‹ Mémoires-journaux, 1574-1611Chapitre 4 sur 142 · DU POLITIQUE DE CE TEMPS · texte numérisé non relu

DU POLITIQUE DE CE TEMPS

EXTRAtCT DE l'EsCRIPTURB SaINCTK.

A Paris, pour Hilaire le Bon, au Mont 5. HilairCy et Pierre Chevillot, en l'Allée de la Chapelle S. Michel, au Palais,

Avec permission.

Gravure sur bois. H. o™i40, L. o™225. Dans un placard in-folio, avec 3 colonnes de texte.

Au milieu de l'estampe, le Politique, sous la forme d'une sirène attachée par le milieu du corps à un tronc d'arbre. Elle tient d'une main une fiole, et de l'autre une trompette. A gauche, dans le haut, deux pourceaux ; au-dessous, des enfonts nus, jouant avec des ballons. A droite, dans le haut, des idoles sur un autel; au bas, un roi, assis devant une table où l'on voit trois crapauds. Aux pieds du Politique, quatre turbans à terre.

La pièce suivante, de 34 vers, est imprimée sur deux colonnes, audessous de l'estampe. Les sept premiers sixains qui viennent ensuite sont placés, en longue colonne, à gauche de l'estampe; les quatre autres sixains se trouvent, en deux colonnes, au-dessous des 34 vers explicatifs.

Quel est ce monstre ici et comment a-il nom?

Des Grecs est dit Syrène et des Hebrieux Dagon, Et ce siècle aujourdhuy Politique l'appelle*

Mais dites^mqy un peu, pourquoy est-il-femelle?

PIERRE DE L'ESTOILE iSSg

Sa plus grande vertu est cTun chacun flatter Et des plus fors le cueur et le courage oster.

Pourquoi, tirant vers bas et depuis la couture. Est-il comme un poisson? Pour ce qu'il estperjure Et qu'il cloche douteux de tous les deux coste\,

Pourquoy un lien d'or lui ceint-il les coste\ ? Le désir d'amasser beaucoup d'escus ensemble^ Le rendant serviteur, sa liberté luy emble.

Mais pourquoy sont ses mains ainsi pleines de sang? Pour autant qu'inhumain il a ouvert le flanc Du peuple, et a respeu ses cruauté^ sanglantes De ses tristes boyaux et entrailles tremblantes,

Pourquoy une bouteille est sa dextre tenant?

Pour autant que le soingplus grand de maintenant Et mesmes le premier est d^ engraisser sa pance^ Se donner du bon temps et faire grand despence.

Mais dites-moy pourquoy dans sa senestre main Une trompette il tient ? C'est que du Souverain La souveraine voix est par luy mesprisée, Et qu'après quHl est saoul, il Vaplicque en risée.

Pourquoy autour de luy ne voit-on que Turbans Et qu'Idoles encor\ et Dieux petits et grands? C'est que sa volonté, obséquieuse, est prompte Croire ce qu'on voudra, sans, pour ce, en avoir honte.

Bref, dites-moy pourquoy un nuage espaissy Environne son chef d'un brouillard obscur cy? La tourbe qui ignore et n'a point cognoissance Du Ciel, ainçois de Dieu, cerche en son ignorance L'amoureuse clairté, et es troubles la paix, Et en ce fol erreur veut mourir désormais.

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Penna strutionis similis est accipltri et herodio.

(Job, 39.)

L'Autruche qui estend ses deux œsles en l'air, Ainsi que VEsprevier, et fait semblant voler ^ Mais ses pieds de cheval F arr estant en la plaine. Est l'image et pourtraict de toy, qui es content Estre veu Catholique, et ne l'es pas pourtant, N* ayant souci de rien que de la chose humaine.

Quorum Deus venter est.

Le Porc ajrme-fumier, en prenant sa paisson, Grongne ordinairement d'une estrange faqon, Et, regardant le Ciely muet on le voit estre ,• Ainsi r homme mondain qui ne vante sinon L'apparence et le fard d'une religion A honte de la vraye et de Dieu recognoistre.

Qui dévorât piebem meam ut escam panis.

Le Crocodille, enfant d'un petit œuf glaireux. Contrefaisant le pleur d'un pauvre langoureux, Meurtrit cruellement cil qu'à soy il attire : Tels sont, 6 Mesnagers, vos dissimule:^ pleurs, Quiy plains du sang du peuple et gras de leurs malheurs, Faignans vous enfascher, n'en faites rien que rire.

Et sermonibus odii circumdederunt me.

(PsAL. 108.)

Tu vois comme ce genre ord, terrestre, doubteux, Et tousjours babillard, ne se monstre honteux Deprophaner du Roy la table somptueuse; Mais de voir tout cela tu ne dois festonner ^

PIERRE DE L'ESTOILE iSSg

Puis quores Von n'entend les Louvres résonner Que duja\ard babil d'une trouppe fiateuse.

Vae qui justificatis impium.

En la morte saison du froid ur eux hyver, On void en ses filets la chenille couver De ses petits la vile et pestiféré engeance.

Ce n'est donc de merveille, ôperjure et sansfoy. Si en ce temps fascheux tu nourris dedans toy Et vas celant V erreur quipulule en la France.

Insidiatur in abscondito.

Cest Oyseau qui, de jour, est sans voix et sansyeuxy Et qui void bien de nuict, et tracasse en maints lieux. Importunant chacun d'un malplaisant ramage.

Est tout semblable à toy, qui, voulant estre veu Fidelle Citoyen, porte l'eau et le feu ^ Te monstrant Taulpe au bien, et Dragon à Voutrage.

Intus pleni rapina et dolo.

Ainsi, comme les fruits qui croissent sur les eaux De la mer de Sodome à Pœil paraissent beaux, Mais au dedans sont pleins de cendre et pourriture : Ainsi la piété que tu mets en avant.

Sous r appas afetté d'un propos décevant.

En ton vil estomach ne couve rien qu'ordure.

Ut quid pueri diligitis infantiam.

(Prov., I.)

Enfans, jusques à quand ire^-vous poursuyvant Des bouteilles de vent qui, en vous décevant,

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Et vastre suitte et vous meinent au précipice ? Voila la République, et par tels gouverneurs Conduite, auxquels chascun défère tous honneurs; Mais on n'a soin de Dieu ny de son saint service,

Vae per quem scandalum venit.

Le croassant Corbeau se contente arracher Les yeux des hommes morts, et encor de chercher En un corps charongneux dequoy paistre sa vie ; Mais toy, qui vas succant et la vie et le sang Du peuple languissant que tu as mis à blanc, Quel corbeau seras-tu, diS'moy,je te supplie?

Intus autem lupi rapaces.

(Matth., VII.)

Le cruel Léopard, bigarré de couleurs, En attirant à soypar ses souëjves odeurs Les simples animaux, les meurtrit et dévore : Ainsi, mettant maints maux avec un peu de bien, Tu vas saoulant ta faim, réduisant tout à rien. Si que le monde, un jour, sera taproye encore.

Ab increpatione vuitus tui peribunt.

(PsAL. 79.)

Alors que la saincte Arche orpheline sera De ministres meschans, et qu*encore on verra Tes autels enrichis de sa despouille sainte, Adonc, te voyant mancque et de mains et de che/,^ Tu aprendras, Dagon, par ton triste meschef, A céder au grand Dieu, duquel vl as point de crainte.

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