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Add. M s. de Troyeft : a ainsi qu'il rayOit ordonné

244 PIERRE DE L'ESTOILE Sept. 1606

discours quHl leurtinst en latin pendant sa maladie à diverses fois, ses derniers propos, quand il voulut mourir, furent, sentant son pouls frétillant, qui lui causoit des mouvements extraordinaires, se plaingnant fort, commença de dire : Heu! quœnam et quanta hœc est agitatio? k\x(^t\ ledit Jacobin répondit: Majora pro te passus est Christus. Il répliqua : Majora peccata mea meruere, sed, per effusionem sanguinis Christi, remedium animœ meœ spero. Et, peu après, perdit la parole

10 et passa fort doucement, aiant toujours le cœur et les mains jointes et eslevées au ciel.

[G*est ce que j'en ay appris de la propre bouche du Jacobin : ce qui me rendra plus réservé à Tavenirpour ne pas juger légèrement sur les rapports d'un commun qui tenoit ce prélat pour Athéiste et Hérétique, persuadé en cela principalement par les gens d'Église , qui le publioientpartoutpourtel,àraisondebeaucoupd'abus introduits en rÉglise qu'il n'approuvoit pas, et, entre autres, le Purgatoire, ainsi qu'on disoit, qui estoit un article qui

20 touchoit à la cuisine, laquelle toutefois il aimoit bien, et trop, sans l'esgard de laquelle on croit qu'il leur eust donné plus d'occasion de l'appeler Hérétique ».]

Mourust, en mesme temps*, Tévesque de Grenoble, qu'on disoit estre un évesque de bois à la crosse d'or : dont on lui trouva une grande somme, s'estant fait en sa vie renommer par ceste seule vertu '.

I. Var* Ms. de Paris : « ... comme aussi les ecclésiastiques et compagnons le

pensent encore tel, aujourd'hui, disans qu'il a douté de beaucoup de céri-

' monies de TÉglise et n*a point creu le Purgatoire : qui est une question qui

3o se trouyera, possible, indécise entre eux-mesmes, sçavoir, si un homme,

pour ne croire point le Purgatoire, laisse pour cela de bien croire en

Dieu. »

3. Var. Ms. de Troyes : a On receut, ce mesme jour [Tendredi 29^], aris de la mort de l'évesque de Grenoble... »

3. Var. Ms. de Troyes : « par ceste seule villaquerie qu*on appelle aujourd'hui yertu.

Sept. 1606 MÉMOIRES-JOURNAUX 245

En ce mois, et le 14** dMceluî, jour et feste S*-Croix, furent faites à Fontainebleau lescéritnonies du baptesme de M. le Dauphin et de Mesdames ses sœurs, lesquelles se voient imprimées. Le nom de M. le Dauphin, Lojrs; des deux Madames, Christine et Elisabeth '.

[Le vendredi 29® du mois, jour et feste Saint Michel, vinrent nouvelles de Rome, que Tonziesme de ce mois le Pape avoit faict huict Cardinaux, Coronatorum ducenta millia inde lucratus (dit Tavis). De ces huict, il n'y en

10 avoit point de François : dont on disoit que le Roy avoit esté mal content. Mais M« Guillaume dit que Monsieur son bon ami s^en soucie si peu, quMl en a trop d^un, qui ne lui fait que rompre la teste et à ses G>urs de Parlement, qui s'en trouvent si empeschées qu'elles n'en sçavent que faire.]

[Jean Marsille, prestre néapolitain, pour avoir escrit contre le cardinal Bellarmin pour la cause des Vénitiens, fust excommunié à Romme, en ce mois, avec plusieurs autres. Frère Paul, moine Vénitien, de l'Ordre de Servi

ao (qui est celui, à mon jugement, qui a mieux et le plus sincèrement escrit pour Messieurs les Vénitiens), fust cité, en mesme temps, par les inquisiteurs à Romme, où le Pape fist faire des deffenses trés-expresses, et sur peine d'excommunication, d'avoir ni tenir aucuns livres de ceux qui estoient escrits contre son auctorité pour les Vénitiens, jettant son foudre d'excommunication sur les auaeurs de tels libelles. Mais on ne laissa pour cela d'escrire, voire plus librement et animeusement que devant : si que telles deffenses nuisirent plus à sa cause qu'elles

3o ne lui servirent.]

I. Add. Ms. de Troyes : « La peste (ou plustost le bon mesnage du Roy) prifèrent la -ville de Paris de cest honneur. »

346 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1606

Octobre.

En ce mois, estant à Gland, ung de mes subjets, de la Religion, nonmiéCharbonnier,medonnadeaxLettres de Sedan, l'une da Roy, et Tautre à un particulier, faisantes mention du siège et de lareddition de ladite place : lesquelles, imprimées audit Sedan, avoient couru à Paris, sans que je les peusse voir ne recouvrir.

M. de Lespine aussi, qui m^y vinst voir, m^apporta de Paris les bagatelles suivantes :

10 Histoire très-véritable de la cruelle mort soufferte par un de VOrdre des Frères ermites de S. Augustin, en la cité de Marque, en Barbarie; ensemble la punition de Dieu sur ceste grande cité. Deux Discours : Tun d'un enfant de Remili en Savoie, qui a pendu et estranglé sa mère; Tautre, d'un usurier mangé des rats à Charret, en Provence. Les roiales magnificences faites au baptesme des Enfans de France à Fontainebleau.

Pendant ce mois, que j'ay séjourné à Gland, sont morts, de ma connoisssance, M. Tabbé de Tiron [Ph. des

ao Portes], en son abbaye de Bonport, lequel on disoit n'avoir non plus creu de Purgatoire que M. de Bourges, et pour •le tesmoingner à sa mort (comme Pautre, qui n'avoit ordonné aucuns services pour le remède de son ame, dont ceux de FÉglise s^estoient fort offensé), auroit enjoint expressément, dès qu'il seroit mort, de chanter seulement les deux Psalmes suivans : O quam dilecta tabemacula tua^ Deus virtutum! l'autre : Lœtatus sum in his quœ dicta suni mihi, in domum Domini ibimus. Peu avant que mourir, il dit : « J'ay trente mil livres de rente, et

3o cependant je meurs! » Ce n'estoit pas, ce semble, ire cum lœtitia in domum Domini.

Oct. 1606 MÉMOIRES*JOURNAUX 347

Moururent aussi, à Paris, M. Auberi, Advocat en la Cour, un de mes amis ; le médecin Riolant, estimé en sa profession un des plus doctes non de la France seulement, mais de l'Europe, et Madamoiselle la substitute Duret, nostre voisine à Cachan.

Mourust au monde, en ce mesme mois ( selon la caballe des prestres et moines de ce siècle), le jeune Mole, mon cousin, qui se rendist Gapussin à Rouen, contre le consentement de son père le Président < et de sa grande lo mère, postposant le commandement de Dieu aux traditions des hommes, en suivant en cela la doctrine erronnée et superstitieuse des Scribes et Pharisiens hipocrites, reprise justement et condamnée par la propre bouche de Nostre Seigneur Jésus-Christ.

Le comte de Fiasque, meu d^une semblable et aussi sotte dévotion, s^ rendist en mesme temps*.

Sur la fin de ce mois, la peste, estant comme estainte à Paris, s'y rembrasa et renouvella, par la permission des inventaires qu'en donna le Lieutenant civil, contre 20 laquelle fust pourveu, et sagement, par Messieurs de la Cour, qui donnèrent arrest portant défenses au contraire, et ce, à la poursuitte et suscitation principalement d'un médecin de Paris, mien ami, qui me Ta conté.

Comme aussi fust la querelle dudit Lieutenant civil avec le Lieutenant criminel, survenue en ce temps à la Porte S.-Antoine, à raison d'une potence qu'on y vouloit dresser pour le chasscment des séditieux qui injurioient et outrageoient ceux qui revenoient du presche de S.-Maurice, plaisamment et sur le champ appointée 3o par le Chevalier du Guet : car, prétendans l'un et l'autre

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