‹ Mémoires-journauxChapitre 18 sur 21 · DU RÈGNE DE HENRY IV · texte numérisé non relu

DU RÈGNE DE HENRY IV

TIRÉ d'un manuscrit DU TEMPS

ET IMPRIMÉ POUR LA PREMIERE POIS EN Ij36.

{Il y a, en plusieurs endroits de ce Supplément, manque de concordance entre les jours et les dates» La copie originale faisant défaut , on ne peut que signaler ces erreurs.)

Janvier 1607.

Le Lundy, premier jour de cène année, j'ay esté avec un mien amy au G>llége de Sorbonne, pour y voir le présent que le Grand-Maistre des Chevaliers de Malthe a fait à ce Collège. C^est un Reliquaire, dans lequel sont enfermées des Reliques de sainte Euphémie, Vierge et Martyre, qu'on dit avoir souffert mort et passion en Calcédoine, et que les Prieur et Docteurs dudit Collège furent chercher en Procession à TEglise du Temple, le 28 du mois dernier, jour des SS. Innocens. A cette Procession ont assisté le Recteur et près de deux cens Gradués Ecclésiastiques, portant des cierges allumés; PAmbassadeur et les Chevaliers de Malthe qui sont en cette ville Pont accompagné depuis PHostel du Temple jusqu'en l'Eglise de Sorbonne : ce Reliquaire étant porté par le premier Aumônier du Grand-Maître de la Religion de Malthe.

Le Vendredy 5« de ce mois, on a eu nouvelles de l'Arrest donné par le Parlement de Bordeaux contre le Cardinal de

358 SUPPLÉMENT DE 1736 JaiiT. 1607

Sourdis, leur Archevêque, le 3o* du mois dernier, lequel, en Tan 1602, avoit fait démolir quelques Autels de la nef de TEglise Métropolitaine S. -André dlcelle ville. Et de ce, le Parlement en ayant pris connoissance, auroit nommé et député Commissaires les sieurs Maistres Geraud Damalvj et Jean de Bouveau, Conseillers du Roy en ladite Cour, lesquels ledit Seigneur Archevêque auroit fait dénoncer et déclarés excommuniés par un nommé Périssac, son porte-croix ; et depuis ledit Archevêque auroit lui-méme^publié ladite excommunication, en TEglise de Saint-Project, à rencontre desdits Commissaires. De quoy le Procureur Général auroit interjeté appel comme d^abus; sur lequel ayant esté reçu et otii, fut donné, le 4du mois de Mars 1602, PArrest suivant :

« La Cour, les Chambres dUcelle assemblées, y présent et opinant le sieur Domano, Mareschal de France et Lieutenant Général du Roy en Guyenne, a déclaré et déclare avoir esté nullement, abusivement, et par entreprise sur Pauthorité du Roy, procédé par ledit Cardinal de Sourdis^ Archevêque de Bourdeaux, en lâchant icelle excommunication, et enjoint audit Cardinal Archevêque révoquer partout, le jour après la signification du présent Arrest par écrit, lesdites excommunications et publications d'icelles, et impartir Tabsolution auxdits Damalvy et de Bouveau, et mettre Pacte de sadite révocation et absolution en bonne et dûë forme devers le Greffe de ladite Cour, à peine de quatre mille écus ; laquelle amende, à faute de ce faire, ladite Cour déclare ledit Cardinal de Sourdis avoir encourue envers le Roy. Et enjoint au Greffier de ladite Cour, passé ledit jour, à faute par ledit Cardinal Archevêque d^avoir obéi, d^expédier Pexécutoire de ladite peine, sans quUl soit besoin d^autre injonction, ni déclaration du présent Arrest. Et néantmoins, passé ledit délay, à ce sera contraint à doubles peines : Et, en outre, ordonne que ledit Cardinal de Sourdis, Archevêque, fera publier icelle révocation et absolution au Prosne de l'Eglise Parochiale S.-Project de la présente ville de Bourdeaux, Dimanche prochain, sur semblables peines, et jusqu^à ce qu'il aura £ait ladite révocation et publication d'icelle, que son temporel sera et demeurera saisi sous la main du Roy, etc. »

Cet Arrest a donné lieu à plusieurs contestations, entre ledit Seigneur Archevêque et le Parlement, qui durent en-

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core; en sorte que, ledit Archevêque ayant perdu un procès, le 19 du mois dernier^ il a inhibé tous Curés, Prestres, Re« ligieux et Confesseurs, de bailler Tabsolution aux Juges qui avoient opiné pour ledit Arrest, se la réservant à soy et au sieur la Cousture, son Pénitencier. Ce qui a donné lieu à r Arrest qui fait aujourd'hui l'entretien de toute cette Ville; par lequel ledit Cardinal de Sourdis est condamné à quinze mille livres d'amende, applicable moitié au Roy, et moitié aux Hôpitaux et Couvents d'icelle Ville de Bourdeaux, et fait inhibitions, tant audit Archevêque qu'à tous autres Evêques et Prélats de son ressort, de faire de semblables défenses aux Curés, Prestres et Religieux Confesseurs, d'ab* soudre les Présidents, Conseillers, Procureur Général et autres Officiers du Roy, qui auront opiné ^1 leurs causes, ou autrement, exerçant leurs Offices, ni procéder par excommunication contre iceux, à peine de trente mille livres tournois, et autre plus grande somme si le cas y échet, etc. Prononcé à Bourdeaux, en Parlement, les Chambres assemblées, le trentième Décembre 1606.

Le Mardy 3o*, fut enterrée, dans la nef des Augustins, une honneste femme et Damoiselle, appellée Perrette le Salin, veufve de feu noble homme Jacques de la Chaise, vivant Conseiller, Notaire et Secrétaire du Roy, Maison et Couronne de France et de ses Finances.

Février.

Le Mardy 6* du mois de Février, notre Roy, voyant que le Pont-Neuf étoit parachevé, sur lequel lui-même étoit déjà passé plusieurs fois, et s'étant aperçu qu'une grande rue, qui joindroitleditPontseroît d'un grand ornement pour la Ville et d'une grande commodité pour le public, députa Messire Achilles de Harlay, Conseiller en ses Conseils d'Estat et Privé et Premier Président en sa Cour du Parlement de Paris ; Messire Nicolaï, aussi Conseiller d'Estat et Privé et Premier Président en sa Chambre des Comptes à Paris; Messire Jacques de la Guesle, aussi Conseiller d'Estat et Procureur Général en la Cour du Parlement; Messire François Le Fèvre, Trésorier général de France; François de Douon, François Gallet, Trésoriers de France; Jacques Sanguin, Prévost des Marchands; Gabriel de FlétiUes, Bour-

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geois et Eschevin de cette Ville, qui avoit eu la conduite du bâtiment dudit Pont; afin de convenir avec les Augustins, pour Tachât de quelques maisons, cours et jardins à eux appartenans, situés sur le quay, qui étoient nécessaires de démolir pour faire une rue de cinq toises de largeur, attenantes audit Pont, et qui aboutît en droit fil à la porte de Bussi, laquelle rue a été appelée rue Dauphine, en mémoire de la naissance de Monseigneur notre Dauphin.

Il fut convenu, entre ces Députés et les Augustins, que, pour la construaion de cette nouvelle ru&, il seroit pris sur cesdites maisons, jardins et cours, trente toises en longueur jusqu^à THostel S.-Denis, sur cinq toises et demi de largeur, lesquelles ont été appréciées par des Experts à trente mille livres tournois ; à la charge que les matériaux des démolitions resteroient aux Augustins ; que les murs de clôture de deux côtés de ladite rue seroient élevés de trois toises au dessus du pavé, aux dépens de Sa Majesté, et qu^il seroit fait deux voûtes, sous ladite rue, pour communiquer aisément avec les maisons desdits Religieux qui sont près THostel de Nevers, pareillement aux frais de Sadite Majesté.

Les Religieux Augustins, députés vers Sa Majesté pour rassurer de leur soumission à son plaisir, lui ayant remontré quUls seroient doresnavant sans jardin, le Roy leur a dit : Ventre-saint gris! mesPères, Vargent que vous reti-^ rerei du revenu des maisons vaut bien des choux.

Le Jeudy 8*, fust mis en terre un homme appelé Monsieur de Montrogis, natif de la ville d'Amboise, mort, à ce qu'on dit, de crainte de perdre un procès qu'il avoit au Parlement.

Le Vendredy i6* de Février, mourut une petite fille parente de Monsieur d'Alluyes, et enterrée dans sa Chapelle, dans TEglise des Augustins.

Mars.

Le Jeudy premier jour du mois de Mars, notre bon Roy reçut du Pape Paul V une Bulle, en date du 16 du mois dernier, par laquellle il confirme le nouvel Ordre de Chevalerie que Sa Majesté vient d'instituer sous le nom et à Thonneur de la Vierge Marie du Mont Carmel. Cet Ordre est composé de cent Gentilshommes François, nobles de quatre races, tant du côté paternel que maternel, nés en loyal ma-

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riage, lesquels pourront être mariés deux fois en leur vie, et non plus, ne pourront faire profession qu'à 18 ans accomplis. Le Grand-Maître, qui sera toujours nommé par le Roy ou par ses successeurs, pourra néantmoins donner ledit Ordre à ses Pages au-dessus de sept ans, pourvu qu'ils soient Gentilshommes de quatre races.

Les Chevaliers de cette Milice sont obligés de s'abstenir de manger de chair tous les Mercredis de la semaine, et de réciter tous les jours l'Office de la Vierge Marie, ou du moins le Chapellet ; ils doivent porter, sur leurs manteaux, au côté gauche, une croix de velours ou satin tané, ancrée à l'orle d'argent, au mitan d'icelle l'image de la Vierge Marie, entourée de rayons d'or, le tout en broderie ; et, au col, une croix d'or, ancrée, et, au mitan, l'image de la Vierge Marie, d'un côté et d'autre émaillée, avec un ruban de soye tanée.

L'intention de notre Roy, en instituant cet Ordre militaire, a esté d'avoir toujours auprès de sa personne, quand il ira à la guerre, cent Gentilshommes d'élite pour sa garde. Pour l'entretien de ces Chevaliers, Sa Majesté, avec l'agrément du Pape à présent régnant, leur assigne des pensions sur tous les bénéfices de France, tant réguliers que séculiers, comme Archevêchés, Evêchés, Abbayes; et il est permis aux Grands- Maîtres de jotiir jusqu'à six mille livres de pension; et aux Chevaliers et Commandeurs, deux mille livres. Cet Ordre a été uni et succédé à celui de S. Lazare en Hiérusalem, et icelui est appelé aussi Ordre de S. Lazare.

Le Vendredy i6« de Mars, fut enterré, dans l'Eglise des Augustins, le sieur Poussemotte.

Le Vendredy 23* de Mars, Dom Diego de Botelho, un des principaux Seigneurs de Portugal, qui, à ce qu'on dit, tire son origine des Roys de Bohème, fut enterré aux Cordcliers : il avoit abandonné sa femme, ses enfans, ses amis et ses biens, pour suivre la fortune d'Antoine, Chevalier de Malthe, Prieur de Cratto, fils naturel de Louis, Duc de Beja, troisième fils d'Emmanuel, Roy de Portugal. Cet Antoine, après la perte du Roy Sébastien, dans une bataille en Affrique, et après le règne du Cardinal Henry, qui avoit succédé à son neveu Sébastien, et pris le titre de Roy, sans pourtant quitter celui de Cardinal, fut nommé par les Estats défenseur du Royaume ; et, peu après, le peuple le proclama Roy: car, bien qu'il ne fust pas légitime, il y avoit

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des exemples, dans le Portugal, qu^au défaut des mâles légitimes, les bâtards pouvoient succéder au préjudice des femmes; mais son élection fut traversée par les autres prétendans à icelle Couronne, et principalement par Philippe, Roy d^Espagne, qui le contraignit, par les armes, de fuir, de se cacher, et enân de se retirer secrètement en France.

Dom Diego de Botelho, qui Tavoit secouru en Portugal, ne le quitta pas dans sa retraite); il arriva avec luy à Paris, et raccompagna dans Texpédition sur les Isles Tercères, avec les forces que le Roy de France luy avoit données, à la sollicitation de la Royne. Le Roy d^Espagne obligea une seconde fois Antoine de quiter le Portugal^ et de revenir en France, toujours accompagné de Diego de Botelho, où il est mort. Antoine de Soulé, noble Portugais et Chevalier de rOrdre du Christ, lui a &it mettre sur son tombeau cette Epitaphe.

Votnm :

lUustrissimo Viro Diego Botelho, perantiqua regum stirpe oriundo, et famil. Botelh, in Lu^itania, capiti nobilissimo : qui tanto et incredibili amore Regum suorum Portugaliœ semper arsit ut in hoc mirandum posteris ac histor. celebrandum exempl. reliquerit; prœcipue Dom. Antonio, Régi suo, hujus nominis primo ^ itafuit devotus ut ipsius salute patriœ lïbertat., conjugemfideliss., lib. dulciss., propinquos et amicos cariss,, fortunas omnes, quas sponte reliquerat, supervivere ac superesse crederet. Ita nec redire^ dum a suis esset revocatus, qualibet prœmiorum et honorum spe invitatus, voluit; sed, comitantis Reg. suum infortunii constans particeps, quœcunque adversa cum ipso Rege adeo infracto animo passus ut ne ab eo quidem mortuo averterit. Ac dum ambor, positis hoc in Templo corpor., hune, pro tôt tantisque oneribus, honorem obtinuit, suprema voce expetitum ut nullibi ossa sua nisi juxta regia quiescerent. Cœlo redditus X. Cal. ApriL an. Do, M. DC. VII. Vixit annos LXXIIl, mêmes III, dies XIL

Non sibi, sed Dec, Régi, et Patriœ.

Mars 1607 AU JOURNAL DE HENRI IV 363

Virum tantum, tant singulari pietate tnsignem, et Lusfi' taniœfidei ac fortitudinis olîm insigne decuSy nec prospéra, nec adversa fortuna mutatum, patriœ suœ amans et memor Antonius de Soula, nobilis Lusitanus, Ordinis Christi eques signatuSy non tant hoc tumulo tegere quant hoc te légère ac lugere desideravit.

En ce-tems, on fait réimprimer TOffice divin du Diocèse de Paris, et on a remis^ dans la première leçon du second nocturne des Vigiles des Morts, ces deux mots iResponde mihi, qu^on avoit supprimés dans les précédentes éditions, pource que les Chanoines se sentoient offensés, en ce que le peuple croyoit que ce malheureux dont il est parlé dans la Vie de S. Bruno cust esté Chanoine de leur Eglise; et qu'après avoir mené une vie exemplaire devant les hommes, il avoit été miraculeusement déclaré damné; ce qui avoit occasionné la pénitence de Bruno, son ami.

Avril.

Le Lundy 6« d'Avril, nostre illustre Roync a accouché d'un beau Prince, auquel le Roy a donné le titre de Duc d'Orléans.

Le Dimanche 22*, le Roy, estant encore à Fontainebleau, fit assembler les Cardinaux, Prélats, Commandeurs et Officiers des Ordres, qui étoient près de sa personne, et leur déclara qu'il vouloit donner la Croix et le ruban bleu à son fils le Duc d'Orléans, comme il avoit fait à Monseigneur le Dauphin; le même jour. Sa Majesté mit la Croix et le ruban bleu au col de ce Prince.

Le Dimanche 29* d'Avril, sont arrivées des lettres de Venise, marquant la paix du Pape avec cette République, heureusement terminée par l'entremise et protection de notre Roy; ensorte que, le 2 1* de ce mois, le Cardinal de Joyeuse, envoyé à Rome pour terminer cette affaire, avoit, au nom du Pape, levé l'excommunication de la Seigneurie, et donné l'absolution au Sénat, et à tous ceux qui avoient encouru les censures. Le manifeste suivant, imprimé en italien, à Venise, dès le commencement de cette contestation, et dont un mien ami m'a donné la traduction en notre langue, fait voir la conduite des Seigneurs Vénitiens :

364 SUPPLÉMENT DE 1736 Avril 1607

« Léonard Donat, par la grâce de Dieu, Duc de Venise,

aAuxRévérendissimes Patriarches, Archevêques, Evêques de notre Seigneurie de Venise, et à tous Vicaires, Abbés, Prieurs, Curés et autres Prélats Ecclésiastiques. Salut :

«c Nous avons esté avertis que le 17* Avril dernier passé, par l'Ordonnance du Très-Saint Père le Pape Paul V, a esté publié et affiché en la Ville de Rome un certain Bref, fulminé contreNous, le Sénat et notre Seigneurie, adressant à vous, selon sa forme et teneur; et parce que nous sommes obligés de gouverner en paix PEstat que Dieu nous a donné en maintenant l'autorité des Princes Souverains, qui ne reconnoissent autre puissance temporelle que celle de Dieu. Pour ce, nous protestons devant Dieu et devant tout le monde, que nous n'avons manqué en tout ce qui est possible de rendre sa Sainteté capable de la validité de nos raisons, et défenses très-fortes. Premièrement par notre Ambassadeur ordinaire vers Sa Sainteté, puis par nos lenres Patentes en réponse audit Bref, et finalement par un Ambassadeur, que nous luy avons envoyé exprès pour ce sujet. Cependant, ayant trouvé les oreilles de Sa Sainteté closes, et voyant que le susdit Bref a esté publié contre toute raison, et contre ce que les saintes Ecritures et la doctrine des saints Pères enseignent, au préjudice de l'autorité souveraine donnée de Dieu, et de la liberté de notre Sénat, au trouble de la paisible possession du gouvernement que Dieu nous a donné sur les biens, honneurs, et vies de nos sujets et au grand scandale de tout le monde : Nous ne faisons point difficulté de déclarer le susdit Bref non-seulement injuste et indûement fait, mais aussi nul, de nul effet et valeur, sans fondement quelconque, illégitimement fulminé, contre tout droit, et les formes ordinaires d'iceluy n'ayant esté gardées : et pour ce, nous avons estimé qu'il n'estoit besoin d'user, à l'encontre d'iceluy, des remèdes desquels nos prédécesseurs et les autres Princes Souverains ont usé à l'endroit des Papes qui ont outre-passé les bornes du pouvoir que Dieu leur a donné; principalement estant certain qu'il sera jugé tel par vous, par nos autres sujets, et par tout le monde, et assuré que vous continue-

Avril 1607 AU JOURNAL DE HENRI IV . 365

rez à Tavenir votre office pastoral, et le soin que vous avez eu jus(}ues à présent des âmes de nos fidelles sujets et du service divin, lequel, par votre diligence, florit en cette notre Seigneurie, autant qu^en nulle autre part du monde ; ayant ferme propos de continuer toujours de vivre en la sainte foy Catholique et Apostolique, et sous les règles et observances du Saint-Siège Romain, comme nos prédécesseurs ont fait depuis la fondation de cette Ville jusquesà présent. Telle est notre volonté, laquelle nous voulons estre affichée en tous carrefours et places publiques de cette Ville, et en tous les autres lieux et endroits de notre Seigneurie : Nous assurant qu^une si manifeste publication ira aux oreilles de tous ceux qui ont ouï parler de ce Bref; et encore jusques à la connoissance de Sa Sainteté, laquelle nous prions Dieu notre Seigneur de vouloir inspirer à connoistre la nullité de son Bref, et de tous les autres actes qu^elle a faits contre nous en conséquence^dUceluy, et la justice de notre cause : en sorte quelle nous augmente le courage de garder à Pendroit du Saint-Siège la révérence que nos prédécesseurs et nous luy avons gardée, et à laquelle notre Seigneurie est et sera toujours trè-affectionnée. Donné en notre Palais Ducal, le 6 May, indiction quatrième, 1606.

Le Lundy 3o* d'Avril, la nouvelle de la perte de la flotte des Espagnols, devant Gibraltar, par les Hollandois, a esté confirmée, avec les circonstances suivantes. Le Commandant de la flotte Hollandoise, appelé Jacob de Héemfkerk,avec vingt-six vaisseaux, a attaqué les Espagnols, au nombre de trente-sept vaisseaux, dans le port de Gibraltar, commandés par l'Amiral Dom Jean d'Alvarès d'Avila. Le commandant Jacob avait donné ordre desouflfrir le canon, tant de la Ville que du Château, et de ne tirer que lorsqu'ils seroient bord à bord. Jacob, dans la première attaque, ayant eu la jambe emportée et se sentant près de mourir, a donné de si bons ordres à ceux qui estoient auprès de luy, qu'ils ont vaincu les Espagnols, coulé à fond l'Amiral, sur lequel estoit Alvarès d'Avila, et douze autres vaisseaux, fait deux cens prisonniers, et tué plus de deux mille hommes, parmi lesquels il y a plus de cinquante Chevaliers de divers ordres.

366 SUPPLÉMENT DE 1736 Mai 1607

May.

Le Vendredy i8' de May, les entrailles de très-haute et très-puissante Princesse Madame Anne d^Est, Duchesse de Genevois, Comtesse de Gisors, Dame de Montargis, etc., furent mises en terre, dans le chœur de l'Eglise des Augustins. Elle estoit fille d'Hercules d'Est, Duc de Ferrare, et de Madame Renée de France, seconde fille du Roy Louis XII et d'Anne de Bretagne, sœur de la Royne Claude de France, épouse de François I. A cette cérémonie, qui a esté faite à dix heures du soir, ont assisté grand nombre de Noblesse, tant Seigneurs que Dames.

Le même jour, sont partis, pour aller à la Haye, les sieurs Janin, Président, et Paul Choard Busenval, pour, de la part du Roy, travailler à la paix entre le Roy d'Espagne et les Provinces- Unies; et dit-on que les Hollandois ont sollicité notre Roy de vouloir estre l'arbitre de tous les différens qu'ils ont avec les Archiducs.

Le 22* de May, le Roy, étant à Fontainebleau, a reçu des lettres de Mahomet, Empereur des Turcs, qui lui ont esté portées par un Chaours; on ignore le contenu desdites lettres.

Juin.

Le Samedy i6« de Juin, le Roy, à la sollicitation de la Royne Marguerite, a accordé au frère François Amiot, Religieux Hermite de S. Augustin, et Prédicateur de ladite Royne, un brevet qui luy permet de recevoir et occuper tous biens, héritages et possessions, et bâtir Couvens de son Ordre, en tous lieux et endroits de son Royaume, avec ample pouvoir de jouir et d'user de tout ce que dessus, sans trouble ni inquiétude quelconque. Un personnage digne de foy^ et qui connoist ce bon Religieux, m'a dit qu'il estoit natif de Montargis; qu'ayant fait par dévotion le voyage de Rome avec un sien collègue, appelé Père Mathieu, dans leur retour ils se résolurent de quitter par mortification la chaussure, aller -nuds pieds, et de laisser croître la barbe; qu'avant d'arriver à Paris, plusieurs autres Religieux du même Ordre les avoient suivis, et avoient quitté pareille* ment la chaussure.

JuU. 1607 AU JOURNAL DE HENRI IV 367

Juillet.

Le Vendredy i3* du mois de Juillet, le Roy Henry IV fonda l'Hôpital de S.-Loûis, et fut poser la première pierre à la Chapelle dudit Hôpital, pour lequel grand nombre d'ouvriers travaillent journellement sous la conduite de Claude Velle&ux, bon Architecte.

Le Jeudy 19* de Juillet, fut porté dans la Chapelle du Cloître des Augustins le corps de Magdeleine-Marie de Médicis, qui fut ouvert auparavant d'estre enterré. Elle estoit née en Barbarie. Un Chevalier Florentin, voguant sur mer et ayant fait rencontre d'un vaisseau de Barbarie, l'attaqua et le gagna; dans lequel il trouva quelques jeunes filles, entre lesquelles celle-cy estoit, qu'il conduisit à Florence, et la présenta à l'infante Marie de Médicis, qui voulut la tenir sur les fonds et luy donna son nom et son surnom. Il la prit dans son Palais, et dans la suite il la maria au Signor Mastiati Vemacini, et les amena en France : Magdeleine-Marie fut femme de Chambre de ladite Royne, et son mary, pre« mier valet de Chambre de la Garde-robe.

AOUST

Le Jeudy 2* d'Aoust, fut fait un service dans l'Eglise de Notre-Dame de Paris, par ordre du Roy, pour le repos de l'âme du Cardinal Baronius. Car, bien qu'il fût Italien et encore sujet du Roy d'Espagne, Sa Majesté l'avoit toujours reconnu porté et affectionné au bien de son Royaume, sans examiner les motifs de politique qui faisoient agir ce Cardinal.

Septembre.

En la fin de ce mois, a paru une prodigieuse Comète pendant plusieurs jours. Aucuns qui avoient vu, il y a un an, et dans le même mois, une grande lumière et des feux qui se battoient, en guise de fusées, des piques et des épies de feux, prétendent que c'estoit la même Comète, qui, à cause de sa haute élévation et de son éloignement, ne put pas

368 SUPPLÉMENT DE 1736 Sept. 1607

alors estre aperçue telle qu^elle estoit ; mais que depuis ce jour-là elle s'estoit approchée de la terre, et, par ce moyen, s^est rendue plus visible. QuoiquUl en soit, cette €k>mète paroît depuis quelque jours, elle a une quetie fort longue et large, qui s^étend du côté opposé au soleil; son mouvement est fort vite. Les Philosophes et les Astrologues ne perdront pas cette occasion pour débiter les réflexions, leurs divinations et leurs chimères, et de présager, les uns quelque grand bonheur, et les autres quelque grand malheur.

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