REGISTRE-JOURNAL
[du 2 JUILLET 1606 AU 25 FEVRIER 1609]
Année 1606'
Juillet.
Le dimanche 2® de ce mois 1606, j'ay preste à mon cousin Edouard Mole ung petit livret intitulé : le Pourtrait du Monde^ relié in- 16°, en parchemin, avec la Vie de la Mère Térèse {alias la Bible des Bigottes)^ relié in-8% en parchemin, et lui ay donné le Traicté de l'Église, 10 de M. Du Plessis, relié in-8^, en parchemin, sous promesse qu'il m^a faite de ne le point brusler, mais le lire. Laquelle il m'a rendue Ponziesme de ce mois, et le Pourtrait du Monde est allé à Tours avec Madamoiselle Duret, à laquelle il Ta preste.
Ledit Mole m'a preste, ce jour, ung livre de dévotion,
I . Le Manuscrit autographe de Troyea, que nous arons suivi depuis le !•' mars i6oa jusqu'à la fin de |uin x6o6, se continue jusqu'à la fin de mars 1607; mais, à partir du a juillet 1606, le Manuscrit de Paris, également autographe ( Bibliothèque nationale, no io3oo; anc. Suppl. franp., n» 1423), 20 fournit un texte de premier jet, beaucoup plus étendu, jusqu'à la fin de mars 1607. Nous ayons intercalé dans ce texte, entre crochets, les alinéas additionnels que présente le Manuscrit de Troyes, et nous donnons en note les modifications partielles (Variantes ou Additions), ayant quelque importance, que présente ce deuxième Manuscrit, et qu'il n'était pas possible de refondre dans le texte primitif du Manuscrit de Paris. L'Estoile n'a pas non plus suItI toujours le mime ordre dans ses alinéas en les transcrinmti nous ayons dû nous en tenir, presque partout, au Manuscrit de Paris.
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escrit à la main, relié en parchemin, in-8°, assez grosset, que je juge œuvre de quelque Chartreux, car, outre beaucoup d'idées de superstition qui y sont poinctantes en haut, comme leur coqueluchon, il est enrichi de figures et pourtraits de ceste profession, dont le premier est de Sainte-Claire de Montefalco, au cœur de laquelle la Passion fut miraculeusement gravée, et trois bouUettcs trouvées représentant le mistère de la Trinité, Tune desquelles pezoit autant que toutes les trois. Lequel je lui
10 ay rendu, le mardi 1 1^ de ce mois, après en avoir tiré quelques exercices spirituels assez bien faits,J et qui sont le meilleur du livre, tout le reste n'estant que fatras.
Le lundi 3^ de ce mois, un mien ami m'a fait voir une Lettre du Duc de Venise aux prélats et ecclésiastiques de la Seingneurie, sur les censures et excommunications du Pape; qui couroit escrite à la ûiain, et portoit ce tiltre : Leonardo Donato^ pèr gratta di Dio Duce di Venetia, etc., alli reverendissimi patriarchi, archivescovif vescovi di tutto il domino nostro di Venetia,
20 et alli vicari, abbatti, priori, rettori délie chieseparo' chiali, et alli prelati ecclesiastici, salute. Un lyon, pour les armes, qui tient escrit : Pax tibi, Marce, Evangelista meus.
Le jeune Mole m'a Jpresté, ce jour, ung ,'petit livret, relié en parchemin, imprimé à Paris, in- 16®, par G. Chaudière (iSgS), intitulé : Angela de Fulgimo, in que ostenditur nobis vera pia qua possumus sequi vestigia nostri Redemptoris. Lequel je lui ay rendu le 7® de ce mois. — De tribulationibus corporalibus, quas hœc
3o sancta sustinuit, videpaginam 46, ubi ait : In lacis suis verecundis esse tantum ignem, quod consuevit apponere ignem materialem ad extinguendum alium ignem concupiscentiœ, donec conf essor suus sibiprohibuit. — Item,
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de Charitaie, p. 202^ ubi ait se lavisse manus cujusdam leprosi, quas habebat valdefœtidas et marcidas etprœ^ peditas et corruptas, et bibisse de illa lotura; tantam autem dulcedinem sensisse in illopotu quod per totam viam venerit in magna suavitate, et videbatur sibi per omnia quod gustasset mirabilem dulcedinem quantum ad suavitatem quam ibi invenit. — Ex hoc uno et altero singulari disce omnes.
Le mardi 4®, j'ay acheté, d'ung emballeur de Caen, 10 les cinq droUeries nouvelles qui suivent,' qui m*ont cousté huict sols :
Petit Traicté contenant plusieurs secrets naturels;
Les Larmes de repentance dune Fille de Lyon;
Cruauté de trois Soldats Hespagnols;
Epistres du Grand Turq;
Miracle véritable de quatre enfants monstrueux, nés à Amsterdam.
J'ay preste, ce jour, à M. d*Arpantigni, qui m'est venu
voir, VEpistre liminaire de Tumœbus sur S. Çyprian,
20 qui traiae du subject sur lequel il escrit, à sçavoir : pour
la réunion des deux Religions. Lequel me Ta rendu le
lundi 5* febvrier 1607.
II m'a dit que M. le président De Thou, qu'il venoit de voir, l'avoit asseuré que, ce jour, le Nonce du Pape avoit fait saisir, à Paris, sur l'imprimeur, toutes les copies du livre de Gerson, de VAuctorité des Conciles par dessus le Pape; et qu'à cest effect il avoit eu commission de M. le Chancelier, scellée par commandement du Roy. Ils en eurent main levée, incontinent après».
3o !• Var. Ms. de Troyes : a Le mardi 4", le Nonce du Pape envola, en rUniversité, par toutes les Imprimeries, pour saisir ce qui se trouTeroit de Gerson : De VAuctorité des Conciles par dessus le Pape, ayant eu à cet effet commission scellée de M le Chancelier ; mais, à trois jours de là, les imprimeurs eurent leur main levée. »
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Le lundi io% Lespine m'a donné ung petit discours en vers, imprimé, et assez bien fait, par un nommé Chevalier, sur l'accident arrivé à Leurs Majestés, le 9* juin dernier, et il est intitulé : La France^ sur T Accident, etc.
Le mardi ii% j'ay acheté, ung sol, une nouvelle Dé" claration du Roy aux habitans de Berrù
M. de Lespine m'a donné, ce jour, ung petit Discours, de deux feuilles, nouvellement imprimé en ceste) ville, 10 autant rare et miraculeux qui s'en puisse voir ni ouïr, mais véritable, pour avoir esté escrit par celui mesmes en la personne duquel le miracle est avenu, qui est un vieux gentilhomme Normand, nommé Civille, aagé de plus de soixante-dix ans, qui, aiant esté mort, vit encores et en a fait imprimer l'histoire à ses despens, intitulée : Discours des causes pour lesquelles le sieur de Cipille, gentilhomme de Normandie, se dit avoir esté mort, enterré et ressuscité.
[M. de Lescalle, aiant receu le susdit Discours, d'un 20 sien ami, lui en rescrit en ces termes : Risi quantum stupui de Civili. Quid quod magis miremur nostra tulit cet as quam hominem vivere 44 annos postquam sepultus est, Quam avide eam historiam legi! Quandiu est quod nullum scriptum me tam varie affecerit commiseratione, admiratione, voluptate I Non parum de me meritus es, qui hœc me ignorare non passus es?]
Le mécredi 12^, acheté, deux sols, deux bagatelles nouvelles : Déclaration du Roy pour les habitans d^ Anjou, et un Nouveau maistre Guillaume, rendu soU 3o datpar nécessité.
Le samedi i5®, M. de Gréban m'% preste ung escrit à la main, contenant cinq feuillets , fait par le ministre de Montigni, pour la confirmation en la Religion d'un
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quidam que le Curé de S.-Sauveur taschoit de réunir à la Religion Catholique Romaine. — Je le lui ay rendu le dernier de ce mois.
On m'a donné, ce jour, les trois bagatelles suivantes, dignes d'un siècle de toute folie et médisance, tel qu'est le nostre :
I® Jo. Gellii Scott Apologia; 2® Retour chrestien de
Bassecour, curé de S. -Germain d'Orléans; 3® M. Ce-
phce Friderici, depacificis Admonitio charitativa, etc.
10 qui est un plaisant passavant, et le meilleur de tous,
que rimprimeur C. B. m'a donné.
Le dimanche 16^, mon cousin Mole Paisné m'a donné des vers latins de M. de Lescalle, contre VAmphitheatrum honoris des Jésuites, qui couroient il y a longtemps, mais que je n'avois peu recouvrir jusques à ce jour. Us sont bien faits, et y en a 58 ou 60.
Le mardi 18**, M. Pâtisson et M. Estienne m'ont donné, de leur impression, une Epistre de Grégoire de Nyssène^ grœque, avec la traduction latine de Ca^^au- ^obon, et ses notes, qui est bien digne d'estre receuillie; imprimée chez eux nouvellement, in-8°, avec privilège, et la vendent ung quart d'escu, reliée en parchemin.
On m'a.fait voir, ce jour, ung arrest notable du Parlement de Thoulouze contre tous les messels et bréviaires qui se débitent tant à Paris, Lyon, Bordeaux, et autres lieux et villes du roiaume de France , dans lesquels on n'a point mis la prière pour le Roy Henry IV, à présent régnant; à ce qu'on n'en ait à vendre ou imprimer aucun, audit Thoulouze, où elle ne soit, sur peine 3ode la hart. Beaucoup de gens n'y avoient pris garde, encores que ladite prière ne se trouve en aucun messel et bréviaire, dont ledist arrest a avisé ceux deçà d'y avoir esgard; et, à l'exemple de Thoulouze, y mettre la main
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à Paris, oùonya commencé >. Ce qui continuera en conséquence partout, comme il est bien nécessaire et expédient.
Le mécredi 19% ung mien ami m'a preste Tragœdia Anglicana^ imprimée in-8®, à Francfort, 1606; au bout de laquelle sont les pourtraits en taille-douce des principaux conjurateurs exécutés. Rendu, le samedi 22^ de ce mois.
Le jeudi 20% ung mien ami m^a preste ung Discours
italien sur les censures du Pape contre les Vénitiens,
10 imprimé in-4^, et envoie de Venise ici dans un pacquet,
intitulé : Risposta dun dottore in theologia ad una lit-
tera scrittagli da un reperendo suo amico;
Sopra il Brève di censure délia Santita di Papa Paolo V, publicate contra li signori Venitiani; Et soprà la nullita di dette censure, cavata délia Sacra Scrittura, d'alli santi Padri et da altri Cattolici dottori.
Rendu le 22^ de ce mois, et mV promis me le donner, après ravoir £ait voir à un sien ami.
20 Ce Discours est notable et plaisant, et mesmes sur le passage de Jésus-Christ, quand il dit à S. Pierre (ce que les Papes interprètent pour eux) : Dabo tibi claves regni cœlorum. Il ne dit pas, respond nostre docteur, Claves regni terrarum, mais Claves regni cœlorum I
Le vendredi 2i«, j'ay preste au jeune Mole le premier tome des Œuvres de Guilielmus parisiensis^ relié en veau noir, in-folio, et le lendemain je lui ay envoie le second tome. — Lequel me les a rendus ce mécredi 6* septembre.
33 >• Vtr. Ms. de Troyes : c On y mist la main à Paris, où ne s'en Yoioit aucun dans lequel elle fust, à quoi peu de gens aboient pris garde, iusques à ce qu'Sfisés par ceux de Tholoze, le mesme reiglement fust esubli a Paris, et en conséquence par tout le roiaume. »
Juil. 1606 MÉMOIRES^OURNAUX a33
J'ay acheté, ung sol, un nouvel Édit du Roy, qu'on crioit, fait en faveur des pauvres gentilshommes, capitaines et soldats estropiés, vieux et caduqs.
Le jeudi 27®, j'ay acheté ung petit livret, des Antù qui tés de Frawce^ imprimé in- 16% à Coustances,en Normandie, i6o5; lequel m*a cousté ung teston, relié en parchemin.
Le dimanche 3o*, j'ay preste à mon fils (et croi à jamais rendre) ung Ethique d'Aristote, grœque et latine, iode Riccobonus, imprimée in-8®, à Francfort, 1696, reliée en parchemin, pour la lire et estudier, à ces vacations, avec M. Duranti.
Le lundi 3i^ et dernier de ce mois, celui qui m'avoit preste, le 20* dudit mois, le Discours italien contre r excommunication du Pape^s^aiqmttant de sa promesse, me Ta donné.
J'ay donné, à Marie de L'Estoille, V Exercice du Chrestien^imprimé à Montbeliart, in- 16°, 1601, relié en parchemin, où il y a des fort belles et sainctes prières, 20 propres à porter à l'église. — Elle me l'a rendu, et lui ai donné, au lieu de cestui, les Méditations de M. Dorron^ sur la Passion de Jésus-Christ^ reliées en veau noir, in-i6<^, qui sont fort belles, et ne s'en recouvre point.
Ce jour, on m'a preste deux Avis de deux Cardinaux de Romme,Baronnius et Colomna, sur VefXcommunica" tion du Pape contre les Vénitiens^ et pour la défense d'icelle^ que j'ay baillés à Jaille pour me copier, contenans une page d'écriture seulement.
La constitution du temps de ceste saison fust telle-
3o ment déreiglée, maussade, pluvieuse, venteuse et froide,
qu'on disoit que la Toussaints se rencontroit, ceste année,
en juillet : car il faisoit tout un pareil temps, et tel que
de mémoire d'homme il ne s'estoit veu un semblable.
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Ce qui causa force maladies contagieuses à Paris, où toutefois l'effroi estoit plus grand que le mal, avec prédiaions de malheurs à venir, qui couroient entre le peuple et Testonnoient; et mesmes que la ville de Paris devoit abismer le 27^ de ce mois, selon rAlmanach d'un Capussin, qui n'a voit esté bien dressé '.
En ce temps, la Duchesse de Mantoue arriva à
Villers-Gosterets, où le Roy estoit pour le baptesme de
M. le Dauphin, avec lequel et la Roine, sa sœur, vinst à
loParis, le mardi premier d'aoust, où elle se fait plus
remarquer > par son beau carrosse que par son train.
Le curé d'Issy, aiant esté mordu par un chien enragé, devinst enragé, et mourust enragé, sur la fin de ce mois. On lui trouva, après sa mort, force or et argent, auprès desquels il se laissoit mourir de faim, tant il estoit misérable, n'en faisant bien ni à soi ni aux autres.
Le samedi 29^ de ce mois de juillet, maistre Matthieu Mole, fils aisné de M. le président Mole, fut receu Conseiller en la Cour, avec grand honneur, nonobstant son 20 aage, qui n'estoit que de vingt-deux ans, en aiant esté dispensé tant par le crédit de son père que par je ne sçai quoi de grand et de bon qu'il portoit empreint sur le visage.
Un mien ami m*a monstre, ce jour, une lettre qu'on lui escrivoit de Strasbourg, dans laquelle entre autres particularités y avoit la mort et richesse notable (pour le mesticr dont il estoit) d'un lanternier, raccoustreur de
I. Vtr. Ms. de Troyes : « qu'on disoit qu'un Capussin, qui n*CYoit bien dressé son Aimanach, SToit prophétisé et tellement asseuré qu*il se rendoit 3o prisonnier là-dessus. Et autres semblables folies et terreurs populaires et paniques. 1»
a. Var. Ms. de Troyes : • plus recongneue par son carrosse que par son train. Riche carrosse et piètre suitte ( disoit-on à la Cour ]. Elle Tenoit ici pour le baptesme de M. le Dauphin et de Mesdames ses sœurs.
Jttil. 1606 MÉMOIRES-JOURNAUX 235
chaudrons, nommé Bitou, qui, peu de temps auparavant, estoit mort audit Strasbourg, riche de quatre cens mil escus.
AOUST
Le vendredi 4* de ce mois, j'ay donné à Loïse de L'Estoille V Exercice de VAmeJidelle, de D. Toussaints, relié en veau noir, in- 16°.
Le lundi 7*, j'ay preste à M. Duranti, mon gendre, mon Spondanus sur Homère, relié en veau rouge doré, 10 in-folio. — Rendu le jeudi 28* décembre.
Et à P. de L'Estoille, mon fils, le premier tome de mes Œuvres de Qcero, de Lambin, in-folio, relié en veau noir, et m'a rendu mon Pontanus sur Virgile que je lui avois preste.
Le mardi 8*, Le Terrail tua, à Paris, en présence du Roy et devant les fenestres de sa gallerie du Louvre (d'où le Roy lui vist donner le coup), ung nommé Mazanssi, brave soldat gascon, auquel Sa Majesté venoit de parler, qui fust tellement indignée, qu'on disoit qu'elle en ao avoit changé deux fois de chemise ^ [Mais il ne fut possi-> ble, quelque diligence qu'on y mist, d'attraper ledit Terrail, qui fist sa retraite en Flandres, d'où il estoit sorti nouvellement pour venir trouver le Roy : estant en réputation, audit pays, comme partout ailleurs, de brave capitaine, fort résolu et déterminé, c'est à dire honmie de sac et de corde, qu'on appelle aujourd'hui à la Cour (pour plus honnestement parler) un homme de service.]
Le samedi 12^ de ce mois, M. le Cardinal de Joieuse
vinst à la Cour, où, toutes les Chambres assemblées, fust
3o receu pour légat du Pape en la cérimonie du baptesme
I . Var. Ms. dt Troyes : « De quoi Sa Majesté fut fort offensée. »
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de M. le Dauphin, pour le tenir au nom de Sa Sainteté: lequel sieur Dauphin, à cause de la maladie qui estoit à S.-Germain, fust prest d'estre transporté en ce temps à Fontainebleau, par commandement de Sa Majesté, laquelle changea d^avis, aiant sceu que le mal n^estoit si grand.
Le samedi 19*, un mien ami, de la Religion, m'adonne une nouvelle bagatelle huguenote, nouvellement imprimée, d'un nommé Simson, ministre de Chasteaudun, à
10 F. Jean Journé, jacobin de Paris.
Ce jour, on me dit la mort d'un vieil bon homme, nommé Perrel, que je connoissois, aagé de près de quatre-vingts ans, décédé au logis d'Adrian Périer, de faim et de nécessité '. Son secours arriva (comme on dit communément) après la mort le médecin, faute d'en avoir esté averti. Car, outre la probité dont il estoit recommandable aux honnestes gens, il estoit très-expert en la science des fortifications et docte aux mathématiques, lesquelles il enseignoit^. Estant Savoïard de nation, chassé duditpays
20 pour la Religion et despouillé de douze cens livres de rente qu'il y possédoit, qui estoit cause que beaucoup de gens le connoissoient, et lui eussent aidé s'ils l'eussent sceu; mesmes le prince d'Anhald lui envoia vingt escus aussitost qu^il en eust esté averti; mais il y avoit jà deux heures qu'il estoit mort.
Le mardi 22®, mourust, en sa maison, à Paris, de la maladie, M. Danzé, Conseiller en la Cour, homme bien famé et renommé en son estât.
1. Add. Ml. de Troycs : a laquelle il ne Toulut jamais descouTfir quà 3o l*eztrémité, c'est à dire trop tard. Car, outre... «
2. Add. Ms. de Troyes : « fort facilement ; à raison de quoi, beaucoup, estants préTenus de sa nécessité, lui eussent subvenu... »
Août 1606 MÉMOIRES-JOURNAUX 237
Le mécredi 23% le sire Tavernîer m'a donné ung petit pourtrait en taille-douce de Thomas de Ketnpis, trèsdélicat et bien fait.
Le samedi 26*^, le fils de Lestoille, marchant de vins demeurant à Paris, près S.-Germain-de-rAuxerrois,aagé de dix-sept ans, fust tué d'un karosse qui passa par dessus lui et Testendit mort sur la place, au milieu du Pont- - Neuf. Le cocher se sauva. Je venois de passer sur ledit pont, et, pource que l'autre portoit mon nom, le bruit «o courust aussitost que c'estoit un de mes enfans sur lequel cest inconvénient estoittumbé.
Le lundi 28% feste de Saint Augustin, la Roine Marguerite tinst un enfant, dans les Augustins, que baptiza M. l'archevesqued'Ausche, dans la chapelle Nostre-Dame, où on fist transporter les fonts pour cest effect. C'estoit une fille d'une de ses dames, qu'elle nomma de son nom Marguerite.
Le mardi 29*, j'ay acheté ung arrest nouveau sur la révocation des permissions de vendre vin en gros; ao avec le Tumbeau du comte de Permission, mort de faim dans le cimetière S. -Etienne^ à Paris, depuis peu de jours; laquelle bagatelle, avec l'autre, m'a cousté trois sols.
Le mécredi 3o®, le médecin Damboise mourust, à Paris, de la maladie, et fust enterré auprès de son fils, décédé, en mesme temps, du mesme mal.
Le jeudi, dernier de ce mois, M. Peires, gentilhomme provençal de mes amis, m'a apporté de Londres la Harangue du Roy d'Angleterre aux Estats, avec le Discours 3o de la conjuration dressée contre la personne de Sa Majesté et Estât de son royaume. Elle est en latin, in-4®, imprimée à Londres, 1606, par Robert Barker, et me Ta donnée reliée en vélin doré.
238 PIERRE DE L'ESTOILE Août 1606
En ce mois d'aoust, et le dimanche 27^ d'iceluî, on commença à prescher à Saint-Maurice, près le Pont Charenton : Pexercice de la Religion, qui se souloit faire à Ablon, aiant esté approché de deux lieues < et transféré là, sous la permission et conmiandement de Sa Majesté, qui pour Tauaorizer' y envoia des archers et un exempt des Gardes, afin de contenir le peuple en son devoir ^. L'assemblée4 estoit de trois mille personnes ou environ. Les malades de la contagion, transportés au logis de
10 Voisin, au fauxbourg S.-Marceau^, sont contraints d'en sortir, pour le mauvais traitement qu'on leur fait, jusques aies laisser mourir de faim et leur avancer les jours. A raison de quoi, ils se dressent des cabanes aux champs, vers les Chartreux, s'espendans partout où ils peuvent, au grand détriment du publiq et infection du pauvre peu-
. pie, lequel, par faute de police, est contraint de souffrir toutes les extrémités du monde^.
Ung page de M. de Nevers, fils unique d'une maison de gentilhonmie, aiant esté mordu d'un chien enragé,
ao au mesme temps que le curé d'Issy et par le mesme chien, ainsi qu'on disoit, au lieu de prendre le chemin de la mer, qu'on tient estre le souverain remède 7, aiant pris celui de S.-Hubert, et y aiant fait sa neufvaine, deyinst enragé, et mourust enragé à Pontoise, le samedi
I. Add. M8. de Troyes : o dont le peuple murmura fort, au commencement. »
3. Add. Ms. de Troyes : a d'autant que c'estoit souè son aveu et permission. »
3. Add. Ms. de Troyes : a Auquel on le rengea à la fin, mais non sans 3o peine. »