‹ Mémoires-journaux, 1574-1611Chapitre 24 sur 142 · CHANSON NOUVELLE DU BIERNOIS · texte numérisé non relu

CHANSON NOUVELLE DU BIERNOIS

Sur le chant deSalisson ortoillon^ etc.

Placard petit in-4®, sur 2 col., sans nom de lieu ni date. Le verso contient une autre chanson, qu'on ne peut lire, la pièce étant collée en plein.

QUF veult ouyr chansonette Du maudit Biemois^ Qui, pensant faire amp leste, A vestu son hamois.

Pensant, par finesse, Abolir la Messe?

Jean Sendreux, malheureux !

Retire-toi arrière !

Tu as les pies poudreux.

Sentant la mort certaine De Henry de Vallois, Pensois, sans avoir prise, Nous régir sous tes lois.

Et, de pensée fraische, Nous bailler la Pr esche!

Jean Sendreux^ etc.

Tu fais le Catholique, Mais c'est pour nous piper, Et, comme un Hypocrite^ Tache à nous attraper; PuiSj soubs bonne mine.

Nous mettre en ruine.

Jean Sendreux, etc.

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Pour couvrir ta malice Prend la peau d'un renard.

Mais de tel artifice Et de toi Dieu nous gard !

Et de tes Politiques, Pir^s que Hérétiques,

Jean Sendreux, etc.

Ta face hypocrite, Sentant son Harlequin Et son feu hérétique, Tendoità cestefin :

Nous faire apparoistre Que tu voulois estre,

Jean Sendreux, etc.

Les villes que tu as prise Tesmoigneront tousjours Comme de telle entreprise As joué lesfains tours :

Leur faisant promesse D'aller à la Messe.

Jean Sendreux, etc.

Dreux, la gentille ville, Pensoit bien attraper.

Pour la rendre serville Et ton Presche^ planter; Mais^ pour fin de compte, La quitent à grand honte !

Jean Sendreux, etc.

Sens, ville catholique.

Te montrant, sans obéir,

Qu^à un Roy hérétique Il ne faut obéir.

Ne moins recognoistre Tel que tu veux estre.

Jean Sendreux, etc.

Vive la S aine f Ligue !

Vive tous les Li gueux!

L Eglise Catholique Et tous les bons Seigneurs, Qm/, sans nulle envye, Employent leur vie!^

Jean Sendreux, etc.

Noblesse Catholique, Mais à quoi pensez-vous, De suivre un Hérétique, Qui se mocque de vous?

Il se donne carrière.

Se morgue en derrière !

Jean Sendreux, etc.

Dieu permet Hérétique Quelquefois dominer, Ensemble Hypocrite, Pour quelque temps régner :

Mais lafinfinable En est misérable!

Jean Sendreux, etc.

FIN

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Advertissement véritable aux Catholiques de Paris par les Catholiques d'Oriéans ' .

Placard in-fblio, imprimé à longues lignes, sans nom de lieu ni date.

Messieurs, le troupeau court grande fortune, quand il est délaissé de son pasteur ; encores plus, quand il s'entend avec les loups.

Le bergail de la ville de Paris à la furie des loups a esté non seulement abandonné, mais affligé par son pasteur mesme.

Si M. le Cardinal de Gondy a dailaissé son troupeau Catholique, il n'a fait que ce que Ton attendoit de luy, parce que ses actions se sont toujours rapportées à la volonté de Grands qui estoient peu soucieux de Thonneur de Dieu, et ennemis du bien public, et amateurs de la tyrannie, ayant mieux aymé, pour sa grandeur, oublier son debvoir, que, en faisant son debvoir, s'incommoder de ses grandeurs.

Il n'est besoing de remarquer ses actions particulières, encores qu'elles soient assez congnues, mais, pour ne rien dire que véritable, je remarquerai trois fautes générales et signalées, congneues d'un chacun, qu'il ne peult dénier et èsquelles il est recogneu exécuteur de la Tyrannie et fauteur d'Hérétiques.

La première est quand il se fit commissionnaire pour aller es provinces de Poictou, Anjou et le Mayne,afin de

1. UEstoile a écrit à la marge : a Contre Monsieur le Cardinal de Gondi, ÉTeaque de Paris, de la façon des Seize. »

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publier et porter la parole, comme il fit, de la volonté du defFunct Roy, et donner à entendre au peuple qu'il le vouloit soulager et diminuer les tailles, pourveoir de gens de bien aux offices de judicature, et qu'ils ne seroient plus vassaux, et qu'il desiroit que toutes choses fussent bien réformées, et, pour conclusion, demandoit de l'argent pour faire la guerre aux Hérétiques.

M. le Cardinal de Gondy ne pou voit ignorer le contraire de telles ypocrisies, car, oultre ce qu'il sçavoit de la volonté du defiîinct Roy, comme son confidentiaire, en oultre les villes où il alloit et portoit telles parolles, les magistrats et le peuple catholique, lui reprochoient que ses remontrances estoient toutes au contraire des effects, parce qu'il preschoit une liberté et diminution de subsides, et neantmoins, par la conclusion de sa harangue, il tend oit affin de réunir toutes les tailles et subsides en un blocq, et, outre ce, à demander de l'argent pour faire la guerre, tellement qu'à veue d'oeil Ton voyoit que TefFect de telles parolles tendoit à pipper le peuple et l'oppresser, au lieu de le soulager.

Mesmement, en la ville du Mans, fut reproché en publicq audit sieur Cardinal, que tant s'en falloit que l'intention du Roy fust de remettre et diminuer les subsides ; que, au mesme instant, ils estoient bien advertiz que l'on l'on avoit publié à Paris des édicts très-pernicieux, et contre la liberté du peuple ; à quoi il ne sçeut que respondre. Et quand, en particulier, on luy disoit que les magistrats et le peuple des villes ne croyoient ce qu'il disoit, et qu'ils s'appercevoient bien du contraire de ses harangues, il estoit contraina de dire et confesser qu'ils avoient raison et que leur commission n'estoit que de la fumée. Tellement que, encores qu'il congneut et confessast la mauvaise volonté du Roy, par ces effects.

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si est-ce que l'attente de la récompense temporelle et crainte de perdre !a faveur du Roy, le faisoit oublier Dieu, le bien du publicq, et favoriser au mal.

La seconde est quand il se fit commissionnaire pour aller à Rome, affin de (soubs prétexte simulé du salut de la Religion et de combatre les Hérétiques) obtenir de sa Saincteté un bref de permission de l'aliénation des biens de l'Eglise, pour cinquante mil escus : lequel joua si bien son personnage, que, au lieu qu'il n'avoit charge de demander que cinquante mil, il en obtint, par surprinse, de sa Sainteté, pour cent mil escus, de quoy il est doublement accusablc.

Car il congnoissoit entièrement que le Roy empruntoit ce prétexte pour tromper sa Saincteté et abuser des biens de l'Eglise, parce que, paravant que de partir, il sçavoit que le Roy avoit baillé les places fortes et gouvernemens à des Hérétiques et fautheurs d'Hérétiques, et mesmement il avoit fait rechercher le Roy de Navarre. Et, au contraire, qu'il défavorisoit les Princes Catholiques, ne les advançoit aucunement, ains leur portoit une hayne mortelle, comme il a depuis monstre par efTect, soubs umbre qu'ils ne vouloient céder à sa volonté, qui ne tendoit que à l'esiablissement de l'Hérésie et Tyrannie.

Et la troisiesme est l'assistance qu'il a faicte au Roj', tant auparavant que lors et depuis le massacre des Princes Catholiques, sans l'avoir abandonné jusque à la mort. Que s'il n'esioit quelquefois près de sa personne, il n'en estoit loing, et si en quelque lieu qu'il fust, c'estoit pour faire service au deffunct Roy, et conséquemment contre les Catholiques, spécialement de cesie ville de Paris, la ruyne de laquelle il avoit jurée. Et estoit tellement afBdé au deffunct Roy, que pour lui complaire

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il injurioit les Prédicateurs, leur imposoit silence, médisoit des Princes Catholiques et de la Ligue, et, depuis la mort des Princes, assisté le deffunct Roy à la messe, luy a aydé de ses moyens : mesmement, quand le camp estoit devant Paris, luy bailla argent pour acheter vingt cinq miliers de poudre pour battre Ponthoise.

De dire qu'il a faict tels actes par ignorance, cela ne se peut croire ; il est trop sage mondain, et Tesprit par trop affermy en ses conceptions, veu qu'il avoit trente ans quand il a commencé ses estudes.

De dire que tout ce qu'il a faict à l'advantage du Roy, c' estoit pour la grande obligation qu'il avoit, et que cela est excusable : si en un prélat l'on veut préférer sa commodité particulière, à l'honneur de Dieu, à la conservation de la religion et du bien public, je le quitte; mais si nous parlons en Chrestiens, ceste excuse est orde et sale.

Je voudrois que ceux qui l'excusent eussent autant de bons actes en main, comme ils ont de mensonges et de ruses.

On l'a fait revenir à Paris, en surprenant la religion de Monseigneur le Légat, sur ce qu'on luy a donné à entendre, que toute la Ville et les Corps d'icelle le desiroient : et, de faict, on dit qu'il a esté demandé par les corps de Messieurs de la Cour de Parlement, de Messieurs les Doyens, Chanoines et Chapitres de Paris, par Monsieur l'Abbé de Saincte-Geneviefve et de Messieurs les Prévosts des Marchans et Eschevins, et au devant de luy spnt allés les chefs des Politiques qui sont de ceste ville.

Messieurs, j'eusse désiré que ses réquisitions eussent esté mises en lumière, et veoir la composition de ces Corps, requérans, je crois, que l'on eust veu des corps synecdochés, prenans une petite partie pour le tout, encores ceste petite partie fort doubteuse.

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La Cour de Parlement n'a accoustumé de requérir, c'est elle qui commande, de sorte que cela ne se peut croire que ce grand et célèbre corps ait faict telle requeste que ce soit des particuliers d'icelle, je le crois, pour fortifier leur party. Quant à Messieurs de Chapitre, la pluspart sont faicts de sa main ; c'est la raison qu'ils cognoissent leur créateur. Quanta Monsieur TAbbé Saintc-Gencviefve, il a estimé en sa harangue, comme son père, s'il est en ceste opinion, il ne pouvoit moins faire que le requérir. Et quant à Messieurs de THostel de Ville, leur arrest a esté faict à la chandelle, et sans aucune convocation, de sorte que cela regarde leur volonté particulière, qui ne peut préjudicier au publicq, pour une envye qu'ils ou Tun d'eux auroient de favoriser ledit sieur Cardinal, lequel est, tous les matins, visité par l'un desdits Eschcvins, avec sa robe de chambre, pour luy servir de secrétaire.

Or, Messieurs, si la Faculté de Théologie, mère nourrice de la doctrine sainte, si le Corps de l'Université, si le Corps des Curés, si le Corps des Prédicateurs, si le Corps des Religieux, brief, si le peuple Catholique eussent faict ceste demande, il y eut eu quelque apparence à son retour ; mais la Théologie a donné son advis tout au contraire : nostre Sainct Père le Pape la veu, l'approuve, et s'en est réservé le jugement. L'Université a loué tel advis, les Curés et Prédicateurs l'ont presché et confirmé, les Religieux l'ont observé, et le peuple advoué, consenty et obéy audit advis.

Et toutesfois quelques particuliers, les uns mal afiectés au parti des Catholiques et les autres attachez au service et volonté particulière dudit seigneur Cardinal, se sont bandés et sous main, sans bruict, contre ceste demande, pour coUorer son retour, qui ne peut estre que au desad-

vantage des Catholiques, contre les principaux desquels, depuis son retour, il a faict des résolutions très pernicieuses en assemblées faictes en son cabinet, jusques à dire qu'il falloit exterminer ceux qui, par cy-devant, se sont rendus plus affectionnés à la cause de Dieu et de son Eglise, qui estoient de petits coquins et gens de néant, et qu'il falloit remettre les Grands en leur grandeur et authorité. Plus, à son arrivée dernière à Paris, a amené avec luy un nommé Chevrier, agent du sieur de Longueville, qui a levé et emporté grande somme de deniers à son maître, avec force lettres de change, et est sorty de la ville par le certificat et passeport dudict sieur Evesque, qui Ta ad voué comme sien. Plus, il a dit qu'il ne signeroit l'Union des Catholiques, parce qu'il y avoit article de poursuivre la justice de la mort des Princes; plus il a favorisé sa sœur, Abbesse de Poissy, d'obtenir, tant du deffunct Roy que du Roy de Navarre, la confiscation des biens des Catholiques, et entre autres du Prévost de Poissy, des biens duquel ladite Abbesse a joui et consommé une partie. Bref, ses actions, sa contenance, son affection, sa paroUe, ne tendent que à la ruyne du party des Catholiques, de sorte que le voilà, à son arrivée, chef de party contre les Catholiques qui n'attendent remède que de la main de Dieu, veu que les magistrats et les grands les délaissent et se bandent contre les faicts de Dieu, qui a permis que les petits se seroient roiddiz pour sa querelle, et qu'il maintiendra en despit de l'arrogance et malice des grands, qui ne faict cas que de leur prudence humaine et délaissent le zelle de la Religion.

Un seul point reste de consolation aux Catholiques, qui est qu'il plaise à Monsieur le Légat advertir sa Saincteté d'y donner ordre et que la Religion ne soit

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trahie par ceux qui la deussent maintenir, et que, considérant Taffiction de ce pauvre royaume, il adjure tous ceux qui se dient Catholiques de parler un mesme langage, faire mesmes actions, supporter le peuple et ceux qui ont à l'ouvert résisté à THérésie et Tiranie, et en un mot exterminer tout autre sorte de party, soient Hérétiques politiques, metifs timides, ypocrites pacificques et embrasseurs de tous partis, afBn que, estans exterminés, et les Catholiques par une saincte conversion unis ensemble, ce soit pour vivre en paix sous l'obéissance des Commandemens de Dieu, de son Eglise, par une vraye et ferme foy, espérance et charité, avec piété et justice.

Protestation des Catholiques de Paris, qui n'ont faict leur prouffit des deniers publics ' .

Placard grand in-folio, à deux colonnes, sans nom d'imprimeur ni date.

DE quinze cens mil escuz levez ou trouvez en divers lieux de Paris, tant en argent comptant qu'en meubles précieux. Monseigneur de Mayenne a justifié publiquement, au mois d'aoust dernier, qu'il n'en a pas receu huict vingts mil, qui est la moitié seulement des deniers de Mollan.

I. VEstoile a écrit en note : «Contre les Seize. Et en fust semé et jette quantité, à Paris, par les rues et sous les portes des maisons, l'an 1589. »

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Nécessairement la faute en vient de ceux qui les ont levez, receuz ou pris, sans ordre et forme de justice.

Cette faute a débilité les saintes armées et contraint les soldats de ruyner indifféremment Tamy avec Tennemy.

Il n'y a donc rien plus à rechercher et punir, que ceux qui ont entre leurs mains ces deniers : car, outre la peine qu'ils méritent pour estre cause d'un si grand mal, il s'en peut plus tirer de secours, qu'il n'est possible de lever sur le reste du peuple (épuisé par telles sansues) : et si cela sera cause qu'à l'advenir dix mil escuz profiteront plus que cent mil escuz.

Aussi, il y a six mois que chacun le demande à mondit Seigneur, et que non seulement il l'a accordé, mais ordonné et commandé. Néantmoins, quoi qu'on aye peu dire, poursuivre ou ordonner, de ceste grande et immense somme ainsi soustraitte, on n'en a pas encore restitué au public dix escuz.

Cela vient que tous ceux qui ont authorité et puissance à Paris, qui y sont craints et redoubtez, qui font branslcr la ville comme ils veullent, il n'y en a pas un qui n'ait eu sa part de ceste grande somme.

Les uns, de très nécessiteux, en sont devenuz si riches, en neuf mois, qu'il y a plus de marcs de vaisselle d'argent doré et buriné en leurs maisons, qu'il n'y en avoit de livres d'estain ; plus de tapisserie de haute lisse qu'il n'y avoit de natte : tesmoin en est l'inventaire de Perruchon, qui fut dernièrement pendu. Les autres en ont acquitté le principal de grandes rentes, pour les arrérages desquelles ils estoient, auparavant Noël, chacun jour exécutez, et, en oiitre, en ont acquis de nouvelles. La pluspart ont de grands deniers comptans. Quelques uns, plus timides en tout événement, le font transporter hors le Royaume, afin que si, par la nécessité que leur larcin

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apportera, les affaires tournent mal, ils s'en aillent vivre au milieu de leurs escus, et nous laissent en une misère et pauvreté extrême.

Tous ceux-là donques empeschent que les comptes ne se rendent, et sont sousîenuz de ceux qui se donnent, à noz despens, des gages et taxations sans mesure.

Mais, d'autant que le peuple, cognoissant quelle ruyne ceste piilerie apporte à toutes les affaires et publiques et privées, redemande tousjours ce compte, on l'en veut destoumer par des moyens estranges.

On dit que c'est nous desunir! Il ne faut donc point punir les crimes, il ne faut point empescher les larcins publics, il les faut laisser faire tout ce qu'ils voudront, et payer tout ce que bon leur semblera, de peur de nous desunir ? O que nostre Union n'est pas avec ces gens-là ! Nostre Union est sainte, nostre Union est pour bien faire, nostre Union n'est pas avec les Perruchons, avec les voleurs!

Que soit qui voudra de l'Union des'enrichir aux despens du peuple, nous n'en voulons point estre. Au contraire, nous voulons esire très desuniz d'avec eux; nous voulons estre unis estroitement avec les vrais Catholiques, Catholiques et de foy et d'œuvre, avec les gens de bien, qui, depuis trois jours en ça, n'ont point pillé les églises et violé les sépulchres à trois lieues d"icy. Nous voulons la guerre aux Hérétiques, le procès aux voleurs. Ce n'est donc pas nous desunir que de demander ce compte à ceux qui nous demandent l'argent qu'ils ont desja en leurs bourses.

On adjouste que c'est un artifice du Roy de Navarre, qui veut, par ce moyen, empescher qu'on ne lève de l'argent.

C'a donc esté le Roy de Navarre qui a fait dire à Mon-

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seigneur de Mayenne, que, de quinze cens mil escuz, il n'en avoit pas touché huia vingts mil ?Ç'a esté le Roy de Navarre qui luy a fait ordonner, par un arrest qu'on n'a jamais peu tirer des mains du greffier, que tous ceux qui avoient si mal manié les deniers en rendroient compte ?

C'est le mesme qui le fait crier, d'une voix publique, par tous les bons bourgeois de Paris, qu'on sçait plus haïr le Roy de Navarre qu'homme quelconque qui vive ?

Chose merveilleuse, que ce que nostre extrême pauvreté, et la mesme nécessité, nous contraint de dire, et que quand la honte nous le voudroit faire taire et celer, nos enfants qui meurent de faim le crieroient et publieroient partout. On nous veut encore faire entendre que c'est nostre ennemy, et non pas la vérité, qui nous le fait dire.

Il n'y a pas un seul denier en nos bourses, pour nous nourrir et apaiser nos créanciers qui nous abboyent de tous costez. Nous n'avons plus ny bled, ny vin, ny bois, pour cuire seulement, encores que nous entrions en hyver, et ces gens icy, qui ont leurs maisons pleines de tous biens et de toutes provisions, qui se vautrent sur l'argent desrobé, sur les tapisseries de Turquie et le linge deslié, nous veulent faire croire que nous aurons bien moyen de payer, sans qu'ils rendent compte de ce qu'ils ont entre leurs mains, et que c'est le Biernois qui nous persuade le contraire.

Sommes-nous jurez enfans,ou frénétiques, qui ne cognoissons cest artifice de l'ennemy, qui nous fait entendre le contraire de la vérité ? Ou bien si ces gens icy sont de grands pipeurs, qui, après avoir recuUé par leurs larcins les affaires de nostre guerre, et fait que nous sommes encore au commencement de ce qui devroit estre parachevé, si quinze cens mil escus eussent esté employez

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tous à un coup, vivement et à la chaude, nous veulent encore faire croire que ce n'est pas nous, vrais Catholiques, qui demandons compte et raison de ceste grande somme, mais que c'est le Roy de Navarre qui le fait demander sous main ?

Qui est, au contraire, tant idiot et tant aveuglé par ces zélez dans Paris, qui ne voie que le Roy de Navarre voudroit que, de tous les escus qu'on lèveroit à Paris, ledit seigneur de Mayenne n'en louchast pas trois sols, comme il n'a fait jusques à aujourd'huy? L'ennemy ne désire rien davantage que les larcins des Trésoriers de celuy auquel il fait la guerre.

Le Roy de Navarre ne doit rien tant craindre, sinon que ceste grande somme desjà levée soit ostée aux particuliers et employée à le ruyner, et nous, vrais Catholiques et vrais ennemis des Hérétiques, ne désirons rien davantage.

Ce ne sont donc pas les amis, mais les vrais ennemis du Roy de Navarre, qui demandent compte. Ceux qui l'empeschent ne sont amis ny ennemis de personne; ils aiment seulement leurs richesses excessives, richesses en trois jours acquises, ou plustost ravies, par force et par garnisons, de la main de tant de pauvres gens qui ne peuvent aujourd'huy donner du pain à leurs enfans.

Il y a neuf mois que les Rollans, Crucé, Morlière, Bussy, Louchart, Hatîe, la Rue, et leurs compagnons trop et trop cognuz à chacun, \ endoient leurs meubles pièce à pièce pour vivre, et maintenant il leur faut emprunter des maisons d'amis pour mettre leurs pilleries, tant tout regorge chez eux.

D'où vient cela que les meilleurs marchans, qui n'avoient jamais veu sergent chez eux, qui n'avoieni jamais esté appelés pour recognoistre leurs cédulles, sont main-

tenant chacun jour condamnez, exécutez et contraints d^implorer la miséricorde de leurs créanciers, par des r^pis, voire mesme plusieurs de faire banque-routte, et que ceux-cy, qui estoient prests à la faire, sont maintenant si gorgez de tous biens ?

Voilà, en une mesme saison, des firuicts merveilleusement divers, et de goust tout contraire : il faut nécessairement qu^ils viennent d^Aspres, et qu^ils soient bien de dissemblable nature.

Il fault desraciner ces mauvais arbres et les jeaer au feu. Mais ils promettent de rendre compte, pourveu qu^on leur paye encore cinquante mil escuz, comme s^il n^estoit pas aussi aisé de le rendre maintenant et depuis tant de jours et de mois qu^on le demande, ou comme si les 5o,ooo escuz n^estoient pas plus faciles à prendre en quatre bourses de ces Trésoriers, sans rendre compte où ils sont tous amassez, voire beaucoup davantage, que de les demander à ceux qui n^en ont plus.

On sçait assez que, pour estourdir et refroidir ceste reddition de compte, ordonnée par arrest, ils ont avancé sous main lesdits 5o,ooo escus, et que ce qu^ils poursuivent tant aujourd'huy, c'est pour s'en faire rembourser.

Qu'ils rendent compte, et puis on les remboursera, si on leur doit.

Mais il s'en faudra beaucoup qu'on leur doive; car ils ne se sont pas contentez de tirer de l'argent de nos bourses, ils ont encore retenu celuy qui y devoit entrer. Ils prennent chacun jour toutes nos rentes de la Ville et du Sel, et ne faut pas qu'ils s'excusent sur le deffaut d'assignations ; car, ne payons-nous pas tous les jours le sel aussi cher que de coustume ? Nous rabat-on l'entrée du vin, l'entrée des bestes à pied fourché, encores que d'ailleurs telles marchandises soient chères en toute

extrémité? Il est certain que non. Pourquoy est-ce donc qu'au moins, des deniers du sel, qui sont grands, des deniers de rentrée du vin, et de toutes aydes, qui se lèvent à Paris, et notoirement se reçoivent chacun jour, on n'a fait payer quelque partie, quelque quartier des rentes de ceux qui aujourd'huy demeurent à Paris, mesmes de tant de pauvres vefves, et orphelins misérables ?

Qui veut recevoir lumière de la lampe, il faut qu'il y mette de l'huile. On veut tousjours tirer de nous et ne nous rien laisser aller. Et d'autant que nostre vaiselle d'argent estant mangée, et nos provisions consommées, les garnisons ne trouveront plus à faire bonne chère en nos maisons, comme au commencement. On veut faire vendre nos lits et si peu qui nous reste de meubles, en nostre porte, afin d'adjouster l'ignominie avec la pauvreté. C'est pourquoy, estant réduits à ceste extrémité que nous ne recevons rien de nos rentes, que nous ne jouyssons de nos héritages, qui sont à six, voire trois lieues d'icy, qu'au contraire ils sont ruynez et pillez entièrement ; que tout trafic cesse et par eau et par terre ; que le Pallais, la Chambre des Comptes et les Escoliers ne nous apportent plus un seul teston ; qu'on ne reçoit aucuns gages, que toutes sortes de vivres jusques aux moindres sont chères extrêmement ; et au bout, que ceux qui ont tant de deniers entre leurs mains suffisans pour ruyner Tennemy, ont ce pouvoir qu'au lieu de rendre ce qu'ils nous ont osté, pour l'employer au public, ils nous veulent encore contraindre de trouver cinquante mil escuz, à nous qui n'avons plus moyen de vivre :

Pressez dé ceste nécessité, nous protestons, jurons et déclarons, devant Dieu, devant sa benoiste Mère, ses Anges et les Saincts, qui voient et entendent nostre extrême pauvreté, nos justes plaintes, et la cruelle barbarie

et avarice insatiable de ces athées, d^empioyer jusques à la dernière goûte de nostre sang, qui quasi seul nous reste , pour, sous Tauthorité de Monseigneur le Duc de Mayenne, Messieurs les autres Princes Catholiques de la Cour de Parlement, Chambre des Comptes, Cour des Aydes, Prévost de Paris , Prévost des Marchans et Eschevins, et tous autres Juges et Magistrats protecteurs de nostre liberté, et establis de tous temps pour punir les larcins de l'argent public et sacré, empescher telle oppression, par tous les moyens légitimes et licites aux vrais Catholiques , Apostoliques et Romains ; pour repousser toutes sortes de satellites que ces trésoriers nous menacent d'envoyer à nos maisons; bref, pour nous délivrer d'une si misérable servitude, en laquelle on nous veut contraindre de donner ce que nous n'avons pas, sans rendre compte de ce qu'on a levé sur nous.

Servitude d'autant plus abjecte et infâme que la condition est vile des autheurs qui ne se sont enrichiz et enorgeuilliz que par ceste mort cruelle qui a causé tant de malheurs à la France I

Chose estrange que ce qui est à nostre plus grand regret soit le comble de la félicité de ces zélez, qui autrement seroienttrès misérables; qui ont chacun, en peu de mois, plus ravy de richesses qu'un homme de bien n'en peut acquérir en quarante ans.

Les Hérétiques se sont extrêmement resjouiz de la mort de feu Monseigneur de Guise d'heureuse mémoire, et ceux-cy s'en sont extrêmement enrichiz.

Pendant que l'afflixion recetie de ceste mort assoupit nos esprits, ces gens esveillez et ardans du proufiEit nous prennent nos bourses.

Et quand nous en appercevons, ils ne veulent pas que nous nous en plaignions et que nous demandions compte;

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ils nous veulent faire accroire que qui demande compte est Hérétique et Navarriste. Quelle nouvelle sorte d'hérésie inventée pour Timpunité de tant de voleurs ? Feu Monseigneur de Guise eust bien donc favorisé les Hérétiques, car il eut benignement ouy nos plaintes et noz raisons.

Il nous feist descharger, en Tan i588, de l'emprunt commencé à lever sur nous , parce qu'il n'y avoit que deux ans que nous en avions payé un autre. Et ceux-cy nous en demandent, non tous les ans, mais tous les mois, voire tous les jours : l'on ne parle que d'argent, de billets, de dons, de prest sans rendre, de garnisons, [de] fouiller maisons, de faire vendre nos meubles et autres marchandises assez affectées à nos créanciers.

Ce bon prince, qui aimoit tant Paris, et qui y estoit tant aimé, eust-il bien peu endurer de la voir si misérablement tourmentée par tels Trésoriers? Ne les eust-il point contraints de rendre compte de ce qu*ils ont receu, devant que leur permettre d'en demander de nouveau, lui qui s'estoit tant plaint aux Estats de ceux qui desroboient l'argent destiné à la guerre contre les Hérétiques ? Eust-il permis que ceux qui se disent surpasser tous les Catholiques en zèle, eussent mis en leur bourse, à son veu, ce mesme argent sacré? Sans doute, il ne Peust jamais enduré, mais bien plustot eust fait punir sévèrement tels brigandeaux, par le moyen desquels les affaires de la guerre sont appauvries de douze cens mil escuz et plus.

Monseigneur son frère feroit volontiers le mesme, mais un seul ne • peut ce que trois pouvoient contre ces gens si audacieux, si outrecuidez, si impudens, qu'ils ont bien osé dire qu'ils l'avoient fait, et qu'ils le defferoient quand ils voudroient.

Misérable canaille I Que pouvez- vous sans le consentement universel de tout le peuple, justement indigné d'un tel assassinat, et affectionné à sa religion, comme il devoit ?

C'est tout ce peuple aujourd'huy qui vous demande compte, qui le crie tout haut, qui s'en tourmente. Pensezvous le pouvoir destruire, et son chef aussy, pour une si juste demande ?

Vous faites jecter des monitions, pour sçavoir qui approuve ceste protestation et qui se plaint de vous : faitesen plustot jecter pour sçavoir qui ne s'en plaint point : car il y a plus de milliers de ceux qui se plaignent que de douzaines des autres.

Il n'est point besoin de monitions : envoyez des garnisons en nos maisons, pour aider à manger ce qui reste de pain à nos enfans, et vous cognoistrez qui sont ceux qui ne veulent payer que premier vous n'ayez rendu compte; vous pourrez tesmoîgner après si ce sont quelques partisans du Biernois, ou bien le général de tous les bons Bourgeois de Paris, qui n'ont point fait leur prouffit particulier des deniers publics : vous cognoistrez que, pour un larron, il y a cent hommes de bien à Paris.

Sans doute Dieu, pour avancer les effets de sa justice, ostera la crainte à ces nouveaux tyrans; il les laissera en leur hardiesse : ils poursuivront leur pointe, pour se faire rembourser de 5o,ooo escus par eux avancez, qui n'est la moitié de la dixme de leurs larcins. Mais ce sera le moyen par lequel ils seront payez, en une heure, de tout ce qu'ils méritent. Dieu , par sa grâce , conduise nos actions et nous donne autant de résolution en nostre juste plainte et d'affection à nous deffendre et nos voisins

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comme ces méchans ont dUmpudence et d'audace en leurs larcins publics I

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