CHAPITRE PREMIER
Msr le duc de Berry rejoint V armée de Volhinie. Hospitalité des Polonais. Le Prince organise le régiment noble à cheval*
2ooctobre Apres avoir passé environ un an auprès de son père à Edimbourg et auprès du Roi à Mittau , Mgr le duc de Berry vint rejoindre ses compagnons d'armes en Volhinie , il les trouva dans la joie. Cette joie étoit causée parla nouvelle du mariage qui venoit d'être assurée entre Mgr le duc d'Angoulême et S. A. R. Madame. Ainsi notre vieille monarchie continuoit ses destinées dans un
coin du monde r tandis qu'on croyoit qu'elle Ire Pirtn'existoit plus. Les victimes qui en gar- Llv II. doient les saintes lois, croy oient n'avoir rien perdu tant qu'elles voyoient au milieu d'elles la famille de leurs souverains. Qui eût osé se plaindre d'un malheur que partage oit la fille de Henri IY et de Marie- Thérèse ?
M>r le duc de Berry ne se trouva point étranger en Pologne. Henri III n'y avoit-il pas régné, la fille de Stanislas n'étoit-elle pas l'aïeule du Prince exilé ? La France a été surnommée la mère des Rois ; les Bourbons trouvent des ancêtres sur tous les trônes.
Les Polonais sont les Français du Nord; ils en ont la bravoure , la vivacité , l'esprit; ils parlent notre langue avec grâce. Les émigrés retrouvèrent au milieu des forets de la Pologne de grandes dames qui leur donnèrent l'hospitalité comme au temps de
( 56 ) T'Part. la chevalerie. Ce qui ajoutoit à l'illusion, Liv. il etoit une certaine mollesse de l'Asie introduite dans les vieux manoirs polonais, où des femmes charmantes ont l'air d'être enfermées par des Enchanteurs et des Infidèles.
C'étoit, au reste, une étrange fortune que celle qui reléguoit un Prince victime de la politique, chez un peuple bouleversé par cette même politique ; qui amenoit ce Prince dans un pays que des Diètes tumultueuses ont perdu, comme des assemblées populaires ont détruit la France. Et que de vicissitudes dans la destinée des rois de Pologne, depuis ce Jagellon qui conquit, perdit, reprit et refusa des couronnes , jusqu'à ce Casimir, d'abord jésuite, ensuite cardinal, et puis roi, lequel après avoir proposé pour monarque aux Polonais le duc d'Enghien , fils du grand Condé , vint oublier le trône aux soupers de Ninon, et
mourut abbé de Saint- Germain-des-Prés ! I" Pj»*!
L'armée de Condé avoit subi une nou- lrfv.il, velle organisation. Les cavaliers nobles, distribués auparavant en différens corps , ne formoient plus qu'un seul régiment, destiné par l'empereur Paul Ier à M>r le duc d'Angoulème. Msr le duc de Berry prit le commandement de ce régiment? en l'absence de son frère ; il employa ses loisirs à discipliner un corps superbe , mais difficile à conduire , par la nature même de sa composition, ilmontra, dans cette circonstance, des talens qui annonçoient en lui un des meilleurs officiers de cavaldie de l'Europe,
Xr* Paet.
Liv.II.