I. Le Mb. de Paris place cette mort au mardi 26 féTiier
Mars 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 379
Mars.
Le jeudi, premier de ce mois, P. Le Bret m'a vendu, dix sols, les Considérations de M. Paulo, Vénitien, sur les censures du pape Paul V, avec le Traicté de Vinter* dict, imprimé ensemble in-4**.
Le vendredi 2% Langelier m^a vendu, six sols, le Panarète de Bertaut sur le baptesme de M. le Dauphin, imprimé nouvellement par lui, in-8<*, qui est un poëme de quinze cens vers et plus, dont on fait cas, et non sans 10 cause; mais toutefois trop triste et mélancolique pour le subject.
Le samedi 3% on m'a donné un Avis, nouvellement imprimé par Chappelet, sur Tinstruccion d'une dame de la Religion sur le sacrement de PEucharistie, que les contreporteux crioient par les rues, taschant de tirer de ceste faribole de l'argent en karesme, comme ils avoient faits, à Quaresmeprenant, de VAlmanach et Bcdet de M. le Prince.
Le dimanche 4^, j'ay preste à M. Darpantigni le 20 second tome de mes Œuvres de Gerson, in-folio. — Qui me l'a rendu le mardi 6^ de ce mois.
Le lundi 5«, j'ay preste à M. Darpantigny le premier tome des Annales de Baronius, relié en veau rouge doré, in-folio. — Qui me l'a rendu ce dimanche 1 1® du mois.
J'ay acheté, ce jour, dix-sept sols, un nouveau livre du père Gonteri, jésuiste, intitulé : la vraie Procédure [mais mauvaise pour s'accorder, quand on met tout d'un costé et rien de l'autre], pour terminer le différend en matière de Religion. Imprimé à Caen, in-8% et à Paris, 3o par Qiappellet, qui me l'a vendu relié en parchemin.
M. de Ghantecler m'a preste, ce jour, un Advertis-
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sèment de nostre M« Cayer, pour composer les différends de la Religion, imprimé à Paris, in-8®, Tan 1596. Lequel, après avoir leu, lui ay renvoie, le jour mesme, pource que ce n*est qu'un discours de caillette.
Le mardi 6*, P. Le Bret m'a donné une nouvelle bagatelle huguenote, d'une feuille seulement, imprimée, à laquelle ils ont donné ce tiltre : La Desroute et Science esventée de Philippe Cospeau, soi-disant évesque dAire, etc. Il m'en a apporté deux, dont j'en ay donné 10 une à M. Greban.
Ledit le Bret m'a vendu, ce jour, ung quart d'escu, V Apologie du P. Paul, qui est le prix ordinaire à ceux qui en veulent avoir, peu pour la bonté du livre, mais trop de la moictié eu esgard à la grosseur de ce petit discours, lequel estant imprimé à Rouen, comme le bruit est qu'on l'y fait, ne vaudra pas plus que 5 ou 6 sols.
Le mécredi 7®, est morte à Paris la marquise de Nœsle, aagée de vingt-quatre ans seulement, que l'ignorance des médecins, selon le bruit commun, a mise au ao tombeau pour l'avoir trop saingnée estant en couches; dame fort regrettée pour la beauté de son esprit et les grandes grâces que Dieu y avoit mises. ^
Le jeudi 8«, j'ay preste, à mon nepveu de Bénévent, la Légende de Damp Claude de Guise, in-8^, relié en parchemin. — Qui me Ta rpndu le Jeudi 29* de ce mois.
Le vendredi 9*, se voulurent battre en duel le comte
de Curson et le jeune Gamasche, qui en furent empes-
chés par sa Majesté'. Mais il y en eust, ledit jour, un
autre entre un gentilhonune, nommé le baron Deslagues,
3o et l'escuier de M. Despamon, qui y demeura mort, et le
I. Var. Ml. de Troyes : «t Le comte de Curton et le )eune Gamasche s*e8tans assinéa le duel, furent preats de se couper la gorge, aans Tinter- ▼ention de Sa Majesté qui lea en empeacha. »
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baron, qui estoit un brave gentilhomme, fut griefvement blessé, et si fort qu'il en mourut le lendemain.
Quelques jours après, se battirent encore quatre bons gentilshommes, qui tous quatre furent griefvement blessés.
Voilà comme ce monstre alloit dévorant, par le juste jugement de bieu et connivence du prince, la Noblesse françoise, qui, ne tenant compte de Dieu, mettoit le point de son honneur à le déshonorer.
10 Le samedi io«, M. Favier m'a donné VArrest du Parlement de Bordeaux contre le Cardinal de Sourdis, qui est notable; lequel mon cousin de Lassi m*avoit donné escrit à la main; que ledit Favier a fait imprimer et m'en a fait bailler pour moi et pour mes amis.
J'ay acheté, ce jour, une nouvelle Response du Cardinal Bellarmin, pour le Pape contre les Vénitiens, où la subtilité passe la vérité. J. Périer me l'a vendue cinq sols.
On m'a fait voir, ce jour, un pasquin latin sur l'expo communication des Vénitiens, envoie de Romme ici; il contient un feuillet d'escrîture, dont j'ay tiré une copie.
Ce mesme jour, mon nepveu dé Bénévent m'a preste la Vie de Claude de Lorraine, premier duc de Guise, et celle de François son fils, qui fust tué, par Poltrot, à Orléans, Tan 1662 ; toutes deux faites en latin, par Massonius, à l'imitation de Suétone. La première, non imprimée, et l'autre, imprimée à Paris 1589. Lesquelles, après avoir leues, lui ay renvoiées dès le lendemain, n'approchantes en rien de la beauté du style de la Vie de 3o Charles IX, latine, du mesme aucteur, qu il m'a donnée, et laquelle n'a point esté imprimée.
J'ay preste, ce jour, à M. Duranti, mon gendre, mes Œuvres grsecques de Basile, reliées en veau rouge doré.
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in-folio; avec le premier tome de mes Opuscules de Plut., de H. Estiemie, in 8^, relié en veau noir. Lequel me les a rendus le samedi 12® may.
Le lundi 12% j'ay preste à M. Darpantigny mon St Hilaire, in-folio, pour examiner de plus près ung passage qui est en son livre VHP, De Trinitate, traiaant du Sacrement, p. 140, que le jésuiste de Valentia dte raccourci, en son livre I, De Christi presentia in EucharistOfCap. v. Qui me l'a renvoie le 16* de ce mois.
10 Lé mardi i3^. Douceur m^a vendu, quarante sols, un viel Plante, relié à Tantique, avec les commentaires de Baptista Pius, qui sont fort bons et rares, imprimés à Milan, in-folio, l'an i5oo. Il n'y a pas encore un an que je voulois donner, du semblable, quatre francs.
On m'a donné, ce jour, trois fadèzes nouvelles, qu'on crioit par les rues : Uun gentilhomme de Savoie défendu des voleurs par son chien; La science des femmes, trouvée dans un des sabots de Af* Guillaume, et un Nouveau miracle, avenu près Barcelonne, de deux enfans mangés
20 d'un pourceau, et de deux autres trustés par la mère, dans son four, sans j^ penser.
Ce jour, ma tante Du Thil m'a escrit et m'a renvoie, avec mes lettres, une obligation de feu Lois Delestoille, mon fils, de la somme de quatre cent cinquante escus qu'il lui devoit, dont elle m'a fait don. Chose qui m'a fort agréé, encores que ceste partie estoit débatable, et à la contestation de laquelle je ne fusse toutesfois entré qu'à l'extresme nécessité et avec un extresme regret, pour les biens que je reconnois avoir receus de ladite dame,
3o ma tante.
Le mécredi 14, j'ay fait response à la lettre de ma tante Du Thil, et icelle remerciée bien humblement du présent qu'elle m'a fait, qui ne me regarde tant que ceux
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qui viennent après moi. Je me suis pieu à bien coucher ceste lettre, et y ai emploie une heure de temps.
Ce jour, mourust, à Paris, d'une plueresie, M. Poussemothe, aagé de trente ans ou environ, nepveu de M. Poussemothe mon gendre.
Le vendredi i6«, M. Despinelle m'a fait voir des Pasquins nouveaux et autres mesdisances, qui courroient, mais si gauffes et mal faites que je me suis contenté de la lecture.
ïo Le samedi 17*, j'ay preste à M. Darpantigni le 2*^ tome des Annales de Baronius, relié en veau rouge, comme les autres. — Qui me Ta rendu le mardi 27 de ce mois.
On m'a donné, ce jour, un petit livret nouveau, intitulé : les Douces affections de Lydamant et de CaU liante, que l'imprimeur T. de Bray m'a donné, pour quelque plaisir que je lui avois fait. Il est bien joli et digne d'estre leu.
Le dimanche 18% se battirent en duel, à Paris, quatre ao gentilshommes, qui tous quatre furent blessés.
Un mien ami me dit, ce jour, avoir entendu, de M. de Loménie, que depuis l'avènement du Roy à la Q)uronne on faisoit compte de quatre mil gentilshommes tués en ces misérables duels en France, et que c'estoit chose qui avoit esté asseurée à Sa Majesté pour véritable, et que quand il seroit question d'en dresser un estât, qu*on le feroit asseurement, et le vérifieroit-on par noms et surnoms. Chose estrange et prodigieuse, et à laquelle un prince chrestien ne peut conniver qu'au détriment de 3o son honneur et de sa conscience.
Le mardi 20®, on m'a donné des nouvelles, hoc est balivernes (qui se renouvellent tous les ans deux ou trois fois, et qui sont les pratiques de ces portepaniers) de la
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propagation de la Foy catholique par les Jésuistes en diverses parties du inonde.
Madame de Longeumeau, aagée de quatre vingts deux ans, mourusty en ce temps, aux fauxbourgs Saint-Germain-des-Prés, en la profession de la Religion, qu'elle avoît fait durant sa vie.
Un juif, à Saint-Maurice, baptizé en TEglise Rommaine, Tabjura et fist profession de la Prétendue Réformée, le dimanche i8« de ce mois.
10 Le vendredi 23® de ce mois, le substitut Guillon, s'estant présenté à la Cour pour y estre receu Conseiller, fust, par insuffisance, refusé et renvoie. Chose qui avient rarement; et y avoit plus de dix ans, qu*on n'en avoit fait autant, encores qu'il y en eust de bien foibles à cest examen et en bon nombre, qui s'y estant présentés avoient esté receus sans avoir guères mieux fait. Mais la Cour, aiant esgard à la conséquence et aux risées qu'on en faisoit partout, ordonna sagement de commencer, par cestui-ci, à en amander la faute.
30 M. le Premier Président, en son opinion, allégua mesme tout plain d'avocats qu'il- appela polucres, lesquels, s'y estans glissés, et aiant veu l'insuffisance du personnage, non seulement s'en moqueroient, mais, tantignorans fassent-ils, se promettoient d'estre reçeus quand ils s'y présenteroient aussi bien comme lui.
Le mardi 27®, Bérion m'a donné de son impression un livre nouveau, intitulé le Duel de l'Homme et de la Mort, dont je lui ay fait obtenir le privilège à la Chancellerie : dans lequel il y a de beaux traits et curieuse-
3oment recherchés. Il est in-S**. L'auaeur se nomme J. Guillemard, de Champdenier, en Poictou : nom supposé pour couvrir celui de sa profession, qui est de ministre, et s'appelle Des Alimes, s'estant dit ici médecin,
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pour faciliter rapprobation de son livre par un docteur de Sorbonne, comme finalement il a eue de nostre maistre Marius, qui la lui a signée. Il estoit intitulé, du commencement : les Durs d'Hégésias, et en ay eu longtemps la copie en mon estude.
Le mécredi 28*, j'ay acheté, ung sol, la Paix de Hongrie, qu'on crioit par ces rues.
J'ay preste, ce jour, à M. le controlleur Guillon mes Commentaires de MontluCy reliés in-8^ en parchemin. 10 Qui me l'a rendu, quinze mois après, sçavoir la veille de la St-Jean 1608.
Le vendredi 3o*, j'ay acheté l' Antihermaphrodite, du Prévost de Brétigny, imprimé à Paris, in-8^, par C. Berion, l'an passé 1606, et m'a cousté, relié en parchemin, 25 sols.
Tavernier m'a donné, ce jour, les pourtraicts en taille douce, bien faits et relevés, du cardinal Bellarmin et Baronius. Ils sont de Villamena, taillés à Romme, en 1602.
Le samedi 3i* et dernier de ce mois, P. Le Bret m*a 30 donné deux: de ces nouvelles bouffonneries, qui couroient et qu'il devoit, le lendemain, vendre à St-Maurice, qui est un Advis de M^ Guillaume à sa Sainteté, dont j'en ay retenu un pour moy et envoyé l'autre à M. de Lassi, mon cousin; plus une Lettre de MM. de Venise à leur subjects et Communautés, françoise et italienne, d'une feuille seulement.
Le présent mois de mars fust froid et secq ; le karesme cher. Peu de maladies mauvaises, hors les contagieuses, qui 'continuent tousjours : quarante huia en la maison, 3o par rapport fait le 24® de ce mois.
Le mardi 27^, trois, couchés dans un mesme lit, frappés de ladite maladie, chez Prévosteau, libraire et imprimeur, demeurant près le Collège de Cambrai.
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Peu d^amandement pour les sermons, où on se con« tente d'aller, sans en faire autre proufit, encores que nous soions de près menasses de beaucoup de malheurs.
Le Roy va à Fontainebleau, et, avant que partir^ mande ceux de sa Cour de Parlement pour haster Tédit^ qu'ils ont par devers eux, de Térection de la Chambre Roiale pour la recherche des financiers ; leur dit que le Pape et les Vénitiens estoient d'accord. Ce qu^aiant esté rapporté à l'ambassadeur de Venise, fist response que 10 puisque le Roi le disoit, qu'il le faloit croire; toutefois, qu'il estoit malaisé que Sa Majesté en eust eu quelque advis certain, sans qu'ils y eussent participé, et qu'il n'en avoit receu aucun.
En ce mois, les pauvres Frères Ignorans, aians quitté leur maison à la Roine Marguerite, sont transportés près le Cimetière de ceux de la Religion, pour s'y accommoder, et estre gardes du sépulchre.
Le prince de Jainville sort de la Cour, et se retire à
St-Dizier, place forte de son Gouvernement. Disgracié de
20 Sa Majesté, pour soubçon de quelques amourettes entre
lui et la comtesse de Moret : subject ordinaire et trop
commun pour le jourd'hui des disgrâces de nostreCour.
La Roine, mal contente du voiage du Roy à Chantilli, pour voir la Marquise à Vemeuil, laquelle aussi-tost qu'elle l'eust veu : « Vous avez (dit-elle au Roy, en bou- « fonnant comme de coustume) de mauvais fourriers « avec vous, qui vous logent à la haye, au vent et à la « pluie. » (Cela dit-elle, rencontrant sur le nom de La Haye, que Sa Majesté entretenoit, et qu'il menoit 3o partout où il alloit.)
Une vieille femme, du pays de Hainaut, prisonnière à Calais, pour avoir dit et maintenu que la vierge Marie, depuis Jésus-Christ, avoit eu trois ou quatre enfans; et
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encores que telles paroles impies et blasphématoires ne puissent procéder que d'un esprit troublé, agité de quelque humeur extravagante et mélancolique, si est-ce que, pour y avoir opiniastrement persisté, ceste pauvre misérable en demeure tousjours là, ainsi qu'en porte Tadvis envoie de Calais à un mien ami, que j'ay veu, en daae du 21^ de ce mois.
11 vaudroit mieux cacher ces choses au peuple que les publier.
10 En ce mois de mars, furent roués, à Tours, deux des plus grands, insignes, fameux, renommés voleurs de l'Europe : lesquels, à la mort et au supplice, confessèrent avoir perpétré jusques à six vingts meurtres. L'un s'appeloit le capitaine Buleu, dit Sans-Crainte, qui confessa tout, et mourust bon confès et repentant, monstrant grands signes de contrition et repentance deces horribles et énormes crimes et forfaits. L'autre s'appeloit le capitaine Dubois, qui au contraire ne confessa rien qu'à l'extrémité, et fist une fin pareille à sa vie. M. de Gra-
ao ville. Secrétaire du Roy, m'a promis de m'en faire voir le procès-verbal, qui est une des bonnes pièces de ce temps et digne d'estre receuillie.
Avril.
Le lundi 2^ de ce mois, fust mis en terre, à Paris, M* du Vivier, chanoine de Nostre-Dame et Conseiller . de la Grand-Chambre. En sa place monta M*", de Neufville, frère bastard (ainsi qu'on disoit) de M. de Villeroy.
Ce jour, M. de Lassi, mon cousin, me fist part des
3o nouvelles qu*il avoit receues de Romme, de mon cousin
Bougier, son frère, entre lesquelles y en a une de re-
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marque, qu'il dit avoir veue : qui est que, depuis peu de jours, hors de Romme, à la porte di Bove, près St-Sébastien, s'est trouvée, en remuant les fondemens de quelque maison, une grande casse de marbre blanc, plaine d^une eau qui rendoit une très bonne odeur, et au fond trois corps qui avoient trois robbes de pourpre faites à la façon des anciens Rommains; et que ces robbes s'estoient tousjours conservées comme miraculeusement dans ceste eau, sans estre aucunement gastées -, qu^il lui 10 eust souhaité une robbe rouge de ceste estoffe et de ceste eau^ pour la pouvoir conserver; qu^on doute de qui pourroient estre ces corps, les uns disans estre de Septimus Severus, autres de Caracalla : mais qu'il ne le croid point, et qu'on a trouvé quelques inscriptions grecques, lesquelles estant deschiffrées, on en pourra, possible, tirer quelque vérité.
Le mardi 3^ de ce mois, j'ay acheté, dix sols, ung
nouveau Discours de V Estât de V Empire de Russie et
Grande Duché de Moscovie, fait par le capitaine Mar-
20 geret, et imprimé à Paris, in-8°, par Guillemot, qui
me Ta vendu relié en parchemin.
Il y a du plaisir et de la remarque audit Discours, si tant est qu'il soit vrai.
Le mécredi 4', j'ay acheté, dix sols, un petit livre nouveau de dévotion, fait par un Minime, nommé Chavineau. Il s'intitule: le Temple de la Gloire civile, imprimé à Paris, in 16® longuet.
Le jeudi 5^, fut rompu vif sur la roue, au bout du pont S. -Michel, à Paris, un qui se faisoit nommer le 3o capitaine La Fortune, natif de Laval, grand voleur et meurtrier exécrable : ce qu'on appelle aujourd'hui un capitaine déterminé, id est, en françois, à tous les diables, comme ce pauvre misérable, qui ne se voulut
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jamais reconnoistre à la mort, maudissant la Justice, et n^aiant rien voulu ni confesser ni pardonner, finalement demanda une messe, après sa mort, à un gentilhomme qui se trouva là ; lequel ne lui respondit rien, et disoit- Ton qu'il estoit de la Religion. Il tua quatre hommes, avant qu'on le peust prendre; et estant pris et lié, en tua encores un avec un bidet qu'il avoit dans sa pochette.
Le lundi 9^, courust un faux bruit à Paris que la Roine (laquelle seulement ne s'estoit trouvée mal) estoit 10 accoucchée d'un fils, à Fontainebleau, et que nous avions un duc d'Orléans. Nouvelle apostée exprès pour couvrir (ainsi qu'on disoit) le bruit d'un attentat projette contre la personne du Roy.
Partirent, ce jour, de Paris, M. le Chancelier et le duc de Sulli, mandés de Sa Majesté pour l'aller trouver à Fontainebleau.
Le mardi io«, j'ay acheté une nouvelle Apologie latine contre la Consultation de Leschassier, et YÉpistre de PAdvocat du Roy Set^in pour la défense de la cause ao des Vénitiens contre le Pape, qui n'est tant contre leurs livres que contre leurs personnes; et a esté le Nunce du Pape, qui l'a fait imprimer en ceste ville, in-4°, au Collège des Dix-huict, par un imprimeur nommé Jacquin, qui me l'a vendue un quart d'escu.
Il y a, au bout, un Ascanii Torrii, Theologi Romani, pro Libertate Ecclesiastica, ad Gallofrancum Epistola, MDCVII. Superiorum permissu.
Le mécredi 1 1«, j'ay baillé à M« Abraham ung quart d'escu, pour m'avoir relié et accomodé ung livre de 3o papier à escrire.
J'ay fait, ce jour, un pacquet, cotté III, de trentequatre bagatelles ramassées depuis le premier de cest an 1607 jusques au dernier mars.
p. D< lEstoilb. — VIII* I9
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La nuict de ce jour, mourust soudainement la femme de Cambrai Tapotiquaire, laquelle avoît esté à Ténèbres. Elle estoit aagée, et disoit-ron qu'il y avoit cinquante quatre ans qu^elle estoit avec son mari.
Le jeudi 12% j'ay acheté, deux sols, ung nouveau Traicté de la Peste, fait par un chirurgien expert, pour la guairison et praw:aution d'icelle. La plus seure praecaution seroit une bonne police à Paris, où il y en a si peu qu'un honneste homme hier me monstra, en une 10 des plus fréquentées rues de Paris, celle qui a la superintendance des malades de la contagion en ceste maison des fauxbourgs où on les transporte, allant librement et halenant tout le monde, sans dire Gardei^vous ; et me dit qu'on ne voioit autre qu'elle par les rues. Si cela avenoit à Lyon, on Tharquebouzeroît en plaine rue, et seroit loué celui qui en feroit le coup.
La nuict de ce jour, et le lendemain, qui estoit le Vendredi oré, je fus extresmement tourmenté et affligé de mon mal, avec telles inquiétudes et resveries que je ne ao savois où j'estois, jusques à ce que Dieu, retournant sa face sur moy, m'a donné repos pourtant, et si longuement qu'il lui plaira et qu'il connoistra estre à mon salut, lequel je ne doute point qu'il ne procure avec telles visitations, bien qu'elles me semblent rudes.
Le mardi 17* de ce mois, arrivèrent à Paris, dès le matin, les nouvelles de la naissance de M. d'Orléans, à Fontainebleau : dont furent faits force feux de joie, le Te Deum chanté, et l'alégresse grande partout pour une si heureuse venue, dès long temps attendue et souhaittée 3o de tous les gens de bien et bons serviteurs du Roy.
Le vendredi 20% j'ay acheté, trois sols, quatre bagatelles, qu'on crioit, sur la Naissance du duc d'Orléans.
Le samedi 2 1«, on crioit un Desbordement et inonda-
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tien nouvelle, avenue en six provinces d'Angleterre, que j'ay acheté 18 deniers.
Le mécredi a 5®, on m'a donné une Correction/rater^ nelle, faite à Dumoulin, le ministre, laquelle bagatelle a esté imprimée nouvellement, in 16®, par Ghappelet, assez grossette.
Le samedi 28% on m'a fait voir une Lettre du Roy de Marroque au Roy, envolée ici par M. de Lisle, mon bon voisin et ami, agent par devers ledit Roy pour sa
10 Majesté Très Ghrestienne, de laquelle ne contenant qu'une page d'escriture j'ay tiré côppie. Elle commence : « Au nom de Celui qui est », dactée du 14* du mois de Ragel, qui est à nous novembre, de Tannée ioi5 de Mahomet, à nous de Christ i6o6; contient des particularités notables.
Le dimanche 29®, je fus contraint de prendre médecine, pour mon mal qui me travailloit tous les jours de plus en plus. Laquelle m'a excité mes hémorroïdes, tiré force sang, redoublé mes veilles et mes peines, et rien
20 autre chose.
Le conmiencement du présent mois d'avril fut bénin et gracieux; le milieu, froid et de température janvier ; la fin extresmement chaude et de constitution juillet. Laquelle distempérature entretenoit à Paris les maladies, mesmes les contagieuses, où il y en avoit tousjours, mais peu.
Au commencement de ce mois, ung Augustin, nommé Astier, qu'on appeloit TAugustin de Béziers, pource qu'il en estoit, et des principaux complices de la conju-
3o ration dressée pour rendre ladite ville de Béziers et autres à l'Hespagnol^ s'estant sauvé en Hespagne, où il faisoit toutes les allées et venues pouf la faction de ces compagnons, qui furent mis sur la roue audit Béziers;
aga PIERRE DE L'ESTOILE Avril 1607
estant finalement revenu en France après avoir obtenu sa grâce du Roy, fut pris prisonnier dans le couvent des Augustins à Paris, et mené à Sa Majesté à Fontainebleau, où aiant descouvert au Roy de grandes menées et d^importance contre son Estât (ainsi qu^on disoit), son pardon lui aiant esté reconfirmé, et tous ses péchés pardonnés, fut renvoie sain et sauf à Paris, en plaine liberté, en son couvent des Augustins, où je Tay veu souvent du depuis.
>o May.
Le jeudi 3^ de ce mois, on m'a donné ung nouvel escrit imprimé, qui couroit, intitulé Discours au Roy, dont on [faict aucteur M. Ribier, Conseiller en la Q>ur, qui par icelui exhorte Sa Majesté de mettre la main à bon escient à la réformation de TÉglise et réunion des deux Religions. Et est ce petit Discours, libre et bien fait, rempli de beaucoup de belles auctorités et raisons, mais qui auront lieu en papier seulement : qui est le pis.
Le mardi 8* de ce mois, Du Val m'a donné des vers 20 latins et françois, qu'il a fait imprimer, contre Rouillard, par lesquels il se montre aussi sage comme lui.
Le jeudi 10% mon cousin de Lassi m'a fait voir un nouveau traicté, par le Cardinal Baronius, contre le docteur Marsile, Néapolitain, imprimé à Romme ou à Paris, in-4°, intitulé : Gerardi Loppersii Frisii, Catholici, antagonistes Sententiœ Illust. ac Rêver. Card. Baronii, in sacro Consistorio dictœ, propugnatio adversus Jo. Marsilium Neapolit, MDCVÎl : Superiorum perfnissu.
3o Ledit de Lassi m'a donné, ledit jour, dix des Épigrammes latins de ce temps, faits par M. le président
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De Thou et autres. Il y en a un petit contre le Cardinal Baronius, sur son Pascere et occidere, que je donne à un Conseiller de la Cour, de mes amis, et est tel :
Quid garris, miserande Baro ? Quid, perfide, jactas^
Paulo commissum £eis jugulare gregem ?
Sic venis Pastor , sic Alpha et desinet esse,
Quique prius Paulus, mox fiet inde Lupus,
Preste, ledit jour, à P. Delest*, mon Suétone, commenté de Beroald, relié en veau rouge, in-folio.
10 Le vendredi 1 1% on m'a donné deux nouvelles bagatelles imprimées; Tune est une Retnonstrance de La Nagerie contre les blasphémateurs ;VsL\xtre^un Apertis'sèment du P. Aleaume d^Orléans sur les deptes civiles. Le samedi 12% furent faites défenses par la ville, et crié à quatre trompettes, qu'on n'eust à donner Tausmonne aux portes des maisons, ni mesmes de la chair et potage, comme il se fait coustumièrement, ni aux pauvres par les rues, sur peine de dix escus d'amande. Ce qui fut si bien observé que dès le lendemain on n'en vid jamais
30 tant par la ville, aux portes et partout. Mesme la Roine Marguerite revenant des Augustîns, il y avoit en ma rue plus de cinquante gueux amassés, que je vis se battre pour quelques testons qu'elle leur avoit jettes. On mist aussi des hommes à toutes les portes de la ville, pour empescher les pauvres qui voudroient entrer.
Le dimanche i3®, au bout du pont St. -Michel à Paris, un gentilhomme des régimens de M. Du Bourg, poursuivant à coups d'espée, dont il lui avoit donné desjà quelques coups du plat, un pauvre homme, simple
3o mercier (ainsi qu'on disoit), qui lui demandoit de l'argent qu'il lui devoit dès longtemps; voiant que ledit gentilhomme le vouloit tuer^ tirant une dague qu'il
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avoit sur lui, et destournant le coup, s'estant rué impé* tueusement sur lui, lui en donna dans la gorge, et fust à rinstant porté sur le barbier prochain, où le lendemain il mourust. Il dit quMl lui pardonnoit sa mort, pource qu'aussi bien il i'eust tué. Le meurtrier, au moien du peuple qui lui fist voie, voiant l'injuste poursuîtte du gentilhomme, s^évada et se sauva.
Le mardi i5', le Roy vinst de Fontainebleau à Paris, pour l'establissement, ainsi qu^on disoit, de la Chambre
iode Justice pour la recherche des financiers : laquelle il déclara à Messieurs de sa Cour de Parlement sa volonté estre qu^elle eust lieu, et qu'ils fissent justice, sans aucun esgard ni acception de personnes. Leur parla aussi de la vérification de PÉdit du Pied fourché (édit très pernicieux et que sa Cour, pour cest effect, dès longtemps refusoit de vérifier), en aiant fait des remonstrances à Sa Majesté, laquelle il leur dit avoir trouvées bonnes, et néantmoins que sa volonté estoit qu'ils le passassent; les en prioit bien fort, et leur commandoit de le faire.
20 On me donna, ce jour, une Response faite au Discours de M. Ribier, par un advocat, ainsi qu^on disoit : à quoy y a apparance, pource qu41 y a prou de paroles, mais peu de substance. Elle est intitulée : Response au Discours fait au Roy pour l'assemblée d'un nouveau Concile, imprimée à Paris par Fleuri Bourriquant, in-8*^, de 3 à 4 feuilles.
Il y en a une autre, de demie feuille seulement, imprimée, dont on faia aucteur M. l'Archevesque d'Aix, bien faite, mais fort piquante et injurieuse, que je n'ai
3o peu encores recouvrir.
J'ai acheté, ce jour, le Traicté de Gerardus Loppersius contre les Vénitiens, que mon cousin de Lassi m'avoit preste, et a esté un imprimeur que je ne con-
Mai 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 39b
gnois point, 'sinon qu'on m^a dit qu'il imprimoit pour le Nunce du Pape, qui me l'a vendu dix sols, qui ne vend aux Ligueux que cinq sols.
Le mécredi i6«, un bonhomme de mes amis, de la paroisse de Cfaaranton,m'a donné une Déclaration nou' pelle d'un curé de S. -Michel de Reims, nommé Gaultier, frère du docteur Gaultier, qui a presché le karesme dernier en nostre paroisse S.-André : laquelle, avec trois autres de mesme substance faites près Chartres, que 10 p. Le Bret m'a aussi données, ce jour, on crioit à Tentrée du Presche dudit Gharanton.
Le jeudi 17® de ce mois, mourust à Paris, en son hostel de Nemoux, Madame de Nemoux, petite fille de Roy, mère des grands et forts du Roiaume, mais qui en leurs exploits ont esté rencontrés par un plus grand encore qu'eux, et plus fort. On la disoit aagée de quatrevingts ans; autres disoient sokante et dix-huict. Elle s'en donnoit soixante et seize.
Le samedi 19*, j'ay acheté, des livres de la Foire
ao dernière de Francfort, les quatre traictés suivans, con-
cemans le fait du Pape et des Vénitiens, lesquels je
ramasse furieusement partout où j'en puis recouvrir :
De quatuor Monarchiis et de Antichristo suspiciones fratris Gabrielts de Barlieti, Ordinis Minorum, Ex censura et ab excommunicatione Pauli V, Pontif. Max., etc. In-8°. Hanopice, 1607.
AdPaulum V^^ Epistola. Phinopoli, 1607.
Admonitio pia et syncera, ad subditos Venet,, F. Matthœi Torti, etc. In-8*^. Coloniœ, 1607. 3o Riposta di maestro Pasquino, [cittadino Romano. In 4*^, 1606. Plaisante droUerie, et dont il n'y en avoit eu à vendre qu'à ceste Foire. Ces quatre m'ont cousté vingt cinq sols.
396 PIERRE DE L'ESTOILE Mai 1607
Le mardi 22®, j'ay acheté encore un traiaé contre les Vénitiens, que je n'avois point apporté ici de la dernière Foire de Francfort, et est intitulé : Leonardi Rubeni, Benedictini Abbatis, etc., Parcenesis ad Prcelatos Fenetos. In 8®. Padibomœ, 1607. Périer me l'a vendu quatre sols.
Le mécredi 23^, on crioit, par la ville, le Manifeste du Duc de Venise sur l'accord d'entre le Pape et les Véni' tiens, qui est un bagage de demie feuille, qui ne fait
10 mention d'aucune particularité dudit accord, et m'a cousté six deniers.
J'ai acheté, ledit jour, deux traictés italiens, in-4^ (des livres de la Foire), sur la liberté ecclésiastique, intitulés : Due Discorsi sopra la Libéria Ecclesiastica, di Giovan Simone Sardi, Venetiano. Anno 1606. M'ont cousté quatre sols.
J. Périer m'a rendu, ce jour, mon Histoire des Troubles de Hongrie, reliée in-8<> en parchemin, que je lui avois prestée dès le premier octobre i6o3, il y a
ao plus de trois ans et demi. Il m'a dit que nous l'aurions rimprimée et de beaucoup augmentée, dans la S. Rémi prochaine : dont j'en ay stipulé une, pour le long intérest de mon prest. C'est une très belle histoire, et utile, et qui ne se trouve plus.
On m'a donné aussi une copie de la lettre qu*a fait
escrire le Roy à Madame la Princesse d'Orange, de la
desfaite des Hespagnols au destroict de Gibraltar, daaée
du 2i*may 1607.
On m'a, ce mesme jour, donné Tasuigme suivant, qui
3o couroit, de la Roine Marguerite.
Je suis celui-là qui me fuit :
Mon compagnon s'est fait mon maistre.
Mai 1607 MÉMOIRES*JOURNAUX 297
L'autre est ce que je deusses estre.
Je marche après ce qui me suit :
Au mesprisé je porte envie; Son bonheur me donne le tort.
Il est veuf, et je suis en vie; Vetffveje suis, avant sa mort.
Baillé, ce jour, â M^ Abraham, demi quart d'escu, pour avoir raccoustré et rescrit mes pacquets huit sous.
10 On m^a donné encore, ce jour, un escrit nouveau en congratulation de la naissance du duc d^Orléans, intitulé : Figure emblématique en trois langues, imprimée in-8®, par Fouet, qui le vend trois sols, et est une pure bagatelle.
J*ay veu, ce jour, une beste, qu'on monstroit en la rue de la Harpe, qui avoit la teste de léopard et le corps de tigre. Elle estoit en vie et paroissoit fort furieuse. Le Grand Seingneur Tavoit envolée au Roy; et avoit estranglé, en la présence de Sa Majesté, un de ses dogues, ao II y avoit presse à la voir, et on donnoit deux sols.
Le samedi 26% M. Désiré m*a donné deux copies du rescrit envoie par M. TArchevesque d'Aix au Discours du conseiller Ribier, imprimé en une demie feuille in-4^, qui est une invective sans réfutation, plaine d'injures contre ce personnage, qu'il apelle meschantet Hérétique (nom duquel on dist que cest évesque a esté autrefois tiltré). Il est intitulé : Renvoi du Discours de l'Union contre la publication du Concile de Trente.
On crioit, ce jour, par ceste ville, les Traictés des io Archiducs avec les Estats des Pays-^Bas, que j'ay achetés deux sols d*un contre-porteur.
J. Périer m'a donné, ledit jour, de son impression, un
298 PIERRE DE L'ESTOILE Mai 1607
nouveau bagage, de demie feuille, intitulé : Specimina duo artis memoriœ, exhibita, 20 mati e/ 27 april. 1 607, LutetiœParisiorum^prœsentibus, etc.
Ce jour, furent rompus sur la roue, à la croix du Tirouer, à Paris, deux gueux de matois (comme il paroissoif à leur façon et habits), qui avoient volé, il y a quelque temps, le Secrétaire du Roy Thiélement, revenant de la Cour, et blessé son homme à mort. L^und^eux, se volant au supplice, confessa tout, et pour ce fiistestranglé avant
10 qu'estre rompu ; l'autre ne voulut jamais rien confesser, encores qu'il fîist induit par son compagnon à le dire et reconnoistre : et, pour ce, fîist roué tout vif. On dlsoit qu'on voioit en ces deux une image du Bon Larron et du Mauvais. Le bon, avec grande apparance de contrition et repentance, dit que c'estoit le quatorziesme vol où il s'estoit trouvé, et toutefois dit qu'il s'asseuroit tant de la miséricorde de Dieu, qu'il espéroit qu'il lui pardonne-roit.
Le jour mesme, fust pendu, en la place de Grève, à
30 Paris, un qui avoit esté autrefois sergent à cheval, lequel avoit volé un marchant des Pays-Bas venant à Paris, pensant que sa valize fiist plaine d'or et d'argent, dans laquelle toutefois il ne trouva que des planches de taille douce : qui fiist cause de la lui faire enterrer dans un champ dont il ne peust jamais désigner l'endroit. Ainsi n'amanda rien de tout son vol, ce pauvre misérable, sinon d'une corde, dont il se sentist serré et estran^é. Jugement de Dieu notable, et mesme pour le r^ard du marchant : lequel s'estant efforcé de tuer, et avec ung
3o pistolet qu'il lui tira, qui ne prist feu, et avec son espée, ne le peust aucunement endommager; et eschappa de ses mains sain et sauf, par une providence de Dieu admirable.
Mai 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 299
Le mécredi auparavant, 23® de ce mois, avoit esté décapité un gentilhomme, en Grève, lequel ne se voulust jamais mettre à genoux pour la prononciation de son arrest, quelque instance que Messieurs enpeussent faire. Le lundi 28®, on m'a donné ung nouveau livre, et nouvellement imprimé à Paris par G. B., intitulé : Actes du Concile de Trente, es ans i562 et i563, pris des originaux. Ge petit livret, qui est fort bon et digne d'estre receuilli, aiant esté compilé par un Gonseiller de la Grande
10 Chambre, homme de bien et docte, fust fort recherché à rinstance principalement du Nuncedu Pape (pour lequel, à la vérité, il ne fait rien). Si qu'on envoia à toutes les imprimeries, pour en saisir ce qu'on en trouveroit et pour en descouvrir l'imprimeur et Taucteur : lequel, en estant averti, en donna promptement advis à Tautre, à l'imprimerie duquel on vinst, vendredi dernier 25® de ce mois, mais trop tard : car estant achevé d'imprimer, les copies estoientjà entre les mains de l'aucteur. Si que, par ce moien, il se void partout, et se lit avec fruict et
ao contentement de beaucoup, encores quUl n'y ait mis la moictié des traiaés qu'on peult recouvrir sur ceste matière.
Le mécredi 3o®, J. Périer m'a donné ung petit Discours, qu'il avoit imprimé, de la rencontre des deux armées navales d^Hespagne et de Hollande^ laquelle on crioit, ce jour, devant le Palais.
Le jeudi, dernier de ce mois, j'ay acheté, deux sols, deux nouvelles bagatelles. L'une est un Édit du Roy pour les notaires, à ce qu'ils n'aient plus à insérer aux
3o contracts les renonciations au bénéfice du Vellejan. L'autre est une instance de M. Dallincour, pour l'absolution des Vénitiens, et quelques lettres touchant ce fait, imprimées en une feuille.
3oo PIERRE DE L'ESTOILE Mai 1607
On me donna, ce jour, un Arrest de la Cour du Parlementy du 17® febvrier dernier 1607, entre M* Nicolas de la Barre, Conseiller au siège présidial de Chasteau- Thierri, et M« Pierre Le Noble, substitut du Procureur Général audit Chasteau-Thierri.
En ce mois, un notaire, nommé de Nesmes,aîant malheureusement forcé une petite fillette, de l'aage de cinq à six ans, fille de Du Fresnoi Tapotiquaire, après avoir enduré la géhenne ordinaire et extraordinaire, n^aiant 10 rien confessé, faute de preuves, et n^ aiant qu^un te&moing, en fust quitte pour Tamande et le bannissement, et évada le supplice de mort, qu'il avoit bien mérité (réservé à un plus grand et plus grief, si Dieu n'a pitié de lui).
Le Roy, aiant entendu Ténormité de ce fait, en avoit escrit jusques en Flandres, où il s'estoit retiré ; et, de fait, y avoit esté-pris et amené prisonnier à Paris, où le père et la mère, outrés d'une juste douleur d'avoir perdu leur fille viienée de ceste façon, qui en est morte martire, 20 n'ont rien oublié pour avoir raison d'un acte si vilain et barbare. Mais c*eust esté contre les formes de la justice (disent les juges) de faire mourir un homme, quelque meschant qu'il fust, sous la déposition d'un seul tesr moing. M. Faideau, Conseiller, fust celui qui assista à la géhenne qu'on lui donna, et le voiant résolu à ne rien confesser, criant tousjours qu'il estoit innocent : <c Ah ! dist-il, pleustà Dieu d'estre aussi innocent de tout pecché, comme je suis asseuré que tu es coupable de cest acte, et qu'autre que toi ne l'a fait! Mais tu as bon becq, 3o dont bien te prend. »
En ce mois, les financiers recherchés; Murât et son commis, et Du Tremblai, prisonniers; le trésorier Chauvelin, en fuitte; Garrault, crié à trois briefs jours et
Mai 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 3oi
trompette par la ville. Les autres ne maudissent pas ceux qui ont peur, qu'on croid toutesfois en devoir plus avoir que de mal, la seingnée de la bourse les purgeant doucement de tous ces amas vicieux et corrompus, pour en estre après plus légers et disposts à tout faire. L'ajournement personnel donné à Puget,pour comparoistre à la Chambre devant Messieurs, sursis par commandement de S. M.; et la capture de sa personne commandée à Defunctis par Messieurs de la Chambre, remise par le
10 Roy, à la prière de son fils de Vendosme : à la charge que dedans vingt jours, que Sa Majesté lui a donnés pour rendre ses comptes, il sera tenu de se représenter, sans aucun délay ou excuse.
M. deThurin, son rapporteur, vers lequel peu auparavant il s'estoit transporté pour lui recommander son bon droit et la justice de sa cause (ainsi quUl disoit), l'avoit rudement et estrangement baffoué, par de plaisantes demandes et interrogatoires quUl lui fist, parlant à lui comme à son valet. Il lui demanda premièrement comme
ao il s'appeloit, qui il estoit, d'où il estoit, quels parens il avoit, quels moiens de son commencement? si, quand il vinst premièrement à Paris, il estoit à cheval où à pied ? Puis lui demanda s'il n'avoit pas acheté Thostel d'O? Il lui respondit qu'oui. « Tu es donc un larron ? lui dit Thurin. — Monsieur, lui respondit l'autre, je suis homme de bien, et n'ay point peur qu'en me faisant justice on me trouve autre qu'innocent. — C'est tout ce que tu pourras faire, dit Thurin. Toutefois, si on te trouve tel, on te lairra aller; mais si non, tu seras pendu, d
3o Duret, le Général, aiant fait porter parole, en ce temps, à un Secrétaire d'Estat, de cinquante mil escus, au cas qu'il se voulust desfaire de son office entre ses mains, est renvoie à Valieran (bouffon de l'Hostel de Bourgogne),
•3o2 PIERRE DE L'ESTOILE Mai 1607
avec lequel Pautre lui dit quUl en estoit en propos.
La paix faite, en ce mois, entre le Pape et les Vénitiens, sous Tauctorité du Roy et par son entremise : ce que Sa Majesté n'oublie pas. — « C'est moy, dit-il, qui ai fait la paix en Italie. »
Sa Majesté, allant voir la Roine Marguerite, Taiant trouvée toute triste de la maladie de Bajamont, son favorit, dit, en sortant, à ses filles, qu'elles priassent toutes Dieu pour la convalescence dudit Bajamont, et qu'il leur 10 donneroit leurs estrennes ou leur foire : « Car, s'il venoit une fois à mourir, ventre-saint-gris ! dist-il, il m'encousteroit bien davantage, pource qu'il me lui faudroit acheter une maison toute neuve, au lieu de ceste-ci, où elle ne se voudroit plus tenir. »
Quand le Roy en revenoit, il souloit dire qu'il a revenoit'du bordeau ».
JuiNG.
Le vendredi, premier de ce mois, J. Périer m'a vendu, 35 sols, la Continuation de l* Histoire de Mercurius 20 Gallobelgicus, jusques à la dernière Foire, 1607, ^^î ^st un ramas curieux de tout ce qui se passe par le monde, dont j'avois desjà la meilleure partie dell'aucteur, imprimés tous in-8®, à Francfort; et Fay entier, à ceste heure, jusques à aujourd'hui.
Le mardi 5®, j*ai preste, à M. de La Forest, le Prieur^ le premier tome des Conciles, relié en veau noir, infolio : qui me Ta rendu le 19® de ce mois.
Le mécredi 6«, j'ay preste à M. de Mesnard, mon voisin, les Actes du Concile de Trente, reliés en parche- 3o min, in-8°. Lequel me l'a rendu le samedi 9®.
Le vendredi 8«, j'ay acheté, 18 deniers, VÉdit du
Juin 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 3o3
Roy, imprimé, pour V establissement de la Chambre de Justice.
Ce jour, ftist enterré, dans l'église S.-Paul, à Paris, le receveur Castille, aagé de quatre-vingt deux ans. On disoit qu'il mouroit riche de plus de trois cens mil escus, et avoit tenu boutique à Paris, estant marchant de soie, en la rue S.-Denis, aux Trois Visages.
Le samedi g®, j'ay acheté, deux liards, une drollerie nouvelle d'Angoulevent, qu'on crioit.
10 Le lundi 1 1*, jour S. Barnabe, le sire Tavemier m'a rendu cent francs, qu'il me devoit pour des livres et autres papiers de pourtraicture que je luiavois vendus, dont il m'avoit fait sa promesse, que je lui ay rendue. Pour ce, ici, receu 100 fr.
M. Chavenon, advocat en la Cour, m'a fait voir, ce jour, un escrit nouveau à la main, contenant un feuillet d'escriture bien serrée, qui couroit ici, envoie de Romme â diverses personnes, intitulé : Raisons représentées au Pape Paul F% par le Cardinal Du Perron, sur ï affaire '^d entre Sa Sainteté et les Vénitiens, Van 1607 : qui est un sommaire de ce qu'il représenta au Pape, sur le conseil qu'on donnoit à Sa Sainteté, de ne signer la paix, que les Vénitiens n'eussent restabli les Jésuistes. Il y a plusieurs belles raisons déduittes pour monstrer le grand préjudice qu'il feroit à l'Église, à toute l'Italie et à soîmesmes, si, pour un simple délai de restablissement que lui demandoient les Vénitiens, il rendoit le fruit d'une pak inutile. J'en ay pris une copie.
Le mécredi i3«, j'ay paie au sire Houzé vingt neuf 3o livres un sol, que je lui devois pour des livres qu'il m'avoit vendus il y avoit bien trois ans.
Le jeudi 14*, un mien ami m'a donné le Discours entier du Cardinal Du Perron au Pape, dont on m'a voit fait
304 PIERRE DE L'ESTOILE Juin 1607
voir le sommaire, escrit à la main, contenant un feuillet d'escriture, et cestui-cî, huict.
Plus, m*a donné le double d'une lettre notable, envoîée de Venise ici, qui contient les conditions de Taccord entre le Pape et les Vénitiens, en leur naifve substance. Il y a un feuillet d^escriture à la main.
Le vendredi i5«, M. Castrain m'a fait voir un petit traicté nouveau, imprimé in-8®, sans nom de lieu ni d'aucteur, portant ce titre : De immensa Curiœ Ro^
10 tnanœ potentia moderanda. Ad Principes Christianas Oratio, 1607. L'aiant leu, je pense que ledit escrit est sorti de Genève.
Le samedi 16^, j^ay acheté un livre nouveau, intitulé : Examen Catholicum Edicti Anglicani, quod contra Catholicos est latum, auctoritate Parlamenti Ang-lice, anno Domini mdcvi; auctore Stanislao Cristanopic,jU' risconsulto. Il est imprimé à Paris, in-8^, par François Hubî, 1607, qui me Ta vendu, relié en parchemin, huit sols.
ao Ce libelle est injurieux et diffamatoire contre TEstat d^ Angleterre ; et si celui qui Ta fait n'est Jésuiste, il est des confidens et mastins de la Société. Au commencement de ce beau livre, ils y ont mis un plaisant pourtraict d'un de leurs martirs {id est du Diable), à sçavoir du Père Gamet, Jésuiste, exécuté en Angleterre le 3« may
Ce jour, j'ay achepté ung livre nouveau de la dernière Foire, imprimé à Mogunce, in-4®, intitulé : Gasp. Scioppii Pobolimœus, hoc est Elenchus epistolœ Josephi
loBurdonis, Pseudoscaligeri, de vetustate et splendore Gentis Scaligerœ ; quo,prœter crimenfalsi et corrupta* rum Litterarum Regiarum, quod thrasoni isti impingitur, instar quingenta ejusdem mendacia deteguntur
Juin 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX So5
et coarguuntur. — Cum gratta et privilégia sacrœ Cœsar. Majest. — Moguntiœ, apud Johannem Albinum, MDCVIL
Ce Scioppius estoit un Protestant Luthérien, converti, Tan 1600, à la Religion Catholique Rommaine ; pensionnaire aujourd'hui du Pape à quatre cens escus tous les ans, et Protestant jésuitique, hors les injures dont il attaque non seulement Scaliger et sa race, qu'il y a choisi pour le subject de sa plume, mais aussi les premiers de
«o la Cour du Parlement, et les plus doctes et illustres de l'Europe. On disoit qu'il n'y avoit rien en son livre de recommandable, non pas digne seulement d'estre leu; mais il me semble bien autrement, et à beaucoup d'au* très plus sufisans que moy, qui jugent ledit livre mériter bien une response de la main des plus doctes et habiles, qui encore s'y trouveront assez empeschés : car il est quelquefois plus malaisé de respondre à un meschant escrit qu'à un bon. — « Il aura sa fureur pour peine I » dit M. le président De Thou, auquel il s'est attaqué. —
ao II m'a cousté, en blanc, 3 1. 10 s.
Le lundi 1 8*, j'ay acheté, six sols, un extraict sommaire, nouvellement imprimé, du Prévost de Bertigni, du Secret de l'Advis représenté au Roy au livre intitulé : VAnti* Hermaphrodite y qui est un discours plain de zèle au service du Roy, réformation de l'Estat et soulagement du publiq, mais qu'on tiltre du nom de fol (ce qui n'est pas) : trop bien qui sent sa passion d'un vieil prisonnier, auquel on a fait tort, et qui ne se peult tenir de mesler son intérest particulier avec le publiq.
3o II en veult surtout au Procureur du Roy au Chàstelet, Le Geay; lequel, n'aiant (dit-il) cinq cens francs de gages, ne dix mille livres de quictance de finance, a acheté néantmoins, depuis quatre ou cinq ans, son estât ou of«
p. DB l'Estoili. ^ VIII. so
3o6 PIERRE DE UESTOILE Juin 1607
fice, cinquante quatre mil livres, et /jui lui vault, perfax et nef as, plus de vingt cinq mil francs de revenu annuel; et qu'il en a mesme refusé, depuis Timpression de son livre, six vingt mil livres (somme excédant les anciens mariages des filles de France).
Dit que trois tondus et un pelé (qu^encores on offire désintéresser, voire pardonner leurs fautes passées), pour leur seul intérest particulier, ont voulu estouffer dès sa naissance son juste et facile règlement. Demande main
10 levée d'onze cens exemplaires volés au Roy, au publiq, à lui et à son imprimeur, sans aucune condamnation ni connoissance de cause, et nonobstant le Privilège spécial de Sa Majesté.
Le mardi ig% j^ay acheté, quatre sols, un traicté nouveau, apporté de ceste dernière Foire, imprimé in 4^, sans nom de lieu ni auaeur, intitulé : Concilium datum amicOf de recuperanda et in posterum stabilienda pace Regni Poloniœ. In quo demonstratur pacem nec constitui nec stabiliri posse quandiu Jesuistœ in Polonia maneant.
^oConpersum expolonico in latinum.Anno 1607. Ce pedt discours est notable.
Le mécredi 20^, j'ay acheté, quatre sols, la Réplique de Ribier à Vescrit de M. d'Aix, qui n'estoit proprement qu^un factum d^injures, auquel cestui-ci respond assez aigrement, mais pertinemment.
J'ay acheté, ce jour, ung petit livret d^un Jésuiste^ nommé Serarius, contre Scaliger, imprimé in-8^ à Mogoncê, à ceste dernière Foire, intitulé : Rabini et Herodes^ que Drouart m^a vendu, relié en parchemin, onze sob.
3o M. Houzé m'a donné, ledit jour, le Procès de Henri Gamet, Provincial des Jésuistes, exécuté à mort en la pille de Londres^ le 28* mars 1606; imprimé nouvel* tement.
Juin 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 307
Un autre D. D. m'adonne une nouvelle petite Histoire, imprimée par Guillemot, d*Élizabeth, fille du Roy de Hongrie, faite par P. de Matthieu, qui ne vault pas seulement qu'on prenne la peine de la lire.
Paie à M* Abraham, pour la reliure de mon Scioppius en parchemin, douze sous.
On m'a donné aussi, ce jour, le Catalogue dernier de la Foire, que j'ay mis avec les autres que j'ay tous depuis Tan 1600.
10 Le jeudi 2i«, M. Despinelle m'a donné des vers françois, assez bien faits, sur la disgrâce du comte de Beaumont, à cause de la Haye, favorite de Sa Majesté.
A Nicolas, ce jour, pour avoir nettoie mon Estude et Cabinet, huit sols.
Le vendredi 22«, Bourdin m'a vendu, 1 1 sols, la lettre latine de M. Servin : Pro libertate Status et Reipublicce Venetorum, imprimé in-4®, avec l'oraison que M. Castrain me monstra, il y a huit jours : De immensa Curiœ Romanœ potentia moderanda; imprimée in-8°, sans nom 20 de lieu ni aucteur.
Ce jour, se battirent en duel, au Pré-aux-Clercs, deux gentilshommes, dont y en avoit un à M. le prince de Conti, qui, tout blessé qu'il estoit, et fort jeune, tua l'autre qui estoit de la compagnie de M. S.-Auban, et fust porté mort à la Justice de l'Abbaye S.-Germain.
Je fus voir, ce jour. Messieurs Du Pui et leur bibliothèque, où je remarquai beaucoup de belles choses antiques et curieuses qu'ils ont, et force manuscripts, outre les bons livres imprimés grascqs et latins.
3o Le jeune Du Pui me donna le Tumbeau de son père, imprimé depuis peu, in-4®,par C. Bérion, dont ilsavoient retiré toutes les copies, afin qu'il n'y eust que les amis qui en eussent. Les plus beaux esprits et les plus doctes
3o8 PIERRE DE L'ESTOILE Juin 1607
de ce siècle y ont mis la main, et Tont enrichi (comme la mémoire du defiiina le méritoit) de plusieurs pièces singulières, gra^ques, latines et françoises.
Ce jour, mourust à Paris M* de la Bourdaizière, chevalier du S. Esprit, seingneur docte et amateur des doctes, curieux de toutes choses belles, rares et singulières, par lesquelles il s'est plus fait remarquer que par aucun autre acte ou exploit de sa profession. M. le président de Thou estimoit fort, entre ses autres singularités, une 10 bouette, qu'il avoit plaine d^agathes gravées, excellentes, belles : et disoit que, de toutes ses curiosités, il n^eust désiré hériter que de celle-là.
Ung bon homme de la paroisse de Charanton me donna, ce jour, deux traictés, qu'il avait faits, Tun sur la prière et intercession des Saints, Tautre sur la liberté et élection des viandes, et contiennent, les deux, près de demie main de papier.
Le samedi 23«, MM. Du Puî m^ont envoie un Pané-
girique nouveau, latin, dédié à M. de Lescalle, par un
20 Daniel Heinssius; très-élégant et bien fait, imprimé
in-4®. Celui qui le leur a fait tenir, leur a mandé que
ledit Heinssius faisoit response au libelle de Scioppius.
Il est intitulé : Danielis HeinssiiPanegyricus, illustri viro Jos. Seal, dicatus. Ex officina Plantiniana Raphelengii. Au commencement d'icelui, qui n'est que de deux ou trois feuilles, on y voit le pourtrait de Scaliger, autour duquel est escrit : Joseph. Seal. Jul. Cœs. a Burdenjilius, œtat. LXVI,anno 1607. Fuimus Troes. Au dessoubs sont ces vers :
3q Tempora qui nobis, qui veros reddidit annos.
Qui docuit priscos certius ire dies, Juliades sic ora tulit^ quœ régna parentum Fortuna abstulerat) reddidit ipse sibi.
Juin 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 309
Nunc licet invita sors te majora capessit, Sceptraque, sed nulli praeripienda, gerit.
J. Bérion m*a donné, ce jour, de son irnpression, ung traicté nouveau sur les Vénitiens, fait par M. Casaubon, mais imparfait de plus de moictié, à cause de la paix survenue. Il est in 8° et va jusques à L du 2® alphabet, intitulé : De Libertate ecclesiastica liber singularis, ad viras politicos qui de controversia inter Paulum V,
lo Pont. Max., et Rempublicam Venetam, edoceri eu* piunt. 1607.
S'il achève ce traicté, ce qu'on ne pense pas, il sera un peu bien long, et est à craindre que la longueur en fasse perdre le goust.
Le dimanche 24® de ce mois, jour de la S. Jean, M. Du Pui le jeune m'a preste un sien manuscript, cornmencé à escrire, relié en parchemin in-4<', et quelques autres papiers et escrits curieux, tant en prose qu'en poésie, partis pour la pluspart de bonnes mains, avec
20 un petit livret escrit de sa main, contenant un inventaire abrégé des principaux livres et escrits curieux de leur Estude. — Je lui ay rendu tout, le 29® de ce mois, fors ung papier concernant les exécutions faîtes en France des criminels de lèze-Majesté, que je lui ay rendu, le 1 2« juillet, en ayant tiré copie. — Et moy, je lui ay preste un de mes manuscrits in-4^, relié en parchemin, intitulé : Bigarrures folastres. — Qui m*a rendu, le 14* juillet, mon manuscript des Bigarrures.
Le lundi 25% j'achetay, 5 sols, des Conférences, ca-
3otholi\ations, responses et dilemmes jésuitiques, imprimés nouvellement, qu'on crioit devant le Palais : qui sont les bons livres qui ont cours maintenant.
3io PIERRE DE L'ESTOILE Juin 1607
J'achetay, ce jour, le livre des Receuils in 4®, qu'ils ont imprimé en Italie, sur le différend du Pape et des Vénitiens, intitulé : Raccolta degli scritti usciti fuori in stampa, etc. Stampato in Coira,per Paulo Mar^ cello, anno 1607. Il y a dix neuf traictés divers pour et contre, qui n'est la diziesme partie de ce qui en a esté imprimé, et en ay encore plus d'une fois autant, que je ramasse partout où j^en puis trouver. — J'en ay, à ceste heure, 53, compris les 19, jusques à ce jour 3 juillet 10 1607, que je les ay comptés et mis par ordre. — Il m'a cousté 40 sols, en blanc, et dix sols que j'en ay paies, pour la reliure, à M« Abraham.
Ce jour, le jeune Du Pui m'a monstre des lettres de son frère, qui est à Romme, par lesquelles il mande que les plumes y sont plus eschauffees que jamais contre les Vénitiens, et que leurs escrits seuls, dès ceste heure, montent à trois gros volumes.
Le mardi 26^, j'ay acheté, deux sols, la Response au Discours de M. Ribier, faite, ainsi qu'on disoit, par *o M. Grieux, Conseiller en la Cour. Sage response et modeste.
Le mécredi 27*, j'ay acheté deux nouvelles Abjurations de deux Cordeliers, faites à Loudun, imprimées à Saumur 1607. Et m'ont cousté un sol.
Bourdin m'a vendu, ce jour, ung meschant petit livret, que j'ay trouvé par hazard en sa boutique, intitulé : Taxes des parties casuelles de la boutique du Pape, en latin et en françois, imprimé à Lyon in 8% 1 564. Il y avoit long temps que j'en cherchois un, pour remettre 3o en la place de celui que je bruslay à la S.-Berthelemi, craingnant qu'il me bruslast. J'en ay paie onze sols, relié en parchemin.
Le jeudi 28', veuille S. Pierre, j'ay preste à M. Du Pui
Juin 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 3ii
le jeune, qui m'est venu voir, une Remonstrance faite au Roi, Van 1692, qui est une pièce veue de fort peu de personnes, mais des meilleures de ce temps, des plus hardies et des mieux faites. Elle contient 4 feuillets d'escriture, couverte d*un papier marbré ; au bout, il y a un Tumultus Antverpiensis, avec quelques poèmes latins et françois. — Qui me Ta rendu le lundi 2^ juillet.
Ledit Du Pui m'a preste, ce jour, un gros manuscrit de feu maistre Adrian de Thou, relié en parchemin, où 10 il y a plusieurs meslanges italiennes, latines et françoises, tant en prose qu'en poésies, mais desquelles les meilleures et principales ont esté receuillies dès long-temps dans mes livres.
Qui a esté cause qu^après Tavoîr couru, lui ay rendu son livre, le dernier de ce mois, n'en aiant extraict que fort peu de choses.
J'ai acheté, ce samedi, dernier juing, ung nouveau Martial, commenté d'un Laurentius Ramides de Prado, Hespagnol, dont tous les hommes doctes font estât. Il M est imprimé in 4^ par Cl. Morel, qui me Ta vendu relié en veau noir, fort bien et fort proprement, et du grand papier, cent sols.
Ce jour, M. Du Pui m'a apporté et mis entre les mains les Traictés suivans, que j'avois cottes sur son inventaire ' :
Epistola historialis, tragicam lanienam Regni Gailice complectens, anno \b^2. — Rendu sans copié.
Procès-verbal de tout ce qui s'est passé sur Venvoi du Concordat à la Cour de Parlement de Paris, en 3o Tannée i5i6. — Bon, rendu.
I. En note, à la marge : c Escrits que M. Du Pui le jeune m*a pretté, ce samedi dernier juing 1607. »
3ia PIERRE DE L'ESTOILE Juin 1607
Discours de M. Despesse, où il est traicti de la diversité des temps, — Rendu,
Relatio dictorum a Clémente PapaYlU?^ die 20 decemb. 1592, in Consistorio. — B. r.
Pour Vabsoluiion du Roy, par M. Vépesque du Mans. — R.
Harangue de M. de Pibrac au Roy, pour le Roy de Navarre, i583. — R.
Mémoires et dates des troubles de France. — R. ïo Dessein de la nouvelle fortification de Paris, avec la mesure du circuit et tour de ladite ville. — R. s. c.
Disputes entre le Cardinal de Lorraine et le Chan^ celier. i565. — R.
Epistola viri Fabri Pibracii ad Carolum, Lothar, Cardin. 1559. — B.
L'ordre de lire r Histoire Ecclés., par M. Le Febvre.
Arrest contre AL Rose. 1598. — R.
Oraison de AL Pithou. — R.
Mémoire : oit sont inhumés les Rois de France. — R. ao Ordre tenu au rétablissement des Jésuistes, â Bour^ ges. 1604. — R.
Verba Eli^^abethœ, Anglorum Reginœ, ad legatum Polonum. — R.
An Papa sit Dominus rerum temporalium {Ex vet. cod.). — R. s. c.
L'ordre tenu à la réception enfoy et hommage, de VÉlecteur de Saxe, par le Roy Ferdinand. — R. s. c.
Lettre de M. Cardinal de Joieuse au Roy, sur la jonction des deux mers. 1598. — R.
3o Epitap. Vladislas, monachi, qui permissuPapœ fuit postea rex Poloniœ, cum rescripto Pap.Clem.Wl. — R.
Lettres du Cardinal D* Auvergne au Roy. — B. r.
Vita illustr. Cardin. Ossati. — B. r.
Juin 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX Si 3
Conseil fait à Romme, sur la dissolution du Mariage du Roy. — B. r.
Sentence de la dissolution dudit Mariage. — B. r.
Copie de la Bulle du Pape sur ladite dissolution. — B.r.
Censure des plaidoiers de M. Serpin, par la Sorbonne. 1604. — R.
Remonstrance faite par M. DuplessiS'Mornay, après la conversion du Roy. 1593. — R.
Somme des deniers qui ont esté accordés et livrés, 10 par tr aidés et compositions faictes du Roy avec les chefs et partisans de la Ligue, pour ravoir ses villes, chasteaux et provinces. La somme se monte à 6,480,700 escus, sans y comprendre plusieurs autres traictés qui ont esté faits aux provinces, qu'on n'a couchés en ce discours. — Ô. r.
Mémoire du Tiers Ordre de Saint François. — R.
Episc. Mogunt. Oratio ad Pipinum. — R.
Placcart, en juillet 1602. — R.
Decretum Capituli Paris., 1602. — R.
ao De auctore operis de Imagin., quod nomine Caroli Magni editum est. Ingelramus abbas auctor. — R.
Nicolai Papœ epist. Ex manuscr. D. F abri. — B. r.
Sixti Pont, epist. ad Henricum III . i585. — R.
De doctr. Albigens. Ex histor. Podii. — R.
De la mort de Clément VIII. En italien. — R.
lo. Pipini epistola ad Mi^aldum, de igné. 1 55o. — B.
Vitia et virtutes omnium nationum. — B. r.
Lettre lat. du Cardinal Du Bellay {et de sa main) à Sleiden. 1645 . — R.
3o Extraict des Registres de la Chambre de VÉdit de Castres, pour le duc de Bouillon. 1602. — R.
Lettre de la Roine d'Angleterre, à son ambassadeur en France, sur le fait dudit sieur de Bouillon. — R.
s 14 PIERRE DE L'ESTOILE Juin 1607
Advis trouvé, en Vannée i588, entre les papiers et un Grand, après sa mort, au chasteau de Blois. — R.
Tumuli aliquot clarorum virorum. — R.
Petit mém. de S. Bonnet, sur ta préséance de France. — R.
In Jaquelotium, Presbyter. Senator. Paris. — R.
Il y en avoit plusieurs aultres en la liasse, que ledit Du Pui m'apporta, mesmes la Thoulou\e de Rouaddes, qui est une bonne pièce; mais, pour estre longue et n'a- 10 voir tant de loisir d'escrire, lui ay rendue avec les autres, aiant retenu seulement les susescrites, que j'ay trouvées les meilleures, pour en tirer copie, à ma commodité, ou du tout ou d'une partie.
J'ay preste audit Dupui de vieux vers. De la Mort, composés jadis par Elinandus, moine de Bauffiremont, qui florissoit environ Tan 1180; que M. Le Febvre, précepteur de M. le Prince, m'a donnés il y a long-temps. — Il me les a rendus le mardi 10® juillet.
En ce mois de juing, la gresle, tumbante grosse comme
so noix, fait du ravage et dommage beaucoup aux environs
de Paris, et autres lieux de la France, où elle s'adresse,
faisant l'aoust et vendange tout ensemble. Ceci advinst
le vendredi i5« de ce mois.
Le lundi 18*, à dix heures du matin, Carrel, advocat en la Cour, fils de ce riche papetier Carrel, estant au Palais, deux de ses serviteurs domestiques, dont il y en avoit ung fort jeune, aagé de dix-huict ans seulement, tuèrent sa servante, qui estoit grosse (et de leur fait, ainsi qu'on dit) : voulans voler après (comme on présuppose) 3o la maison de leur maistre, sise en la rue des Benardins à Paris. Mais ils furent surpris, et estans constitués prisonniers, le maistre refusa se faire partie, disant qu'il n'avoit rien perdu. Ce néantmoins, furent condamnés à
Juin 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 3i5
mort, par sentence du Chastelet; dont estans appelans à la Coor, Sa Majesté estant importunée de leur grâce, au moins de commutation de la peine de mort aux galères, et par lettres de la marquise de Vemeuil, et par le sieur de Palaizeau, qui estoit parrain d^ung des deux, le Roy s'y estant laissé aller, en sont demeurés là. A quoi toutefois la Cour doit bien penser, avant que le consentir, veu la conséquence, qui est que personne doresnavant ne se pourra dire asseuré des siens , mesme en sa maison,
10 voire en plain jour.
Le Roy, importuné, pour la composition des Trésoriers, des plus grands de sa Cour, et de la Roine mesme, n'y veult entendre, disant qu'ils Font offensé en publiant partout qu'il n'en vouloit qu'à leur bourse : mais qu'il leur monstrera bien le contraire, et qu'il ne demande que le sien ; et quand ils lui rendront la moictié de ce qu'ils lui ont dérobbé, ils ne pourront que se louer de la grâce qu'il leur fera, et la composition ne sera point mauvaise pour eux.
ao Ung chanoine de la Sainte-Chapelle, nommé Plantin, emprisonné, en ce mois, et mené à la Conciergerie, pour avoir forcé deux fillettes et donné à toutes deux la vérolle.
Pendant tout ce mois. Sa Majesté, arrestée par ses gouttes 4 Fontainebleau, en est tellement travaillée et si péniblement, qu'il en change de visage et de naturel.
Ung Cordelier recollet fait profession à Charanton, le dimanche 22* de ce mois; et un Chartreux, le vendredi 29*, feste S. Pierre.
3o La querelle de M. le Garde des Sceaux et du duc de SuUi, sur la recherche des financiers, en ce mois, appointée plaisamment par Sa Majesté : « Vous, M. de Silleri (ditil), voudriez bien qu'on en fist pendre demie douzaine
3i6 PIERRE DE L'ESTOILE Juin 1607
des principaux de larobbe de M. deSulli;et vous,'M. de SuUi, autant de celle de M. le Garde des Sceaux. Je vous dirai : Il n^ rien que nous ne puissions faire, quand le cas y escherra. »
<c M. de SuUi m^est utile, dit sa Majesté; mais mon Garde des Sceaux m^est nécessaire. »
Le gouvernement de Lyon, vaccant par la mort de M. de La Guische, donné par Sa Majesté à M. Dallin court.
10 Le fils d^un laboureur près Melun, aagé de six ans seulement, monstrueux, par son aage, en beaucoup de choses, aiant esté amené et présenté au Roy à Fontainebleau, fut donné par Sa Majesté à Mathurine, pour le lui garder, disant qu^il en vouloit avoir de la graine.
En ce mois de juin, la maladie fust comme esteinte à Paris, et la maison où on mettoit les malades à S.-Marceau fermée.
Juillet.
Le lundi 2® de ce mois, j^ay paie, au sieur Beys, dix 20 livres dix sols, sur quinze livres que je lui dois, il y a longtemps, pour des livres qu'il m'a vendus, et ne lui dois plus que quatre livres dix sols.
J*ay preste, ce jour, à M. Du Pui, un de mes manuscrits, relié en parchemin in-folio, dans lequel y a trentesept traictés divers, et entre les autres le Procès-verbal du duel de Jarnac et la Chasetaingneraie, qui est beau à voir, et que j'avoîs promis audit Du Pui lui prester. — Lequel me Ta rendu, le 23* de ce mois.
Le Roy vinst, ce jour, de Fontainebleau, coucher à 3oS.-Maur-des-Fossés, se portant mieux de ses gouttes. Tout le Conseil, à Paris.
Juil. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 317
Le mardi 3® de ce mois, j^ay fait un pacquet de mes ramas ordinaires, cotté K K K : il y en a trente-un, depuis le premier avril jusqu^au dernier juing.
Le mécredi 4®, fust mis en terre, à Paris, Furrimagne, procureur en Parlement, homme de bien pour un procureur, et qui entendoit bien son estât.
Le vendredi 6® de ce mois, M. Du Pui m'a preste un sien manuscript in 4^, relié en parchemin, où il y a plusieurs poésies de Scaliger; mais, pour en avoir esté la
10 pluspart imprimées et avoir les autres, lui ay rendu ledit livre dès le lendemain.
Il m'a donné un escrit satirique de D. Baudius, intititulé : Ataoupytxov, 1601, contre deux des principaux de ceste ville : qui est une pièce des plus sanglantes et des mieux faites, pour une mesdisance, que j'aie jamais veue ni leue. Elle contient deux feuillets d'escriture à la main, en vers latins, qui commencent : « Prœvaricaior Régis et Franciœ rei sanctique labes Ordinis. » Après lui, il n'y faut pas retourner, car il emporte la pièce, et est,
ao sans controverse, aujourd'hui le premier poëte latin du siècle.
J'ay donné, audit Du Pui, le Gentilhomme Alemand, publié l'an i6o5, assez bien escrit et que j'ay rcceuilli dans mes manuscrits, comme aussi il m'en a donné d'autres de Baudius et de Scaliger.
Ce jour, furent roués, en la place Maubert à Paris, les deux meurtriers de la Servante de Carrel, serviteurs domestiques d'icelui, tous deux si jeunes, principalement un, qu'ils faisoient pitié à tout le peuple : la justice aiant
3o enfin gangné le dessus du cœur du Roy, contre la faveur et grâce qu'on lui demandoit mal à propos pour les exempter d'un supplice justement mérité, auquel tout son peuple de Paris avoit intérest.
3i8 PIERRE DE L'ESTOILE JuD. 1607
Le samedi 7® de ce mois, j^ay acheté, cinq sols, deux
bagatelles nouvelles, qui couroient : Tune, appelée, /'O-
racle de la France, en vers; Tautre en prose, de la Per^
fection d^ Amour, qu'on dit que Taucteur, qui est un ad-
vocat, a tiré des Sermons de M. Cospeau, évesque D'Aire.
On m'a donné aussi des vers latins de Baudius à M. Gallant, Tadvocat, qui le gallent un peu beaucoup.
M. Du Pui m'a preste, ce jour, l'extraict d'un Journal d'un Bourgeois de Paris, ou (comme estimoit son père, 10 qui l'avoit receuilli et curieusement noté, comme en faisant grand cas) d'un Prestre, qui a escrit les choses .avenues en ladite ville depuis l'an i409Jusquesâ 1449. Ii<^ontient deux cahiers d'escriture à la main, fort serrée, assez bien escrits, et me souviens de l'avoir oui estimer à feu M. de Gland, mon beau-frère, qui avoit fort envie de ravoir. — Je le luy ay rendu, le lundi 23* de ce mois, Taiant fait transcrire entier dans mon grand livre par E. G.
J'ay rendu, ce jour, à M. Du Pui, des papiers que m'avoit prestes : ceux qu'on trouvera marqués d'un R au ao feuillet où je les ay escrits ; ceux desquels je n'ay tiré copie sont marqués d'un S. C.
Ce jour, fust pendu, au bout du Pont S.-Michel à Paris, ung notaire qu'on disoit estre d'Anjou, pour tout plain de faussetés qu'il avoit commises.
Le dimanche 8® de ce mois, M. Du Pui m'a preste une liasse de papiers curieux, où il y en a de toute sortes, de grœqs, de latins, italiens et françois, force lettres latines de M. Scaliger, de Baudius, de Lipse, du chancelier de L'Hospital, de M. le président de Thou et autres 3o grands personnages, avec plusieurs adVis et poésies, principalement de Baudius, entre lesquelles y en a trois diffamatoires, mais singulières pour ce subject. L'une est Elogium Drusiana Surdisianœ Domus; l'autre qu^il
Juil. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX . 3 19
inscrit : Pytœus Typhœus; la troisième : Très Doctores Cadonienses. Il in*a preste aussi ung manuscript de poésies, relié in-folio en parchemin, duquel j'en ay tiré seulement trois ou quatre, aiant presque tout le reste de ce qui y peult estre bon, et lui ay renvoie incontinent son livre, dont je lui ay rendu tout, le 18^ de ce mois, fors les lettres latines et les trois satires de Baudius : lesquelles satires lui ay rendues, ce vendredi 3* aoust, et retenu encores les lettres latines, lesquelles je lui ay rendues, le
10 4* septembre 1607.
J^ay preste audit Du Pui un de mes manuscrits infolio, relié en parchemin, dans lequel il y a trente-neuf traictés divers, desquels la table est escrite de ma main sur le dos du livre, avec une liasse de tout plain de lettres grœcques et latines, et quelques épigrammes. — Lequel il m'a rendu, le samedi 4® aoust. Je lui ay donné aussi ung petit livret, relié en parchemin, in-8°, en forme de musique, inscrit : Drolleries de la Ligue, dans lequel il y a force pasquils et folies, que j^ay toutes receuillies
âo ailleurs manuscrites. — Qui m^a rendu, le 24^ de ce mois. Le mardi io«, j*ay rendu à M. Du Pui le Discours de M. Despesses sur la diversité des temps, comme je le viens de cotter d'un R sur ce papier. Ce jour, Puget, Trésorier de TEspargne, mis à la Conciergerie.
J'ay preste, ce jour, à M. de Bagnaut, secrétaire de M. le Chancelier, une Déclaration dwfeu Roy sur la ré^ bellion de ses subjects, portant interdiction aux officiers de Sa Majesté, qui sont de la Ligue. Elle est du mois de febvrier 1689, reliée avec autres traictés de ce subject,
3o in-8°, reliée en parchemin, et ay preste ledit livre audit Bagnaut, encores que je ne le connoisse à peine de veue, pour la peine où je Tay veu de recouvrir ladite Déclaration^ dont il m*a dit avoir nécessairement affaire, sans
3ao PIERRE DE L'ESTOILE Juil. 1607
l'avoir peu jamais recouvrir, quelque recherche exacte qu'il en ait faite par tout Paris. — Qui me Ta rendu, ce samedi 14^.
J*ay acheté, ce jour, deux Advis nouveaux pour la paix de l'Église et du Roiaume, imprimés par Mettayer, dont j'en ay donné un à M. Du Pui, qui m'est venu voir. Ils m'ont cousté trois sols.
J'ay appris, ce jour, que deux huissiers furent hier, i rUniversité, chez tous les libraires, par commandement
iode M. le premier Président, demander un livre imprimé à ceste dernière Foire à Francfort, in 4®, intitulé, comme je Tay trouvé sur le Catalogue : D. Crisiophori Peielii Prœcepta genethliaca, sive de prognosticandis hominum nativitatibus Commentarius 'eruditissimus. Autres m'ont dit que c'est : Horarum naturalium centuria una, Camerarii, que je trouve aussi sur le Catalogue, n'aiant veu ledit livre.
En ce livre est, ainsi qu'on dit, la Révolution de la nativité du feu Roy, auquel il prédit la mort (qui lui est
20 avenue); et à cestuî-ci, la sienne par poison, l'an cinquante-neuvième de son aage. Mais un mien ami, l'aiant veu, m'a dit que tous les deux, et Camerarius et Pezelius, y sont ensemble et l'ont faite; par laquelle ils menassent le Roy du cinquante-neuvième de son aage, et qu'il aura à se garder a suis propriis, forte etiam peneno, dit-il. Au reste, lui prédit malheur en son second mariage aussi bien qu'au premier (où il n'y a grande apparance); et que de bastards prou, mais d'enfants légitimes, s'il y en a, ne seront de longue vie. Caveat sibi a
Zonimio potu et veneré; et autres fadèzes. On n'en trouva que chez un, auquel il en estoit demeuré encore six, les autres libraires aians jà vendu ceux qu'ils avoient apportés, sans sçavoir quel livre[c'estoit. Aussi, ne leur en
Juil. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 32 1
demanda-t'on rien, comme on ne pouvoit, pource qu'ils n'estudient pas les livres, mais les vendent. Bien leur dit M. le Premier Président, qui les manda expressément pourcesteffect, que leur defifendoit d'en vendre; et après ces deffences (qu'il feroit signifier à leur scindicq), s'il s'en trouvoit un seul d'entre eux qui fust si osé d'en vendre un, qu'il le feroit pendre et estrangler, sans aucune rémission. Beaucoup en ont acheté sans sçavoir que c'estoit, et la pluspart n'ont pas encores regardé dedans, 10 aians esté publiquement vendus par les libraires. Le Beïs en a vendu ung à M. de Chamans, qui dit n'avoir encores leu dedans.
Le Jeudi i2« de ce mois, j'ay renvoie à M. Du Pui six de ses papiers, qu'il m'avoit prestes, et que j'ay marqué, sur ce papier, d'un R, comme les autres.
Le vendredi i3^ de ce mois, M. Castrain m'a preste la Révolution de la nativité du Roy, latine et tournée en françois par luy, d'un Helisceus Rosslin, medicus Haganœ Alsatiœ, tenu pour un grand mathématicien : con- 20 tenant cinq feuillets d'escriture; et laquelle ledit Castrain m'a dit lui avoir esté envolée îpar M. l'Électeur Palatin. — Et la lui ay renvoiée dès le lendemain.
Hœc ego fanaticorum somnia delirantium et som^ niantium deliria esse credo.
Ce jour, Plasins, pris prisonnier et placé où il avoit fait placer Puget, son beau-frère, ne se souciant d'estre pendu, disoit-il, pourveu qu'il le fust. En quoi il y auroit moien, qui voudroit, de les contenter tous deux.
M. Du Pui m'a preste, ce jour, une liasse de diverses 3o Poésies latines, françoises et italiennes, desquelles j'ay la pluspart. — Que je lui ay rendu, le 20® de ce mois.
J'ay mis, ce jour, entre les mains de M. Estienne Guischard, le vieil Journal de ce prestre, que M. Du Pui m'a
p. DK l'Estoilb. — VI IT. 31
3a2 PIERRE DE L'ESTOILE Juil. 1607
preste pour le transcrire en un grand livre de papier, relié en carton in-folio, que je lui ai baillé, où je désire faire continuer et escrire par ledit Guischard (si Dieu le pennect) beaucoup de belles choses et curieuses qu'on m'a prestées, aiant bonne asseurance de la fidélité, suffisance et preudhommie de cest homme (pauvre, à la vérité, mais craingnant Dieu : qui est ce que j'estime et honore par dessus tout).
Ce jour, est mort, à Paris, soudainement (et avec soub-
10 çon de poison) M. de Monglas, premier maistre d'hostd
du Roy, homme violent et fascheux, au dire d'un chacun,
et sa femme encore plus. Son estât donné à Frontenac.
Le samedi 14^ de ce mois, a esté mis en terre, dans réglise S.-Ândré-des-Ars, M. de Lespine, aagé de quarante-sept ans ou environ, malade dès longtemps d'une maladie se rapportant fort à la mienne, et pour laquelle on lui avoit ordonné les Eaux, comme aussi on avoit fait à moy qui n'en ay voulu user. Et lui, y estant allé, en est revenu pire, et n'a porté santé depuis, ao J'ay preste, ce jour, à M. Du Pui, un mien manuscript, relié en carton in-folio, dans lequel il y a un receuil de plusieurs Tombeaux et Discours surcesubject,tant latins que françois, desquels la pluspart ne sont communs, mais rares et singuliers, et est ungd^s plus beaux de mes Curiosités. — Qui me Ta rendu le 27* de ce mois.
M. Du Pui m'a preste, ce jour, une liasse de petits proverbes françois et italiens, que je lui ay rendu^ le 17* de ce mois, en aiant extrait une quantité des meilleurs^
Le mardi 17* de ce mois, j'ay renvoyé à M. Du Pui 3o deux de ces papiers, escrits sur ce registre que j'ay, pour ce, cotté d'un R, comme je fais les autres à mesure que je les rends.
M; Despinelle m'a donné, ce jour, des vers nouveaux
Juîl. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 3a3
sur le génie du Roy, faits par le jeune Ghamvalon, avec une Ode au duc de Sulli, de M. R. Tous deux escrits à la main.
Le mécredi 18% J'ay acheté, trois sols, deux bagatelles nouvelles, imprimées : Tune est un Discours en prose, sur la figure du Roy eslevée à la porte de la Maison de Ville; l'autre, une Apologie contre Dumoulin, pour la vénération des Saints, faite en vers françois par Jean Valet : où il y a de la rithme, à faute d'autre chose. 10 M. Despinelle m'a donné aussi, ce jour, une Prosopopée de Ph. Des Portes, faite en vers françois par un nommé Gamier, imprimée ici, qui est une autre fadèze et pure bagatelle.
Une pauvre vieille femme fust exécutée, ce jour, en Grève, pour avoir fait mourir ses enfans.
Le jeudi 19*, j'ay preste à M. Du Pui ung livre intitulé : Maintenue des Princes souverains, relié en parchemin, în-8°, duquel il m'a dit que Godefroi estoit aucteur : discours très beau et bien fait. — Qui me Ta rendu 20 le i6*d'aoust.
J'ay donné aussi audit Du Pui un ramas de Poulets de Gour, où il y en a plusieurs du Roy à Madame la Duchesse, que j'ay tirés d*un mien manuscript, dans lequel j'en ay d'autres copiés sur des originaux, escrits de la main du Roy, et la pluspart sur le dos de ses grands laquais, qu'il dépeschoit en haste par devers elle ; que je garde particulièrement pour moy, et ne les veux communiquer.
M. Despinelle m'a donné, ce jour, des vers françois 3o faits par M« de S.-Luc, sur la disgrâce de ses amours avec la Meaupeou^ nîaipce du président de Verdun. Ce tie sont qu'amourettes, id est folies.
M. Du Pui^ ce mesme jour^ sur le soir^ m'a envolé
3a4 PIERRE DE L'ESTOILE Juil, 1607
des vers latins faits par Fi. Qirestien, contre Muret, intitulés : De Remuto, sur ce que ledit Muret s^estoit moqué de M. Scaliger, lui faisant mettre, dans ses Commentaires sur Varron, des vers latins qu^il avoit faits; et aiant asseuré ledit de Lescalle quUls estoient du vieil comique nommé Trabea, Taîant légèrement creu les y avoit insérés pour tels et grandement loués et estimés, comme il apparoist par le passage qu'il m'a envoie, extraict dudit livre de Scaliger en ses Commentaires sur loVarron De re rustica, imprimés en in-8% par Henri Estienne, i573, page 21 1. Nous Tavons cherché, Taprès disnée, dans le mien, d^où ils ont esté ostés avec les éloges de Scaliger, comme il m'a asseuré avoir esté de toutes les dernières impressions, et est de Henri Estienne, aussi in-8°, mais de Tan i58i.
Au bout de cest extraict, qui est notable, et les vers latins de Chrestien, il y a un distique contre Muret, fait par Scaliger, piqué grandement de ceste supercherie, et est tel :
20 Qui rigîdœ flammas evaserat ante Tholosœ,
Muretus, futnos vendidit ille mihi.
Couroit, ces jours-cy, à Paris, ung pasquil contre les financiers, intitulé : le Pérou françois ; duquel un mien ami m'a donné, ce jour, une copie. Fatras, auquel y a quelques rencontres plaisantes, comme aux autres.
Le lundi 23* de ce mois, M. Du Pui m'a donné une version nouvelle, qu'a faite M. Rapin, de l'ode XVI« d'Horace, livre 3* : Inclusam Danaem, accommodée à nostre temps, en vers françois mesurés. Lesquels 3o toutefois^on recongnoit à peine pour tels, et ne se peult rien voir de mieux fait ni de mieux traduit.
Juil. 1607 MÉMOPRES-JOURNAUX 325
II m'a donné aussi le suivant Quatrain pour rire, duquel rinvention n'est point sotte :
Voule:{-vous faire un Tombeau^ Pour Ysabeau faire bien rire?
Monte:{ dessus, et faut escrire Que : Ci-dessous gist Isabeau.
Ledit Du Pui m'a preste, ce jour, une botte de lettres latines etfrançoises,escrites par M. de Lescalle à diverses personnes sur toutes sortes de matières et subjets. Dans
10 lesquelles, entre autres particularités notables, les jugemens y contenus, qu'il fait sommairement de plusieurs hommes illustres de ce siècle, sont dignes d'estre receuillis. Il y en a jusques à quarante desdites lettres. — Je les lui ay rendu, les françoises, qui estoient vingt, en aiant tiré copie de quinze.
Le mardi 24® de ce mois, j'ai preste à M. Du Pui un mien manuscrit in-folio, relié en parchemin, dans lequel il y a sept traictés. Le premier est celui de Madrid; le septiesme et dernier, celui de l'An des vignes, i545. Il
20 me Ta renvoie le 28* de ce mois.
Le jeudi 26% j'ay preste à M. Du Pui deux de mes manuscripts, reliés en carton, in 4°, dontl'ung contient plusieurs Arrests rares et notables ; l'autre, plusieurs et divers Traités et Discours singuliers. Ils sont escrits de la main de feu M. Corbière, mon bon ami, lesquels j'estime et aime. — Qui m'en a rendu un, à scavoir celui des Discours et Traictés, le jeudi 16^ aoust; celui des Arrests, le vendredi 7* septembre.
Je lui ay aussi preste la préface du sieur Du Plessis
3o sur la Conférence de Fontainebleau, imprimée in-S*», qui est singulière et bien faite. — Laquelle il m'a rendu le vendredi 3« aoust.
326 PIERRE DE L'ESTOILE JuiL 1607
Le vendredi 27®, on m^a donné deux bagatelles nouvelles : les Rodomontades espagnoles et françoises, et VOraison funèbre sur le trespas de Madame de Nemoux, fait en l'église de la Ferté-Bemard, par M* Sevrin Bertrand, curé de ladite Ferté.
Ce jour, M. Du Pui m'a monstre la lettre de son frère, qui lui escrit de Romme, par laquelle il lui mande la mort du cardinal Baronius. Ladite lettre est dactée du 7* de ce mois.
10 Le samedi 28% j'ay rendu à M. Du Pui neuf de ces traictés qu'il m'avoit prestes, lesquels je viens cotter de mon R sur ce papier.
Le lundi 3o% j'ay acheté, ung sol, un Arrest du Conseil d'Estar, portant révocation de plusieurs commissions.
M. Du Pui m'a preste, ce jour, un gros manuscript in-folio, dans lequel il y a plusieurs arrests notables, plaidoiers et harangues. Ce livre est une bonne pièce. — Je lui ay rendu, le jeudi 16* du mois d'aoust ensuivant.
Sur la fin de ce mois, M. le Cardinal de Joieuse, arrivé 20 de Romme, va saluer le Roy à Mousseaux, où Sa Majesté, après l'avoir fort gracieusement et favorablement receuilii,lui demanda ce qu'on disoit, à Romme mesme, pour le regard de la recherche qu'il faisoit faire des financiers. Auquel ledit Cardinal fist response qu'on disoit que Sa Majesté avoit commencé un aussi grand œuvre et autant important pour son Estât, qui s'en fust veu depuis mil ans, et de la continuation ou délaissement duquel dépendoit la ruine ou la conservation d'icelui; et que par Tyssue on jugeroit l'envie qu'on auroit eue de 3o remettre sus la probité, police et bonnes mœurs, en son Roiaume,qui dès long temps y estoient à l'abandon. Lui dit aussi comme le Cardinal Bourguèze avoit dit tout haut, qu'on faisoit parti en France de la vie et honneur
Juil. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 337
des hommes : ce qui estoit estrange. Et sur ce que ledit Cardinal de Joieuse lui insistoit fort au contraire, et le maintenoit de faux, ledit Bourguèze lui en auroit monstre les advis qu'il en avoit receus de France, et que le Roy d'Espagne y avoit bien donné un meilleur ordre qu'en France, quand, pour la recherche de ses financiers, il avoit chastié quelques-uns des principaux, pardonné aux aultres, et puis reiglé le demeurant, avec soulagement de son peuple et de son Estât. Lesquelles paroles, 10 ainsi librement proférées par ledit Cardinal, rendirent le Roy pensif sur la composition des financiers : laquelle il n*avoit jamais affectée, ni n'aflfectoit que par impor^ tunité.
AousT,
Le vendredi 3** de ce mois, on m'a preste une lettre, escrite de Ronmie par un jésuiste, nommé de Sirmond, à M. Le Fèvre, dactée du 10® de ce mois de juillet passé, traictant des particularités fort notables sur la mort du cardinal Baronius, décédé à Romme le 3o^ de juin,
ao entre les treize et quatorze heures (dit-il) de ce pays. De laquelle, avant que la rendre, ay tiré copie.
M. Du Pui, ce jour, m'a donné des vers latins, trèsbeaux, de la façon (comme j'estime) de M. de Lisle Groslot, escrits à Venise, le premier jour de cest an 1607, à un Memnus Italus, grand oppugnateur de l'auctorité du Pape, et lequel MM. de Venise n'ont peu jusques aujourd'hui garder de parler, escrire, et débaccher librement contre. Le loue fort par ces vers, et le conjure de poursuivre. Ledit Du Pui m'a donné aussi une Lettre
3o latine de M. de Casaubon à M. Calignon, avec le pourtraict en taille douce de Thomas d'Âcquin, et une main
328 PIERRE DE L'ESTOILE Août 1607
de papier fort bon et beau, venant de Basie, qui est comme une nouveauté pour le r^ard du papier d'Alemagne.
Le samedi 4*, j'ay acheté au Palais le pourtraict en taille douce d'Erasme de Rotterdam, ce grand personnage que feu M. Despense appeloit le cinquiesme Docteur de r Église. Il est en grand et le mieux fait de ceux qui se voient de lui. Il m^a cousté cinq sols.
Ce jour, G. Le Noir m'a donné, de son impression,
10 une couple de nouveaux Edits et Déclarations du
Roy d'Angleterre, sur quelques émotions populaires
survenues en ses paySy dont j'en ay donné un à M. Du
Pui.
Le lundi 6^, le trésorier Garrault fust pendu en effigie, à Paris, en un tableau, dans la Cour du Palais, devant les grands degrés de la S*-Chapelle.
Ce mardi 7*, j'ay preste à M. Du Pui un mien manuscript in-folio, relié en parchemin, dans lequel, entre autres notables traictés, est un Advis de M. de Villeroy (digne 20 de son esprit), que ledit Du Pui désiroit veoir. Lequel me Ta renvoie, ce mécredi 5« septembre. Lequel m'a aussi donné, ce jour, le Prologue des Satires de Perse, fait grœq par M. de Lescalle, et rendu exquisement en autant de vers que le latin, qui sont quatorze, escrits élégamment et de la belle main de M. Perrot, fils du ministre Perrot, qui est à Genève.
Ce jour, fust faict un service au Cardinal Baronius, dans l'église N.-Dame de Paris, par commandement du Roy.
3o Le mécredi 8®, j'ay rendu à M. Du Pui une liasse de papiers, que j'avois à lui, que j'ay cotté sur ce papier d'un R, comme les autres. Et n'en ay plus que deux de tous ces traictés-là, aiant pris copie de tous, à trois ou quatre
Août 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 'iap
près. — Lesquels je lui ay rendu, le jeudi i6« de ce mois, et cotté, sur ce papier, de mon R.
Ledit Du Pui m'a preste, ce jour, ung sien manuscript, relié en parchemin, in-folio, dans lequel, entre autres traictés qui y sont, y en a ung de M. Despesses, fort notable, sur les Excommunications, que je désirois voir il y a longtemps. Je le lui ay rendu le 23* de ce mois.
Le jeudi g®, j'ay acheté du sire Drouard : Gaspari Wua^eri Tig., de antiq, nummis Hebr., Chald. et Syr,, 10 avtcFreherus,de re wowe/ana; lesquels reliés ensemble în-4**, en parchemin, m'ont cousté deux quarts d'escu. Ils sont imprimés, i6o5. Le premier, Tiguri; le 2% Lugduni; et sont tous deux bons.
Le vendredi 10*, fust mis en terre, à Paris, Tabbé S.- Geneviève, qu*on disoit passer quatre-vingts ans. On me donna, ce jour, une Réplique pour le Cavalier de Savoie au Citadin de Genève, qui ne vault guères mieux que l'autre, mal imprimée, mal correcte, et d'un mauvais papier et tout cassé. Elle est in 16**, longue et assez gros- 2osette, 1607.
Le samedi 1 1«, j'ay acheté, quatre sols, deux bagatelles, nouvelles, qu'on crioit : Advis présentés au Roy sur r abbréviation des procès, et Les cinq points de controverse entre le docteur Journé et le ministre Dumoulin. Ce jour, en papier, plumes, encre et fiselles, ung quart d'escu.
Le lundi 1 3% M. Du Pui m*a preste ung Divisio Galliœ, perJos. Scalig. I. C. F. Elle contient quatorze feuillets d'escriture à la main. Que je lui ay rendu, ce jeudi 16*. 3o Ce jour, ung nommé Lesterac, fils d'un médecin, se mist en effort de tuer M. le président Forget, comme il partoit le matin de sa maison pour aller au Palais. Ung de ses gens, se mettant au devant, receust un coup au
33o PIERRE DE L'ESTOILE Août 1607
bras, de la dague dont il pensoit assassiner ledit Président* Estant pris, en confessa plus qu^on ne lui en demandoit; dit, qu'estant désespéré d'un procès qu'on lui avoît injustement fait perdre, auquel il alloit de tout son bien, il ne se soucioit de mourir : seulement avoit-il regret quUl n'avoit tué devant son rapporteur, qui estoit M. de Rezé (comme, de fait, il s'étoit transporté deux fois, le jour de devant, en sa maison, pour le faire); le vicomte Brigneul, sa partie; son advocat; et quelques autres, qu*il
10 disoit avoir sollicité et esté contre lui audit procès. Il fut expédié, dès l'après disnée, pendu et estranglé, comme il le méritoit et Pacte le requéroit : si tant est qu'il soit véritable. Qui ne laisse toutefois d'estre un advertatur à la Cour de Parlement et à Messieurs de la Justice.
On a dit) du depuis, que non; et que ce premier advis qui a couru partout n'est véritable, aiant le patient soutenu jusques à la fin, qu'il n'a voit jamais pensé à tuer ledit Président, ni aucun autre : voire que le Roi avoit trouvé fort mauvaise la précipitation dont on avoit usé,
20 disant que sa Cour ne se hastoit pas tant, quand il étoit question de punir les assassins de Sa Majesté. Un Président de la Cour, qui ne se trouva au jugement, dit que, s'il eust esté son juge, il eust laissé prononcer l'arrest, mais non l'exécuter.
Le président Forget dit qu'il le menassa, et lui dit ces mots en latin : Nunquam te videbo quin moriarisl
Ce jour mesme, un autre, qui, pour une injustice prétendue lui avoir esté faite, avoit menasse un Conseiller de la Cour, nommé Des Croisettes, son rapporteur, et
3o dit qu'il le tueroit, fist amande honorable et fust banni pour cinq ans.
Le jeudi 16*, j'ay preste à M. Le Febvre, mon compère et ami, un livre relié en veau noir, in-4®, contenant
Août 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 33 1
cinquante-six divers Traîctés, Discours, Épistres, et Harangues latines, sur le Concile de Trente, imprimés en divers lieux et villes d'Italie. — Lequel me l'a rendu, ce jeudi premier de novembre.
M. de Lisle, mon voisin, m'a preste, ce jour, la copie de deux lettres escrites, par le Roy de Marroc, à nostre Roy, pour lequel il estoit agent par devers ledit Roy de Marroc, traduittes d'espagnol en françois. — Lesquelles lui ay rendu incontinent, les aiant fait transcrire par 10 mon fils.
M. Despinelle m'a donné, ce jour, une response aux vers de M. de Beaumont, qu'on trouve bien faite.
J'ay preste, ce jour, à P. Del*, mon fils, la Rhétorique d*Aristote, commentée par Sturmius, relié en parchemin, in-8®.
Le vendredi 17®, MM. Da Pui m'ont preste leur Froissard manuscript. — Je le leur ay renvoie le 22* de ce mois.
M. Du Pui m'a donné, ce jour, quatre Sonnets nou- 20 veaux de Malherbe, qu'on trouve assez bien faits; et M. Despinelle, une fadèze nouvelle, en vers françois, sur les habits des dames.
Le vendredi 24% mon nepveu de Gérocourm'a donné un sien Discours pour les trésoriers généraux de France, à M, de Sully; lequel il a fait imprimer par Morel, pour en donner à ses amis. Il est bien fait
J'ai trocqué, ce jour, à Tavemier, ma Mappemonde
papistique, à un livre de poissons faits à la main, dont
j'ay refusé six escus; comme aussi ma Mappemonde
3o m'avoit autant cousté, il y a plus de vingt ans. Et a couru
grande fortune pendant la Ligue.
Le samedi 25®, j'ay emprunté, pour la seconde fois, de M. du Pui le manuscript de maistre Adrian de Thou,
33a PIERRE DE L'ESTOILE Août 1607
pour le prester à M. Despinelle, et lui ay porté moimesme pour contenter sa curiosité; car je sçai quUl n'en tirera que des fadèzes, les meilleurs estant les latins, où il n'entend rien. — Qui me Ta rendu le jeudi 3o« de ce mois, et Tay renvoie incontinent à M. Du Pui.
Le lundi 27®, j'ay acheté, huit sols, le livre de Ser-
ranus : Defide catholica, relié en parchemin, imprimé
de nouveau, in-8®, par Mettayer, pource qu'il ne s'en
trouvoit plus dès longtemps, in-folio, n'en aiant esté tiré
10 que vingt-cinq exemplaires.
M. de Lassi m'a preste un petit Discours latin, fait par M. le président Mole, son père, lors Procureur Général de la Ligue à Paris, l'an iSgS, sur la Proposition faite aux Estais de l'élection de l'Infante d'Espagne, et abolition, par mesme moien, de la Loi Salique, pour la manutention de laquelle il avoit dressé ledit escrit, succinct, mais bien fait, et qui en peu de paroles comprend beaucoup. Il ne contient qu'une petite page d'escriture, dont j'ay tiré incontinent copie, et lui ay rendu 20 la sienne.
J'ay preste, ce jour, à mon cousin de Lassi, YEpistre latine des Sei:{e au Pape Xiste, Van iSgo; avec un Discours au Roy, très beau et bien fait, de l'an 1692, et les Dou:{e Cœsars, en vers latins, de feu M. de Bréban, Prévost : lesquelles trois pièces j'ay dans mes manuscripts ; autrement, ne les lui eusse baillées. — Il me les a tous rendus, avec un mien manuscrîpt în-4^, qu'il avoit à moi depuis le 28*^ du mois de décembre de l'an passé, 1606, ce 4« septembre.
3o M. Du Pui m'a preste, ce jour, un manuscript relié en parchemin, in-folio, dans lequel y a plusieurs divers traictés, et entr 'autres un de la Mort de la Reine d^Escosse, que je n'avois jamais veu, où il y a des particula-
Août 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 333
rites fort remarquables. — Je lui ay rendu, ce samedi i*' septembre.
Ce jour, en plumes, ancre, papier et carnet : douze sols.
J'ay acheté, ce jour, une nouvelle bagatelle, qu'on crioit devant le Palais, intitulée : Happelourde des Ministres et Apostats, et m'a cousté deux sols. Geste i/j/?pelourde fut saisie ;et défendue, encore que les happelourdes n'aient guère accoustumé de l'estre à Paris.
Le mardi 28®, Fonteni, le Boiteux, m'a donné une 10 sienne fadèze poétique, qu'il a fait imprimer par D. Leclerc, qu'il appelle V Homme de bien (dont ledit Fonteni ne tient tache), laquelle il dédie à M. le Procureur Général, duquel il a afiaire.
Le mécredi 29®, ung crocheteux, qu'on appeloit le More, pource qu'il estoit fort noir, tua, à Paris, pour un double, un autre crocheteux, son compagnon.
Le jeudi 3o«, j'ay donné à Madamoiselle de Fontenay
un petit livre de Méditations, qui estoit en mon Gabinet,
fait par M. de Messe, sur xii Pseaumes de David, re-
20 lié en parchemin, in- 16^, et sont lesdites Méditations
très belles et consolatives.
Le vendredi, dernier de ce mois, j'ay baillé, pour la communauté des dévotes de ce quartier, mes Œuvres de Granate, reliées en veau rouge, in-fol., lesquelles m'avoient cousté huit francs, et leur ay laissé à six francs, que j'ay receus de ma fille Marie. Il y a de belles choses dedans, et de grandes consolations et édifications. J'en ay osté le premier feuillet, pour avoir le pourtraict de l'aucteur en taille douce qu'on y a mis.
3o Gemois d'aoust fut extrêmement chaud et seq; les fruits si rares et si chers, que le quarteron de poires, qu'on avoit à Paris à trois sols, s'y vendoit quinze et seize sols -, les melons bons, mais qui donnent des cours
334 PIERRE DE UESTOILE Août 1607
de ventre et dyssenteries, dont plusieurs estant attaînts en sont fort malades, et entre autres le Roy, qui s'en trouva si mal d'un, et tellement afiFoîbli, qu'on doubta (sans dire mot) de sa santé : Sa Majesté estant d'ailleurs fort travaillée, et comme mattée de ses gouttes, qu'il eust tout du long de ce mois, ce qui le rendit, contre son naturel, fort chagrin, colère et inaccessible, et lui changea son visage et sa façon.
Estant venu de Monsseaux à S.-Maur, sur la fin de ce
10 mois, fist à Paris la composition des financiers, plus par importunité qu'autrement, en estant journellement pressé et sollicité par les principaux de sa Cour, entre autres par M. le duc de SuUi et la Roine, dans le cabinet de laquelle on trouva la drollerie suivante, semée le 28® de ce mois : <c Supplient humblement, Messieurs « les gens d'espée, qu'il plaise Sa Majesté leur perce mettre, qu'à l'exemple de ses financiers, ils puissent « cy-après piller, voler et dérobber librement, et en « prendre où ils en trouveront, à la charge d'en rendre
10 « comme eux la centiesme partie de ce qu'ils auront dé- « robbé, au cas que Sa Majesté trouve bon de les en re- « chercher. »
Aiant, au mesme temps, mandé ceux de sa Cour, il les tansa fort et gourmanda sur des Kdits, que n'avoient tenu compte de faire publier, entre autres celui du Pied fourché : leur usant de menasses, qui ressentoient plus sa maladie que son natureL
En la Cause deMiramion, qui fut plaidée à la Couf, le 2* de ce mois, où il s'agîssoit d'une promesse de ma-
3o riage que le defTunct avoit faite à une fille d'Orléans, de laquelle il avoit eu un enfant-, Sa Majesté, estant avertie que la Cour, aiant esgard à la promesse de la Marquise, qui avoit grande correspondance avec celle-ci, estoit
Août 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 335
retenue de lui faire justice, leur fist dire, par M. de Silleri, que les affaires de M. le Dauphin ne se décideroient pas par les maximes de leur Palais; et pourtant quUls ne laissassent à faire ce qui estoit de leur charge. M. le président De Thou aiant, en ceste cause, opiné du tout pour la femme, estant regardé de M. le Premier Président, lui dit : « II ne me faut point regarder; je vous dis « que c'est sa femme et sa veufve, et comme telle, qu'elle « doit jouir et estre mise en possession de tous les biens
10 « et droits deus à une femme légitime. Et, de ma part, « je ne puis estre ni ne serai jamais pour Tinfidélité. » Il n^en passa toutefois par là, ains à une provision adjugée à la veufve pour l'enfant.
Sur la fin de ce mois, M. le Dauphin fust transporté à Noisi-le-Seq, pour la maladie qui estoit à S. -Germain. Un docteur de Sorbonne fist, en ce temps, le Procès du Melon, à cause du mal qu'il avoit fait au Roy. Et, raiant fait imprimer in 4^, à Paris, par un imprimeur qui portoit son nom, qui estoit Matdiieu le Maistre, en
10 fist distribuer çà et là à diverses personnes, desquelles je m'en trouve l'un, encores que je ne conneusse ledit docteur deveue seulement. Ce poëme estdedeuxfeuilles« dédié à M. Du Laurens, et passe pour un docteur.
En ce mois, y eust, entre le Poictou et Anjou, un duel donné entre trente gentilshommes, quinze d'uû costé et quinze de Tautre; auquel il en demeura vingt-* cinq de morts, sur le champ du combat, et les cinq autres blessés, qui ne valoient guère mieux. Les chefs de la que* relie estoient les sieurs de Brézé et S^-Gemme. M. le
3o maréchal de Brissac alla trouver exprès le Roy, pour lui dire : lequel se contenta de l'advisi
336 PIERRE DE L'ESTOILE Sept. 1607
Septembre.
Le samedi, premier de ce mois, j'ay acheté, deux sols, un Édit nouveau du restablissement des changeurs.
J. Périerm'a vendu, ce jour, un livret nouveau, imprimé in-8°, pour la paix de TÉglise, intitulé : Sententiœ Ph, Melanthonis, Mart, Buceri, Casp. Hedionis et aliorum, etc. De pace Ecclesiœ. Il vient de M. de V. Hottoman, et ma cousté quatre sols.
Le mardi 4* de ce mois, j'ay rendu à M. Du Pui tout 10 ce que j'avois à lui, de ses lettres, escrits curieux et papiers.
Ce jour, M. de Bénévent, beau-frère de ma femme, sortant, sur les cinq ou six heures du soir, avec M. de Bussi, son cousin, pour, en attendant le souper, voir les bastimens des nouvelles maisons de Thostel S. -Denis et, entre autres, celui de M. Guillon (avec lequel il estoit), sous la prochaine traverse, fust accablé de la cheute d^un pan de muraille et d'une poutre, d'une si soudaine, estrange et horrible façon, qu'estant tout bresillé, sans au- 2ocune forme ni figure de visage, sinon du menton, sa cervelle dans son chappeau, et ses bras et jambes qui ne tenoient à rien, fust remporté mort, sur une eschelle, en sa maison, pour y estre à tous un hideux et estrange spectacle de la vanité et misère de l'homme, avec ung extresme et indicible regret des siens et de tous ses amis qui l'aimoient (comme il méritoit) et ung advertatur, quant et quant, de penser de plus près à nostre fin. Il devoit partir, le lendemain, pour aller au Plessis voir ses bastimens, et ne l'avoit-on jamais veu plus sain et plus 3o délibéré qu'il estoit, ce jour, disant, au partir de sa maison, qu'on dépcschast le soupperet qu'il vouloitsoupper
Sept. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 337
devant six heures : qui fust l'heure où il se trouva n'en avoir plus que faire.
M. de Gerecour, mon nepveu, me donna, ce jour, une sienne Remonstranceau Roy, et une autre à M. le Garde des Sceaux, qu'il avoit fait imprimer : lesquelles il m'apporta dans mon Estude, sur les six heures du soir, et à peine en estoit-il sorti, avec mon fils, pour en aller porter à M. de la Forest, qu'on nous vinst dire que M. de Bénévent venoit d'estre tué, et à lui, que depuis son parie tement il avoit perdu son père et qu'il estoit mort. Accident, à la vérité, triste et prodigieux, qui m*a resveillé et fait penser à Dieu et à beaucoup de choses.
Ce jour, M. Du Pui m'a preste quelques lettres de M. de Lescalle, notables pour la correaion et déclaration de quelques passages, escrites par lui particulièrement à ses amis, et, entre les autres, à M. le président de Thou, mesme sur son Jobus. — Je les lui ai rendues le 7« de ce mois.
Il m'a preste aussi le livre des Observations de M. Re-
20 neaulme, médecin de Blois, imprimé à Paris, in-8®, par
A. Beys, 1606, intitulé : Ex Curationibus Observation
nés, etc. — Que je lui ai rendu le samedi 8*^ de ce mois.
Ce médecin est tenu pour homme docte, et qui, après
Cazaubon, entend mieux la langue graeque, fort expert
en son art, appelé vulgairement le fléol des apotiquaires,
et lequel M. Du Pui me devoit faire voir le lendemain
matin. Mais ils furent pressés départir; sans cela, il me
l'eust amené pour lui consulter de mon mal. A quoi,
pour ce regard. Je n*ay ni perdu ni gaingné : car le grand
3o médecin en est là-hault, qui seul y peult, comme il me Ta
fait assez cognoistre, et par ci-devant et à ceste heure
plus que jamais.
Le mécredi 5« de ce mois, j'ay preste à M. Du Pui un
p. DS L*E8T0U.K* — VIII. 32
338 PIERRE DE UESTOILE Sept. 1607
mien manuscript, relié en carton in-4^, où il y a plusieurs meslanges latines et françoises. — Qui m^a rendu le 9® de ce mois.
Ce jour, la composition des financiers aiant esté à quatre cens mil escus arrestée, et signée du Roy, on mist hors des prisons, à Paris, ceux de ceste qualité qu^on y avoit mis : lesquels en sortent, les testes levées, avec bonne intention de faire mieux leurs affaires que jamais.
M. Du Pui m'a donné, ce jour, un vieil Épitaphe «o Rommain, corrigé par M. de Lescalle, qu'il estime estre d^un Comique nommé Afranius ou Titinerius, tiré de Mazochius, duquel ledit Lescalle fait grand estât par une lettre qu'il en escrit à un sien ami. Et, de moi, je n'ay jamais veu ni leu un plus beau monument à mon gré, pour un bon vieillard et père de famille, tcedio vitœ capti. Il est tel :
Monumentum absolvî, sumtu et impensa mea Arnica teilus ut det hospitium ossibus :
Quod ommnes optant, sed fœlices impétrant.
%o Namque quod egregium quodve cupiendum est magis
Quam libertatis, ubi tu lucem acceperis, Fessœ senectas spiritum ibi deponere ?
.Quod innocentis argumentum est maximum.
Ledit Lescalle croid que quelque père de famille dit ces paroUes, enquelque comédie, et que jamais rimailleur de Dis Manibus ne fist ces vers.
Le vendredi 7* de ce mois, M. Du Pui m'a encore preste des lettres latines et françoises de M. le président de Thou, Muret, et autres, entre lesquelles il y en a une 3o latine, docte et singulière, d'un AUemant, nommé Denairius, à M. de Thou, sur le jugement de son Histoire, et une françoise de M. Rappin, très jolie et élégante, à M. Du Pui, de ceste année 1606. — Que je le lui ay rendu le 25« de ce mois.
Sept. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 339
Ce jour, furent prononcés les arrests, par M. le Premier Président. Grâce publiée aux larrons, par la publication de la révocation de la Chambre de Justice, qui fust faite ce jour. Nombre d'édits nouveaux de charges et imposts sur le pauvre peuple, assez et trop chargé, d'ailleurs, tenus en surséance. Celui de la Roine Marguerite, sur le papier, n^aiant pei) passer, compensé par le Roy à une bonne somme de deniers, que Sa Majesté lui donna. Le dimanche 9^, mourust à Paris, en sa maison, mes-
10 sire Pompone de Belièvre, aagé (ainsi qu'on disoit) de quatre vingts ans et plus : Chancelier sans Sceaux, desquels le Roy Tavoit deschargé quelque temps auparavant, à cause de son aage : ne lui aiant rien osté que l'exercice et la peine, et laissé le proufit, dont toutefois le bon homme ne se pouvoit contenter, 1 ambition estant ordinairement le dernier qui meurt en un vieil courtizan comme lui, honoré des rois de belles et grandes charges, dont il s'est tousjours dignement et vertueusement acquitté. L'abbé de Vulcoq mourut à Paris, le lendemain, qui
2oestoit le lundi 10® de ce mois, aagé de plus de soixantedix ans, homme de bien, docte et curieux de toutes belles choses, mesme de livres, qu'il a donné et laissé (ainsi qu'on dit) à M. de Villeroy, son bon parent et ami.
Le mardi u« de ce mois, on m'a donné une fadèze, nouvellement imprimée à Sedan (ou à Paris), d'un ministre de Levai aux fidèles des Pays-Bas estans sous le joug de l'Inquisition, intitulée : Réveille-matin chari^ table; et en ay acheté une aultre, 2 sols, qu'on crioit devant le Palais, pour les receptes et consignations des
3o Cours de Parlement de Paris et Bordeaux.
Le jeudi 1 3«, fust mis en terre, à Paris, M. Bonnet, Secrétaire du Roy. Mourust aussi Madamoiselle Du Moulin^ femme de Tadvocat Du Moulin.
340 PIERRE DE L'ESTOILE Sept. 1607
Ce jour, fust pendu, au bout du pont S. Michel, à Paris, un homme accusé d'un meurtre qu^il n'a jamais confessé, et soutenu à la mort mesme qu'il ne Tavoit point fait, n*aiant voulu pardonner à ses accusateurs qu'à toute extrémité.
. Le samedi i5* de ce mois, j'ay acheté V Apologie pour la €ène, faite par le ministre Du Moulin, imprimée depuis peu de temps, in-8°, dont beaucoup d'hommes doctes font estât, mais principalement tous ceux de la 10 Religion, qui me l'ont fait acheter, sans envie que j'en eusse, me desfiant d'y pouvoir trouver ce que je cherche, et qu'on doit sur tout rechercher en ceste matière : qui est la vérité, et non la subtilité. Elle m'a cousté, reliée en parchemin, dix-huit sols.
Mourust aussi, ce jour, à Paris, la fille unique de M. Despinelle, mon bon ami, aagée de seize à dix-sept ans, qui estoit l'unique espérance du père, fort affligé par ce nouvel accident non prévu, qui estoit seulement un mal de gorge commun qui régnoit fort à Paris, et n'es- 20 toit tenu pour mortel des médecins.
Mourust aussi, chez la Roine Marguerite, une de ses filles, nommée Montigni, regrettable (ainsi qu'on disoit) pour son bel esprit, et qu'on tenoit toutefois estre morte (en quoi l'esprit lui avoit manqué) de morceaux de gands qu'elle avoit mangés pour se faire venir les pâlies couleurs.
Le lundi 17®, fust enterré, dans l'église S.-Germain de l'Auxerrois, à Paris, messire Pompone de Belièvre, Chancelier de France, avec peu de pompe et cérimonie. 3o L'Archevesque d'Aix fisi l'office; Fenouillet, l'oraison funèbre. Pas un prince ni cardinal n'y assista, les Cardinaux, comme princes de l'Église, prétendans précéder les princes séculiers : ce qu'ils ne voulurent souffirir.
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Brief, renterrement fust piètre, pour un Chancelier.
Le jeudi 2o«, j'achetay un nouvel Edit pour la chasse, avec un Arrest du Conseil d' Estât pour les Présidiaux, et me coustèrent les deux, dix-huit deniers.
Le samedi 22% j'achetay, 5 sols, une nouvelle bagatelle huguenote, imprimée à Genève, in- 8®, intitulée : la Manifestation de rAnte^Christ. Ce ne sont que redittes.
Le dimanche 23«, fust enterré, dans/FEglise N.-Dame
iode Paris, Pabbé Dorbais, chanoine de ladite église,
homme de nom et de réputation entre ceux de la Ligue.
Ce jour de dimanche, on eust des nouvelles à Paris de la mon de M. Buzanval, agent pour Sa Majesté aux Pays-Bas, homme de grande réputation et entre les François et entre les estrangers. Il mourut, à Leyden, assis dans une chaire, estant malade dès longtemps. Pour honorer sa valeur et sa mémoire, MM. des Estats en firent faire Tenterrement, à leurs despens, avec pareille pompe et cérimonie qu'ils avoient faites au prince 20 d'Orange, tant ils avoient en honneur la mémoire de ce personnage.
Le lundi 24% M. de Viliers-Hottoman me vinst voir, et me communiqua une liste de livres et escrits à recouvrir, si Ton pouvoit, pour la réformation de TEglise et réunion. des deux Religions. A quoi ledit Hottoman, avec beaucoup de gens de bien, travaille fort, et m'en a communiqué quelques particularités notables, pour y entrer soubs l'aveu du Roy, lequel il m'a dit l'y avoir trouvé fort disposé; et que mesmes il avoit chargé, ces 3o jours passés, le Cardinal Barberin de présenter à Sa Sainteté un livre sur ce subject, qu'un Archevesque de son Royaume archicatholique avait fait, soubs le consentement de Sa Majesté. Mais, pource que ceste affaire est
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de longue halaine, ceux qui congnoîssent Thumeur du Roy craingnent bien qu'avant qu'elle soit commencée il n^en soit las : si ce n^est que Dieu, qui tient son cœur en sa main, y besongne extraordinairement; joint aussi quMl y a de part et d'autre des esprits intempérés, opiniastres et ambitieux, bandés directement contre ce sainct œuvre, qui est en la main de Dieu.
Ledit Hottoman m'a donné le petit livret de Pace Ecclesice^ de Melanchton et des autres, qu'il a fait impri- 10 mer-, qui m'a dit avoir esté si mal receu à Charanton qu'ils l'avoient défendu et dit qu'il le faloit brusler : dont il se plaingnoit fort, comme il avoit raison. Mais nous sommes venus au temps de David, desnué du tout d'hommes droits, contre lesquels il demande secours à Dieu (Ps. xi).
J'ay donné à mon gendre Duranti ledit livre, pource que j'en avois desjà ung.
Le mardi 26®, j'ay preste à M. de Viliers«Hottoman mon Épistre liminaire de Turnœbus sur S. Gyprian, 20 avec mon Dialecticon^ jhs eùx^pf^oç, relié en parchemin, in-8*>. — Lesquels il m'a rendu le 29 octobre, mais non pas l'Épistre. Il me Ta rendu ce 16* novembre.
Le vendredi 28®, M. de Viliers Hottoman m'a donné Y Éloge latin ait ce grand jurisconsulte, François Hottoman son père, qui mourust à Basle le 12® febvrier 1690, fait par Nevel Doschy i. c. Imprime à Francfort, in-4%
Il m'a aussi preste, ledit jour, H. Zanchii, de Religione Chrisiianafides. Neostadii Palatinorum, in-4% 3o relié en parchemin, avec un Concilium delectorum Cardinalium, etc., de emendanda Ecclesia sub Paulo III, i538, et un JEquitatis discussio^ sur ce subject, de Jo, CochlœuSy qui est au bout. Exe. Misnœ, in-8% r 538. Plus,
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MîssaLatina, in-8°, Argentinœ^ 1557. Tous deux reliés en parchemin, et bons pour la paix de TÉglise. — Lesquels lui ay rendus, avec son Zanchius^ le 29® octobre. — Dudit livre voyez la page 3*, in Epistola ad Comitem^ la page 149% i5i% 157% 159% 261^: tous passages notables pour un accheminement à la réunion.
Ledit jour, j'ay acheté un Optatus mileritanus, in-8^, Paris, i563, seulement pour avoir à part TÉpistrede Balduin à Calvin, qu^ils ont ostée des dernières impres-
losions, intitulée lonni Lucano. J'en ay donné demi quart d'escu, encores que j'en eusse ung.
Guillemot m'a donné, ce Jour, une fadèze intitulée : Le Tableau de la Grâce ^ imprimée par lui, in-8<> longuet. Ce jour, M. Perrot, fils du ministre Perrot de Genève, lequel, 1 ce que j'en ay pu descouvrir par son discours, affecte fort la réunion et réformation de l'Église, m'a dit que son père, grand zélateur de la réconciliation des deux (mais qui est contraint de dissimuler, pour le lieu où il est), a fait un livre : De Extremis in Ecclesia pi-
2o tandis; lequel il neVeult faire imprimer, mais qu'il tirera, estant là, s'il peut, de ses mains, pour le faire voir ici au jour, et servir à l'accheminement de ce sainct œuvre qu'on a desseîngné.
Ce jour mesme, C. Bérion, qui m'est venu voir, m'a dit qu'on lui avoit voulu donner à imprimer un petit discours de l'Impossibilité des deux Religions : dont je l'ay desconseillé.
M. Du Pui m'a donné, ce jour, un poème françois de quatre-vingts vers ou environ, intitulé : la Technophte
^od*Arcanandrej fait contre les dévotions et nouvelle religion du feu Roy, avec un petit sommaire du livre de Job^ par feu M, Pierre Pithou^ compris en 16 lignes et de la main de l'auteur.
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J'ay preste, ce Jour, audit Du Pui, la Circé, de M. Giovan Baptiste, dont beaucoup d^hommes doctes font grand estât, et M. le président de Thou, entre autres. Elle est imprimée à Lyon, in 8°, i53o, reliée en veau rouge. — Qui me l'a rendue le mardi 2« octobre. J'ay preste aussi à M. Chrestien ma Cronique de Flandres, de Sauvage, au bout de laquelle sont les Afétnoires de la Marche^ qu'il désiroit voir. Elle est in-P*, reliée en veau noir. — Qui me Ta rendue ce dernier oc-
10 tobre.
Ce jour, fust exécuté à Paris, au karrefour S*-Geneviève, le fils d'un tailleur de la rue de la Huchette, vrai athéiste, pour des blasphesmes horribles et exécrables qu'il avoit vomis et vomissoit ordinairement contre Dieu : lesquels, encores qu'on ait supprimés, par le dicton, si faut-il bien croire qu'ils estoient estranges, veu la corruption du siècle où nous vivons, auquel on punist plus les injures faites aux hommes que celles qu'on commet contre Dieu. Son procès fust bruslé avec lui.
30 Sur la fin de ce mois, mourut à Paris M. Régnant, Conseiller en la Cour, tenu pour homme docte et bon justicier, encores que d'ailleurs il eust des vices (comme nous avons tous) qui obscurcissoient ses vertus. Lesquels Dieu lui aiant fait grâce de recongnoistre et s'en repentir à la mort, qu'il eust paisible, après une grande aliénation d'esprit, le faut tenir pour très-heureux, comme ses pecchés aians esté couverts de la miséricorde de Dieu.
Mourust aussi Madamoiselle de Courcelle3, aagée de soixante-dix-huit ans, et plusieurs autres. Les flux de
3o sang en faisoient desloger grand nombre, ce qu'on imputoit à la constitution du temps, chaude et seiche : car il y avoit près de six semaines qu'il n'avoit pieu. Les autres pays et villes de la France en estoient bien plus affligés
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que Paris, mesmes de la contagion qui estoit en beaucoup de lieux, ne s'en parlant que peu ou point à Paris. Un mien ami me monstra des lettres de Rennes en Bretagne, par lesquelles on lui mandoit qu'il y mouroit en huict jours plus de gens de flux de sang qu'il n'en estoit mort en ung mois à la plus grande peste qui eust esté. On m'en fist voir, en mesme temps, d'autres de Lyon, par lesquelles on donnoit ad vis de vingt mil personnes mortes dudit flux de sang , tant en ladite ville
10 qu'aux environs. La Bourgongne, la Touraine, le Languedoc, la Guienne, en estoient fort travaillés; mesmes en beaucoup de lieux la contagion y régnoit, comme à Bordeaux, où elle estoit furieuse et grande; à Tours, et près de Paris, à Corbeil et Villeneufve S. -George. Peu de fruits et peu de vins; les vendanges faites partout à la S. Rémi , qui estoit long-temps devant qu'on eust adcoustumé de les commencer aux autres années.
Un Capussin mourust, en ce mois, aux Capussins de Paris, qui dit, à la mort, qu'il mouroit fort guaiment et
ao volontiers, pource qu'il prévoioit aussi bien qu'il y auroit, à Paris et partout, une telle et si grande mortalité dans six mois ou un an au plus tard, que peu de gens en reschapperoient ; et qu'il louoit Dieu de ce qu'il le retiroit avant que voir une si grande calamité. Qui est une prédiction capussine, sur laquelle il n'y a pas grande apparance de s'arrester : car elles sont fort sujettes à caution, et remarquées souvent (mesmes depuis un peu) pour vaines et fausses, encores que les grands et énormes pecchés qui régnent entre nous nous en doivent
3o bien faire peur, pour se commettre aujourd'hui des actes barbares et inouïs.
Un capitaine de la gamizon de Metz fust mis, en ce mois, prisonnier à la Conciergerie, pour avoir violé une
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fille de ladite ville; lequel, après Tavoir tuée, Tauroit coupée par quartiers et mise dans une malle, puis jettée dans la rivière de Moselle, où on auroit pesché ladite malle et trouvé dedans par pièces ceste pauvre créature. Le Roy en lébuva Tacte si meschant et barbare, que, M. Desparnon, qui aimoit ce capitaine, en voulant toucher quelque mot à Sa Majesté, comme pour sonder s'il y auroit point quelque lieu de grâce, se mist en colère contre ledit Desparnon et le renvoia fort rude-
10 ment.
En ce mesme temps et mois, en fust perpétré un acte barbare et cruel, dans la ville de Chaumont en Bassîgni, par un meschant et désespéré garnement, nommé La Mare ; lequel, pour un procès de néant qu'il avoit contre un habitant dudit Chaumont, le tua, dans son lit, avec sa femme et une sienne tante. Il y avoit, dans ledit lit, une petite fille couchée entre eux deux, qui, pour n'avoir esté aperceue de ce tigre, s'estoit coulée aux pieds, et par ainsi évada la mort qui lui estoit certaine, aiant esté
20 trouvée ceste pauvre petite créature toute trempée dans le sang de ses père et mère. Le meurtrier fut roué vif, et confessa que s'il eust sceu que dans la chambre auprès il y eust eu des enfans et une servante, comme il y avoit, qu'il eust fait tout passer au fil de son espée.
En mesme temps, fust constitué prisonnier à Paris, et mis aux prisons de l'Abbaye, le prieur des Fratti Ignoranti, pour avoir forcé une petite fillette, aagée seulement de cinq ans et sept mois, fille d'un courroieur des fauxbourgs S.-Germain-des-Prés.
3o Quelque temps auparavant, s'estoit commis un acte prodigieux, surpassant en abomination tous les précédens : qui estoit, d'un homme, lequel, aiant eu compagnie d'une jument, en avoit eu deux enfans. Pour laquelle
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abomination aiant esté condamné à estre bruslé tout vif avec sa jument, en aiant apelé à Paris, la sentence confirmée par arrest du Parlement, lust renvoie sur les lieux pour y estre exécuté; et pour le regard des deux enfans, fiist ordonné que la Sorbonne s'assembleroit pour résoudre ce qu'on en auroit à faire.
Une comète paroist, sur la fin de ce mois, que plusieurs gens vont voir, et mesmes la Roine, estant pour lors à Paris avec le Roy, qui à son disner parle d'un 10 autre prodige, à sçavoir de fées qui apparoissent au Dauphiné, et s'en fait discourir.
M. de Messe, Conseiller d'Estat, meurt, en ce temps, à Paris, d'un flux de sang, au regret de tous les gens de bien, car il aVoit la probité conjointe avec la suffisance, chose rare en un courtizan.
Octobre.
Le lundi i*' jour d'octobre, j'ay tait inventorier tous mes pacquets et livres curieux par maistre Abraham, où j'ay travaillé autant où plus que lui, trois jours entiers,
20 sans faire autre chose depuis le matin jusques au soir; et y ay trouvé plus de curiosités que je ne pensois, et force petits libelles qui peuvent servir à la réunion qu'on prétend faire (et croi toutesfois qu'en vain) des deux Religions, que j'ay mis à part (dont M. de Viliers-Hottoman, un des principaux entremetteurs de ceste affaire, m'avoit prié). J'ay changé mes pacquets, et en ay osté beaucoup de fariboles et de petits Traictés et Discours, et ajousté quelques-uns, remectant tout en ordre le mieux que j'ay peu, et pour le service et pour la mémoire; ré-
3o duisant mes pacquets à quarante-trois, qui estoient en
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nombre cinquante-six : car ils alloient jusques au K du troisième alphabet, et maintenant à TU seulement du deuxiesme alphabet. J'ay donné à maistre Abraham ung escu sol pour la peine de ses trois journées. — Je les ay depuis encore changés et augmentés de vingt-six pacquets. Et font, à ceste heure, soixante-neuf, qui sont les trois alphabets entiers, comme on le trouvera escrit sur ce Registre, à la fin de Tannée.
Le mardi 2«, M. Du Pui m'a envoie uhg escrit nou-
10 veau à la main, d'une feuille, qu'on lui venoit d'envoier de Bourges, intitulé : Prologue de la Porte, comœdien, prononcé à Bourges le 9* septembre 1607, contre les Jésuistes, qui le vouloient empescher de jouer, sur peine d'excommunication à tous ceux qui iroient. Le discours en est gauffe et mal fait, digne d'un bouffon et comœdien, remarquable seulement pour le subject : que j'ay renvoie, aussi tost après l'avoir leu, audit Du Pui, n'en aiant pris que le tiltre, qui peult servir aux mémoires de ce temps.
ao Le mécredi 3®, M. Du Pui m'a preste la Harangue faite au Roy, à Mantes^ par M. le procureur général La Guesle, 1 590^ sur l'assassinat du feu Roy et la justice qu'en demandoit laRoine Loïse, sa veufve; qui est une bonne pièce et où il y a de beaux traits et de belles pointes. Et l'ay trouvée si belle, qu'encores qu'elle contienne demie main de papier d'escriture, l'ay baillée à Chausson à transcrire, pour en avoir une copie. — Je la lui ay rendue ce mardi i6« dudit mois d'octobre.
Le jeudi 4*, j'ay envoie à M. Du Pui la Sentence de
Zo condamnation, donnée à Lyon, i536, contre Sébastiano de Montecuculo, empoisonneur du Dauphin de France, laquelle j'ay fait extraire, et transcrire par Guischard, d'un de mes manuscripts, pource que ledit Du Pui avoit envie
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de ravoir, et estois bien aise de ne lui prester mon livre où elle estoit.
Le vendredi 5*, on crioit devant le Palais VOratson funèbre de M. le Chancelier Bélièvre, faite par Fenouillet, avec un autre petit discours sur ce subject, que j'achetay 5 sols.
J'achetay, ce jour mesme, au Palais, deux livres nouveaux, imprimés in-8*^ : V Idolâtrie des Huguenos, de Richeomme, jésuiste, et le Discours des sorciers^ de 10 Henri Boguet, Dolanois, lesquels, reliés en parchemin, le sieur Houzé m'a vendu LX sols.
Le samedi 6«, j'ay preste à M. Du Pui un mien mariuscript, relié en carton in-4°, dans lequel est Tarrest du Chancelier Poiet, qu'il avoit envie de voir, avec quelques autres. — Qui me Ta rendu le 20® de ce mois.
Ledit Du Pui m'a donné, ce jour, le pourtraict de Jules Scaliger, père de cestui-ci, tiré naifvement par un sien laquais, par lequel il me l'a envoie.
M. de Viliers-Hottoman m'a donné, ce jour, le petit ao traicié de Cassander, De Officio pii viri, imprimé dès l'an 1 56 1 , in-40, mais que nous avons trouvé bon de remettre en lumière pour servir comme de praelude à la réunion qu'on procure. Et est imprimé tout nouveau, in-8<>, au bout duquel a esté ajousté une liste de libelles, traictés divers et épistres qui y peuvent servir.
M. Chrestien m'a preste, ce jour, le livre des poésies de Baudius, nouvellement imprimées à Leyden, in-i6<* longuet, dont on n'a point encores à Paris. Dans lesquelles en ay trouvé tout plain que j'avois esté curieux 3o de ramasser dans mes manuscripts, mesme des mesdisantes, où ledit Baudius excelle, et que je ne pensois pas devoir jamais estre imprimées. — Je lui ay rendu le i5« de ce mois.
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Le dimanche 7% M. Du Puî m'a envoie le passage suivant, fort remarquable pourmonstrerla grande cherté des Bulles de Romme de ce temps-là.
Stephanus, Abbas Sanctœ-GenopefœParisiensis, anno
Christi MCLXXX, in epistola ad Londinensem archi-
episcopum, sic ait : « Ecclesiam Apostolorum Pétri et
Pauli, in qua B. Virgo Genovefa requiescit in corpore,
patres vestri olim cremaverunt. Nunc comparata est
lignorum materies superponenda, et parietibus lami-
10 nis supponenda. At quin, in tanto opère, sine onere
stipem mendicare compellimur aliénant, recurrimus
ad liberalitatem vestram, ut, qui aliquando romanum
consuevistis emere plumbum, in coemetuio plumbo an-
glico et benevolum aperiatis animunt, et beneficam nobis
extendatis manum. Illo plumbo nudantur Ecclesiœ,
teguntur isto : dissimilis negotiatio, cum in illa sœpe
mereat acceptor, in ista semper mereatur largitor.
Illud litigioso semper auro redimitur, istud religioso
precum pretio comparatur. — [De Plumbo Romano
20 extat liber in Bibliotheca V. C. P. Petavii, ex quo
hcec desumpta sunt.)
Le mardi g* j'ay envoie à M. Du Pui mes médalles d'or, d'argent, cuivre, et autres pièces faites à plaisir, pour les voir à son aise, dont il m'avoit fort prié. — Lesquelles il m'a renvoie le jeudi 1 1« de ce mois.
Le vendredi 1 2«, ledit Du Pui m'a fait voir une lettre de M. Labbe, qu'il lui escrit de Bourges, dans laquelle y a une inscription d'une antique de bronze, dont j'ay pris la copie, ensemble de la lettre et de deux ou trois petits 3o mémoires de feu son père, remarquables pour Testât ancien de laPrance et de ses Rois.
J'ay acheté, ce jour, de la Foire dernière, huia Satires latines, d'un poète nommé Frischlinus (docte, mais san-
Cet. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 35 1
glant en mesdîsance), contre la conversion d'un nommé Jacobus Rabusk la Religion Catholique, Apostolique et Rommaine, imprimées nouvellement in- 1 6° longuet, et a esté G. le Beys, qui venoit d'arriver de la Foire (le premier de tous), qui l'a vendu 3 sols 6 deniers.
Ledit jour, on m'a vendu, au Palais, deux sols, une bagatelle nouvelle, intitulée : Humble requeste au Roy pour les Officiers des Élections et Greniers, sur la corn-position de la Chambre de Justice.
10 Le samedi i3% M. Du Pui m'a donné ung poëme latin, de cent cinquante vers, fait nouvellement contre les Jésuistes par M. le président De Thou ; qui est singulier et bien fait, et est inscript: /« Loiolitas. Commence :
Nata evertendis 6 regibus impia secta, Nostris quidy etc.
J'ay acheté, ce jour, un nouveau livre, imprimé à Londres, in-4% 1607, intitulé : Actio in H. Garnetum, Jesuistam, et cœteros Angliœ proditores ; leqatl m'a cousté, relié en parchemin, ung quart d'escu. 20 Deux autres traictés, ce jour, qu'il faut mettre avec les receuils de Venise. L'un, des Oraisons Lat. et Ital. sur l'élection de Léonard Donat, duc de Venise; l'autre, en latin, d'un Nicodemus Macer, pour Baronius, contre un Nicol. Crassus, Vénitien. Tous deux in-4% et m'ont cousté seize sols.
Le lundi 1 5*, Bérion m'a donné une nouvelle baliverne, de demie feuille, contre les Jésuistes, sur une comœdie jouée par eux à Lyon au mois d'aoust dernier.
Paie, ce jour, à Chausson, six quarts d'escu, pour 3o m'avoir transcript la Harangue faite à Mantes, sur l'assassinat du feu Roy, par M. de La Guesle, Procureur général.
352 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1607
M. de Sainte-Marthe m'a preste, ce jour, son Itinera-' rium Galliœ Narbonensis, imprimé à Leyden, in- 16*^, 1606. Dans lequel y a plusieurs choses curieuses et remarquables. — Je lui ay rendu le 1 7* de ce mois.
Le mardi i6«, M. Du Pui ma preste quelques lettres de M. Rappin, avec une Épistre latine, très docte, de feu son oncle le Jésuiste, à son père, de l'an 1579, et le jugement de Vertumanus (qui est notable) du livre de M. Reneaulme, médecin de Blois, imprimés à Paris, ioin-8®, 1606. — Je lui ay tout rendu le 21® de ce mois.
Il m'a preste aussi Z). Erasmt Roterod. Epistola ad fratres Inferioris Germaniœ^ imprimé, in-8<>, à Paris, par S. Colinet, 1546, en laquelle on void l'opinion qu'a tenu ce grand personnage ( que feu M. Despense vouloit appeler le Cinquiesme Docteur de l'Eglise), sur les controverses qui sont aujourd'hui en la Religion, de laquelle seront, à mon advis, tous ceux qui aiment et affectent la concorde et unité de l'Eglise. — Que je lui ay rendu le 3o« de ce mois.
20 Ce jour, fust marié mon neveu Du Plessis Picart, Conseiller en la Cour, à la fille de M. de la Guischonnière, Maistre des Comptes.
Le mécredi 17®, M. Chrestien m'a donné le Prologus, de feu son père, in Vespas Arislophanicas ( hoc est Jesuitas), qu'il a fait imprimer en une feuille. Il m'a preste aussi ce qu'il avoît de mesdisances de feu son père, entre lesquelles y en a de non vulgaires et qui méritent bien d'estre receueillies. — Lesquelles je lui ay rendues le 3o* de ce mois.
3o Ce jour de mécredi, je passay l'après-disnée à visiter la Bibliothèque du Roy, avec messieurs Chrestien et Du Pui, où, entre autres singularités, y a un grand Ptolomée, enluminé et escrit à la main, avec une Bible hébraïque.
Oct. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 353
aussi manuscripte et enluminée ; qui sont deux pièces excellentes et vraiment roiales. Aussi y a force manuscripts, de la main de messere Angelot (la première du monde en matière de graeq) ; et des reliures magnifiques et exquises, de toutes sortes, dont y en a beaucoup qui valent mieux que le dedans.
Le jeudi 18*, j'ay preste audit Chrestien ma Cronique S. -Denis, reliée en carton, in-folio. — Qu'il m'a rendue le dernier de ce mois.
10 Le vendredi 19% M, de Viliers-Hottoman m'a preste Vita Gasparis Collignii, imprimée in-8% 1675, reliée en parchemin. — Je lui ay rendu le 29* de ce mois.
Ledit jour, sur la parole d'Adrian Perier, j'ay preste à un gentilhomme Escossois, que je n'avois jamais veu que ce jour, mon Secret des finances, relié en parchemin, in-8<*. — Qui me Ta rendu le 23* de ce mois.
J'ay acheté, ledit jour, un nouveau traicté latin, imprimé, in-8**, à Magonce, d'un Félix Mileriscus, contre Jean Marsile, intitulé : Provoto illustr. ac rêver endiss. 20 Cardin. Cœs. Baronii, etc., qui m'a cousté sept sols. Et Tai mis à la masse de mes Recueils de Venise.
Le samedi 20% j'ay acheté, demi quart d'escu, un petit livret nouveau, imprimé à Strasbourg, în-8<^, intitulé : Tableau des actions du jeune Gentilhomme.
Plus, une nouvelle bagatelle, contre M. de Lescalle, d'un Jésuiste nommé Delrio, imprimée à Anvers, in-8<>, intitulée : Vindiciœ Areopagiticœ, et qui m'a cousté 7 sols.
J'ay preste, ce jour, à M. Du Pui, mon Journal du
3o règne du feu Roy (qui n'estoit jamais sorti de mon
Estude), relié en parchemin, in-folio. — Qui me l'a
rendu ce lundi 5® de novembre. Et lui m'a preste un
registre in-folio, relié en parchemin, où il y a plusieurs
p. DB L*ESTOILB. — VIII. «3
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notables receueils de ce temps, que je n'avois point veus. — Que Je lui ay rendu le 12* novembre.
J'ay donné, ledit jour, audit Du Pui, une lettre gra»}ue et latine, de Lambin à Calvin, de Tan i556, escrhc d'une main la plus délicate qui se puisse voir, car il n'y a celuy qui, en la voiant, ne la prenne pour imprimée.
Il m'a donné le modelle en papier d'une pièce d^or, pesant trois escus, battue en Angleterre, lors de la réu-
10 nion des deux Roiaumes Escosse et Angleterre, et que le Roy d'Angleterre s'est fait nommer Roy de la Grande Bretagne, D'un costé est ledit Roy couronné, tenant d'une main un baston roial, de l'autre un monde, et est escrit : jacobus d. g. mâg. brit. frân. et hiber. rex. De Tautre costé sont les armes d'Angleterre, qui sont trois lions ; les armes de France ; les armes d'Escosse, qui est une harpe; et celles d'Irlande, un lion entourné de fleurs de lis bastonnées; et est escrit à l'entour: Faciam eos in gentem unam.
ao J'ay preste, ce mesme jour, à M. Guischart, mon Dioscoride, relié en veau rouge, în-8®. — Rendu le dernier de ce mois.
Le lundi 22®, M. Du Pui m'a preste un gros registre italien, in-folio, manuscript, dans lequel y a plusieurs beaux receueils et quelques Conclaves de Papes, entre autres celui de Clément VIII* et Sixte V*, que je désirois voir. — Je lui ai rendu le 25* de ce mois.
Le mardi 23*, on m'a donné un petit livret nouveau, imprimé ici, in- 16% intitulé . De V impossibilité et imper'
3o tinence du Concile, etc. ; laquelle impossibilité toutefois ne peult estre, à mon avis, si elle n'est fomentée de l'impertinence de gens semblables à l'aucteur de ce libelle (qui est Damboise, maistre des Requestes), qui par tout
Oct. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 355
son discours n^en manque point, et est aussi cornu que son bonnet.
Le jeudi 25% j'ay acheté 2 nouveaux bagages de ceste Foire dernière; l'un est un Etyci Puteani Lispstont' nema Anniversarium, imprimé in-4®, à Anvers; l'autre, un Dominici Baudii Gnotnœ, in-S®, fait par les Jésuistes (et, comme Je croy, par les bastisseurs de IMmpAithéâtre\ que j'ay ajousté à mon pacquet des DroUeries jésuistiques, et l'autre, à celui de mes Tumbeaux et 10 Oraisons funèbres. Et m'ont cousté les deux demi quart d'escu.