‹ Mémoires-journaux, 1574-1611Chapitre 49 sur 142 · TROIS NOTES · texte numérisé non relu

TROIS NOTES

DE LA MAIN DE l'eSTOILE

Au verso du feuillet, in-folio maximo, sur lequel sont collées les deux dernières pièces.

Le 10 avril iSgi, jour du Mercredi saint, le prédicateur de la Sainte Chapelle à Paris ( au sermon duquel j^estois) engagea son ame au Diable, devant toute Tassistance, au cas que le Béarnois entrast dans Chartres, « pour ce, dist-il, qu^il a faict Dieu cocu, et a couché avec nostre MèreTÉglise» ; l'appela « Chien, hérétique, fils de putain, athée, et tiran » .

Et toutefois, .deux jours après, qui fust le Vendredi saint, durant le service, arrivèrent les nouvelles de la composition et reddition de la ville, et Pâme du bon Cordelier demeura, pour les gages, à son maistre.

Le 14* avril dudit an iSgi, jour de Pasques, les prières estans à la Chapelle de la Roine, puis les Filles Repenties, les Hespagnols accoustrèrcnt trois bateaux de foin en damoiselles, auxquelles ils firent des yeux de piastre, leur baillans des robbes de tafetas et des masques, tels qu'on en vend sur les quinquailliers, à porter mommons. Et, ainsi équippées, les placèrent devant le Grand-Autel, vis à vis du Saint-Sacrement.

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De quoi tout le peuple se mist à murmurer et scandalizer si fort, qu'on fust contraint de les oster. Il fust dit tout haut par un honneste homme, grand catholique, que les Hespagnols montroient bien par là que leur religion n'estoit que masque et piastre.

Le Vendredi i o* may , audit an i Sg i , jour et feste de Saint Job, les Walons firent une masquarade de la Patience de Job, allans et se promenans par les rues de Paris, avec tout plain de gens à moiaié nuds, qui avoient les bras sanglans, et les corps peints, accompagnans avec des violons un homme, monté sur un asne à reculons, qui représentoit le bon homme Job. Lequel, tenant la queue de Tasne, d^une main, en donnoit la bénédiction aux passans, et avoit à ses costés un Diable, et une femme, derrière, qui se moquoit de lui.

Et combien que ceste farce fust à la mode de leur pays et assez plaisante pour amuser des badaux, si fiistelle mal receue de ceste populasse parisienne : tellement que, passant par dessus le pont Nostre*^Dame, le peuple s'esmeust et commença à crier après eux, disant qu^il les faloit jetter dans Teau, et que cela estoit fait en dérision de la Religion, pour Tamour de Tasne qui donnoit la bénédiction de sa queue.

Dont les Seize, à Paris, furent mal contens, pource que tout ce qui venoit des Estrangers leur'estoit bon et catholique.

iSgî BELLES FIGURES DE LA LIGUE i63

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