LUI CONTRE LES LIGUEURS
Fragment manuscrit de 4 pages, et dont le commencement manque «.
. . .auquel on a fait cent tyrans. — Mais qui sontceux qui, par la Paix, pourront entrer dedans la Ville ? Ceux mesmes qui en sont sortis, qui y sont nez, et leurs grands-pères, et des plus illustres familles, premiers en biens et piété, en suffisance et en estats. Qui sont ceux qui, par ces con-
1. L'Eitoile a écrit à la fin de ce fragment, en travers : Response. iS^o. La copie est de la main d'un des copiste de L'Estoile.
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seils, f empeschent de les recevoir ? Cent coquins, qui les ont chassés, pour s^enrichir de leurs despouilles, et qui craignent qu'à leur retour chacun redemande le sien. — Estimes-tu que ces zélés, qui les ontvoUés, et te voilent, craignent pour toy tant que pour eux ? Non, non ; car c^est le désespoir qui les aveugle et les emporte. Malheureux, qui ne jugent pas que un bon roy aimeroittrop mieux oublier leurs meschanchetés , pour sauver le reste des bons, qu^en les punissant, perdre tous ses biens, disant : Ils serviront à un Prince nécessiteux pour faire la guerre à leurs frères. -^ Quelles grandes exactions a-il fait aux \ illesqu^il dent, que tu n^ayes eu mille fois pire? Il n^a point envoyé toucher aux lieux ny aux choses sacrées : Nous n^avons pardonné à rien. Il n a point fait emprisonner ceux qu'il a pensé estre riches, ny accuser par faux tesmoins, pour les rançonner et piller : Nous Tavons fait et le faisons. Si bien qu'aujourd'hui, parmi nous, c^est un grand crime d'estre riche. Iln'apoint encore employé leur bien en l'acquit de ses debtes : beaucoup s'en alloient au saffran, qui se sont acquittez du tiers. — Où sont seize cent mil escus, portezenlaMaisonde Ville,etdont on faisoit tant d'estat, pour faire si longtemps la guerre ? Où sont treize cent mil escus, que l'Espagnol vous a fournis, tesmoin le commandeur Moreau ? et presque autant qu^on a levé et qu'on lève, chacun jour, par finesse ou par violence ? Les soldats n^ont pas eu un sol, et n'ont fait que des monstres seiches. Pauvre peuple! et tu te plaignois de ton Roy pour un peu de laine! Et tu es muet aujourd'huy contre ceux qui t'ont prins la peau ! Ils te menacent que le Roy ne perdra jamais la mémoire du jour de la Saint- Barthélémy, et que les fils de T Admirai rinduiront à venger leur père, et les serviteurs du feu Roy à punir la mort de leur maistre. Il est très discret et
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trop juste pour t'accuser de ces conseils et te punir de ces deux crimes : car, en l'un, tu n'as qu'obéy à la volonté de ton Roy, et, en l'autre, tu as loué ce qu'on t'a donné pour miracle. Ils te veulent espouvanter, que tous les Princes Catholiques et les villes associées te courront sus, faisant la paix ? — Voyons un peu qui sont ces Princes. Ils ne t'en sçauroient nommer un qui ait en France autre pouvoir que celui qui leur vient de toy. Sans toy, que pourroit-il donc faire ? Si ce sont Princes estrangers, je ne voy que le Roy d'Espaigne, jà vieil et assez empesché à empescher que l'on ne l'attaque. Cestui-là, certes, auroit raison d'estre marry de la grandeur d'un Prince qu'il a offensé, et ne doit point estre blâmé, s'il cerche la possession de ce dont il n'a que le liltre. Outre que, pour confirmer mieux les siens, depuis si peu de temps, amenez â la foy Chrestienne, il ne voudroit autre miracle que les guérir des escrouelles. Ce sont de très mauvais voisins, pour espérer qu'ils soient bons hostes, et de très dangereux amis, pour les espérer bons seigneurs. Quant aux villes de l'Union, c'est erreur de t'en menacer, car la plus affectionnée est tantost lasse de patir. Pourquoy dlrols-tu qu'elles ont si librement pris ta brisée ? C'est que Paris seul est la mer où ils doivent verser leurs eaux, et que, sans luy, tous leurs trafiqs seroient maigres ou inutiles. Que scrviroient leurs magasins, s'ils n'ont lieu pour s'en descharger ? Où iront-Ils donques qu'à Paris, puisque Paris leur est un monde, et que le gain, pour qui que ce soit, y est tousjours plus grand qu'ailleurs î
Or, venons à ce beau secours, tant promis par M. du Mayne ! Deux mois sont jà escoulés depuis qu'on presche sa venue, et n'y a jour en la sepmaine où il n'ait esté attendu mil petits billets en chiffres par le Président Vêtus. Ces petits lacquaisdesgulsez, que on a fait partir et
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arriver quelque fois en une mesme heure, et ces nouveaux empeschemens qui Tont si souvent retardé, tantost au siège d'une ville, et tantost pour joindre quelcun, ne te devroient-ils point suffire à voir comme tu es pippé? Il estoit à Meaux dès jeudi, avec quatre mil chevaux et seize mille hommes de pied, force canons et force vivres. Tu devois, dès hier, sentir quelque allégement à tes maux. Aujourd^huy il est reculé, et luy manque quelque autre chose. On attend le prince de Parme, qui a bi«a quarante mille hommes. Te voylà repeu pour un mois. Cependant tu es attaqué de deux forces inévitables. Tune que tu ne peux fléchir, Tautre que tu ne peux forcer : de sorte que tu es conduit, par Tespérance, au désespoir : car ceux qui sont perdus en eux te veulent voir perdre avec eux. J'en demanderois la résolutionprise en leur dernière Assemblée chez le bon curé de Saint-Cosme,àrissuedespnsermon, qui fut que, n'ayant d^espoir, ils brusleroient tous les Registres du Parlement, du Chastellet, de la Chambre des Comptes et de l'Hostel de Ville; puis, s'assemblànt par leurs quartiers, mettre le feu chacun chez soy et s^eflForcer d'esteindre ceux qui s'efforceroient de Testeindre. Voylà, par des gens bien zélés et bien croyans et craignans Dieu, quel zèle de faire mourir tant de pauvre peuple de faim, et d'exposer à la fureur tant de personnes innocentes ! Ils disent qu'on te blasmera d'accorder avec l'Hérétique, et pourtant n'ont point différé de se servir de l'Hérétique et le soudoyer des deniers provenans de l'Eglise mesme. Peuple, reprens donc tes esprits, et secoue l'indigne joug, que des petits faux monnoyeurs athéistes et sacrilèges t'ont fait porter jusques icy, pour en recevoir un plus doux, utile et plus honorable !
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