‹ Mémoires-journaux, 1574-1611Chapitre 18 sur 142 · DU GRAND HYPOCRITE DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

DU GRAND HYPOCRITE DE LA FRANCE

Contenant les faits plus mémorables par lui exercez envers les Catholiques, en ces derniers temps.

Gravure sur bois, en tête de la pièce de vers, imprimée sur 3 colonnes. H. de la gravure, o"^i40, L. o"^23o.

Henri III, en habit de pénitent, un chapelet à la main, est représenté avec des oreilles de porc et des cornes de bouc. A ses pieds, le duc de Guise, percé de coups de poignard, est étendu à terre. Au second plan, le cardinal de Lorraine se couvre le visage avec ses mains, pour ne pas voir les meurtriers qui le frappent. A gauche, procession de pénitents; à droite, une prison et deux prisonniers derrière les barreaux.

Henry^ comme par passetemps.

Employait la plus part du temps A son feint dévot exercice.

Et, proche des chaudes saisons, Alloitpour couvrir sa malice.

Ainsi faisoit cest hypocrite, Affin que, soubs l'habit d'hermite.

Libres soient ses meschancetes[.

Forçant femmes et viollant filles. Faisant de nomains putes villes, Qui sont d* Henry les sainctetes^.

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De V Eglise oster les joyaux.

Pour ses mignons et maquereaux Enrichir et faire grands princes.

Donner mittre à quelque coquain, Orner de crosse une putain.

Comme on voit en plusieurs provinces.

Jamais, tandis que l'on verra Que la saincte nef voguera Dessus ceste onde venimeuse.

De Vavare indignité Jamais ri auront que pauvreté.

Et enfin sera périlleuse.

Catholiques 1 souvene^^vous

Que, pour couvrir les, cruels loups.

Les peaux de brebis font office.

Et après, ainsi déguise:^.

En leurs faits subtil^ et ruse:{.

En corps nuds montrent leur malice.

Saisi en fut le bon Guysart, Qui mit corps et bien en ha^^ard Pour faire nommer le Roy maistre; Mais ce vilain monstre pelé A tousjours dans son cœur celé Le mal qv^ enfin luy fit paroistre.

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Au vœu d Henry, quatre pendards Vindrent, à grands coups de poignards, Desgorger sur luy leur furie :

Puis estendu mort on le met^ Dans son malheureux cabinet, Couvert d'une tapisserie.

Après, ce trahistre desloyal Vers lui mande le Cardinal, Qui fut de ce grand Prince frère :

Qui, sans respect de sang sacré.

Le lendemain fut massacré D'une mort encor^ plus sévère,

Ainsi de France les flambeaux Sont terrasse:{par les bourreaux Que ce vilain mit en besongne.

Faute lourde, qui causera Qu'un chascun de nous maudira Ce meschant banni de Pologne l

Malheur sur toi, ville de Blois, Qui enclos ce trahistre Vallois^ Qui fut vrayfils d'une chimère ! Mais malheur, dis-je, non sur tcy.

Mais advienne à ce tyran Roy, Quifaict dans ton corps son repaire!

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O trompeur, qui as/ait mourir Les Princes qui t ont fait florir^ Soui[ le masque dceuwre pieuse!

O perfide et desloyal Rojrl Un Turc nefaucepas safoy, Encor^ qu'elle soit malheureuse.

Mais que diront tous les François, Qui vojrent violler les loix Etfaucer serment et promesse?

Auront-ils recours au serment Qu'il fit à son couronnement.

Plus qu'au Sacrement de la Messe?

Ce plus que trop enragé chien Portoit tiltre de Très^Chrestien, Auparavant ses belles œuvres :

Mais c'est le dire coustumier, Quà l'oeuvre on congnoit Pouvrier, Qui est chose certaine et seure,

Catholiques! aye:^ tousjours

Du Mayne, d'Aumalle et Nemours

En grand honneur et révérence :

Car Dieu vous les a préserve^,

Affin que soye^ gouverne:^

Par leurs vertus, force et prudence.

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Le malheureux s^attendoit bien Que Vieeux ne dust rester rien; Mais, pour recevoir tel outrage Qi^ont receu leurs frères et cousins.

Mit maints postillons par chemins.

Portant pacquets et mesme charge.

De la Noblesse les premiers Il tient captifs et prisonniers, Qui jamais ne lui firent offence :

Comme un Cardinal de Bourbon, Qui, entre nous, a le renom D'oestre le premier de la France;

Puis de Joinville, fils aisné De ce grand Duc assassiné, Et plusieurs autres Catholiques...

O Hérodesl tu monstres bien Que jamais tu ne vallus rien Qu'à estre chef des Hérétiques!

Donnei[''VOus garde, mes amis!

Car il se trouve, dans Paris, Plusieurs hommes qui vous escoutent.

Que vous pense:^ hommes de bien.

Et toutes fois ne vallent rien.

Car à bien faire ne voyent goûte.

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Ce sont harengères en caquets.

Qui descouvrent tant de paquets.

Pour le peuple mettre en discorde; Ce sont envieux de vostre heur.

Qui désirent vostre malheur :

Bref, tels gens méritent la corde,

A vous, habitons de Paris, Je consacre les miens escris.

Qui m^estes compagnons fidelles.

A vous iapan [?] ces tristes vers, Forge:{ d'un meslange divers Des fautes d'Henry plus nouvelles.

FIN

Comme Henry faict mettre en pièces le corps

des deux Princes martyrs, puis les ûdt

jetter au feu pour les consommer

en cendre.

Gravure sur bois, au-dessous du titre de la pièce imprimée^ qui se compose de deux sixains estropiés. H. o™2ii| L. 0^240.

Au milieu de l'estampe, Henri III sur son trône, ayant à ses côtés le duc d'Espernon et le Chancelier de France en costume. Devant lui, quatre bourreaux mettent en morceaux les corps du duc de Guise et du Cardinal de Lorraine, que deux autres bourreaux font brûler dans les flammes. Sur la table où s'exécute le dépècement, on voit les têtes des deux victimes.

HENRY, pour parachever sa cruelle fellonnie.

Estant encore rempli de sévère tyrannie, Faict allumer un feu par ces bourreaux^

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Puis mettre ilfaict en pièces les corps des Princes, Et puis lesjetter dans le feu par morceaux.

Pour en oster la mémoire à toutes provinces.

Itpensoitf à ce coup, estre du monde le plus grand. Puis vivre à l' advenir du tout débordement : Mais il est bien loing de sa folle entreprise^ Car Dieu, ayant veu son acte cy malheureux^ La de Roy privé et de sa saincte Église, Pour ces excès barbares etfaicts vicieux.

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