‹ Mémoires-journaux, 1574-1611Chapitre 7 sur 142 · BRIEFVE DESCRIPTION DES DIVERSES CRUAULTEZ · texte numérisé non relu

BRIEFVE DESCRIPTION DES DIVERSES CRUAULTEZ

que les Catholiques endurent en Angleterre pour la foy.

Placard in-foI-',avec encadrcmenl, sans nom de lieu ni d'imprimé

W petit pourtraict vous met devant les ^ yeux (Lecteur Chreslien) une partie des ^misères et caîamitez que les Catholiques 4 souffrent, de jour en autre, par la cruauté &de noz adversaires. Je dis une partie, pource que rentendement humain ne pourroit arriver âcomprendre, et moins à trasser avec la plume et le pinceau toutes les sones et aigreurs des despouiUes, emprisonnement et tourmensqu'ilspracliquent. Dieu, seul juste juge d'ung chascun, en sçait le nombre, sans mettre en ligne de compte les sanglantes ordonnances et cruels

I. L'Eiloile a ieril, à droite, sur U marge du lilrc : a On speloit ce bciu Httï l*T»ble»u dt M"« de Monipeniiet, pour ce que, par ion conied et Enhonemeal, fuit mil un Ubleiu dans [c dmelièrc Salnl-SeTCcia , à Pirîs, la leuUlc d< la Saint-JeaD de Tan liSy, auquel estoleni pcinTs et teprittntit loutei CCI cruautfi , aSn que te peuple passant par ti a*csmeuEt el l'inimasi louBJoursde plus en plus contre lesHuguenas ei Politiques, qu'on lit (bapliians de ce nom les meillcuri serviteurs du Roy). Dont Sa Ma-

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»ïre M. Anroux, conseiller de la Grand' Cbambre et marguilller de l'église Stiot-SeTerin, al paraisse, qui, de grand Catholique qu'il estoil, deiinst par Il grand Hjr^tique el Politique, aiant esté dilTainé pour Ici par ceui de la Ugut, fnetme par un sonnet Injurieux contre ceux de la Cour de Parlement, qu'ila publièrent et affichircnl par les rues, adressi! audit Anroui, qu'ils d^ grideot de nobicMC, et l'apclent ua vilain fitt dt matio». a

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édits publiés au dommage et détriment non-seulement des biens et possessions, mais aussi de la vie, tant présente que future. J'estime qu'il n'y a pas un honmie au monde lequel ne fust espris d'horreur et espouvantement, s'il venoit à les considérer par le menu. Plusieurs mesmes des chefs et gouverneurs hérétiques n'approuvent pas leurs sévères enquestes, très iniques accusations, trahisons, confiscations de biens, emprisonnemens perpétuels, secrets tourments ez prisons, et très cruels supplices semblables, voire mesme surpassant les tourmens desquels usoient les anciens Tyrans pour escordier et bourreler les Chrestiens; à plus forte raison un bon Chrestien et Catholique les a à contre cœur et detestation. Je laisse en arrière combien de personnes desseichent en prison par tout ce royaume, combien de G>nfesseurs ont esté abbatus par longues traînées de misère, combien de Martyrs mis à mort par estranges et inhumains supplices, combien d'honmies et femmes de toute sorte de qualité, chassez de leurs maisons et despouillez de leurs biens, se renferment et resserrent en des cachettes et lieux obscurs, estans jour et nuia en perpétuelle crainte et frayeur qu'on ne leur mette la main sur le colet pour les gehenner et tourmenter. Et toutes fois (chose de tant plus pitoyable !) ne leur estant permis de vivre paisiblement en leurs maisons, à la façon accoutumée des Chrestiens, encore leur défend-on estroictement, par des loix rigoureuses, de se retirer pardevers les nations estrangeres. Je ne pretens de déclarer telles et semblables choses, ny ne pourrois quand bien je le voudrois, ni ne voudrois quand bien il seroit en ma puissance, tant le nombre et la grandeur surpassent ma petitesse. Il suffît à mon propos et délibe* ration de les avoir sonmiairement attaint, pour exciter vostre charité, piété et compassion (Chrestien lecteur), â

celle fin, que vous, qui estes, avecques nous, un membre du corps de Jésus Christ et de l'Eglise, vous pleuriez ensembletneot et priez avec nous que, par les suffrages de la glorieuse Vierge et de tous les Saints, nostre commun Seigneur et Dieu veuille appaîser ceste tempeste, amollir les coeurs des persécuteurs, et les fleschir quant et quant à recevoir la foy qu'ils ont rejeciée, et nous donner patience et constance, pendant que nous ramons durant ceste tempeste et travaillons dedans et dehors nos maisons, surchargés d'un si pesant fardeau.

Advertissement au Lecteur,

celle fin que nous prévenions, Chrestïen lec- É teur, les paroles mensongères d'aucuns, qui, l pour donner couleur honneste ou bien amoindrir ceste cruauté (outre que ceulx-Ià mesmes ayant quelque fois enseigné et escrit qu'on ne devoît faire aucun effort et violence pour le regard de la conscience, lesquels, toutesfois, changeans de robbe et de personnage, ont espousé le party des barbares persécuteurs et se sont revestus de leur livrées), mettent en jeu et font courir un bruit que les Catholiques sont affligez de toutes ces sortes de supplice, non pour cause de la foy et religion, mais pour crime DE LÈSE-MAJESTÉet transgressions des ordonnances et édicts Royales. Et pour ce, je mettray clairement, et en peu de parolles, devant les yeux d'un chacun ce en quoy consistent les crimes qu'ils appellent de lèse-Majesté, et quelles sont les loix, pour la transgrcs-

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sion desquelles tant de croix et tourmens sont apprestez aux Catholiques : d'un grand nombre j^en recueillerai quelques-unes.

i^ Quiconque dira, escrira, affermera ou signifiera, en quelque manière que ce soit, ou mesme, estant prié, confessera que le Pape est Chef de l'Eglise d'Angleterre, ou qu'il a quelque authorité es choses ecclésiastiques, il sera réputé coulpable de crime de lèse-Majesté.

2° Si quelqu'un, constitué en dignité moindre que n'est la dignité de Baron, refuse par trois fois de jurer ou abjurer contre l'authorité du Pape et en faveur de la puissance souveraine de la Royne es causes de l'Eglise, luy estant par trois fois proposé de ce faire, il souffrira mesme peine de lèse-Majesté.

3° 4° 5° 6° Si quelqu'un faict l'appoinctement et reconciliation d'un autre avec l'union et communion de l'Eglise Romaine, ou procure icelle paix, voire mesme luy donne tant seulement conseil de faire une telle reconciliation, bien qu'il ne la procure, ou portera en Angleterre des Agnus Dei (qu'on appelle), deschappellets, grains bénits, médailles, croix, images du crucifix, ou autre chose beniste du Pape, encourra la mesme peine de lèse-Majesté.

7® 8® Si un prestre absoult quelqu'un des subjects de la Royne, ou bien a receu authorité pour ce faire, encore que la pratique ne s'en soit ensuivie, il sera réputé coulpable de lèse-Majesté.

9^ Si quelqu'un destourne un autre de ceste religion, de laquelle on fait à présent publique profession en Angleterre, ou bien s'efforce de le destourner, afin de l'atti-

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rer à l'obeysance du Pape et de la foy Romaine, il sera quant et quant coulpable de lèse-Majesté.

Je ne veux mettre en compte les autres loix touchant le danger de la vie et le ravissement des biens, comme de paier deux-cens-onze escus pour avoir ouy la messe ; quatre-cent- vingt-deux pour Tavoir dicte; soixante-six tous les mois pour avoir refusé d'aller aux Eglises et Preschesdes Protestans; d'estre confisqué de tous ses biens pour avoir receu ou retenu des Agnus Dei (qu'on appelle), des chapelets, grains bénits, médailles, images de la croix, ou crucifix, ou autre chose béniste du Pape, et autres semblables, desquelles quiconque voudra avoir plus ample cognoissance, pourra lire l'Epistre de la persécution d'Angleterre, traduicte ces jours passés de nostre langue en françois. Et ce pendant, Amy lecteur, jouissez de nostre labeur et considérez, à part vous, quelles sont ces meschantes trahisons, quels crimes DE LÈSE-MA- JESTÉ, pour la punition desquels tant de sanglantes ordonnances non jà ouies ont esté basties et forgées dans le creux des cerveaux de nos adversaires : lesquelles non ' seulement nos ancestres de tout temps eussent détesté, mais aussi, ce jourd'huy, tout le monde, tant que le nom de Chrestien, voire mesme d'Hérétique, de Turc et d'Infidèle, se peut estendre, a en horreur et abomination très grande.

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!• L'APREHENSION DES CATHOLIQUES

Gravure sur cuivre, au centre du feuillet. H. o^iSo, L. o**a75.

Dans la rue d'une ville, à gauche, des hommes à cheval, armés de lances, font entrer un homme en prison. Au fond, des hommes, à pied, portant des torches, conduisent un âne sur lequel est monté un prêtre. A droite, des hallebardiers entraînent un prêtre et une femme qu'ils viennent d'arrêter. On voit, dans le haut, par une ouverture de la maison, l'arrestation d'un prêtre qui célébrait la messe.

A. Les Prebstres celebrans la messe en cachette, es maisons privées, souvent sont descouverts par les espions des hérétiques, louez par argent ; souvent estans pris par les bourreaux, qui se eslancent de force, sont arrachés des aultels.

B. Les Dames Nobles, Vertueuses et Catholiques, tirées de leurs maisons, avec injures et coutumelies, sont menées en prison, pour avoir aydé les Prebstres de leurs moyens et facultez, ou pour se estre trouvé à leurs messes.

C. D. Les Prebstres semblablement sont traînez en prison, les uns estans ignominieusement menez et oultragez par les places publiques avec leur habit sacré, les autres estans liez et garottez sur des chevaulx, et avec eulx plusieurs Gentilshommes sont menez de mesme.

E. Le Prebstre, estant pris ce pendant que il célèbre la messe, tout revestu que il est de ses accoustrements sacrés, est contrainct de monter à cheval et garotté de cordes, avec des torches allumées à plain jour et conduia en prison.

En, Leaor, regni faciès miseranda Britanni.

Terra antiqua, potens opibus, fcecunda metallis,

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Clara armis et Marte, at multo clarior olim Insigni bonitate hominum cultuque Sacrorum, Qua plures sub cœlo habuit provincia nulla, Pontificum egregias Sedes, Tumulosque, minasque Templorum ingentes, sacra vasa, altaria, patrum Quae veterum pietas in Christi extruxit honorem : Haec nuper speciosa et florentissima terra Aspice ut, horribiles Sacrorum passa ruinas,

Est in monstrosam nunc deformata figuram, Namque Dei summi haec sacra vasa, altaria, templa, Sacrilège evertit partim, partimque profanât. Presbyteros, Laicos, et cum mulieribus ipsos Persecuitur pueros, detestandumque professa Dogma, fidem Christi pedetentim exterjDtiinat omnem. Prima mail tant! radix, af&igere sanctos Presbyteros : caput hoc. Nova mox spectacula cernes Dira magis, quae tu studiosius omnia, Lector, Adverte, atque animum pictura pasce fideli.

ao LES INQUISITIONS NOCTURNEZ

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