CHAPITRE III
Arrivée de Msr le duc de Berry à Constance avec V armée. Combat. Retraite.
Msr le duc de Berry avec l'armée de Condé étoit arrivé à Friedeck dans la Silésie autrichienne , lorsqu'il reçut la dépêche annonçant le mariage de son frère. Elle fut mise à l'ordre. On lisoit dans cet ordre une lettre du Roi qui disoit au Prince de Condé : « Apprenez cette heureuse nou- » velle à l'armée ; elle ne peut paroître que » d'un bon augure à vos braves compa- » gnons au moment où ils vont rentrer » dans la carrière qu'ils ont si glorieuse- » ment parcourue. »
Ce bourg de Friedeck fut un véritable lieu de réjouissance pour le corps de Condé. Un vieux seigneur allemand du voisinage, à force d'entendre parler de Rois tués et
( 68) T'Pam. de Princes bannis, fit des réflexions. Il Liy. II. lui sembla, puisqu'on dissipoit en festins les biens que l'on ravissoit aux autres , qu'il seroit bien fou de ne pas prendre les devants : il se mit donc à manger son patrimoine. Quand Mgr le duc de Berry et Mgr le prince de Condé arrivèrent , il venoit de vendre son château . Avec le prix qu'il en avoit obtenu, il donna un grand souper et un excellent concert à ses botes. Débarrassé des soins de la Fortune , il se promet toit bien de rire de la révolution lorsqu'elle le viendroit trouver àFriedeck. Après une marche de quatre cents lieues, l'armée arriva, le ier octobre, dans les environs de Constance. Elle avoit parcouru ses forets natales, berceau des Clodion et des Mérovée; elle avoit passé sur ses anciens champs de bataille , dans ces bois qui avoient retrouvé leur silence, et où l'on voyoit, comme dans le camp de Varus , les osse-
mens blanchis des soldais sacrifies peur IrcPART. leur prince et pour leur patrie. Liv. n.
Tacit. ,
Lorsque Msr le duc de Berry avoit tra- Annal. versé la ville de Prague , a la tête de l'armée, le peuple s'étoit attendri à la vue de ces chevaliers de Saint-Louis , de ces vieillards qui, le sac sur le dos, un fusil russe sur l'épaule, mar-choient tout courbés sous le poids de leurs armes, de leurs jours et de leurs malheurs. Le commandant autrichien qui les regardoit passer, se tournant vers les officiers de sa garnison , leur dit : « Eh » bien, Messieurs, en eussions-nous fait » autant ? »
Constance ne fut pas plus tôt occupé par 5 octobre le corps de Condé, que les républicains l'attaquèrent. lis pénétrèrent dans la ville : on s'y battit à la baïonnette, aux cris de ViveleRoi! Vive Condé! Vive la république! Ce fut la première et la dernière affaire de cette campagne, pour M>r le duc de
( 7°) Ire Part. Berry et pour l'armée de Condé. La divi- Liv. il sion se jnit parmi les Russes et les Autrichiens. Le maréchal Suvarow rentra en Pologne avec ses armées ; le corps de Condé fut maintenu , mais par l'Angleterre. Paul Ier envoya des drapeaux d'honneur au régiment de Bourbon , et la grande croix de Malte à M&* le duc de Berry. Ce dernier prince alla voir le maréchal Suvarow avant son départ , et s'entretint avec ce guerrier, dont la bizarrerie égalait le génie et la loyauté.
Ire Part.
Liv. II.