulation avez exercé Testât de la religion Catholique, et fut lors vostre cœur environné

t. Ce titre et la pièce entière lont copiés de la main de L'Ettoile.

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d'actes et faits damnables. Vous sçavez bien que lors vous donnastes liberté à tous sorciers, enchanteurs et autres dcvinateurs, de tenir libres escoles et chambres dans vostreCourt[?], et mesmes dans vostre cabinet, à chacun d'iceux une heure le jour, pour mieux vous en instruire. Vous sçavez bien qu'avez obligé vostre ame à telles gens. Vous sçavez bien qu'ils vous ont donné un Esprit famillier en jouissance, tiré du nombre de soixante Esprits, nourris en l'escole de Soliman, nommé Teragon. Vous sçavez bien que, pour passer plus outre vostre malignité, avez contraint iceux sorciers et enchanteurs de transmuer leur esprit en figure d'homme naturel, ce qu'ils trouvèrent fort estrange, et néanmoins avec leur art diabolique ont accordé ceste requeste et, par faits obliques en corps et ame, ont fait sortir un Diable d'Enfer, figuré en homme. Et de la région où il fut premier apparu, ce fut en Gascongne, d'un nommé Nogenne, où il prist le nom de Nogaret, ou Teragon, à cause de son premier nom Teragon, et se vinst trouver au milieu de ces sorciers et enchanteurs, de bonne volonté, qui ie présentèrent à Henri, estant au Louvre, comme un gentilhomme et pour son Conseil. Le roi de Navarre, qui sçavoit la tragœdie, lui envoya un homme damné à Du Beloy, pour l'introduire plus ardamment à trahison, Henri, vous sçavez bien que, tout aussi tost que vistes Teragon, vousl'apelasles vostre frère en laict [?], et, la nuit suivante, il coucha dans vostre chambre, seul avec vous dans vostre lit. Vous sçavez bien que, toute la nuict, il tinst sur vostre ventre, droit au nombril, un anneau et sa main liée dans la vostre; et fut, le matin, vostre main trouvée comme toute cuite, et mis sur icelle un appHc, et ce matin il monstra que, dans la pierre de son anneau, estoit là vostre âme figurée. Vous sçavez bien que, toute

lanuict, sur ce serment damné, il enseingna mille et mille trahisons et violences assassinatiques. Henri, vous sçavez bien que, pour mieux couvrir vostre charme et l'honneur de vostre Teragon, Tavez mis en parenté d'un nommé de La Valette, ce qu'il trouva fort estrange, mais par dons y accorda cest accueil. Ledit de La Valette a juré et fait grand serment que ce Nogaret, ou Teragon, ne fut jamais son frère, et en a asseuré le Roy de Navarre. L'on tient que cedit Teragon eust affaire à une fille de joye en la chambre secrète, de quoi elle cuida mourir, certifiant que ledit Nogaret n'est point un homme naturel, pource que son corps est trop chaud et bruslant. Madame la comtesse de Foix dit qu'elle aimoit mieux mourir que d'estre habitée de lui ; que son ma* riage a esté fait par sort et charme, contre sa volonté, et que, la première nuia, Teragon fust d'elle esvanoui, et puis le matin le trouva couché près d'elle, et alors icelui Teragon la voulut dépuceler, mais elle ne sceut endurer sa chair si chaude qu'elle estoit, dont le jour ensuivant ne cessa de plorer devant sa tante. Et peu après, sur la fin, et pour conclusion de ce sallin discours, « Toutes ces choses (y dist-il), ce sont des advertissemens à tous seigneurs de laisser Henri, car la vérité est telle que tout homme aiant l'âme bonne accompagnant Henri, tous y seroient perdus par guerre, ou par sort, ou par charmes, ou par femmes desbordées, ou par trahison. Car est chose asseurée que Testât du Diable régnant avec Henri oste la vie, renommée, gloire, Thonneur et la vertu des hommes.

Extrait de mot à mot de la susdite Lettre^ bastie par quelque faquin et vaunéant de la Ligue.

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