AU ROY
Sire,
Ayant apris des Sages de l'antiquité combien est util et profi-
dressé ce tableau^ afin qu'on y veist^ comme en un mirouer^ le danger éminent de toutes énormes entreprises, mesmement de celle de le^e Majesté, plus horrible et détestable que toute autre , et qui a naguère presque subverti ce bel Estât , lequel a jà flori doufçe cens ans et plus ^ et continue en vostre maison et tigre Royale, par spécialefaveur divine, V espace de six cens ans entiers. Or, J'espère que Vinvention n'en sera infructueuse au peuple, ny maîa^éable à Vostre Majesté, qui pourra, en ce petit labeur^ recomoistre le zèle et r affection de V Auteur. Priant Dieu^ SIRE , qu il donne à vostre Majesté victoire et triomphe, paix et prospérité. De Vostre Majesté le très humble et très affectionné subject et serviteur, A. C.
i594 BELLES FIGURES DE LA LIGUE 297
Enfin, dans le cadre de Pestampe, à gauche du bas, a été ménagé un espace qui présente, en six lignes de texte, la description de ce tableau allégorique :
En ce tableau se fait allusion à Milo Crotoniates, jadis trèsrenommé luicteur, qui, trop outrecuidamment, entreprint de fendre avec ses mains le tronc d'un gros arbre, où elles demeurèrent prises et si bien serrées, qu'il fut illcc mangé des loups. Pourtraict naïf de tous crimineux de leze Majesté, comme de J. Clément, J. Chastel, et tous semblables parricides, qui ont porté et souffert la peine de leur témérité et desloyauté.
Puis, au-dessous de Testampe elle-même, se trouvent, en cinq grandes lignes, la prose et les vers que voici :
Dieu, voulant garantir un royaume de ruine éminente, suscite volontiers un prince pieux et sage, et souvent fait paroistre quelque marque extraordinaire en sa vocation. Ce que Ton peut observer en nostre Roy Henry IIII à présent régnant, si on regarde les grandes persécutions qui l'ont exercé dès sa jeunesse jusques à cest aage, sa constance, ses victoires et singulière modération en icelles; aussi, que quatre fils du Roy Henry II, estans parvenuz en aage d'hommes et trois d'iceux mariez, sont tous morts sans enfans, pour luy faire place; que tant d'assassins désespérez ont failli à leurs méchans desseins contre luy pris, et vérifié que son ame estoit liée au faisseau de vie de par TÉternel, comme il est dictde celle de David : outre toutes lesquelles marques de l'assistance divine, il a des vertus en luy tel nombre, que ses ennemis les confessent et en tremblent. A raison desquelles, ensemble de ladite succession, aussi de ce nom de très chrestien luy compétant comme à l'oinct du Seigneur, cest olivier luy convient bien.
Voyez le proph. Zachar, c. 4, où, soubs la figure d'un olivier, le Roy est représenté et appeUé fils de l'olive et très chrestien, est à dire trois fois oinct d'huile, qui monstre bien que les assassins des Roys, vives images de Dieu et pères communs de leur patrie, sont infiniment exécrables, maudits et damnables éternellement.
Pergis ? et insano juvat indulgere labori ?
Heu ! sapiet casu tota palsestra tuo.
Siste roanum,moriture manu. Milo; sospes in aevum
Nam sto, nec antè meam vis scidit ulla coma m.
Lairras-tu point, Milo, tes desseins enrage^ ? Ha!jepréioy ta mort, d'exemple mémorable!
Sauve tes bras Mais quoy? Jà tes bras engage^
S'escrasent dans le bois^ qui a farce indomptable,
Stat ferax Regum, neque vim tremiscit Impiam stirps haec pia Ludovici, Nunc et in secto rediviva ligno Fundit amomum.
Henric, III, Patri patr. A, C, partntans fecit.
398 PIERRE DE L'ESTOILB 1S94
Pourtrait de la ligue infenudle^
Grande gravure sur bois, en tête d'un placard grand ia-4bl. ea« touré d'un encadrement typographique. H. de l'estampe 0*347, L* 0*290. *- La Ligue est représentée sous la figure d'une furie à deux têtes couronnées de serpents, avec des grifiès aux pieds, vêtue d'un^ robe blanche et d'un long manteau noir. Elle a saisi d'une main la Toison d'or, qui pend au-dessous de l'écusson des armes d'Espagne « et de l'autre main elle veut saisir la croix de l'ordre du Saint-Eaprit, annexé aux armes de France et de Navarre, desquelles sort un brms qui tient une épée menaçant une des faces de la Ligue.
S1RE9 y ;g^ 'e5f le pourtrait que l'hideux Lucifer
\A tiré du profond des abismes d^Efffer.
Sire, c^est le pourtraict de la Ligue damnable. Qu'un François doit haïr beaucoup plus que le Diable. Elle a dessus son chqf plusieurs serpens tortus^ De furie, de rage et d'horreur revestus.
Sire, c^est le portraict d'une Religieuse, Ayant les yeux sanglons et la cervelle creuse. Deux faces en un corps, visant de tous coste:[. Pour mieux dissimuler ses grandes cruaute^^.
Elle a pour son appuy les plus grands de la terre, Pour nous combler de deuil, et de funeste guerre. Et de feu, et de sang^ et de division.
Sous le prétexte faux d*une saincte Union, Lescuqon Espagnol, qu'en sa main droite porte, Rien que ranqonnemens et tout malheur ri apporte; Escuqon recogneu par nos afflictions, Qui nous a tant causé de malédictions.
Sa main gauche ressemble à celle d*un harpie, Qui aspire à nos biens, et nos vies espie;
Et tasche d* empoigner l'escuçon des François,
De corrompre nos moeurs^ et renverser nos loix,
Par sesfaicts glorieux et sanglantes menées,
Que nostre Roy afaict convertir enfumée.
Cest nostre Roy Henry, lequel, puissant etforty
Des Ligueurs forcené:^ a surmonté l'effort.
Lequel repurgera, un jour, d'abus le monde.
Et en France fera fiotir la paix féconde,
La Ligue a, de surplus, les deux pieds griffonne\j
Pour aller et venir vers les plus obstine^.
Elle a le cœur d acier, le corps tune Diablesse,
La langue de sorcière et Vhabit d'une Abbesse,
Pour, sous un jfé/e saint, forrer dans son filé »
Les plus simples, charmei^ par les fausses harangues
De ceux qui ont vendu, au plus offrant, leurs langues,
Faict à Lion, par Léonard Odet.
Inventer. F. C.