AUTRE PORTRAIT DE HENRY IV
Tête de trois quarts, tournée à droite, avec moustaches et barbe; grand chapeau de feutre, collerette, hausse-col doré, armure, écharpe. Gravure ovale sur cuivre, coloriée. H. o"ii5, L. o^oSy. — Dans la bordure semi-circulaire, on lit cette inscription :HENRICUS 4. D. G. REX. 1594. FRANCORUM ET NAVARRiE. iExAT» 41.
De chaque côté de ce portrait, L'Estoile a collé, comme ]>our lui fiûre une escorte d'honneur, un hallebardier de la garde du Roi, en carton découpé et colorié au pinceau, costume mi-parti TÎolet et orangé. L'un a une toque verte, l'autre une toque noire. H. de chaque, à partir de l'extrémité de la hallebarde, o"i73, L. o^oyS.
Les Entre- paroles du Manant dé-lig^é
et du Maheutre-
Gravure sur bois, coloriée, en tête du placard gr. in-fol., a\'ec large encadrement ornementé, également colorié. H. de l'estampe o">i85, L. o"*3io. — Cette gravure représente, au milieu d'un paysage champêtre, les trois personnages que le poète a mis en scène: la Ligue, le Manant et le Maheutre, dont le nom est insent au-dessus de chacun. A gauche, la Ligue, sous les traits d'une vieille femme , un couperet suspendu à la ceinture, tenant d'une main son masque et de l'autre sa béquille; au centre, le Manant, en costume villageois, un bâton à la main, et ôtant son chapeau devant le Maheutre, armé de pied en cap et monté sur un cheval de bataille; dans le fond, à gauche, une ville fortifiée, dont la poterne est ouverte et d'où sortent trois chiens; à droite, une pluie d'épis de blé tombant sur un champ de fleurs de lis.
Manant.
[ON Dieu I Je suis perdu ! Las ! où me cacher ai-je ? Voici venir vers mqy un homme de cheval!
\Pour me garder de luy, oit m'en retournerai-je ? Je ne m'en veux pas fuir, il ne mejera mal.
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Maheutre.
Qui vive ? Arreste court ! ne marche davantage I Approche y rCayepeurije veux parler à toy.
Qui VIVE ? Parle donc, ne change de visage.
De quel party es-tu ? Or^ vien ça, dy-le moyf
Manant.
Monsieur, je ne sqay pas que veut dire Qui vive ? Je ri ay jamais appris dessous un magister :
Quand quelquefois quelqu'un avecque moy estrive^ Pour riestre pas un Clerc, il m* en faut bien quitter.
Maheutre.
Par ce mot de Qui vive? apprend que je demande De queLparty tu es: il me le faut scavoir.
Manant.
Monsieur, puis qu'il vous plaist que responseje rende. Toujours pour mon party Dieuj'ay voulu avoir.
Maheutre.
O que tu es matois ! Tu as Vame Espagnole !
Je vois^ à ton minois, que tu es un Ligueur.
Ne VeS'tu pas? Dy ouy ? N as-tu point de parole? Dy-le moy franchement, et ri aye point de peur.
Manant.
Monsieur, je l'ay estéy et paty autant qu'aultre^ Pour le party Ligueur y et bien mangé des chiens! Mais maintenant je suis, croye\, du party vostre^ Et je veux pour le Roy employer tous mes biens.
Maheutre.
Pourquoy ne suy-tuplus le party de la Ligue?
Qui (en a détourné? qui te Va fait laisser?
Manant.
J'ay cogneu, à la fin, que c'estoit une brigue. Qui, au lieu de son Roy, se vouloit advancer.
3oa PIERRE DE L'ESTOILE 1694
Màheutre.
La mercenaire voix des Prescheurs satme^guerre. Qui rignoient dans Paris , ne fa prescké cela?
Manant.
Non, mais, ayant bien sceu que leur bruiant tonnerre S'engendroit de doublons j je les ai laissés là,
Màheutre.
Je te scayfort bon gré, si tu parles sans feinte. Les doublons, non lafoy, les/aisoient tempester; La seule ambition^ sans raison et sans crainte. Encontre leur salut, lesfaisoit caquetter.
Manant.
L'un, voulant estre Evesque, inventoit des mensonges; L'autre, pour estre Abbé, des bourdes racontoit. L'un, pour estre Prieur, preschoit cent mille songes. Et de paquets nouveaux un peuple contentoit.
Màheutre.
Le peuple crqyoit-il ce que ces /aulx prophètes. Ou plus tost cespipeurs, ga\ouilloient sans rougir?
Manant.
Si on vouloit régner avec gens de leurs sectes, Leur mensonge il falloit pour vérité tenir.
Màheutre.
Voila d'estrange cas! Grandement je m*estonne Comme les gens de bien le pouvoient endurer.
Manant.
// ne faut s'estonner : il rCy avoit personne Qui s^osast pour rien dire alors advanturer.
Si quelqu'un s'ha\ardoit de dire quelque chose. Son bien estoit màheutre, il le falloit piller Pour payer les soldats qui maintenoient la cause. Il falloit tout son bien, sans se plaindre, employer.
^4 BELLES FIGURES DE LA LIGUE 3oî
Bussy, Louchard, Crucé, suivis de gens de mesme,
Sans Justice jugeaient selon leurs passions,
Et pour mieux cacher tout au peuple, de faim blesme,
ilsfaignoient n'aimer rien que les dévotions.
Si quelque clair-voj'ant appercevoit leurs ruses.
Il lefalloit pousser dans l'enfer de Bussy.
On n'en sortoit jamais par faveurs ou excuses.
On sortait par ces mots : • Or" ça ! or\ donne îcy! »
Maheutre.
Paris est bien heureux que ces pestes maudites, Ces poisons, ces venins, ne sont pas dans son sein!
Manant.
Dieu, las de veoir régner ces pervers hypocrites, Y a logé le Roy, malgré leur fol desseing.
Maheutre.
£n viens-tu maintenant, dy moi? Ne me le cèle. Dy moy pareillement, quelle femme c'est là ?
Manant.
J'en viens, et ceste femme est la Ligue cruelle, Qui, pour perdre Soissons, hors de Paris s'en va.
Maheutrk.
Elle est autre qu'une autre, et crois, à veoir sa mine. Qu'elle vint des Enfers pour nous ensorceler.
Manant.
Comme frère Bernard, la maudite chemine.
Elle a l'œil de Afendo^e et les grands dents du Cler; Sa main gauche soustient la feinte Hypocrisie : Elle a à son costé le cousleau de Boucher, Cousteau dont il voulait, selon sa fantaisie. Pour gaigner des doublons, l'Escriture escorcher.
Maheutre.
Que dénotent ces chiens, desquels elle est suivie ? Je croy qu'elle s'en paist, quand la faim la saisit.
3o4 PIERRE DE L'ESTOILE 1594
Mànànt.
C est pour ce qu'ainsi qu'eux elle est pleine iT envie. Et qu'elle tasche à mordre, à F heure qu'elle rit»
Màheutre.
Dieu désormais nous garde et d'elle et de ses ruses, De ses coups clandestins^ de ses conseils \elés !
Manant.
Ses pratiques d'icy pour jamais soient excluses !
Par elle nous avons par trop estévole:{!
Sans le Roy, que Dieu gard', nous serions misérables.
Nous serions malheureux et atains de la faim.
Les deux nous ont esté grandement favorables.
De nous avoir réduits soubssa Royale main.
Màheutre.
Depuis qu'il a PariSj l'abondance est venue Vous foisonner de biens; la Justice et les Arts Y ont reprins vigueur ; la Court y est reveuë, Et^ au lieu de brigands, de généreux soldarts.
Manant.
De tout Dieu soit loué, Monsieur! Je vai parfaire Mon chemin, s'il vous plaist, je prends congé de vous,
Màheutre.
Va à Dieu, mon amy, rachève ton affaire :
Crains ores les Ligueurs^ et n'ayepeur de nous.
A Paris, par Jean Le Clerc, rue Saint Jean de Latran, à la Salemandre. Avec privilège du Roy.
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