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Add. Ms. de Troyes : « contre telles moriu^s

Août 1606 MÉMOIRES-JOURNAUX 239

26® de ce mois. Estant saisi de la rage, comme on estoit sur les termes de lui donner un coup d^arquebuzedans la teste, il mourut paisiblement avec bonne connoissance de Dieu et repentance de ses fautes ^ Chose rare et digne d'estre notée.

Un fol de Béamois court les rues de Paris *...

Septembre.

Le vendredi premier de ce mois, j'ay acheté la Bulle de nostre Saint-Père, qu'on crioit, contenant le pouvoir 10 de Légat octroie au Cardinal de Joieuse pour la célébration du baptesme de M. le Dauphin : chose rare et qui se rencontre peu souvent. Ladite Bulle est en latin et m'a cousté trois sols.

Adrian Périer m'a donné, ce jour, un traicté nouveau, latin françois, de son impression, pour congnoistre et guairir la peste: fait par un nommé Du Port, doiende la Faculté de médecine à Paris. La connoissance en estfascheuse, et la guairison est de Dieu.

Le mesme jour, A. Le Beis m'a donné le pourtraict 2o.en taille douce du marquis de Spinola, fait nouvellement à Anvers, d'où on lui a envoie. On le tient pour bien fait, et se vend quatre et cinq sols.

I. Var. Ms. de Troyes : c Aptes qu*il eust esté saisi de U rage, on délibéra aussi tost de lui donner un coup d'arquebuze dans la teste. Mais, comme on estoit sur les termes. Dieu y interrinst miraculeusement, qui lui donna une mort paisible en sa connaissance, ayec une grande conyiction et repentance de ses fautes. »

3. Le Ms. de Paris donne ici, presque dans les mtmes termes, ce passage que le Ms. de Troyes a déjà fourni ci-dessus, p. 20a. Deux additions seule- 3o ment sont à noter dans le M s. de Paris :

lo Après le mot prison (ligne 8^ page soa supra) : a craignant que par tels propos (encores qu'il ne sache ce qu'il dit) il n'esmeuTc le peuple, qui n'est que trop enclin de soi-mesme à quelque folie et sédition. »

3* Après le mot Paris (ligne 27, ibid.) ; <c Ce que je tiens d*un homme de bien et véritable, qui me Ta asseuré pour vray ; et ay esté bien aise de le sçavoir, pour en foire mon proit et en donner la gloire à Dieuj duquel les jugemens sont grands et admirables. »

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Le samedi 2®, j^ay acheté deux bagatelles nouvelles, deux sols, qu'on crioit dans le Palais: Vune sur le baptesme de M. le Dauphin^ l'autre sur un Règlement fait par le Roy pour les logis de sa Cour et suit te.

Le mécredi 6% M. D. L. m'a donné ung petit cadenas, qui ne se peult ouvrir ni fermer que par quatre lettres, qui sont A, m, o, r, qui font^mor, lesquelles sont gravées avec plusieurs autres audit cadenas.

La peste, au logis de la Roine Marguerite (dont deux 10 ou trois de ses officiers meurent, et entre autres un misérablement, dans une pauvre mazure près les Frattiignoranti), fait [retirer ladite Dame, le mardi 6* du présent mois] à Issy, au logis de La Haye, se voiant, à raison de ceste maladie, abandonnée de ses officiers et gentilhommes'.

Le mardi i2«, j'ay acheté, deux sols, trois nouvelles

bagatelles : Un remerciement à M. Mironpar le peuple

de Paris; Le Poète de M. le Dauphin, et ung Avertis^'

sèment au Roy, où on n'entend rien; et croi que celui qui

»o le crioit Tavoit faite.

[Ce jour (selon les avis qui en vinrent sur la fin de ce mois), la paix fut faite et arrestée en la Hongrie, non sans grandes difficultés, principalement pour le regard du fait de la Religion. Mais enfin on fust contraint d'accorder l'exercice libre, par tout le pays, de la Religion Romaine, Luthérienne et Calviniste. Sans lequel article la paix n'eust esté faîte].

Le samedi 16^, ung mien ami m'a preste ung presche en

latin, fait à Londres, et imprimé nouvellement audit lieu,

3o prononcé en présence des Majestés des Rois dé Danne-

I. Vtr. Ms. de Troyes : « Non Unt pour la crtinte qu*elle eut de ccslc maladie que pour Tappréhensioa d'être abandonnée de tes officiers, domes* tiques et gentilshommes, v

Sept. i6oô MÉMOIRES-JOURNAUX 241

mark et d* Angleterre, le 6^ aoust dernier, selon nostre calcul; lequel après avoir leu, lui ai renvoie aussi tost, et n^ay guères rien veu, venant de là, plus terse ni de plus docte.

Il est inscript : Ccesaris Superscriptio, sive Conciun^ cula, coram duobus potentissimis regibus, Jacobo Britanniœ et Christ iano Daniœ; in superiori atrio splendidœ illius dotnus honoratiss. Comitis Sarisburiensis, quœ vocatur Theobaldus; a doctore Thoma Playferop 10 sacras theologiœ Cantabrigiens%professore,pro domina Margareta, an. 1606^ habita Julii 27. Londini, impensis Joann. Bill. Anno 1606. Julii 3o.

Celui auquel on Ta envoie de Londres m^a monstre sa lettre, par laquelle on lui mande la grande réception qu^on a faite, par de là, au Roy de Dannemarck, et la joie qu^on a tesmoingnée de sa venue par toutes sortes de magnificences, toutefois sans grande pompe et superfluité; et comme le Roy de Dannemarck avoit fait présent au Roy d^Angleterre d'une coupe estimée à cent mil 20 escus, et d^une espée à vingt mil escus.

Le Noir m'a vendu, ce jour, trois sols, une Response

faite par N. Vignier, ministre (imprimée nouvellement

à Saumur), à l'Avis du Cardinal Baronius au Pape

Paul V*, sur l'excommunication des Vénitiens, laquelle

est drolesque et plaisante, mais bien faite.

J'ay baillé, ce jour, à M ^ Guillaume, de cinq bouffonneries de sa façon, qu'il portoit et distribuoit lui-mesme, cinq sols; qui ne valent pas cinq deniers, mais qui m'ont fait plus rire que dix sols ne valent.

3o Le lundi 18^ de ce mois, m'estant résolu de partir vendredi pour aller à Gland avec toute ma famille et y faire séjour, si Dieu le permet, j'ay mis à part les livres qui s'ensuivent, pour y passer le temps :

p. Dtt l'Ejtoili. — Vnt 16

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Une Bible, in-4^, de Lyon, qui est le livre des livres, et qu^ilfauttousjours faire marcher le prenûer; Le Biné' fice de Jésus-Christ; Prières sur Job, d'Obéri ; Prières de D. Toussaints; autres. Sur la pie et la mort, escrites à la main, la pluspart de ma façon; Discours de la vie et de la mort de Af. Duplessis, avec les Méditations de Savonarole, et un Dialogue de la vie et de la mort, de Louveau, reliés ensemble, in- 16^; La Semaine, de Du Bartas; un petit Horace ; la Maison rustique, de Charles loEstienne (livre propre pour les champs); Horœ succès^ sivce Camerarii { livre d'estude et de plaisir); le livre de Lespine, de la Providence de Dieu; avec un Aquœ vitœ defontibus Sinippennigii, que j'appelle mon vade mecum; deux de mes livres escrits à la main : Tun meslé de bon et de mauvais, Tautre inscript Drolleries de la Ligue, marqué A, avec un livre de papier blanc, pour transcrire tout plain de choses curieuses qui sont dans un livre que j'y porte avec quelques papiers.

Donné, ledit jour, à Lespine, V Usage de Vimmorta* 20 litéde rame, par de Serres, avec le Pot d'Albert Durer, fait ingénieusement et de sa main.

Acheté, ce jour, trois sols, deux bagatelles et chansons, qu'on crioit devant le Palais, sur le baptesme de M. le Dauphin^ qui sont pures charlatanneries^ où on ne lit un seul mot des cérimonies qui y ont esté observées.

Le mardi 19^, J. Douceur m'a vendu, six sols, deux traictés nouveaux contre la maladie contagieuse, imprimés par lui nouvellement : l'un, d'un nommé Beauregard, médecin de la feue Roine^mère; l'autre, de M. Dellain, 3o médecin de ceste ville, intitulé : Advis sur la peste^ duquel on fait beaucoup d'estime.

Le mécredi 20% j'ay receu des lettres de Grigni, de Madamoiselle Morel, auxquelles j^ay différé faire res-^

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ponse jusques à mon retour ou jusques â ce que je me porte mieux. — Rendus, et Fun et Tautre, ce 26*^ novembre 1606.

Le jeudi 2 1«, j'ay baillé à ma sœur des Forneaux, pour le lire pendant mon absence, le livre des Œuvres spirituelles de Granate, reliées, in-folio, en veau rouge. Et à P. Del., mon fils, pour portera Gland, les Oraisons de Qcero, in- 16®, reliées en marroquin.

Acheté, ce jour, un sol, les Cérimonies du baptesme 10 de M. le Dauphin.

A Nicolas, pour avoir nettoie mes livres, 8 sols.

Le vendredi 22% je suis parti pour aller à Gland.

En ce mois de septembre, mourust, à Paris, M. de Calignon, Chancelier de Navarre, en la Religion en laquelle il avoit vescu; et fist une heureuse fin, estant mort en réputation d'un des plus hommes de bien de ce siècle, et des plus dignes et entiers en sa chargea

Mourust aussi, en ce mois, M. de Bourges, qu^on apaopeloit M. de Sens, aagéde soixante-dix-neuf ans. Fust enterré à Nostre-Dame, sans pompe ne cérimonie** Prélat doué de beaucoup de grâces de Dieu, desquelles sUl €n a bien usé ou abusé, le jugement en est à Celui devant le throsne duquel il a comparu, comme nous comparois* tronstous.

[U n Jacobin, fort honneste homme, qui lui a assisté jus^ ques à lafm, lequel j'ay esté curieux jusques là de rechercher et lui parler pour la diversité des bruits qui en couroient, m'asseura qu^après plusieurs graves et chrestiens

3o !• Var. Mb. de Troyes : a Regretté des uns et des autres, qui le tenoient

rtur un des plus hommes de bien de ce siècle et des plus digues et entiers sa charge. »

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