VI AVANT.PROPOS
thèque Nationale (Département des Imprimés ^ L a, 25, 6), se trouve une note, qui est signée des initiales J. P., et où nous lisons :
« Recueil général de Pièces détachées et Figures qui regardent la Ligue (i 589-1 594), avec d'autres du règne de Henri IV.
c Ce livre unique étoit à la Bibliothèque de V abbaye de Saint- Acheul^ près d'Amiens, comme il parott par Vinscription et le dos de l'ancienne reliure, que Von trouve ici....
€ Ces manuscrits étoient inconnus à Godefroy, à Lenglet du Fresnoy et aux autres éditeurs....
f Cette collection unique de la Ligue a échappé à M. Jardel *, parce qu'elle étoit reliée à la fin des grandes Tables ecclésiastiques et titrée sur le dos : DIVERSES PIÈCES. La reliure étoit semée des S. A., marque de V abbaye de Saint-Acheul.
c La collection est non-seulement unique, mais il seroit presque impossible d'en trouver aucune pièce qui regarde la Ligue, comme Mé{eray nous dit (Abrégé, /. III, p. 1 16, année \ 594) que d'Autry, lieutenant civil, ordonnoit que toutes ces pièces seroient brûlées et que personne n'en gardera, à peine de la punition la plus grave. »
L'auteur anonyme de cette note avait encore sous les yeux, lorsqu'il l'a écrite, le Recueil dans sa reliure primitive, qui réunissait alors deux ouvrages différents et bien disparates : les Drolleries de la Ligue et les grandes Tables ecclésiastiques. Depuis, antérieurement à sa sortie de la Bibliothèque de Saint-Acheul, le Recueil de L'Estoilefut séparé des grandes Tablettes ecclésiastiques et reçut une nouvelle reliure. Mais on eut soin de faire coller, sur un des plats, à l'intérieur du volume, comme un souvenir traditionnel, le dos de l'ancienne reliure en veau, portant le titre de Pièces diverses et ie mono^ gramme S. A., imprimés en or, ainsi que cette mention^ écrite à la main : Ex libris Abb. S^ Achcoli Ambianensis. Le précieux Recueil avait été légué à cette Bibliothèque par son dernier possesseur, Pierre de Poussemothe de L'Estoile, qui fut, de 1667 à 1718, abbé de Saint-Acheul.
I. C'est Jardel de Brainef bibliophile et archéologue distingué, que les éditeurs de la Bibliothèque historique de la France signalaient, en 1 778 (t. V, p. 1 6), comme ayant découTert l'année précédente, dans la Bibliothèque de Tt^bayede Saint-' Acbeul, les manuscrit» originiiuzdes Journaux deVEstoite.
AVANT-PROPOS vu
Pierre de L'Estoile, qui avait, à ses risques et périls, formé ce trésor des Belles Figures et Drolleries de la Ligue, n'eut pas le courage de le détruire quand le lieutenant civil d'Autry ordonna, en 1594, la suppression de toutes les caricatures et de tous les libelles injurieux à la royauté; mais on a lieu de pré' sumer qu'il se contenta de faire disparaître les plus diffamatoires et de tenir le reste bien caché. Cependant il ne put s'empécker défaire mention de son Recueil dans la mise au net du Journal DE Henri III, en parlant des libelles qui paraissaient à Paris au mois d'avril iSSq [vojr. notre édition, t. III, p. 179) : 1 Desquels [libelles diffamatoires contre Sa Majesté, farcis de toutes les plus atroces injures)j'ai esté curieux, jusques là d'en ramasser jusques à plus de trois cens, tous divers, imprimés à Paris et criés publiquement par les rues, contenant quatre gros volumes que f ai fait relier en parchemin, et éthiquelés de ma main, dans un grand in-folio plain de figures et de placards diffamatoires de toutes sortes, que j'eusse baillés en garde au feu, comme ils en sont dignes, n'estoient qu'ils servent, plus que quelque chose de bon. à monsirer et descouvrir les abus, impostures, vanités et fureurs de ce grand monstre de Ligue, n Puis, 1 tirant de ce ramas un petit échantillon «, il cite plusieurs de ces libelles • qui estaient les plus communs à Paris et les mieux reçus., pour estre les plus sois, meschants et injurieux 0, notamment : Les Charmes et Charactères du sorcellerie de Henri lie Valois, trouvds au logis de Miron, son premier médecin, avec les oblaiions qu'il faisoit au Diable dans le bois de Vincennes; — Le faur Muffledu grand Hippocritede France descouvert ; — L'Adjournemem fait à Henry de Valois pour comparoistre au« Enfers, i
Ce passage du Journal uë Henri 111 nous montre que L'Estoile avait rassemblé plus de 3oo libelles, achetés dans les rues de Paris pendant la Ligue, qu'il les avait fait relier en quatre gros volumes, couverts en parchemin, et qu'il en avait dressé de sa main l'inventaire descriptif dans son grand volume des DnoLLBRiEs de la Ligue, inventaire qui ne s'y trouve plus. On ignore aussi ce que sont devenus ces quatre gros volumes du recueil des pièces volantes imprimées ù Paris ei criées publiquement par les rues. Un grand nombre de ces pièces a été sans doute anéanti, sans qu'il en soit resté un seul exemplaire dans les bibliothèques de la France et de l'étranger.